Ce jour où je suis allée voir la Star Ac

Samedi 23 novembre 2024. La Star Academy. Comme tous les samedis. Oui, ne me jugez pas, j’aime la Star Academy. Depuis toujours. Petite, j’ai grandi avec Jenifer qui roulait des patins à Jean-Pascal, Georges-Alain qui faisait son strict minimum sur Asereje et Grégory qui nous a quittés un peu trop tôt, nous obligeant à nous taper des hommages tous les ans. Désolée, Grégory, aussi triste soit ton départ, on n’en peut plus de TF1 qui nous assomme avec tes chansons d’il y a 20 ans – soit dit en passant pas franchement ouf –, le tout en nous suppliant de faire des dons alors que le salaire de Nikos sur un prime suffirait à remplir les caisses de l’association pour l’année. Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est ma passion pour la Star Academy.  Et l’avantage, c’est que je ne suis pas la seule. Autour de moi, on fait même des soirées Star Ac. Le genre qui va avec le diner gras, le canapé-plaid et les critiques à chaque prestation. Le type de moment que j’adore. Et j’allais encore plus adorer ce samedi 23 novembre. Car ce soir-là, la Star Ac, on allait la vivre, en vrai. Et ça me rendait heureuse… au début. Au début, mon ami m’a annoncé qu’il connaissait l’un des membres de la production, qu’il pouvait nous emmener ma meilleure pote et moi à l’un des primes et qu’on allait kiffer. Ça, c’était sur le papier. Car dans la réalité, les choses étaient beaucoup moins fun… et surtout plus longues. Déjà, on devait arriver à 18 h 30. 18 h 30. Pour un début d’émission à 21 h. Parce que d’abord, il fallait préparer le plateau, s’installer, et crever de froid. On a débarqué sur un parking où ils avaient mis une pergola, et où, surtout, le personnel nous a demandé de retirer nos manteaux, nous laissant plusieurs minutes nous geler avant d’entrer dans le studio. Point positif : ils nous offraient des sandwichs. Une soupe aurait été mieux. Après plusieurs minutes à attendre de rentrer dans la fosse, ils nous ont lâchés. Telles des bêtes sauvages, le peuple a couru jusqu’à sa destination pour être le plus devant possible. Le tout avec des pancartes et des cris de joie. Moi, j’étais au fond, et ça m’allait très bien.  Car à peine arrivée, j’ai compris. J’ai compris que la réalité, elle allait être moins sympa que le plaid-canapé dont j’avais l’habitude. La réalité, elle allait être longue.  Avant le prime, et à ma grande surprise, les tournages ont commencé. Premièrement, ils ont enregistré tous les tableaux qui ne pouvaient pas être présentés en direct. Deuxièmement, ils ont tourné les prestations de l’after. Parce que oui, Jenifer ne patiente pas jusqu’à 2 h du mat pour nous dire qu’elle attend l’amour. Voici donc comment trois heures avant, on bouffe déjà de la Star Ac. Le tout boosté par Bruno, le gars qui vous oblige à agir d’une manière ou d’une autre. « Oblige », c’est le bon mot. Car si vous avez le malheur de montrer un peu moins d’entrain, Bruno profite des pauses pour vous remotiver en vous demandant d’y mettre du cœur. Et des pauses, il y en a beaucoup. À chaque documentaire diffusé à la télé, pour être exacte. En plateau, tu ne les vois pas. Encore une des choses qui rendent le temps long. Heureusement, il y a quand même du positif, à commencer par les petits potins. Évidemment, le plus fun, c’est de découvrir les personnages de télé dans la vraie vie. Et ils le savent bien. Eux, ils sont là pour faire le show, voire un peu trop. D’abord, il y a Nikos. Lui, il a débarqué, très fier, a salué son public, a presque mal parlé à un homme dans la foule qui lui demandait une photo et s’est mis à jeter des private jokes au jury en face. Le jury, justement. Quand il arrive, hors tournage, pour s’installer, il crée l’émeute. Encore plus durant mon prime où les anciens étaient présents. Armande, Kamel, Oscar, tant de personnages que je regardais depuis toute petite et que je découvrais en vrai.  Puis, le show commence. Les élèves entrent, les caméras filment, les lumières s’allument et les spectateurs sont en folie. Il faut reconnaître la vérité : ils savent faire de la télé. Tous se rappellent parfaitement où ils doivent être, ce qu’ils doivent dire, ce qui plaira, ce qui fera réagir. Hors caméras, tout est bien calme et le public n’a plus vraiment d’intérêt. Tout ce qui compte, c’est ce que le prime donnera à l’écran, et finalement, c’est assez logique.  Nous, dans la fosse, on souffre en silence. À 22 h, à peine à la moitié de la soirée, bien que Jenifer nous ait rendus nostalgiques et Chimène Badi proposé son seul tube, on s’emmerde. D’abord, parce qu’on a mal aux jambes à force d’être debout. Ensuite, parce que clairement, c’est long. Très long. Finalement, l’émission est composée à moitié de reportages qu’ils diffusent ou de pubs. Les prestations sont peu nombreuses et surtout, elles sont loin. On ne voit pas bien, on n’entend pas bien. Encore une fois, car le plus important, c’est ce que ça donne à la télé.  Une fois le prime terminé, le drama est arrivé. Parce que mes amis et moi, soyons clairs, on voulait se casser. Sans aucun regret d’avoir vécu cette expérience que je vous conseille si vous kiffez l’émission, mais pour autant, bien décidés à ne pas subir l’after deux heures de plus. Ça, c’était le plan. Car dans la réalité, le public est obligé de rester jusqu’à la fin. Obligé. Nous, on avait l’autorisation de rentrer avant, telles des stars, et surtout, tels des amis d’un gars de la prod. Oui, mais voilà, le gars de la prod, il n’était pas là. Et le gars de la prod, il avait rien précisé.  L’équipe, c’était pas vraiment la plus aimable du PAF. Et à 23 h 30, c’était encore pire. Lorsqu’on a voulu partir, il a fallu négocier. Négocier pour partir. Un comble. Parce que, rappelons-le, outre le

