Ce jour où j’ai manifesté l’amour

Lundi 11 août 2025.  Avec efficacité et rigueur, je m’impose de travailler sur le document pour l’adaptation de 387 jours en série. De ça, je vous en ai déjà parlé et je ne m’en suis jamais caché. Mais ce que je ne vous ai pas raconté, c’est comment cette série n’est qu’un argument pour rencontrer mon grand amour. Ou du moins, c’est ce que la légende vous fera croire, histoire d’en faire un bon roman. Ou une bonne nouvelle.  Dans mon canapé, confortablement installée, plaid sur les jambes alors même qu’il faisait 40 degrés et que l’ordinateur posée sur les cuissots donnait déjà trop chaud, je m’adonnais à cet exercice bien plaisant, à savoir, choisir des acteurs pour chaque rôle. Si je resterais silencieuse sur l’ensemble, il y en a un dont je ne peux taire le nom tant il mérite d’être hurlé (dans l’idéal contre un mur en levrette, mais on se contentera de ce qu’on a) : Yann Gaël. Si vous ne connaissez pas Yann, permettez-moi de vous l’introduire, sans pour autant qu’il me fasse des infidélités. Mr Yann Gaël, né le 2 août 1986, est un acteur franco-camerounais, que vous avez pu voir dans quelques trucs, mais pas trop non plus parce qu’il est pas ultra connu. La seule chose qu’il est bon de retenir, c’est qu’il est comédien. Et incroyablement canon. Dans mon imaginaire de l’homme parfait, j’ai Yann Gaël. Et mon père. Mais là, c’est un peu plus gênant. Restons donc sur Yann, dont il faudra penser à changer le prénom lors du mariage, bien que tous les hommes que je fréquente ont des prénoms de vieux, ou de nazes. Il a les deux, ce qui annonce une belle histoire. Yann, donc. Aka, l’homme de ma vie. Toujours installée dans mon canapé à constituer mon dossier pour les productions, je décidais donc d’y foutre Yann. Yann qui, donc, est un homme noir. 387 jours qui, donc, n’a pas de personnages noirs dans lequel j’imaginais mon nouveau mari. Parce que Yann, il devait avoir le rôle principal, un Gaspard ou un Phil. Oui, mais Gaspard il est blanc et Phil il est vieux. Deux choses que mon bébé n’était pas. Qu’importe, pour lui, j’étais capable de changer un scénario. Après tout, je n’avais jamais précisé la couleur de peau de ces hommes. Mais là où notre histoire a vraiment commencé, c’est lorsque j’ai commencé à vomir partout. Non pas qu’il m’avait engrossé et que je subissais les débuts d’une grossesse, mais simplement que mon corps semblait avoir un SPM particulièrement intense. De ça  aussi, je vous en ai déjà parlé. Ce jour donc, il m’était impossible de faire quoi que ce soit, si ce n’est resté allongée dans un lit à binge watcher une série. Et encore, la position couchée ne me réussissait pas vraiment. Ma seule solution : il fallait que je pense à autre chose. Me voilà à choisir la première série sur Netflix, une qui n’inclut pas des crimes atroces à la Ed Gein et dont l’histoire ne me demande pas d’être doctorante en psychologie. Néro était la solution. Cette série, c’est un saut dans le temps, une histoire d’un brigand, Néro, au Moyen-âge qui découvre qu’il a une fille dont le rôle est primordial car elle peut sauver le monde. En gros. Ce qui était vraiment important, c’était que Néro était joué par Pio Marmai. Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre. Je lance le premier épisode, enchaîne facilement avec le second puis le troisième. Et, dans certaines scènes, un homme particulièrement sexy fait son apparition : Yann Gaël. Mon homme, dans cette série. Si l’intrigue m’avait de toute manière eu, c’est clairement lui qui m’a fait continuer. Entre deux scènes, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller le googleliser, puis l’instagrammer, puis mater chacune de ses photos telle une stalkeuse flippante. J’assumais. Publiquement même, car je m’étais abonnée et j’avais même eu la brillante idée d’en faire des stories. Dans celles-ci, comme à mon habitude, j’y exposé mes ambitions, et surtout celles avec mon homme. L’envie qu’il vienne jouer dans ma série qui n’existe même pas, la beauté de son corps, notre amour naissant et tous les plans sur la comète. Un fardeau. Un fardeau que certaines d’entre vous ont très probablement partagé à l’intéressé… car quelques heures après, pour être exacte le lendemain lorsque je nettoyais le cul du chien de ma mère qui avait l’anus bouché par une grosse merde retenue dans ses poils longs, Yann m’a suivi sur Instagram. Pire, il a vu mes stories. Pire, il y a répondu. Et moi, caca presque dans la main, j’ai vu ça. Il m’avait écrit, et j’osais à peine ouvrir le message tant j’avais honte. Habituellement, je m’en fous de ce genre de choses. D’abord parce que c’est mon taff et surtout parce que c’est de l’humour. Mais pas cette fois. Cette fois, j’étais sincère. Pas sur le fait que j’étais amoureuse de lui (quoique) mais surtout sur le fait que j’avais envie qu’il intervienne dans mon adaptation. Je le voyais. Surtout en Kriss dans Le Titre, certes. Mais je le voyais, un jour, dans un mes projets. Comment voulez-vous qu’il s’y intéresse si la première chose qu’il a vu de son employeur c’est une loque humaine, étalée dans un lit à deux doigts de vomir, le tout en déclarant qu’elle est folle de lui ? Et pourtant. Pourtant, il semblait intéressé. Sans doute par politesse. Et parce que je sais que tu es abonnée au B Club pour les potins, uniquement pour les potins, voici donc les messages qu’il m’a envoyés : Tant de choses à dire sur ces deux phrases, que j’ai relues 12 fois, et que j’ai imprimées en poster, encadrées dans ma chambre. Premièrement, il me drague. Oui. Me parler d’hommes nus, alors que l’homme nu en question c’est lui, le tout avec un clin d’œil, c’est clairement une manière de me dire qu’il est amoureux aussi. Ne soyez pas naïves, par pitié. Secondement, il veut faire partie du