Ce jour où je me suis fait prendre à son taf

Mercredi 6 novembre. Je redécouvrais les joies du sexe depuis quelques jours. Il faut dire qu’elles m’avaient quittée depuis un moment. Premièrement parce qu’après mes histoires d’amour un peu pourries, j’avais préféré, inconsciemment, me réfugier dans mon travail et me consacrer à ma carrière. C’était chose faite et j’en étais très fière. Deuxièmement, parce que quand j’avais décidé de me refoutre en relation avec un être humain de type mec toxique, rien n’avait été simple, encore moins le cul. En résumé, depuis des mois et des mois, ma vie sexuelle se résumait à mes sex-toys adorés, quelques doigts qui les remplaçaient parfois, et des pornos qui les accompagnaient souvent. Je ne m’en plaignais pas, mes orgasmes étaient assurés. Jusqu’aux retrouvailles avec la chair. Ahhh, la chair. Et quelle chair. Le crush du moment est gaulé comme un dieu. Et je pèse mes mots. Au cours de mon existence, j’ai eu la chance de fréquenter des beaux mecs. Certes, peu nombreux, mais beaux. À l’exception de mon premier amour. Lui, on le surnommait « la girafe ». Et pas à cause de sa teube. Il était laid, vraiment. Un grand cou, des yeux qui sortaient légèrement de leurs orbites, un nez en trompette, très maigre et fin. Pas un mannequin, quoi. Encore moins comparé à ma nouvelle conquête. Car si j’étais habituée aux beaux mecs un peu baraqués, au sourire Colgate et à la peau lisse, je n’avais finalement rien vu avant le date du moment. Lui, Monsieur Chouette donc, c’est une armoire des années 50 qui traîne chez nos grands-parents depuis notre plus jeune âge. Il est mastoc. Ses épaules sont ce que mon imagination n’aurait pas osé créer. Elles sont parfaitement dessinées.  Même au repos, elles laissent apparaitre les lignes des muscles. C’est dingue. Évidemment, il a aussi les abdos, les pectoraux, le fessier, les cuisses et tout le tralala qui sont tracés. Fou, vraiment. Je suis complétement fan de son corps. Encore plus depuis que je l’ai vu nu.  J’ai mis du temps, certes, avant de le découvrir. À dire vrai, et pour celles qui suivent assidûment, j’avais carrément douté du fait qu’il me plaisait. Miséricorde. Comment ai-je osé ? Comment ai-je osé passer à côté de LUI ? Car outre son corps incroyable, il est performant. Genre, très performant. Monsieur Chouette, il est capable de baiser pendant des heures, de faire une pause, de reprendre, d’enchainer à nouveau. Le tout en prenant soin de te demander si tu aimes, si tu préfères continuer ou arrêter, s’il ne te fait pas mal, si tu souhaites changer de position ou si la situation te convient. Mec, ton pénis de champion relié à ton corps d’athlète est en train de me défoncer tandis que tu réussis à me câliner avant de me bousculer sauvagement, et ce dans le respect de mes besoins et envies. Évidemment que non, je ne veux pas que tu arrêtes. C’est un dieu du cul, et ça, je ne l’avais jamais connu.  Dès la première pénétration, je suis tombée amoureuse de notre vie sexuelle… au point d’en devenir obsédée. J’étais en boucle. Dans ma tête, je ne pensais qu’à lui. Ou plutôt à nos coucheries. Je revoyais tout, tout le temps. Même ce mercredi 6 novembre à 19 h. Pourtant, j’étais loin d’être sexy, à cet instant. J’étais dans mon lit, devant mon vidéoprojecteur, après une journée épuisante à Paris et face au constat dramatique de la réélection de Trump. Vraiment, vraiment pas sexy. Mais, il était là, Chouette, à m’écrire. Si pendant des semaines, avant de coucher ensemble, on discutait tous les jours de tout et de rien, depuis qu’il m’avait pénétrée, nos messages n’étaient QUE des sextos. Et on adorait ça. Sauf que forcément, ça n’aidait pas nos pulsions.  C’est à cet instant, alors que subtilement, je lui proposais de venir me déglinguer chez moi, qu’il m’a annoncé qu’il bossait. Pas compatible, donc. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il avait la solution : moi, je pouvais le rejoindre.   Pour des raisons évidentes de confidentialité et pour protéger le nouveau corps préféré de ma vie, je ne dévoilerai pas son métier. Même si je l’ai déjà très brièvement évoqué. Mais ce qui est important, c’était qu’il était seul, au milieu de la nuit, dans un bureau. Presque sans aucune hésitation, j’ai foncé. Pendant l’heure de voiture qui nous séparait l’un de l’autre, j’étais à deux doigts de me les mettre. Heureusement pour moi, il y comptait bien aussi.  Je me suis garée sur le parking, j’ai tapé le code pour entrer et l’ai finalement rejoint dans son bureau. Au début, nous nous sommes tenus, au moins pour faire genre. Il se contentait de caresser ma jambe que j’avais délicatement posé sur la sienne, de me prendre la main ou de m’effleurer le bras. D’abord, nous avons opté pour les discussions d’usage, histoire de nous faire croire que nous n’étions pas des animaux. Il m’a parlé de cinéma, a critiqué les derniers films qu’il avait regardés et m’en a conseillé d’autres. Je m’en foutais complétement, mais j’acquiesçais. Encore plus lorsqu’il m’a fait une liste aussi longue que sa bite à la fin de laquelle il a souligné que ces films devaient être vus ensemble. Mon chéri, crois-moi que ce n’est pas la télé que je vais mater. Puis, après avoir feint l’intérêt pendant 30 minutes, j’ai fini par m’assoir sur lui. Tout simplement. Comme dans un porno, je me suis levée de ma chaise et, telle une secrétaire sexy qui veut se faire sauter par son boss, j’ai placé une jambe à droite, une jambe à gauche et laissé les siennes au milieu avant de lui rouler une galoche de l’extrême. En quelques secondes, je me suis retrouvée nue, empalée sur sa bite que nous avions pris soin de couvrir d’un préservatif goût fraise. L’intérêt d’avoir un préservatif goût fraise reste toujours indéterminable, car, par pitié, qui suce avec une capote ? Mais c’est un autre sujet. Pendant de très longues minutes, nous avons refait son bureau, de table en table, dans différentes positions, avant de terminer

Ce jour où j’ai fait une danse sexy

Mardi 5 novembre. Comme tous les mardis, j’allais devenir la version la plus hot de mon être. Depuis une bonne année, j’ai attaqué le sexy heels. En d’autres termes, il s’agit de se déhancher telle une pute sur des talons avec lesquels je suis habituellement incapable de ne serait-ce que marcher. À cette danse, il m’arrive d’associer une barre, une chaise ou pire, le sol. Le sol, bien qu’il me tienne solidement – ou au moins essaie –, c’est mon plus terrible ennemi. Pourquoi ? Parce que ma prof décide souvent d’y ajouter des cabrioles, des roulades, et parfois pire. C’est ce qui s’est passé ce mardi 5 novembre. Moi, j’ai débarqué en bombe. Sans plus aucun scoop, je date un gars aux épaules de rêve. Mais ça, je vous l’ai probablement déjà dit. Pour celles qui n’ont pas suivi et pour mon plaisir le plus profond, je me permets de vous faire un petit rappel sur ces muscles hallucinants que j’ai la chance de tâter assez régulièrement. Pour vous donner une idée, son corps s’apparente à un joli mélange entre un homme qui va à la salle tous les jours, un bûcheron qui les utilise pour son travail et un gymnaste qui les étend pour sa souplesse. Un ange. Il a les bras d’un ange. Et d’un ange vraiment musclé. Forcément, pour conserver cette beauté à mes côtés, je dois moi-même montrer mes meilleurs atouts. Vous le voyez venir : mon cul. Ce n’est pas nouveau, mon cul est une passion pour beaucoup. Pour moi, parfois pour vous, surtout pour eux. Encore plus pour lui. Mon cul est sa passion et elle doit le rester. Ainsi donc, je me rends à mes classes de heels avec un autre objectif : celui de garder mon crush. Évidemment, j’y vais aussi pour le plaisir. Surtout pour le plaisir. Mon cours de danse, c’est mon chouchou. Grâce à lui, je me sens belle, forte, sensuelle. Et en plus, je me sens talentueuse. Je pourrais vous mentir en vous disant que c’est parce que je suis une excellente danseuse. C’est faux. Si je me sens talentueuse, c’est grâce à mon humour. Parce que durant ce cours, je fais le show. Mes copines sont fans, et ça, ça me plaît. Pendant une heure, je sors blague sur blague, punchline sur punchline et on se marre. Je vogue des maladresses aux jeux de mots, et ça marche. Je me souviens de cette fois où, alors qu’on attaquait une chorée de cabaret dans lequel était inclus du twirling, l’une d’entre nous, nouvelle dans le groupe, nous a annoncé qu’elle était à une époque dans l’équipe de France de twirling. Incroyable. Mais dans ma tête, le twirling, c’est quand même un peu naze. Même si la technique est impressionnante, c’est une activité dans laquelle j’imagine Corine et Nathalie qui, après leur journée de compta à la mairie de leur village, se retrouvent à lancer le bâton en l’air dans des tenues moulant leurs bourrelets – qui, je précise, sont un cadeau de la nature. Rien qui ne fasse vraiment rêver, admettons-le. Sauf que ça, tu ne peux pas le dire à une ex-presque-championne de France. C’était compter sans votre Nono. Votre gueuse, elle a voulu s’intéresser à cette athlète en herbe et, à la question « Tu as arrêté quand le twirling ? », elle a confié : « Au lycée. » Ce à quoi je n’ai pas pu m’empêcher de répondre, instinctivement : « Ah bon, parce que tu avais honte ? » Non, Noëllie, elle n’a pas arrêté parce qu’elle avait honte. Elle a arrêté parce qu’au lycée, elle avait autre chose à foutre. Car non, évidemment, elle, elle ne pensait pas que jeter un bâton dans les airs, c’était la honte. Elle, elle qui kiffait. Mais toi, avec ta remarque de connasse qui ne sait pas réfléchir avant d’ouvrir la bouche, tu l’as insinué. C’était gênant. J’étais gênée. Et le pire, c’est que pour rattraper la gaffe, j’ai jugé approprié de lui dire que ce n’était pas moi qui étais bien placée pour parler de ce qui était honteux ou pas, étant donné qu’au lycée, je faisais du hobby horse. Le tout, évidemment, en l’imitant. Un bon moment, donc.  Ce mardi 5 novembre, j’allais faire pire. Ce jour-là, c’était une chorée sur Rihanna. Love on the brain. Une danse qui s’annonçait sexy et raffinée. Sexy, raffinée et particulièrement acrobatique. Pour des raisons qui me dépassent encore, ma prof a trouvé pertinent de foutre du sol. Beaucoup de sol. On y revient, à ce sol. Je trainais par terre, tentais de comprendre les pas, finissais en serpillère et décidais finalement que je m’en sortais pas trop mal. Jusqu’à LA figure honteuse. La chandelle. Personnellement, je connaissais la chandelle renversée, celle du Kamasutra où le mec t’attrape comme un caddie de supermarché. Me jugez pas, chacun ses réf. La chandelle de ma prof, elle était beaucoup moins sexy. En tout cas avec moi. Parce qu’avec elle, c’était beau. Je l’ai vue s’envoler, les jambes presque au plafond tant elle arrivait à les tendre, les mains sous les fesses pour être toujours plus gracieuse, le dos musclé qui glissait sur le parquet. Moi, c’était bien différent. Déjà, je ne parvenais pas à juste lever mon énorme cul, et encore moins à le porter. Ensuite, mes cuisses se rabattaient naturellement sur ma tête et mon cou s’enfonçait dans ma poitrine, offrant un magnifique double menton à mon visage. Mais je l’ai tentée quand même, au point de la filmer. Car, rappelons-le, le crush aux grosses épaules. Dans mon esprit, c’était parfait. La chandelle, bien que houleuse, mettait en avant mon énorme fessier qui lui plaisait tant. J’ai donc installé mon téléphone, lancé la vidéo et demandé à refaire la chorée, pour « mon petit cul ». Personne n’a été surpris, je ne suis clairement pas la seule à adopter ce genre de pratique. Là où la surprise a été, c’est dans l’exécution de l’acrobatie. J’ai commencé sous les encouragements de mes copines, et j’ai attaqué les premiers pas telle une déesse. Sous les lumières tamisées de la salle,

Ce jour où j’ai vécu le ghosting le plus court de l’Histoire

Samedi 14 septembre. Je discutais depuis plusieurs avec monsieur Chouette, le fameux dont vous avez déjà entendu parler sur ce cher B Club. Ce même homme qui n’est pas super drôle, mais qui rigole à mes blagues ; qui semble un peu boring, mais tout de même intéressant ; qui parait parfois fermé d’esprit, mais qui est capable de déconstruire certaines choses. Bref, ce gars assez rare à trouver sur les applis, que tu n’as pas forcément envie d’aller dater, mais inversement, avec qui tu serais débile de ne pas aller plus loin. Ce genre de gars.  Deux semaines, donc, que je parlais avec lui. Je n’avais clairement pas de papillons dans le ventre, toutefois, il me donnait l’occasion de séduire à nouveau, d’avoir un joli ego-boost et de confirmer l’oubli de celui qui avait brisé mon cœur quelques mois auparavant. C’était ce dont j’avais besoin. C’était parfait. Parfait jusqu’à ce samedi 14 septembre. Lui, il n’avait aucun souci à m’envoyer des vidéos, bien que souvent prises d’un angle qui ne me permettait jamais de le voir vraiment, mais tout de même de l’apercevoir. Moi, je n’avais jamais envoyé de vidéo. Pas par stratégie, simplement parce que je m’en battais les ovaires. Et aussi parce que la plupart du temps, mes cernes touchaient mes genoux, mes racines étaient trop apparentes et mes boutons de SPM s’affrontaient sur mon menton.  En tout cas, je n’en avais envoyé aucune pendant les quelques jours où nous avions échangé. Alors, ce samedi 14 septembre, puisque je sortais à Paris et, par conséquent, que j’avais pris du temps pour me maquiller un minimum, me saper un peu et juste car je m’appréciais, j’ai décidé de lui en faire une. Un petit coucou. Simple. Quelques secondes durant lesquelles je répondais à une phrase qu’il avait dite. Ce à quoi il a réagi en soulignant combien j’avais de beaux yeux. Excès de confiance, j’ai retenté l’expérience. Une fois encore, il a complimenté mon regard et enchaîné sur notre discussion. Et là, ça a été le drame. Car j’ai répondu à mon tour. Certes, par une miniphrase qui ne nécessitait aucune attention particulière. Et ça, lui, il l’a de toute évidence bien compris puisque, tel le bleu de la mer, tel le bleu du ciel, le voyant de WhatsApp m’a indiqué que oui, monsieur Chouette avait bien lu mon message, mais que non, il n’avait pas jugé bon d’y répondre. Et ce pendant plusieurs jours. À ce niveau de l’histoire, il est important de faire certaines précisions. D’abord, parce que c’est un sujet que j’ai abordé sur Instagram et que les trois quarts des commentaires m’ont tendue tant ils passaient à côté du point central, et surtout parce que mon ego était en jeu, et Dieu sait qu’il avait déjà pris suffisamment cher avec ce ghosting. Alors, voici le contexte. Dans cette histoire, il faut comprendre que je n’avais pas d’intérêt particulier pour cet homme, donc, en soi, je me foutais de ne pas lui plaire. Évidemment qu’il est toujours vexant de ne pas plaire à quelqu’un. Prétendre l’inverse serait mentir. Mais à l’exception d’un petit coup dans mon amour propre, son ghosting à lui ne me blessait pas. Car, comme j’ai pu d’ores et déjà l’expliquer, je connaissais à peine monsieur Chouette et n’avais aucune attente envers cette personne. En revanche, son attitude interrogeait la sociologue en moi. Car, croyez-le ou non, c’était la première fois que je me faisais ghoster. En tout cas la seule dont je me souvienne. Et ce ghosting m’a particulièrement marquée, parce que cet homme semblait intelligent, mature et bienveillant. Et pourtant, je n’ai pas eu de nouvelles, ni le lendemain, ni le surlendemain, ni même 72 heures après. Encore une fois, j’y prêtais peu d’attention et je n’ai pas relancé, car, encore une fois, je n’attendais rien de cet échange, si ce n’est une satisfaction instantanée. Mais si Noëllie est très rapidement passée à autre chose, Lamoinsbonnedetescopines, elle, s’est saisie de l’opportunité pour créer du contenu. Forcément. Et encore, j’ai été soft. Parce que moi, je voulais balancer les petits red flags que j’avais vus : une répartie condescendante sur l’influence, sa réponse trop sérieuse à « Tu choisirais qui pour un diner avec cinq célébrités ? » et son visage qui semblait très plat (oui, c’est un vrai red flag). Je voulais balancer sur plein de choses à propos desquelles j’avais mille punchlines. Mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas dire que sa tête pouvait faire table basse, qu’il avait l’humour d’une personne de 80 ans et qu’il avait refusé que notre premier date soit une activité drôle parce que « c’est mieux d’aller boire un verre ». Non, Chouette. Aller boire un verre, c’est relou. Des verres, j’en ai plein à la maison, et scoop, je n’ai pas soif. Nous, ce qu’on veut, c’est des dates qui ne ressemblent pas à des dates, un musée du sex-toy dans lequel se mettre mal à l’aise mais créer des premiers souvenirs, une séance de sport où nos corps peuvent suer ensemble pour la première fois, ou alors un verre, mais dans un bar au concept « Vis ma vie d’aveugle » où vous nous foutrez un bandeau sur les yeux pour finir par attraper notre main et la placer sur votre bite en prétendant que c’est notre cocktail. Voilà, ce qu’on veut. Du fun. Et pas un vieux verre d’une heure où on va se faire chier. Tout ça, j’aurais aimé le dire en story… mais je devais le réserver au B Club qui, lui, comprendrait. Quatre jours de silence, quatre jours de ghosting qui m’ont suffi à faire du contenu sur Insta, sur TikTok, sur YouTube et sur mon podcast du B Club. Quatre jours.  Quatre jours avant qu’il ne me renvoie un message. Un message soft, qui commençait par « Petite pensée pour toi » et qui se terminait par « j’espère que tout va bien ». Un message, donc.  Monsieur Chouette ne m’avait pas ghostée, il avait simplement pris du temps. Et c’est à cet instant que j’ai compris que les hommes et les femmes communiquent