Ce jour où j’ai visité un cimetière

Jeudi 25 septembre 2025. Un jeudi gris, un jeudi froid, un jeudi qui met déjà dans une ambiance glauque. Il est 18h, c’est l’apéro, et Gérard ne loupe jamais une bonne occasion de sortir le pastis. Et de raconter de la merde à ses enfants. Béatrice et François, une jeune fille d’une dizaine d’années à la personnalité joyeuse bien que chiante et d’un jeune garçon de 7 ans tout aussi souriant mais relou que sa sœur, écoutent d’une oreille non attentive les discours enivrants de leur père. Cette fois, c’est un certain Raoul qui fait parler de lui. Raoul, un mec qu’on pourrait penser vivre dans le désert marocain avec ses chameaux, surtout si on est une personne un poil dans les clichés. Il n’en était rien. Raoul, il semblait bien plus louche. C’est en tout cas ce qu’ont compris le duo d’enfant, lorsque leur père, un peu bourré, a sorti cette phrase : « Raoul Hosman, l’homme qui vit au 13 rue du cimetière, a été retrouvé couché sur une tombe. Il prétend avoir vu des fantômes, des squelettes et des revenants danser près de la chapelle où l’on enterre les petits enfants morts. » A priori, il semblerait que Gérard ne connaisse pas la méthode Montessori tant il est évident que raconter ce genre de choses à des gosses n’est pas le plus intelligent. Surtout lorsqu’on veut qu’ils s’endorment rapidement pour arrêter de casser les couilles. Mais non. Évidemment. Avec ce genre d’histoire, il était certain que Béatrice et François passeraient un temps fou à débattre sur ce qu’ils avaient entendu. D’abord, ils se demandaient s’il existait vraiment des fantômes dans le cimetière et puis, ils finissaient par se dire qu’ils aimeraient bien les voir, ces fantômes. Logique. Heureusement pour eux (pour les gosses, et pour les fantômes qui n’avaient rien demandé), ils étaient bien trop peureux pour y aller en pleine nuit. Le lendemain, Béatrice et François jouaient dans la plaine de jeux avec pour seule consigne de rentrer avant la tombée de la nuit. Après une folle journée à glisser sur le toboggan, à se mettre du sable dans le cul puis à le manger, les deux enfants quittèrent l’aire de jeux comme convenu pour rejoindre leur maison. Ils longeaient les villas, constataient que les lumières étaient déjà allumées dans certaines d’elles et hâtaient le pas. Jusqu’à ce moment. Ce moment où, au coin de la rue, une plaque indiquait « Rue du cimetière ». Rue du cimetière. La rue où Raoul vivait. La rue où le mec chelou qui se couchait sur des tombes pour voir des fantômes, des squelettes et des revenants danser près de la chapelle où on enterre les petits enfants morts, dort.  Sans surprise, et bien qu’apeurés, François et Béatrice suivirent la rue du cimetière jusqu’au fameux numéro 13. À cet endroit, il n’y avait que peu de lumière et par conséquent, il faisait déjà bien noir. Déception, les enfants ne pouvaient pas voir grand-chose. Ils allaient faire demi-tour, mais Béatrice proposa d’aller jusqu’au bout de la rue, celle qui menait à la porte d’entrée principale du cimetière, dans le but de gagner du temps. Il faisait froid, et si François se chiait dessus à l’idée de traverser un cimetière, il n’avait qu’une envie, rentrer au chaud.  Et puis, la lune brillait, elle était presque pleine : il ne ferait pas totalement noir. Heureusement. Car autour d’eux, l’ambiance était tout de même mortuaire. Un hibou qui hululait, des pierres tombales qui jonchaient le chemin, le vent qui sifflait dans les branches des cyprès et l’obscurité oppressante qui laissait apparaitre des ombres maléfiques. Et si ce n’était pas que des ombres ? Et si c’était les fameux fantômes dont parlait Raoul ? François et Béatrice s’activèrent jusqu’à la seconde grille, celle permettant de sortir du cimetière de l’autre côté, pas loin de chez eux. Malheur : elle était fermée par une chaîne, terminée par un cadenas et bien sûr, ils ne disposaient pas de clé. Il était impossible de sortir : ils n’avaient d’autre choix que de faire demi-tour. Un demi-tour qui supposait de repasser par ce chemin horrible et de recroiser les ombres maléfiques. Le gravier crissait sous chaque pas comme le grincement des dents d’un mort. Ce mort qui était probablement autour d’eux. Le vent soufflait, toujours plus fort, chuchotant à leurs oreilles. Soudain, un craquement sous le pied de Béatrice. Et si c’était le doigt d’un squelette ? Elle n’eut pas le temps de regarder, interrompue par le faisceau d’une lampe de poche. Dans l’allée latérale du cimetière, un homme s’approchait. Salopette grise de travail et veste de travail sur laquelle on pouvait distinguer une plaquette sur laquelle était écrite « R. Hosman ». Il était là, l’éleveur de chameaux. Ou le dompteur de fantômes. Il glissa la main dans sa poche et sortit un large anneau en fer sur lequel pendaient deux clés.  Raoul, le genre de con qui pose les questions dont deux enfants ne peuvent pas avoir la réponse. Devant leur silence, Raoul continua :  Le pas boitant, Raoul les emmena dans l’allée latérale, éclairant d’un rayon furtif les tombes à gauche et à droite. Ils arrivèrent à une simple chapelle en pierres grises, porte entrouverte, laissant la vue sur un escalier qui descendait dans la profondeur de la nuit. Raoul continua son chemin, les invitant à descendre, toujours en boitant. Béatrice et François étaient terrorisés, encore plus à la vue des cercueils qui, sur chaque côté, formaient deux étages, le tout dans une odeur de moisi et de pourri difficilement tenable. Mais le pire, c’est que l’un d’eux était presqu’ouvert.  Sans rien ajouter d’autre, Raoul remonta l’escalier avec difficulté et laissa les enfants, seuls, devant cette clé posée sur ce cercueil entrouvert. D’une main tremblante, François attrapa le trousseau avant de se précipiter pour quitter le cimetière. Devant la grille cadenassée, ils introduisirent la clé qui s’ouvrit sans difficulté. Enfin. Enfin, ils étaient libres. Avant de fuir, ils refermèrent de nouveau cette grande grille et jetèrent les clés dans l’allée centrale, pour être certains que personne ne