Ce jour où j’ai eu l’oreille fouineuse

Samedi 8 juin. Un samedi que j’aurais dû passer comme les autres, à mon cours de souplesse, à bruncher ou tout simplement à dormir. Pourtant. Pourtant, je me suis retrouvée à une trentaine de kilomètres de chez moi, à attendre Boris, Bobo pour les intimes que je ne suis pas. Je pourrais vous faire rêver et vous dire que Boris (bien que son prénom, à ce pauvre homme, ne fasse en rien rêver – désolée pour les Boris), c’était un crush qui m’avait emmenée dans un endroit caché mais romantique pour me sauter sauvagement. Il n’en était rien. Car Boris, il était garagiste, et si je passais mon samedi matin avec lui, c’était que je n’avais pas le choix. Quelques jours avant, j’avais eu droit au fameux contrôle technique. S’il n’a pas été si désagréable grâce au mécanicien qui me draguait, il en a été plus douloureux lorsque, à la fin, on m’a annoncé qu’il fallait changer deux amortisseurs, un essuie-glace et la fucking serrure de mon coffre. C’était dur. Dur parce que déjà, les contrôles techniques, c’est chiant. Et en sortir avec une contre-visite à faire et, par conséquent, un séjour obligatoire chez un garagiste qui va coûter une couille d’un roi, c’est trop. J’ai tenté de charmer le mécanicien, constaté que mes seins n’avaient plus leur succès d’antan et fini par accepter mon sort.  À peine dans ma voiture (pourrie), j’ai contacté deux, trois garagistes alentour pour demander des devis, devis qui m’arrivaient vite avec des centaines d’euros en guise de bienvenue. C’était beaucoup. Beaucoup trop pour des amortisseurs qui, techniquement, bien que je comprenne leur intérêt, ne m’offraient pas beaucoup de bonheur.  Heureusement pour moi, il y en avait un qui s’en préoccupait, de mon bonheur : le fameux jardinier. Lui, il vit dans le village depuis sa naissance et m’a vite trouvé une entourloupe pour que je m’en sorte pour moins cher. Bien sûr, vous le comprenez, c’est à ce moment que Boris, un pote de son enfance, débarque. Bobo, il fait ça en extra de son taf pour mettre du beurre dans ses haricots, bien qu’au vu de la bête, ce soit plus dans ses frites. Certes, ce n’est pas légal, mais moi aussi, j’avais besoin de beurre dans mon caviar. En somme, Boris semblait être le parfait compromis pour retrouver ma voiture de rêve. En revanche, il y a une chose sur laquelle Boris n’avait aucun pouvoir, c’est le temps. Ce temps que prend la réparation d’un véhicule. Alors, ce samedi 8 juin, après lui avoir laissé ma Fiat, j’avais deux heures à tuer. À dire vrai, j’étais plutôt contente. C’était midi, j’avais apporté mon ordinateur et un restaurant italien était à quelques mètres. Tout semblait parfaitement s’articuler… Encore plus lorsque je me suis installée à ma table à côté d’un couple. Le Graal. Du potin en barre. Qui plus est, un premier date. Je n’en avais pas la certitude, mais je le sentais. À son attitude un peu timide, à son attitude trop sûr de lui, à leur attitude à tous les deux.  Entre deux montages YouTube, cachée derrière mon écran et protégée par mes écouteurs, j’enregistrais tout ce qu’ils se disaient. Ou plutôt, tout ce qu’il lui disait. C’était un monologue. Un monologue long et inintéressant sur du vin. Sur cet homme qui bossait dans ce domaine. Il n’a pas arrêté ; pendant presque une heure, ce con ne s’est pas préoccupé une seule seconde de la demoiselle et est parti en tunnel sur l’exploitation du vin dans sa région, sa mise en bouteille, la qualité du verre et les étiquettes qu’on pose dessus.  Au début, je lui en ai voulu. Je lui en ai voulu de ne pas se rendre compte qu’il monopolisait la parole, qu’il était arrogant, très peu intéressant et complètement dans son monde, puis après, je lui en ai voulu à elle. Je sais, c’est pas bien. Mais parce que quelque part, je me suis vue, quelques années auparavant. Voire quelques mois auparavant. Quand moi aussi, bien élevée comme une gentille fille bien sage qui écoute et qui s’intéresse, je ne savais pas dire stop lorsque l’autre prenait trop de place. Car sous mes airs de grande gueule, je suis une gentille. Je suis de celles qui n’osent pas dire de se la fermer, qui patientent jusqu’à ce que le calvaire se termine, qui sourient poliment et pire, qui relancent. Parce que c’est ce qu’elle faisait, notre gueuse, elle relançait. Sans doute car elle l’aimait bien, peut-être car elle était intéressée. Mais j’en doutais. En tout cas, je partais du principe que non, ne serait-ce que pour poursuivre ma théorie.  Puis, au bout d’un moment, une fois que le boug a terminé de lui décrire les différentes bouteilles qui existent, il lui a posé une question. Enfin. Une question sur elle, en une heure.  « Tu as des passions, toi ? » La question de looser, certes, mais la question quand même. Elle, elle a bégayé, elle a tergiversé et, sans comprendre vraiment comment, elle a fini par se livrer, réellement.  Elle a dit qu’elle n’avait pas confiance en elle, qu’elle doutait beaucoup et que cela l’empêchait d’avancer. C’était beau, qu’elle se rende vulnérable. Et l’autre con n’a rien compris. Car lui, face à cette petite bulle d’intimité que lui offrait cette jeune femme, il n’a pas pu s’empêcher de parler de lui. Encore. Je ne sais pas comment il a même osé, mais il lui a répondu sans aucun scrupule : « Mais c’est normal de pas avoir confiance, moi j’ai pas non plus confiance comme ça. » Et comme si cette phrase de gros égocentrique ne suffisait pas, il est reparti dans un monologue expliquant comment il avait appris à se sentir mieux et comment elle pouvait y arriver à son tour. Tout ça dans un mansplaining incroyable. Cette femme lui avouait qu’elle n’était pas sûre d’elle, et ce bolos trouvait le moyen de parler de sa confiance en lui, de toute évidence bien présente. J’étais outrée. Et ce n’était que le début.

Ce jour où j’ai rencontré Monsieur Chouette

Mardi 27 août. Fin août et l’envie folle de me retrouver seule tant mon été avait été mouvementé. Je l’avais commencé en sortant Le Titre et surtout en gérant le biz. Évidemment, je ne m’en plains pas. Mais j’avais les batteries à plat. Et pas uniquement pour le taf. En août, j’avais passé, comme chaque année, une partie de mes vacances avec ma famille. Famille composée de mes parents, ma sœur et surtout, surtout mon neveu. Lui, il aura le droit à une nouvelle à lui seul, car, mon Dieu, un gamin de trois ans au quotidien, c’est un vrai challenge. En tout cas, il m’avait poussée à m’accorder quelques jours en solitaire avant de me plonger dans la rentrée. J’ai donc foncé sur Airbnb pour chercher un cottage au milieu de nulle part, loin de la foule, où Gégé et moi pourrions prendre du bon temps. Rapidement, j’ai trouvé ma pépite près de Saumur, dans une forêt qui longeait des vignes et surtout sans personne. Il ne m’en fallait pas plus : j’ai réservé.  Trois jours après, je montais dans ma voiture, m’enfilais quelques heures de route et arrivais dans mon paradis. Et il avait tout de parfait, ce paradis. Enfin, j’avais du temps pour moi. Pas de bruit, pas de sollicitations, un peu de travail pour assouvir ma passion et de longues balades pour profiter de Gégé. J’allais ajouter à ça des brunchs de l’espace, quelques footings et surtout, une application de rencontres. C’est elle qui allait mettre du piment dans mes jours de repos. Car le soir, dans mon lit trop grand pour moi, je scrollais. Je tombais sur des profils moins intéressants les uns que les autres, mais devais reconnaitre qu’ils avaient le mérite de booster mon égo. Rapidement, des dizaines de likes me sont arrivés sur la gueule, de la part de mecs pas trop mal et qui n’avaient pas l’air trop stupides. Évidemment, je n’étais pas débutante sur le sujet et savais qu’ils likaient sans doute des centaines de nanas à la seconde. Certes. Pour autant, je prenais ce qu’il y avait à prendre, même si cela n’était qu’un cœur digital.  À mon tour, j’ai liké un profil. Monsieur Chouette, comme je l’ai vite surnommé, puisque son nom rappelait celui de l’animal fétiche d’Harry Potter. En espérant que sa baguette soit tout aussi magique. En image, Monsieur Chouette était physiquement intelligent. Un mètre quatre-vingt-dix, des abdos qu’ils laissaient apparaître, une peau bronzée et un style que j’adorais. Et le match qui arrivait.  S’est ensuivie une discussion du tac au tac, ce qui est suffisamment rare sur des applications de rencontre pour être souligné. C’était intéressant, presque drôle et simple. Encore suffisamment rare sur des applications pour être souligné. Habituellement, les conversations commencent par « Salut, ça va ? » et se terminent par « Ça va ». Autant dire qu’il est compliqué de faire naître l’amour. Avec Monsieur Chouette, c’était mieux, et c’était déjà pas mal.  Après une ou deux heures à discuter sur l’appli, on a fini par échanger nos numéros et on est passés sur WhatsApp. Je dois vous avouer que moi, je n’y crois pas du tout, aux sites de rencontres. Fut un temps où j’avais les papillons qui s’envolaient dans mon cul dès que je recevais une notification d’un homme avec qui j’avais matché. Après plusieurs années, tu comprends que sur ce genre d’appli, tu trouves plus de déceptions que de succès. En résumé, Monsieur Chouette était chouette, mais c’était rien de foufou. Du haut de mes 33 ans, j’avais fini par me dire que c’était peut-être ça, l’amour. Un truc cool, un mec bien, et pas forcément de passion. Triste, je sais. Mais on prend ce qu’on a, et croyez-moi si vous êtes en couple, sur le marché du célibat, il n’y a pas grand-chose. Alors Monsieur Chouette était mon seul étrier potable pour me remettre en selle. J’ai tenté de m’intéresser, je me suis fait porter par les sujets et j’ai travaillé sur mes énergies féminines pour me laisser séduire par un homme dont j’ignorais tout. Et surtout, j’ai répété ces efforts pendant plusieurs jours. Ce qui nous a amenés à échanger quotidiennement pendant une bonne semaine.  Je dois reconnaitre que parfois, je me forçais. Non pas à lui parler, car, peuchère, il était vraiment gentil, intelligent et sympathique. Mais à m’investir. Et pourtant, il répondait à plein de critères, que je découvrais de plus en plus. Bref, en d’autres termes, il était ce genre de gars dont on discute entre copines et à propos duquel on conclut : « Tu sais quoi ? Il mérite une chance. » Avoue que toi aussi, tu le connais, ce type.  Et il est arrivé, le moment où il m’a proposé un verre, tout en prenant soin de noter que j’avais la tête dans la sortie de mon oracle et que je devais être débordée, donc qu’il pouvait patienter. Un mec bien, je vous dis. Encore une fois, je n’étais pas emballée par l’idée, mais j’étais contente. Contente d’être prête à m’ouvrir à un nouvel homme, à accorder du temps à quelqu’un et à aller dater alors que je déteste ça. C’est d’ailleurs ça, le point noir. Le date. Et très vite, on y est revenus, au « rien de fou ».  Je comprends, il faut laisser une chance. Mais moi, je suis une extravertie qui rigole pour un rien, qui a toujours une punchline sous la main et une vanne dans l’autre. Je suis imprévisible, impulsive et je cumule les surprises. Je le sais, encore une fois, ce n’est peut-être pas comme ça au début d’une relation. Et finalement, c’est ça qui ne m’allait pas. Car Monsieur Chouette, il m’avait proposé un verre. Classique, tel qu’il l’était depuis le début. Moi, j’ai suggéré autre chose. Un truc plus « fun », comme je l’ai nommé, et je me suis engagée à trouver cette fameuse activité s’il le fallait. Et là, le choc. Monsieur Chouette a refusé. Ce con a refusé un date qui nous aurait évité ce moment ennuyant autour d’un verre, qui nous aurait