Ce jour où j’ai perdu mon poste de baby-sitter

Mardi 8 juin 1982. Une date qui vous laisse supposer que ce n’est pas mon histoire. Sauf si je suis un vampire, ce qui, dans le contexte d’Halloween arrivant pourrait être possible. Mais il n’en est rien. La réalité de cette date, c’est qu’elle retrace une histoire tragique que je souhaitais vous conter, dans le seul but de vous terroriser. J’en suis navrée, mais telle est ma mission en ce mois d’Octobre.  Mardi 8 juin 1982 ou jeudi 4 mars 1982. La date exacte importe peu, si ce n’est que tout se passe en 1982, au Royaume-Uni, dans la ville très peu connue de Windermere. Helen, une jeune femme dont il est impossible de décrire le physique, à l’exception de ses cheveux bouclés qui pourraient ressembler aux miens, attaque sa noble mission : garder trois enfants. En d’autres termes, Helen est baby-sitter pour la famille Stuart.  Comme la souris. Sauf que, cette fois, ce sont des humains. Malheureusement…  À son arrivée dans cette grande maison victorienne, les enfants sont déjà au lit. Une aubaine pour Helen. Quoi de mieux qu’une baby-sitter payée plein tarif sans avoir à supporter les sales gosses, leurs hurlements ou pire, leurs couches pleines de merde. Helen est aux anges. Pour le moment.  Sans grandes responsabilités, si ce n’est celle de s’affaler dans le canapé, d’ouvrir un roman pourri dont elle n’avait pas l’intention de dépasser la page 3 et de ne pas démarrer Netflix qui n’existait pas à l’époque, Helen se félicite de sa soirée tranquille. Puis, le téléphone sonne. Un classique. Elle décroche, et rien. Silence. Pas même un souffle. Juste un bruit blanc. Elle raccroche, reprend son livre et 10 minutes plus tard, la sonnerie retentit de nouveau. Cette fois, une voix grave lui répond : « Es-tu allée voir les enfants ? » Et merde. Évidemment que non, elle n’était pas allée voir les enfants. Mais après tout, n’était-ce pas juste un test des parents un peu stressés ?  À cette question, Helen n’a pas pu y répondre car presqu’immédiatement, le téléphone s’est coupé… pour recevoir un appel de nouveau. Même voix. Même question. Inquiète, Helen contacte le restaurant où les parents dînaient pour apprendre qu’ils étaient partis depuis dix bonnes minutes. Qui plus est, toujours soucieuse, Helen contacte la police pour prévenir des appels étranges qu’elle recevait. Un canular, ont-ils pensé, ces cons.  Parce que le téléphone, il a continué de sonner, une fois encore. Et toujours des questions. « Pourquoi as-tu éteint les lumières ? » demandait la voix du croque-mort alors qu’Helen se trouvait dans un salon sombre, avant d’ajouter « Je veux me baigner dans ton sang ». Charmant.  Helen, tremblante, raccroche, paniquée. Sans blague. Sans surprise, la sonnerie retentit de nouveau presqu’aussitôt. Helen hurle à cet homme de la laisser tranquille sans même qu’il puisse poser un mot. Pourtant, cette fois, c’était la police : « Helen, nous avons tracé l’appel. Écoutez-moi bien : il vient de l’une des pièces de la maison. Sortez immédiatement. » Au top les flics. Helen traverse le salon, se prend les pieds dans le tapis, tombe une fois, se relève, tombe une seconde fois, se relève une seconde fois pour se jeter sur la porte d’entrée. Certes, c’est romancé. Mais ce qui est certain c’est qu’Helen est en panique. Elle tente de déverrouiller la porte, fait tomber les clés, les ramasse, se cogne le genou, la tête contre la clenche, et finit même par jurer comme un charretier, avant de l’ouvrir. Oui, là aussi, c’est romancé. Enfin presque libre. Elle passe un pied pour sortir et, derrière un bruit sourd se fait entendre, accompagnée d’une silhouette massive, immobile.  Helen hurle et sort enfin, atterrissant directement dans les bras d’une escouade de policiers. Si elle n’avait pas 16 ans, on pourrait presque croire à une dark romance ou le début d’un film porno. Il n’en est rien. La troupe de cowboy foncent dans la maison et ressortent quelques minutes plus tard avec un homme menotté, couvert de sang. Helen tremble. Les policiers aussi. Mais pas pour les mêmes raisons : le sang, c’est celui des enfants Stuart. Et parce que l’histoire pourrait être encore plus terrifiante si elle avait une vraie raison, j’aurais aimé vous détailler une suite. Il n’en est rien. Après de longues recherches (ok quelques minutes sur ChatGPT), il semblerait que cette histoire ne soit qu’une légende urbaine et par conséquent qu’il n’y ait rien d’autre à son sujet, telles que la raison du meurtre ou l’identité du tueur. Frustrant. Je sais. Alors, voici ce que j’ajouterai à cette légende urbaine : une suite tout aussi gore. Dans notre imaginaire, le tueur serait le frère du mari : Tristan Stuart. Ou William Stuart. A votre guise. William, il a toujours été amoureux de la femme de son frère. Et de toute évidence il a toujours été complètement barré. Un soir, lorsque son frère lui apprend qu’ils partent diner avec sa femme, et que les enfants restent avec une gamine de 16 ans, il se dit que c’est le moment. C’est lui, l’homme qui devrait emmener Géraldine (oui, elle s’appelle Géraldine) diner. C’est lui, l’homme qui devrait être le père de ses enfants. C’est lui, l’homme qu’elle devrait aimer.  William n’en peut plus, il se faufile par la fenêtre que les parents ont laissée entre-ouverte, fonce discrètement dans la salle de bain de l’étage et, de là, il s’amuse un peu.  Car oui, tuer les gosses c’est une chose, mais le faire sans panache c’est hors de question. William, c’est un artiste. Un façonneur de bougies. Certes. Mais très doué, capable de faire des formes atypiques et qui n’utilisent que des cires de soja. Oui, en 1982. Précurseur William. Sauf dans le meurtre. Parce que tuer les gosses de sa bien-aimée pour qu’elle tombe amoureuse de vous, ce n’est pas nouveau. Quoi que. Tout cela est-il que ça ne fonctionne pas, sans surprise. La suite, vous la connaissez déjà. William a appelé Helen, a joué un peu, puis a fini par tuer les gosses, espérant pouvoir tuer son frère à son arrivée. Dommage pour lui, les flics

Ce jour où je n’ai pas choisi entre Pile et Face

Lundi 5 août 2024, ou peut-être mardi 6 août 2024. Un de ces jours durant lesquels j’étais censée me reposer alors que mon cerveau ne voulait pas s’arrêter. Il faut dire que pendant l’été 2024, il avait de quoi bouillonner. D’abord, parce que cela faisait quelques semaines que ma nouvelle saga, Le Titre, était sortie. Puis, parce que l’oracle L’Esperluette, lié à cette saga, allait lui aussi prendre vie en septembre. Tant d’événements qui m’offraient la joie d’avoir mes neurones en éveil. Pourtant, mon cerveau, il était déjà ailleurs. Il était déjà dans le futur. Il était déjà en train de penser à la suite.  La suite, il la voyait double. Et je m’en souviens parfaitement. Comme un éclair de génie, sans prendre conscience des conséquences, j’ai eu cette idée bien ambitieuse, un peu folle, mais – j’en étais sûre – brillante. En toute humilité, bien sûr. À cet instant, j’ai su : il y aurait deux tomes 2. Pour vous refaire le contexte, et pour les rares gueuses qui n’ont peut-être pas encore lu Le Titre (shame on you comme dirait Ophélie), le roman se termine sur un choix. Sans vous spoiler (bien que j’en aie très envie pour vous punir de votre manquement), Coralie, l’héroïne, reçoit un texto à la fin du livre.  Un texto dont elle ne connait ni l’expéditeur ni le numéro. Un texto qui doit forcément venir de l’un des trois hommes qui ont récemment partagé sa vie. Un texto qui lui dit : « J’ai besoin qu’on parle. Tu me manques, on peut se revoir ? » Un texto d’enculé, donc. Mais un texto d’enculé inconnu. Coralie se trouve figée : impossible de savoir si elle doit répondre ou non. Heureusement pour elle, elle a l’habitude de se faire aider par l’univers, univers qui, dans sa vie, prend la forme d’une pièce qu’elle nomme la Pièce du Destin et qui a un rôle : lui indiquer un choix quand elle hésite. C’était le cas devant ce message. Alors, elle a attrapé sa Pièce du Destin : « Pile, je réponds, face, je l’ignore… » Vous le voyez venir, mon cerveau hyperactif ? C’était une certitude : il fallait que les deux histoires existent. C’est ainsi que durant l’été 2024, je me suis fait la promesse de réussir à sortir deux romans, Pile et Face, en juin 2025. Après quelques jours de repos, bien sûr passés à réfléchir à mes deux livres à venir, je m’y suis plongée. Le plus difficile, c’était évidemment de trouver le scénario. Car la subtilité, et encore une fois sans rien vous spoiler, c’était que le dénouement des deux livres devait être le même. L’idée, c’était d’illustrer la force de la fatalité. Ce qui doit arriver arrive toujours, et c’est ce que je tenais à souligner. En d’autres termes : je voulais deux histoires différentes, avec une fin identique pour prouver que peu importe le chemin, on vit ce qu’on doit vivre.  Si sur le principe, c’est poétique, dans la pratique, c’est beaucoup plus compliqué. Je me suis dans un premier temps attaquée au scénario. J’ai posé sur papier mes idées et surtout mon vécu. Ne nous mentons pas, mes œuvres sont tirés de faits réels.  Plus ou moins. Heureusement pour moi, la vie ne m’épargne pas et m’offre de l’inspiration à foison. Histoires d’amour, d’amitié, de loyauté et de trahison. De quoi faire une jolie intrigue. Ou deux. J’ai noté les trames, les ai reprises, effacées, j’ai écrit de nouveau et fait coïncider les deux. Et, pour ajouter de la difficulté, j’ai laissé des indices dans chacun des romans. Je voulais que Face parle à Pile et que Pile parle à Face. Je voulais que mes lectrices, une fois les deux livres dévorés, comprennent l’impact de cette petite décision sur la vie de mon héroïne. Je voulais l’effet papillon, et il n’était pas si simple à avoir. Après trois mois de rédaction intensive, les premiers jets des deux romans étaient bouclés. Après trois mois de rédaction intensive, les premiers jets des deux romans étaient bouclés. J’avais réussi. En tout cas, c’est ce que je croyais. Parce qu’évidemment, ce n’était pas fini. Le plus dur, ou presque, était encore à venir : les relectures. Les relectures, tu les attends autant que tu les redoutes. Car d’un côté, elles annoncent la fin de l’écriture et donc une sacrée tonne de travail terminé, mais elles signifient également qu’il reste beaucoup à faire. Les relectures, c’est le milieu de l’aventure, et cette étape est aussi agréable que laborieuse. Là, tu doutes. Tu vois les fautes, les lourdeurs, les phrases mal tournées, les chapitres pas assez développés, et tout ce qui peut ne pas plaire. Dans ma tête, j’ai fini par me dire que j’aurais dû ne faire qu’un livre, que c’était assez compliqué et que ça aurait été bien suffisant. Constamment, je les comparais : est-ce que l’un était meilleur que l’autre ? Et si oui, pourquoi ? Que pouvais-je faire ?  À ce moment, tu ne peux plus abandonner et pourtant, tu le voudrais presque. Moi, j’en avais déjà marre de les relire alors que je ne l’avais fait qu’une fois, de devoir traquer les incohérences et de faire en sorte de les parfaire. Mauvaise nouvelle : j’avais, en plus, double travail. Pour écrire deux livres qui fonctionnent ensemble, il faut faire preuve d’une grande vigilance, vigilance que j’espère avoir réussi à avoir. Pendant des semaines, je me suis retapé mes œuvres, encore et encore, jusqu’à ne plus les supporter. C’est classique, chaque année, et c’est souvent bon signe. Parallèlement à ça, je travaillais la couverture, le marketing, la communication et tout ce que je pouvais faire naitre en rapport avec ce nouvel univers qui allait prendre vie. C’était colossal. C’était colossal et c’était en double. Mais je ne regrettais rien. Parce qu’à quelques jours de la sortie, couvertures terminées, livres brochés et histoires prêtes à être lues, j’ai su. J’ai su que l’idée allait vous faire vriller, que vous alliez adorer pouvoir découvrir deux scénarios, que vous alliez vouloir les dévorer et que j’avais eu raison (de me casser le cul). J’ai su. J’ai su que

Ce jour où j’ai signé un bail 

Vendredi 14 mars. Un vendredi qui allait changer ma vie. Un vendredi qui me rendait heureuse. Pour la première fois, j’ai signé un bail et, par conséquent, j’allais devenir propriétaire. Moi, la petite gueuse, qui achetais ma propre maison, seule, avec l’argent que j’avais durement gagné en vendant mes romans. Une fierté. Cette maison, c’est celle que j’attendais depuis deux ans, que j’avais eu tant de difficulté à trouver et qui m’avait bien fait douter. Parce que, ne nous mentons pas, acheter, qui plus est seule et pour la première fois, c’est effrayant. D’abord, car j’y ai foutu toutes mes économies cumulées depuis gamine et surtout, parce qu’on parlait d’une somme que je n’aurais même pas imaginé avoir un jour. Mais j’y étais, devant le contrat qui allait me plumer ou, au contraire, qui me rendrait encore plus riche.  Pourtant, j’ai eu un doute sur la signature de ce bail. Non pas que je n’étais pas sûre de vouloir acheter. Sur ça, je n’ai hésité qu’au tout début, quand il fallait que je me positionne et que j’avais l’impression de perdre un organe tant la décision me semblait phénoménale. Forcément, à ce moment, toutes les questions inimaginables te viennent en tête : « Est-ce que cette maison est vraiment bien ? » « Est-ce que je vais m’y plaire ? » « Est-ce que le voisin pourra être mon nouveau plan cul ? » Bref, les interrogations classiques lors d’un achat. Si j’ai eu un doute sur la signature de ce bail, c’est uniquement à cause du notaire. Le notaire. Ce vieux monsieur d’une soixantaine d’années qui prenait 5 000 balles pour justifier sa simple présence. Et ses compétences, certes. Mais ça fait cher les compétences. Le notaire, donc, avec qui j’avais rendez-vous à 18 heures. Le notaire, donc, avec qui j’avais rendez-vous à 18 heures et qui n’était toujours pas là à 18 h 30. À cet instant, les vendeurs ont découvert ma vraie personnalité. Bien que, soyons honnêtes, ils l’aient entraperçue avant, lors de notre rencontre, puis le jour où ils ont accepté la négociation et où j’ai explosé de joie, je les ai pris dans mes bras et surtout, surtout, j’ai fait du Nono Show. Puis, entre deux blagues de très bon goût, la propriétaire, une jeune trentenaire qui pourrait clairement être ma copine, a fini par m’avouer qu’elle avait regardé mon compte Insta, celui que vous connaissez toutes pour sa légèreté, sa subtilité et sa finesse. C’est faux. Celui dans lequel j’apparais en pyjama plutôt qu’en tenue de soirée, démaquillée plutôt que mascara en place, et avec des mots crus plutôt qu’un doux langage. C’est ce profil que la femme à qui j’allais acheter une maison avait découvert… et elle l’avait aimé.  Pour moi, c’était une bénédiction. Toutes les personnes qui peuvent apprécier La Moins Bonne de tes Copines ont par défaut déjà mon affection. Et, par logique, j’ai la leur.  Alors, quand j’ai naturellement explosé à cause de l’absence du notaire, les propriétaires n’ont pas été surpris. Au contraire, ils m’ont presque encouragée. Comment diable cet homme qui prenait tant de nos richesses pouvait-il ne pas être présent ? Pire, comment pouvait-il ne même pas nous répondre ? C’est ce qu’on aurait pu dire, si nous n’étions pas des charretiers. Nous, on s’est contentés de l’insulter (un peu). Ensemble. Sans le savoir, le notaire était en train de créer encore plus de solidarité, et c’était une bonne chose.  Car, évidemment, il a fini par apparaitre sur notre écran (oui, histoire de cumuler les incompréhensions, nous étions en visio). Après une heure et demie d’explications dont je n’ai saisi que la moitié, voire le tiers, nous en sommes venus à la signature. Et, pour fêter ça, nous avons accompagné cette joie d’un verre de jus et d’une cigarette. Ne me jugez pas, je suis une femme sociale. En d’autres mots, je fume quand j’ai un verre à la main et que je suis bien entourée. C’était le cas avec cette fameuse propriétaire qui ne le serait bientôt plus. Ce moment, il se prêtait à la confidence. Elle m’a donc avoué combien elle était heureuse que j’aie acheté sa maison, que cette dernière avait une âme et qu’il fallait la faire vivre. Elle a continué en me parlant d’elle et, avec un peu de retenue, consciente qu’elle touchait un sujet qui pouvait diviser, a tenté : « Tu es un peu spirituelle toi, non ? » Évidemment que je suis spirituelle. Avec cette réponse, j’ai ouvert la parole, encore plus. C’est ainsi qu’elle a enchainé avec un monologue pour m’expliquer que quelques mois plus tôt, elle était allée consulter une voyante, voyante qui lui avait lu ses vies antérieures. Ensuite, elle a ajouté qu’une personne d’une de ces existences passées allait réapparaitre dans son existence actuelle. Pour faire simple : elle allait retrouver une connaissance de ses vies antérieures. Ce n’est pas plus simple, mais je ne peux pas faire mieux. Moi, j’écoutais en fumant ma clope, partagée entre le WTF de la situation et le sourire que je ne pouvais pas faire disparaitre de mon visage, car la maison n’était pas encore mienne.  Puis, elle a terminé en confiant qu’elle était persuadée que cette personne, c’était moi, qu’elle me connaissait d’une autre vie et que nos chemins n’avaient pas fini de se croiser.  Face à cette réalité, j’ai eu envie de simplement lui dire que moi, ce que je voulais, c’était uniquement acheter sa maison. Mais parce que je suis polie, et surtout parce que je ne la possédais toujours pas vraiment, cette foutue maison, j’ai innové. En premier lieu, j’ai répondu que j’étais touchée qu’elle se sente liée à moi, et dans un second temps, j’ai précisé que j’avais l’amitié difficile et qu’il m’en fallait un peu plus. Le tout avec beaucoup de tact.  À dire vrai, je déteste les gens, même les plus gentils dont elle faisait clairement partie. Cette femme, elle avait de très bonnes ondes et je ne doutais en rien de la belle personne qu’elle était. Moi, en revanche, je suis une sale conne aigrie. Une sale conne aigrie qui venait d’acheter