Ce jour où j’ai créé un oracle

Un jour d’octobre 2023. Probablement un lundi. Un de ceux plachplouch où rien ne peut me motiver à l’exception d’une bonne idée. Et il m’en fallait une excellente, à cette époque. Car en octobre 2023, le contexte n’était pas vraiment à la bonne humeur. Je venais de me séparer d’un homme pas très capable, mais dont j’étais très amoureuse et j’avais décidé d’en faire un roman. Le Titre.  Dans ce livre, que j’espère que vous avez dévoré tant il est génial, j’ai mis mes peines, mes joies, mes déceptions et mes bonnes surprises. Et j’y ai intégré un peu d’ésotérisme. Car l’héroïne, Coralie, est cartomancienne. Pour celles qui n’y connaissent rien, elle tire les cartes pour lire l’avenir. Et si l’ésotérisme est devenu une activité tendance depuis plusieurs années, qui vole les étagères à Cultura pour y étaler ses oracles et dont tout TikTok est envahi, moi, je m’y penchais depuis longtemps. Il faut dire que la cartomancie – et, de manière globale, les choses spirituelles improbables –, c’est mon truc. Depuis toujours, je vois ma mère tirer les cartes et m’apprendre, je mate l’intégralité des saisons de Buffy contre les vampires au moins une fois par an et je me tape des bouquins sur la magie depuis mes cinq ans. True story. Mon enfance, elle a été faite de pieux que je taillais dans du bois pour aller patrouiller dans le cimetière de mon village, de papier que je trempais dans du café pour lui donner un aspect vieillissant avant d’y inscrire des rituels magiques et de nombreuses bricoles que j’achetais pour en faire des talismans. Bien éclairée, la gamine. En grandissant, ma folie ne s’est pas arrêtée, bien qu’elle se soit affinée. J’ai troqué les leçons de ma mère pour des livres plus poussés, contacté des énergéticiennes pour m’aligner à mes propres chakras et continué d’apprendre tout ce qui pouvait servir à mon développement personnel. Car c’est de ça qu’il s’agit, avec l’ésotérisme. De développement personnel. Bien qu’évidemment, on consulte les cartes dans un premier temps pour connaitre son avenir, ce qui importe vraiment, c’est la route qu’elles nous indiquent, c’est les choix qu’elles nous suggèrent et les pièges qu’elles nous conseillent d’éviter. En réalité, la cartomancie, ce n’est rien d’autre qu’une séance potins et psychologie de comptoir avec les copines. En d’autres termes, le tarot est simplement un outil pour exprimer des ressentis et pouvoir communiquer plus aisément.  Moi, c’est mon truc. Et mon entourage le sait bien. Amis, famille, collègues, tous sont au courant que je maîtrise ces énergies et que je les mets au service de ceux que j’aime. Grossesse de ma sœur, petit copain avec qui ça se complique ou travail à lâcher, je prévois tout. Enfin, presque. Car l’Esperluette, lui, je ne l’avais pas vu venir. Et pourtant, il était logique qu’un jour ou l’autre, j’allais créer mon tarot. Un soir, ou peut-être un matin, alors que je bossais sur un chapitre de mon dernier roman, c’est apparu comme une évidence… Et si l’oracle de Coralie, l’Esperluette, dont elle parle dans le livre, prenait vie ? Et si toutes les cartes qu’elle utilise pour ses clientes existaient vraiment ? Et si ce tarot pouvait aider mes lectrices ?  Rapidement, j’ai lâché l’écriture et j’ai foncé sur Google. Comment pouvais-je créer un oracle ? Je me suis lancée dans mes recherches, j’ai tapoté, lu, noté et tenté de tout comprendre. Sur l’écran, rien de bien compliqué. Il fallait illustrer des cartes, une boite et un livret, les imprimer, les façonner et le tour était joué. Finalement, à quelques détails près, la fabrication d’un oracle semblait être la même que celle d’un livre. Dans les faits, ça s’est révélé bien différent.  Déjà, car la production en France implique des coûts astronomiques, sans vraiment d’options incroyables pour le produit. En gros, pour une bonne dizaine d’euros, je me retrouvais avec une boite minable et un jeu de cartes. Pas de quoi me faire rêver. Et surtout, pas de quoi vous faire rêver. Je devais me faire une raison : si je souhaitais que ce projet aboutisse, je devais le faire à l’étranger. Après plusieurs jours à me questionner sur mon éthique, sur mes convictions et sur ma capacité à aller contre, j’ai décidé de me lancer : mon oracle serait produit en Chine. Je vous épargne le bonheur de me flageller quant à mes choix, je me rends bien compte qu’ils ne sont pas justes écologiquement et humainement. Évidemment. Mais j’ai fait ce choix en parfaite conscience, non sans mal pour autant, mais sans me voiler la face, en pesant les avantages et les inconvénients, et en concluant que je restais en accord avec moi-même. Alors passons directement à la partie fun. Celle où j’ai rencontré Becky – dont le vrai nom n’est probablement pas aussi américanisé –, la commerciale en charge de mon projet qui, pendant de très longs mois, a subi ma tyrannie dans un anglais approximatif. Parce que faire produire en Chine, c’est stressant. Premièrement car je ne l’avais jamais fait et donc qu’à chaque étape, j’avais l’impression qu’on m’arnaquait. Deuxièmement car la temporalité n’est pas la même. Troisièmement car le langage n’est pas le même. Tant de choses qui font que la production de mon oracle est devenue un calvaire. Et puis, histoire de cumuler les plaisirs, j’avais pris la décision de l’illustrer entièrement. Avec Canva. Pour celles qui ne connaissent pas Canva, c’est un site permettant de faire de la création graphique et du design. Oui, mais les graphistes, très justement, ont des outils bien plus poussés et surtout, des compétences aiguisées. Moi, j’ai fait un master de socio. Je vous laisse faire le rapprochement, mais dans « socio », il n’y a pas « design ». Et si la réalisation de l’univers visuel, des cartes, de la boite et du livret m’a demandé un temps fou, pour autant, il n’y avait vraiment rien de compliqué. Car jusque-là, ce n’était que mettre ma créativité au profit de ce projet. Ce qui est devenu catastrophique, ça a été à la fin,

Ce jour où j’ai filmé des poissons

Samedi 10 août. Tout était parfait. J’étais en vacances. Enfin. Pour la première fois depuis longtemps, je prenais quelques jours avec ma meilleure pote, et le tout au soleil. Nous avions tout prévu. D’abord, le mariage de mes amis proches dans un cadre somptueux, entourés de l’Instagame, de potins et de guêpes. Mais ça, je vous le réserve pour une autre nouvelle. D’abord parce que les 35 degrés ambiants nous faisaient rêver d’elle, mais surtout parce qu’elle était naturelle. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas les piscines naturelles, c’est comme un lac dégueulasse, mais propre. En d’autres termes, tu te retrouves à nager avec quelques petites algues et des poissons, le tout sans chlore et fond bleu, pour pouvoir profiter de manière raisonnable. Tout ce que j’aime. À l’inverse de mon téléphone… Ce samedi, donc, le lendemain d’un mariage mouvementé, je me suis levée le cœur rempli d’amour et avec la volonté de lui en donner encore. J’ai enfilé mon plus beau maillot de bain, me suis trouvée bonne, admirée dans le miroir avant de descendre me poser sur un transat, bouquin que je ne lisais habituellement jamais à la main. Un paradis. Puis, j’ai pensé au travail. Quand même. Parce qu’on y revient, même si j’étais en vacances, je continuais de faire le minimum, à savoir, à cet instant : créer du contenu. Et dans ma tête, mon connard d’ex est apparu. Dans cette pensée, il était dans une piscine, avec moi, et il sortait son portable pour filmer ses pieds. Ou mes nichons. Sur ce point, le souvenir est un peu flou. Mais ce qui est certain, c’est qu’il prenait une vidéo dans l’eau, avec son téléphone. Une révolution… que j’ai à mon tour eu envie de tester pour filmer les poissons. Ce que je n’avais pas prévu, c’était d’ajouter un nouvel élément sur la liste « Pourquoi je déteste mon ex ? ». Car si, de toute évidence, son iPhone était bien un Léon Marchand en devenir, le mien devait être un nourrisson à peine sorti de l’utérus de sa mère. Dans un premier temps, j’ai été convaincue. Et lui aussi. Parce que, même si j’avais douté avant de le foutre à l’eau, relu cinq fois un article sur Google qui confirmait qu’il pouvait nager et hésité au lieu d’écouter ma petite voix, il a survécu une fois immergé. Mieux, mon téléphone a fait de superbes vidéos, vidéos que j’ai partagées sur les réseaux sans aucun souci. Tout s’enchainait bien et je n’ai rien vu venir. Lui non plus. C’est seulement quelques heures après que, sans prévenir, alors que je voulais prendre en photo une librairie bobo chic au milieu d’un village provençal, il m’a quittée, comme le SMIC que j’allais devoir lâcher. Sans que je comprenne vraiment pourquoi, et comme s’il n’avait simplement plus de batterie, il s’est éteint. Sans inquiétude, j’ai continué ma journée, vagabondé dans Emmaüs pour y trouver un joli bracelet et mangé une glace dont la chantilly cachait mon visage.  Bref, j’étais heureuse. Jusqu’à l’instant où, le soir venu, quand j’ai branché mon téléphone, rien ne s’est passé. Rien, sauf un écran noir sur lequel il était inscrit « Restauration nécessaire ». Malheureusement pour moi, il ne parlait pas d’une pizza. Non, il parlait d’une refonte totale du système. Mauvais signe. Encore plus lorsque je l’ai connecté à mon ordi et que, malgré la soirée entière à essayer de le restaurer, à effectuer des mises à jour ou à le lancer contre le mur, rien n’a fonctionné. Pire, l’écran est devenu complètement blanc. Une catastrophe. La vérité m’a frappée en plein visage : de toute évidence, mon portable était aquaphobe.  À cet instant, les vacances ont pris une autre tournure. Déjà, parce que vivre sans téléphone, et surtout travailler sans téléphone, c’est impossible. Ensuite, parce qu’un iPhone, c’est une jolie somme à quatre chiffres. Et surtout, surtout, surtout, parce que cela allait me créer ce que j’essaie à tout prix d’éviter : de la charge mentale. Je me voyais déjà devoir acheter un nouveau portable, comparer aussi bien les prix que les délais de livraison, réinstaller chaque application et retrouver tous les mots de passe. Une cata. Et elle allait commencer dès le lendemain. Histoire de cumuler les plaisirs, c’était un dimanche. Heureusement pour nous, nous étions à une heure de Lyon, nous permettant de trouver des réparateurs, bien que peu nombreux, ouverts le jour du Seigneur. Lui, par contre, il m’avait bien quittée. Car durant ce dimanche, ça a été un calvaire. Absolument rien ne s’est passé comme je l’aurais aimé. Le premier magasin était fermé, le deuxième m’a à peine rassurée en me disant que le portable avait peu de chances de survie, et quand bien même, cela me coûterait plusieurs centaines d’euros. Mais s’il allait me dépouiller de mon argent, il ne pouvait pas me retirer mon espoir. Alors, toujours dans cette volonté d’alléger ma charge mentale et de ne pas complètement gâcher mes vacances, je lui ai demandé de tenter. Après tout, je préférais payer 400 balles et retrouver mon téléphone plutôt que de devoir gérer l’achat d’un nouveau. Il m’a invitée à revenir plusieurs heures après.  Durant l’après-midi, j’ai bien essayé de penser à autre chose. En vain. Je fais partie de ces gens obsessionnels qui sont incapables de faire preuve de résilience et qui restent en boucle sur un sujet. On a tenté le restaurant, et même le cinéma. Mais ma tête, elle, était avec la batterie noyée de mon portable. Alors, j’ai fini par passer dans un Apple Store avant de me rappeler l’indécence des produits. 1 200 € pour l’iPhone dont j’avais besoin. Dans le magasin, j’ai fait les cent pas. Que devais-je faire ? Certainement pas payer autant d’argent pour un téléphone, bien que j’en aie clairement l’utilité.  Je suis repartie chez mon réparateur, j’ai constaté qu’il n’avait rien pu y faire, je lui ai acheté un portable de secours et j’ai commandé un reconditionné qui arriverait quelques jours plus tard. Voilà, c’était ce qui me semblait le plus juste. Et