Ce jour où j’ai aidé l’amour

Mardi 4 mars 2025. Un jour comme un autre pour moi. J’ai enfilé mon jogging sans culotte, attaché mes cheveux qui n’avaient plus aucune boucle, mis mon pull avec un trou au niveau de l’épaule. Un jour comme un autre, donc. Certains matins, je prends le temps de devenir ma meilleure version. Certains seulement. Car je le reconnais – et même si ce n’est pas une bonne stratégie en termes de confiance en soi –, bien souvent, je me contente d’une moi-même plus approximative, qui au mieux finira à la salle de sport sans croiser personne, ou au pire devra passer faire quelques courses, casquette sur la tête et lunettes pour cacher les cernes. Le matin, c’est généralement pour déposer les colis, aller pousser de la fonte et commencer une journée durant laquelle je m’arrangerai pour être un peu plus présentable. Mais le matin, donc, c’est le matin, et de ce fait, il ne faut pas trop en attendre de moi… Dans ma petite voiture, soleil en plein visage et Céline en fond sonore, je nourrissais le cliché de la conductrice de Fiat 500. J’arpentais la route qui me faisait quitter mon village, et je l’ai vue, elle, cette femme gesticulant de tout son être, sur la chaussée. Si j’ai rapidement compris qu’elle était en difficulté, j’avoue que j’ai tout de même émis des réserves avant de m’arrêter. Ne me jugez pas, je suis certaine que vous aussi, vous avez peur des auto-stoppeurs. Dans ma tête, les auto-stoppeurs, c’est le début d’un film d’horreur. Ici, c’était une jeune femme de la moitié de mon poids, à l’air paniqué et, surtout, en plein jour. Pas de quoi m’effrayer, en somme. S’attaquer à un gabarit comme le mien aurait été plus dangereux pour elle que pour moi. Et cela allait être à son avantage. Prise d’empathie, je me suis rabattue sur le côté, j’ai déverrouillé ma voiture, et je l’ai invitée à monter. Dans tous ses états, elle m’a remerciée, mille fois, s’est assise directement sur les sacs en plastique qui contenaient mes commandes sur le siège passager et s’est empressée de me raconter son histoire, en prenant soin d’insister sur l’urgence de la situation. Avec une euphorie qu’elle n’arrivait pas à cacher, elle m’a expliqué qu’elle venait d’un village voisin, qu’elle allait à la gare et que son vélo avait crevé. Puis elle a ajouté, les étoiles dans les yeux et les papillons qui volaient si fort dans son cœur que je pouvais les entendre, qu’elle devait prendre le train pour, je cite, « rejoindre l’amour ».  Alors, elle m’a donné plus de détails, que je n’ose pas vraiment conter ici, car j’ai juré de les protéger, mais qui, en somme, m’ont confirmé que j’avais fait le bon choix. Parce que cet amour, il n’avait pas l’air simple, il semblait plein de contraintes et de difficultés, mais plein de sincérité et de promesses. Elle a continué à me raconter son histoire tout en priant pour ne pas louper son train. Deux minutes. Il lui restait deux minutes. Deux minutes et nous étions encore bien loin de la gare. Comme la servante de l’amour que je suis, je lui ai proposé de l’emmener à l’autre station, où un RER passait plus régulièrement et qui lui permettrait de retrouver l’élu de son cœur sans encombre. Celle qui était à 20 minutes de chez moi. Sans surprise, elle a loupé le train et moi, je lui ai offert de longues minutes. De ces longues minutes qui s’envolaient sont nées des discussions intéressantes. D’abord, parce qu’elle m’a rappelé combien l’amour est l’essence même de la vie et à quel point être sa victime est le meilleur des châtiments. Puis, elle m’a permis de me rendre compte de la chance que j’ai d’être entourée, moi-même, de proches qui soutiennent mes choix, contrairement à elle. Enfin, elle m’a fait un peu peur. Parce que cet amour, je l’ai connu. J’ai été cette passionnée capable de prendre la voiture en pleine nuit pour quatre heures de route et quelques minutes de baisers volés ; j’ai été ce cœur embrasé qui, pour trois jours, part à l’autre bout du monde afin de surprendre l’être aimé ; j’ai été cette folle qui aurait pu tout quitter pour aller habiter à Marseille alors que le moindre degré au-dessus de la normale fait de mon entrecuisse des braises ardentes.  J’ai été elle, et je le serai sans doute encore. Si quelque part, je l’enviais un peu, car la douceur de l’espoir d’un avenir à deux reste l’une des plus belles sensations que j’aie pu vivre, cette femme m’a aussi fait prendre conscience que je n’étais plus prête à me lancer dans ce genre d’aventure où la prise de risque est inévitable. En d’autres termes, mon Dieu que je l’admirais d’être capable d’offrir son cœur avec autant de pureté, sans avoir peur qu’on le lui piétine. Comme une grande sœur que je n’étais pas, car nous avions finalement le même âge, je me suis permis de la conseiller. Je me suis permis de l’avertir. Parce qu’autour de moi, tous les hommes sont décevants. À de très rares exceptions – ou potentiellement une exception : mon père –, je n’ai malheureusement dans mon entourage aucun exemple de mâle hétéro en couple (ou non) qui fasse rêver. Autrement dit, une fois encore, ce sont quand même tous des merdes. Si certains ne sont que des petites crottes, d’autres sont d’énormes bouses, mais une chose les relie tous : ils ne sont pas à la hauteur de ce que nous les femmes, nous leur offrons. Peut-être pensez-vous que c’est du féminisme. Ça l’est sans doute. Mais c’est avant tout un constat de mon quotidien, de ma réalité. En la déposant à la gare, presque 30 minutes après notre rencontre, je lui ai donc demandé de faire attention à elle, de se protéger et, malheureusement, de se méfier. Je lui ai aussi dit que j’étais contente de l’avoir aidée à rejoindre celui qu’elle aimait, et qu’au fond, qu’importait ce qui allait se passer, ce qu’elle vivait actuellement

Ce jour où j’ai décidé d’acheter une maison

Mardi 6 juin 2023. Ou jeudi 14 novembre 2024. Ou vendredi 21 2025. Tant de jours pour un seul objectif : acheter une fucking maison. Si l’endroit où je vis actuellement est plutôt sympathique, il n’empêche que les 1 000 balles de loyer qui partent dans les poches de mes propriétaires déjà blindés au lieu de partir dans les poches de mon banquier déjà blindé sont difficiles à accepter. Pourtant. Pourtant, c’est mon chez-moi. Et c’est bien ça le piège. Car si depuis plusieurs années, j’économise dans l’espoir de pouvoir acheter, la réalité est que j’en suis loin. Déjà, parce que mon chez-moi, il me plait. Et donc, il est évidemment compliqué d’imaginer quitter un logement que l’on aime pour un logement que l’on ne connait pas. Le fameux : « L’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. » L’herbe, moi, je l’aime pas. Dans ma maison actuelle, le jardin, il est tout petit, et c’est parfait. Ce que je veux dire, c’est que cette maison correspond (presque) à tous mes besoins. Elle est très bien située, me permettant de profiter aussi bien de ma vie personnelle que professionnelle, à l’exception peut-être de ma vie amoureuse. Soyons honnêtes : il serait bien plus simple de dater la gent masculine de ma came en habitant place de la République dans le centre de Paris. Et encore, c’est à prouver. Pour avoir vécu plusieurs années dans le 19e, je sais que cela n’assure en rien des trifouillages de clitoris par des mains forcément moins habiles que les miennes, à mon grand désespoir. Même si mon voisin s’appelle Gérard, que je suis entourée de familles plus que de jeunes célibataires aux abdos développés et que la forêt me voit plus régulièrement que les terrasses de café, je suis heureuse là où j’habite. Voilà donc pourquoi, trois ans après avoir commencé à chercher, je n’ai toujours pas bougé. Il faut avouer qu’outre le fait que je suis bien chez moi, il y a un autre argument massif à mes craintes de déménagement : je suis seule. Et lorsque je dis que je suis seule, je ne parle pas de mon petit cœur très souvent célibataire. Je parle bien de mon compte bancaire qui se dilapidera par dizaines de milliers d’euros en solitaire. Acheter une maison pour la première fois, ça fait peur. Acheter une maison pour la première fois en solo, c’est effrayant. Évidemment, j’ai la chance d’être entourée, notamment de mes parents qui, dans une autre vie, ont certainement été Stéphane Plaza. Oui, la référence est malvenue, parce que Stéphane, c’est quand même un enculé qui a battu sa femme. Certes. Mais connaissons-nous une autre référence en matière d’immobilier ? Eh bien, non. Ainsi, si tu es toi-même dans le biz, merci de vite proposer ta candidature à M6 pour nous faire oublier ce connard et devenir la nouvelle réf.  Mes parents, donc, ils aiment acheter, revendre, rénover, chercher des baraques dans des lieux où ils ne sont jamais allés et surtout, me motiver à, moi aussi, investir. Depuis des mois, je les entends me recommander de passer le cap, parce que « c’est bête d’avoir un apport, de payer un loyer et de perdre de l’argent ». Oui, maman, c’est vrai. Mais moi, je paye également mon confort, la non-charge mentale et le luxe de ne pas me prendre la tête avec un achat. C’était en tout cas ce que je pensais il y a encore quelques semaines. Jusqu’à la révélation, que vous connaissez peut-être vous aussi. Noholito. James, l’un de mes amis qui, fin d’année 2024, a acquis une superbe maison que j’ai pu visiter en décembre. James, il n’a pas eu peur et il a foncé. En le quittant, j’ai puisé en lui le courage qu’il a eu d’acheter seul, sans se poser trop de questions, sans crainte de faire une erreur. C’était ça qui me manquait. Me jeter à l’eau. Moi qui, habituellement, me lance à corps perdu dans des projets complètement improbables dans ma vie pro, je paniquais dans ma vie perso.  De retour chez moi, début 2025, j’étais décidée : cette année, j’allais déménager et surtout, j’allais acheter ma maison. Ainsi, je me suis retrouvée sur toutes les applications, les sites de petites annonces et autres sources pour trouver un bien. Parallèlement, j’ai contacté mon expert-comptable en serrant les fesses à l’idée de voir mes économies partir, et mon banquier en serrant les fesses à l’idée que ma demande de crédit soit refusée. Pourtant, tout s’est aligné. Les simulations étaient bonnes et tous les feux étaient au vert. Pour une fois depuis plusieurs semaines, j’en avais envie, vraiment. Je m’imaginais dans cette nouvelle maison et j’ai carrément fini par ne plus aimer celle dans laquelle je vivais. Je constatais ses défauts, rêvais d’une chambre en plus dans laquelle je rangerais mes livres telles des œuvres d’art, d’un salon dans lequel trônerait une grande table où je pourrais préparer mes commandes ou d’une salle de bain supplémentaire pour accueillir mes proches aisément.  Comme à mon habitude, je suis devenue complètement obsessionnelle, à regarder toutes les cinq minutes les annonces en espérant y trouver mon bonheur et en commençant même à visiter. Motivée comme jamais, j’avais presque le stylo en main pour signer après la première maison, bien qu’elle soit trop chère et qu’elle ne me corresponde pas vraiment. Je ne voyais que le positif, en me mentant sur le négatif. En réalité, je savais bien qu’elle ne me plaisait pas. Déjà, le voisin pouvait littéralement me regarder me masturber dans mon lit s’il se mettait à sa fenêtre. Et puis, les chiottes étaient un bidet des années 50. Enfin, les murs du salon étaient recouverts de bois, bois qui avait pris l’humidité et qui sentait le renfermé. Mais tout ça, je l’occultais alors que j’étais toujours très claire sur un point : je ne voulais pas faire de travaux. Néanmoins, à cet instant, rien ne semblait être un problème. La chambre mansardée qui m’empêchait de me tenir droite ? Pas un problème. Le garage trop petit même pour un scooter ? Pas un problème. Le voisin aux lunettes en