Ce jour où j’ai fêté l’anniversaire de ma sœur 

Jeudi 18 juillet 2024. L’anniversaire de ma grande sœur. Trente-six ans. Ça fait mal, mais pas plus qu’à elle. Ma grande sœur, c’est une farfelue. Sans surprise, lorsqu’on me connait. Et cette année, elle allait encore une fois le prouver. Il y a quelques mois, elle a acheté une maison. Oui, mais cette maison, elle avait besoin de travaux. Si toute la famille s’y était mise, moi, jusqu’à présent, j’avais réussi à y échapper. Heureusement pour moi, parce que je suis nulle, on ne me sollicitait pas et si on le faisait, je trouvais vite une parade. L’avantage d’être son propre patron, c’est qu’on peut aisément prétendre être sous l’eau. C’était mon cas. J’étais sous l’eau. Ou je le prétendais, donc. Toujours est-il que j’échappais aux travaux depuis des mois. J’y étais bien passée, en « coup de vent », comme je l’avais précisé avant même de franchir le portail. Rapidement, ma sœur m’avait foutu un marteau dans la main, que j’avais reposé presque immédiatement car mon neveu voulait « jouer avec moi ». Pauvre gosse, je ne pouvais pas l’abandonner durant une course de voitures, après tout.  Mais cette fois… Cette fois, je n’avais pas le choix. Car pour son anniversaire, à la question « Que veux-tu ? », ma sœur avait jugé bon de répondre : « Votre temps. » Au premier abord, c’était super mignon. Dans ma tête, je le voyais comme une déclaration d’amour, un moyen de me dire qu’elle souhaitait qu’on soit ensemble. C’était faux. Ce qu’elle voulait, c’était notre temps… sur son chantier. Quelques jours après l’annonce, j’ai reçu une notification sur WhatsApp. Encore un nouveau groupe auquel on m’avait greffée et qui portait un nom qui me faisait trembler : « Chantier d’anniversaire ». Ma sœur était brillante, je devais le reconnaitre. Elle venait de créer un concept. Le chantier d’anniversaire. À cette conversation, elle a ajouté les explications. Pour faire bref, nous étions tous conviés le samedi 20 juillet dans sa nouvelle maison pour une aprèm travaux. Un plaisir. Évidemment, j’ai feinté la joie et me suis empressée de dire que je serais présente. La vérité ? J’avais envie de crever. Encore plus lorsque, la veille, j’ai constaté qu’il ferait 33 °. Un chantier, en pleine canicule. Parfait programme. Et la réalité s’est avérée presque pire. Nous avions donc rendez-vous entre 13 h 30 et 14 h. Je suis arrivée à 14 h. Tout le monde était réuni. Tout. Le. Monde. Sa belle-famille comprise. Sa belle-famille, c’est aussi des farfelus. Surtout la maman, que nous appellerons Corinne pour préserver son anonymat. C’est une maman poule. Une grosse poule. Et je ne parle pas de son physique, plutôt très fin d’ailleurs. Non. Je parle bien de sa manie de se nommer « Maman » quand elle s’adresse à son fils au lieu d’utiliser la première personne du singulier, de te toucher les cheveux lorsqu’elle passe derrière toi ou de te lancer des petites piques pour te montrer son affection. Ce genre de belle-mère. Et si je n’ai pas les avantages d’un mec, ce n’est pas pour me taper les désavantages de ceux des autres. Autrement dit, supporter Corinne toute la journée, ce n’était pas trop mon objectif. Oui, mais voilà, ce n’était l’objectif de personne. Et la Corinne, elle m’adore. Parce qu’on se connait depuis des années et que, je cite, elle se marre toujours bien avec moi. Il est vrai que la Corinne, elle est bon public et elle a de l’autodérision. En tout cas lorsque les vannes viennent de ma bouche. C’est ainsi que, lorsque l’après-midi travaux a débuté et que ma sœur a annoncé les équipes, je me suis retrouvée, sans surprise, avec Corinne. Une joie. J’allais donc me faire une journée chantier sous une canicule de merde avec la belle-mère passive-agressive de quelqu’un d’autre. Une joie, ai-je dit.  Je l’ai emmenée avec moi, lui ai donné un pinceau, ai rempli un bac de sous-couche et choisi la chambre la plus petite. Si les débuts ont été catastrophiques car je n’avais aucune idée de par où commencer, nous avons rapidement attaqué les coins, puis, petit à petit, trouvé notre rythme. Lent, certes, mais rythme quand même. Puis de lentes, nous sommes passées presque au point mort lorsque, seulement quelques minutes après le lancement, Corinne m’a subtilement indiqué, grâce à des essoufflements prononcés et des yeux qui roulaient de tous les côtés, qu’elle en avait marre. D’abord, elle s’est plainte d’un mal de dos. Puis, elle était fatiguée. Pour enfin partir boire un verre et disparaitre pendant 30 minutes. Corinne m’avait lâchée. Et en réalité, j’étais bien contente. Jusqu’à ce qu’elle revienne en insistant pour m’aider.  Parce que c’est bien ça, le souci avec les Corinne : elles ne veulent pas être mises de côté. Pire, elles ne veulent pas que leur fils pense à mal. Alors, elle devait lui prouver, lui répéter, lui montrer combien elle était investie. Tout ça sans rien faire, parce qu’elle était toujours fatiguée. C’est pourquoi il lui fallait une parade, parade que je lui ai offerte sur un plateau d’argent. Car, pendant que j’étais sur mon escabeau, bras tendus pour atteindre le plafond, elle me regardait redescendre toutes les deux minutes pour remettre de la peinture sur mon pinceau. C’était son occasion, celle d’avoir un rôle sans en faire trop. Sans même que je le demande, je l’ai vue attraper mon pinceau, puis elle m’a ordonné de remonter : « Je me charge de te recouvrir le pinceau de peinture. » Pendant toute l’après-midi, perchée sur mon escabeau, je l’ai entendue se plaindre d’être épuisée alors même qu’elle ne faisait quasiment rien. Plus que ça, elle m’a imposé ses contraintes. D’abord, ça a été la musique. Elle choisissait les sons et, malheureusement pour moi, elle ne voulait que du madison, qu’elle m’a obligée à danser car elle ne se souvenait plus de la chorée. Je me suis retrouvée à descendre de mon escabeau, non pas pour faire une pause et boire un Coca frais, mais pour lui apprendre quelques pas. Dans un second temps, ça a été les finitions. Comme une cheffe de chantier, elle m’a ordonné de reprendre certaines