Ce jour où mon crush a pris une tournure inattendue

Lundi 6 janvier 2025. La nouvelle année. La (presque) première semaine de l’année. Je me retrouvais déjà à matcher des gars sur Hinge. À dire vrai, j’en avais ras-le-cul, des applications de rencontres. Après mon aventure avec Monsieur Chouette à la fin de l’année 2024, je n’étais pas vraiment d’humeur pour des rencontres. Janvier 2025, j’étais pleine de résolutions, avec la volonté sincère de me concentrer sur moi, mes objectifs et mes ambitions. Mais, parce que cela me faisait passer le temps, il m’arrivait de voguer sur Hinge, le Tinder 2.0, et de matcher des profils intéressants. L’espoir aussi, peut-être. J’y croyais encore, à la possibilité de tomber sur quelqu’un de vraiment bien et avec qui je pourrais vivre une histoire cool. Après tout, j’avais connu ça une fois, malgré la fin merdique. C’est qu’au fond, sur les applications de rencontres, cela pouvait exister, les belles surprises…  Je passais d’un compte à un autre, sans prendre réellement le temps de les regarder tant ils se ressemblaient. Tous clamaient la même chose, la même volonté de voyager en 2025, de trouver l’amour, d’aller à des concerts ou de bruncher le dimanche. Aucun ne se démarquait, et moi non plus, probablement. Nous étions tous de pâles copies. Dont lui. Lui, c’était un grand monsieur d’un mètre quatre-vingt-cinq (c’est en tout cas ce qu’il disait), la peau métisse, le crâne rasé et un sourire à craquer. Rien d’exceptionnel. Désolée si tu passes par là. Mais ce charmant métis était vraiment charmant, au point que j’ai accepté son match. Pourtant, je doutais. Car outre ses photos, Charmant Métis, CM pour les intimes (surnommons-le comme ceci) avait du caractère. Sur sa description, il avait indiqué que si on matchait, il faudrait avoir de la discussion, oser relancer, et ne pas se contenter du digital. Face à cette réalité, j’ai eu trois analyses : soit CM était particulièrement clair sur ses ambitions, soit CM était un habitué des applications de rencontres et des conversations qui s’essoufflent avant même d’avoir commencé, soit il était les deux. Alors, j’avais hésité. J’avais hésité à accepter son invitation. Je l’imaginais chiant, à demander à aller boire un verre après seulement deux messages échangés, à poser des « Salut, ça va ? » comme tous les autres ou à trop espérer d’un coup.  Je le sentais investi. Très investi. Et ce alors que nous ne nous étions pas encore parlé. Bonne nouvelle, j’ai très rapidement pu en avoir le cœur net. En effet, CM savait ce qu’il voulait et à peine avions-nous matché qu’il m’envoyait déjà un premier message. Et si je suis incapable de vous retranscrire celui-ci, je peux en revanche vous parler de tous les autres. CM était un gentil. CM était le PLUS gentil.  Rapidement, nous avons discuté par audios. Sa voix était douce, très claire et son élocution parfaite. Il s’est avéré que CM était dans le milieu de la télé. Un comble lorsqu’on sait que Monsieur Chouette m’avait balancé à la gueule que j’étais une accro du petit écran et que cela était un souci. Scoop, donc : ce n’est jamais vous le problème, c’est simplement que vous n’êtes pas avec la bonne personne. Parce que CM, il adorait que j’adore la télé. On a parlé longuement de nos points communs et de tout ce qui faisait qu’on appartenait au même monde. Et c’est à cet instant, après quelques échanges, que j’ai su : CM n’arrivait pas à me séduire. Mais – et ma psy en serait fière – je n’ai pas coupé les ponts. Plus encore : j’ai été sincère. Après deux jours à discuter de sujets plus captivants les uns que les autres, j’ai fini par être honnête. Dans un vocal qui ressemblait à un podcast tant j’ai tenté de mettre les formes, je lui ai expliqué que je n’étais pas prête à rencontrer quelqu’un de nouveau et que pour le moment, je ne recherchais pas de relation amoureuse. À cela, j’ai ajouté qu’en revanche, nous avions plein de choses à nous apporter, au moins professionnellement, et que nos échanges m’intéressaient. Une première. J’allais me faire un ami grâce à une application. C’était en tout cas ce que j’espérais. En envoyant le message, je ne me voilais pas la face. La probabilité que cet homme souhaite toujours parler avec moi après cette friendzone était faible, voire inexistante. Et pourtant.  Pourtant, CM m’a surprise et m’a encore prouvé sa valeur. En quelques mots, avec beaucoup de tact et d’intelligence, il a souligné combien il me trouvait charmante, et m’a annoncé qu’il n’avait aucun problème à discuter juste pour discuter. Il a également affirmé que j’avais énormément de talent, talent qu’il avait déjà noté lors de nos tout premiers échanges, à l’instant même où il avait vu mon profil. Puis, il m’a aussi dit qu’il aurait des opportunités professionnelles pour moi, et qu’il se ferait un plaisir de me les communiquer. Le tout dans une bienveillance, un respect et une gentillesse que j’ai rarement rencontrés. CM était un ange.  Les jours suivants, je pensais que je n’aurais plus de nouvelles. J’avais tort. CM m’a parlé d’un de ses projets, projet qui, encore une fois, faisait écho au mien et suscitait mon intérêt. Au milieu de tout ça, je l’ai vu s’abonner à mon compte, là où la plupart des individus masculins de mon entourage me regardent à peine. Lui, il me répétait combien il me trouvait brillante, talentueuse et pertinente. Puis, il a voulu acheter mon livre. Acheter mon livre. CM voulait acheter mon livre. Un mec que j’avais rencontré une semaine avant, sur une application de rencontres, voulait acheter mon livre alors que mon ex dont j’ai sucé le gland pendant un an n’a pas lu ne serait-ce que dix pages de celui que je lui avais offert.  CM était quelqu’un de bien. Très bien. Et si, gueuses que nous sommes, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser qu’il faisait tout ça pour tâter mon fessier incroyable, le fait est que, dans l’absolu, il ne m’avait même pas invitée à boire un verre.  C’est alors que

Ce jour où je suis allée voir la Star Ac

Samedi 23 novembre 2024. La Star Academy. Comme tous les samedis. Oui, ne me jugez pas, j’aime la Star Academy. Depuis toujours. Petite, j’ai grandi avec Jenifer qui roulait des patins à Jean-Pascal, Georges-Alain qui faisait son strict minimum sur Asereje et Grégory qui nous a quittés un peu trop tôt, nous obligeant à nous taper des hommages tous les ans. Désolée, Grégory, aussi triste soit ton départ, on n’en peut plus de TF1 qui nous assomme avec tes chansons d’il y a 20 ans – soit dit en passant pas franchement ouf –, le tout en nous suppliant de faire des dons alors que le salaire de Nikos sur un prime suffirait à remplir les caisses de l’association pour l’année. Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est ma passion pour la Star Academy.  Et l’avantage, c’est que je ne suis pas la seule. Autour de moi, on fait même des soirées Star Ac. Le genre qui va avec le diner gras, le canapé-plaid et les critiques à chaque prestation. Le type de moment que j’adore. Et j’allais encore plus adorer ce samedi 23 novembre. Car ce soir-là, la Star Ac, on allait la vivre, en vrai. Et ça me rendait heureuse… au début. Au début, mon ami m’a annoncé qu’il connaissait l’un des membres de la production, qu’il pouvait nous emmener ma meilleure pote et moi à l’un des primes et qu’on allait kiffer. Ça, c’était sur le papier. Car dans la réalité, les choses étaient beaucoup moins fun… et surtout plus longues. Déjà, on devait arriver à 18 h 30. 18 h 30. Pour un début d’émission à 21 h. Parce que d’abord, il fallait préparer le plateau, s’installer, et crever de froid. On a débarqué sur un parking où ils avaient mis une pergola, et où, surtout, le personnel nous a demandé de retirer nos manteaux, nous laissant plusieurs minutes nous geler avant d’entrer dans le studio. Point positif : ils nous offraient des sandwichs. Une soupe aurait été mieux. Après plusieurs minutes à attendre de rentrer dans la fosse, ils nous ont lâchés. Telles des bêtes sauvages, le peuple a couru jusqu’à sa destination pour être le plus devant possible. Le tout avec des pancartes et des cris de joie. Moi, j’étais au fond, et ça m’allait très bien.  Car à peine arrivée, j’ai compris. J’ai compris que la réalité, elle allait être moins sympa que le plaid-canapé dont j’avais l’habitude. La réalité, elle allait être longue.  Avant le prime, et à ma grande surprise, les tournages ont commencé. Premièrement, ils ont enregistré tous les tableaux qui ne pouvaient pas être présentés en direct. Deuxièmement, ils ont tourné les prestations de l’after. Parce que oui, Jenifer ne patiente pas jusqu’à 2 h du mat pour nous dire qu’elle attend l’amour. Voici donc comment trois heures avant, on bouffe déjà de la Star Ac. Le tout boosté par Bruno, le gars qui vous oblige à agir d’une manière ou d’une autre. « Oblige », c’est le bon mot. Car si vous avez le malheur de montrer un peu moins d’entrain, Bruno profite des pauses pour vous remotiver en vous demandant d’y mettre du cœur. Et des pauses, il y en a beaucoup. À chaque documentaire diffusé à la télé, pour être exacte. En plateau, tu ne les vois pas. Encore une des choses qui rendent le temps long. Heureusement, il y a quand même du positif, à commencer par les petits potins. Évidemment, le plus fun, c’est de découvrir les personnages de télé dans la vraie vie. Et ils le savent bien. Eux, ils sont là pour faire le show, voire un peu trop. D’abord, il y a Nikos. Lui, il a débarqué, très fier, a salué son public, a presque mal parlé à un homme dans la foule qui lui demandait une photo et s’est mis à jeter des private jokes au jury en face. Le jury, justement. Quand il arrive, hors tournage, pour s’installer, il crée l’émeute. Encore plus durant mon prime où les anciens étaient présents. Armande, Kamel, Oscar, tant de personnages que je regardais depuis toute petite et que je découvrais en vrai.  Puis, le show commence. Les élèves entrent, les caméras filment, les lumières s’allument et les spectateurs sont en folie. Il faut reconnaître la vérité : ils savent faire de la télé. Tous se rappellent parfaitement où ils doivent être, ce qu’ils doivent dire, ce qui plaira, ce qui fera réagir. Hors caméras, tout est bien calme et le public n’a plus vraiment d’intérêt. Tout ce qui compte, c’est ce que le prime donnera à l’écran, et finalement, c’est assez logique.  Nous, dans la fosse, on souffre en silence. À 22 h, à peine à la moitié de la soirée, bien que Jenifer nous ait rendus nostalgiques et Chimène Badi proposé son seul tube, on s’emmerde. D’abord, parce qu’on a mal aux jambes à force d’être debout. Ensuite, parce que clairement, c’est long. Très long. Finalement, l’émission est composée à moitié de reportages qu’ils diffusent ou de pubs. Les prestations sont peu nombreuses et surtout, elles sont loin. On ne voit pas bien, on n’entend pas bien. Encore une fois, car le plus important, c’est ce que ça donne à la télé.  Une fois le prime terminé, le drama est arrivé. Parce que mes amis et moi, soyons clairs, on voulait se casser. Sans aucun regret d’avoir vécu cette expérience que je vous conseille si vous kiffez l’émission, mais pour autant, bien décidés à ne pas subir l’after deux heures de plus. Ça, c’était le plan. Car dans la réalité, le public est obligé de rester jusqu’à la fin. Obligé. Nous, on avait l’autorisation de rentrer avant, telles des stars, et surtout, tels des amis d’un gars de la prod. Oui, mais voilà, le gars de la prod, il n’était pas là. Et le gars de la prod, il avait rien précisé.  L’équipe, c’était pas vraiment la plus aimable du PAF. Et à 23 h 30, c’était encore pire. Lorsqu’on a voulu partir, il a fallu négocier. Négocier pour partir. Un comble. Parce que, rappelons-le, outre le