Ce jour où j’ai acheté une quiche à sept euros

Vendredi 5 juillet. Le début d’un week-end que nous organisions depuis des mois, l’enterrement de vie de garçon de l’un de mes meilleurs amis. Alex. Mon parfait petit Alex se mariait. Et il fallait fêter ça. Accompagnés d’une dizaine de personnes, tous ses copains proches en somme, nous partions en direction de Lille, ville qui peut paraitre surprenante quand certains choisissent le soleil et la mer, mais pourtant, c’était notre décision. Alex, il adore Lille, et c’est la seule chose qui importe. Avec le vent et le froid. Mais ça, c’est un autre sujet. Nous sommes arrivés le vendredi, dans un superbe immeuble lillois, très charmant et surtout suffisamment spacieux pour accueillir une douzaine de personnes. Moi, je partageais ma chambre avec Gabi, une danseuse professionnelle aussi drôle que touchante, et bien que son énergie fougueuse ait effrayé la mienne durant les premières minutes, c’est une pépite. Et tout ça annonçait un week-end parfait. Parce que c’était la grande réussite de ces deux jours : l’entente. Je le répète sans cesse, il est rare qu’autant de personnes venant d’univers différents matchent si bien. Moi-même, j’avais peur, je l’avoue. Passer autant de temps, comme dans la villa de Secret Story, avec des presque inconnus, ça s’annonçait compliqué. Alors oui, je connaissais brièvement certains membres de l’équipe mais, au final, aucun n’était mon ami, outre Alex évidemment. J’étais stressée. Stressée que ma batterie sociale n’assume pas, stressée de ne pas réussir à mettre mon masque, stressée de trop le mettre et d’en faire des tonnes. C’est toujours un problème avec moi. Quand je panique en société, là où beaucoup se taisent et se fondent dans la masse, moi, je deviens un show ambulant. Pendant des années, j’ai travaillé cette partie, celle qui parle trop fort, se fait remarquer et finit par suer de la moustache de panique. La sagesse et la confiance en moi réussissent souvent à m’éloigner de cette Noëllie, mais je sais que rien n’est jamais acquis. Alors, pendant ce genre d’événement, j’en suis consciente. Elle peut revenir. Mais pas cette fois. Cette fois, j’ai profité. Profité en étant parfaitement moi-même, sans en faire trop, sans devoir me retenir. Je me sentais bien, et c’était beau. J’étais presque triste de ne pas pouvoir rapporter du drame et du potin. Après tout, c’est aussi fait pour ça, un EVG. Heureusement pour moi, il y avait le dernier jour. Le dimanche. Lui, il a été bien plus douloureux. Car si toute la veille était un puits sans fond d’amour, de larmes de bonheur, de verres d’alcool, de danse jusqu’au bout de la nuit et de McDo sur le bord de la route à 3 h du mat’, le lendemain, lui, n’avait pas la même saveur. Déjà, nous étions épuisés, et puis, on savait que c’était les au revoir. Pas les rapides que l’on fait brièvement entre deux portes sans même se claquer une bise. Non, c’était de vrais au revoir. Longs. Très longs. Et à répétition. Lorsque l’un avait son train à 10 h, l’autre l’avait à 11 h 30, puis encore un autre à 12 h 30. Évidemment, moi, j’étais la voiture de retour d’Alex. Autant vous dire que je les ai tous faits. Tous. Et Alex aime très fort ses amis. C’était long, j’étais fatiguée, et le drame est arrivé. Tout a commencé lorsque, le restaurant ouvrant à midi, nous nous sommes posés dans un café vers 11 h pour – surprise – attendre encore. Moi, j’avais faim et je voulais du salé. Bonne nouvelle pour moi, la vitrine proposait ce que j’aime le plus : une quiche. Ma passion. Ce que j’ai moins aimé, ça a été le prix. SEPT FUCKING EUROS. Sept euros pour une part. Mais le souci, c’est que moi, je ne sais pas ne pas réagir. Je suis entière. Et obsessionnelle. Alors, pendant au moins trois bonnes minutes, j’ai été en boucle. J’ai répété que sept euros, c’était trop et que c’était un scandale. Bien sûr, ce n’était pas les sept euros le problème. Le problème, c’était l’injustice. Oui, pour une quiche. À ce moment, ce n’était pas une quiche. C’était ce qu’elle représentait. Pour moi, elle était l’image de ce monde qui nous prend pour des cons, qui vend des produits à des prix inimaginables pour se faire de la thune et qui encule encore le consommateur. Je déteste ça. Et je l’ai exprimé, peut-être trop. Mais ce n’était pas le pire. Le pire, ça a été quand j’ai fini par l’acheter, la manger, qu’on a quitté ce café pour rejoindre l’autre et que, malheureusement, ça a été une catastrophe. Dans ce restaurant, nous avions pris un brunch. Un brunch à 28 euros. Sans même voir le contenu, je le savais, c’était déjà trop. Parce qu’à Paris, je connais des brunchs incroyables qui ne dépassaient pas les 20 euros, 25 maximum. Alors 28, en dehors du centre de Lille, c’était un scandale. Mais le pire, c’est quand le plat est arrivé. Ce plat, c’était supposé être un joli mix d’œufs brouillés, houmous, salade fraiche et bacon. Il s’est révélé être une cuillère d’œuf froid, une salade pourrie, un pot de houmous industriel et du jambon de parme. C’était trop pour moi et, j’insiste, pour les autres aussi. Nous avons commencé à nous plaindre, moi en précisant combien le prix était élevé pour le contenu. Mais ça, c’était avant que ma camarade à mes côtés ne se rebelle. Sans que je le comprenne, elle m’a attrapée discrètement et, autour d’un brouhaha de plaintes, m’a autoritairement et maladroitement dit : « Tu peux arrêter maintenant de répéter que c’est cher ?! C’est bon, on a compris. Déjà, avec ta quiche à sept balles, on avait l’impression que tu allais acheter une baraque. En fait, on dirait juste que t’es dans la merde financièrement et qu’on te fout encore plus dans la merde avec notre week-end, ça me met mal à l’aise. » Le culot.  Premièrement, j’ai été vexée, très fortement. Déjà parce que je n’ai absolument aucun problème d’argent et que mes couilles d’hommes ont pris dans leur égo, mais