Ce jour où je me suis fait prendre à son taf

Mercredi 6 novembre. Je redécouvrais les joies du sexe depuis quelques jours. Il faut dire qu’elles m’avaient quittée depuis un moment. Premièrement parce qu’après mes histoires d’amour un peu pourries, j’avais préféré, inconsciemment, me réfugier dans mon travail et me consacrer à ma carrière. C’était chose faite et j’en étais très fière. Deuxièmement, parce que quand j’avais décidé de me refoutre en relation avec un être humain de type mec toxique, rien n’avait été simple, encore moins le cul. En résumé, depuis des mois et des mois, ma vie sexuelle se résumait à mes sex-toys adorés, quelques doigts qui les remplaçaient parfois, et des pornos qui les accompagnaient souvent. Je ne m’en plaignais pas, mes orgasmes étaient assurés. Jusqu’aux retrouvailles avec la chair. Ahhh, la chair. Et quelle chair. Le crush du moment est gaulé comme un dieu. Et je pèse mes mots. Au cours de mon existence, j’ai eu la chance de fréquenter des beaux mecs. Certes, peu nombreux, mais beaux. À l’exception de mon premier amour. Lui, on le surnommait « la girafe ». Et pas à cause de sa teube. Il était laid, vraiment. Un grand cou, des yeux qui sortaient légèrement de leurs orbites, un nez en trompette, très maigre et fin. Pas un mannequin, quoi. Encore moins comparé à ma nouvelle conquête. Car si j’étais habituée aux beaux mecs un peu baraqués, au sourire Colgate et à la peau lisse, je n’avais finalement rien vu avant le date du moment. Lui, Monsieur Chouette donc, c’est une armoire des années 50 qui traîne chez nos grands-parents depuis notre plus jeune âge. Il est mastoc. Ses épaules sont ce que mon imagination n’aurait pas osé créer. Elles sont parfaitement dessinées.  Même au repos, elles laissent apparaitre les lignes des muscles. C’est dingue. Évidemment, il a aussi les abdos, les pectoraux, le fessier, les cuisses et tout le tralala qui sont tracés. Fou, vraiment. Je suis complétement fan de son corps. Encore plus depuis que je l’ai vu nu.  J’ai mis du temps, certes, avant de le découvrir. À dire vrai, et pour celles qui suivent assidûment, j’avais carrément douté du fait qu’il me plaisait. Miséricorde. Comment ai-je osé ? Comment ai-je osé passer à côté de LUI ? Car outre son corps incroyable, il est performant. Genre, très performant. Monsieur Chouette, il est capable de baiser pendant des heures, de faire une pause, de reprendre, d’enchainer à nouveau. Le tout en prenant soin de te demander si tu aimes, si tu préfères continuer ou arrêter, s’il ne te fait pas mal, si tu souhaites changer de position ou si la situation te convient. Mec, ton pénis de champion relié à ton corps d’athlète est en train de me défoncer tandis que tu réussis à me câliner avant de me bousculer sauvagement, et ce dans le respect de mes besoins et envies. Évidemment que non, je ne veux pas que tu arrêtes. C’est un dieu du cul, et ça, je ne l’avais jamais connu.  Dès la première pénétration, je suis tombée amoureuse de notre vie sexuelle… au point d’en devenir obsédée. J’étais en boucle. Dans ma tête, je ne pensais qu’à lui. Ou plutôt à nos coucheries. Je revoyais tout, tout le temps. Même ce mercredi 6 novembre à 19 h. Pourtant, j’étais loin d’être sexy, à cet instant. J’étais dans mon lit, devant mon vidéoprojecteur, après une journée épuisante à Paris et face au constat dramatique de la réélection de Trump. Vraiment, vraiment pas sexy. Mais, il était là, Chouette, à m’écrire. Si pendant des semaines, avant de coucher ensemble, on discutait tous les jours de tout et de rien, depuis qu’il m’avait pénétrée, nos messages n’étaient QUE des sextos. Et on adorait ça. Sauf que forcément, ça n’aidait pas nos pulsions.  C’est à cet instant, alors que subtilement, je lui proposais de venir me déglinguer chez moi, qu’il m’a annoncé qu’il bossait. Pas compatible, donc. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il avait la solution : moi, je pouvais le rejoindre.   Pour des raisons évidentes de confidentialité et pour protéger le nouveau corps préféré de ma vie, je ne dévoilerai pas son métier. Même si je l’ai déjà très brièvement évoqué. Mais ce qui est important, c’était qu’il était seul, au milieu de la nuit, dans un bureau. Presque sans aucune hésitation, j’ai foncé. Pendant l’heure de voiture qui nous séparait l’un de l’autre, j’étais à deux doigts de me les mettre. Heureusement pour moi, il y comptait bien aussi.  Je me suis garée sur le parking, j’ai tapé le code pour entrer et l’ai finalement rejoint dans son bureau. Au début, nous nous sommes tenus, au moins pour faire genre. Il se contentait de caresser ma jambe que j’avais délicatement posé sur la sienne, de me prendre la main ou de m’effleurer le bras. D’abord, nous avons opté pour les discussions d’usage, histoire de nous faire croire que nous n’étions pas des animaux. Il m’a parlé de cinéma, a critiqué les derniers films qu’il avait regardés et m’en a conseillé d’autres. Je m’en foutais complétement, mais j’acquiesçais. Encore plus lorsqu’il m’a fait une liste aussi longue que sa bite à la fin de laquelle il a souligné que ces films devaient être vus ensemble. Mon chéri, crois-moi que ce n’est pas la télé que je vais mater. Puis, après avoir feint l’intérêt pendant 30 minutes, j’ai fini par m’assoir sur lui. Tout simplement. Comme dans un porno, je me suis levée de ma chaise et, telle une secrétaire sexy qui veut se faire sauter par son boss, j’ai placé une jambe à droite, une jambe à gauche et laissé les siennes au milieu avant de lui rouler une galoche de l’extrême. En quelques secondes, je me suis retrouvée nue, empalée sur sa bite que nous avions pris soin de couvrir d’un préservatif goût fraise. L’intérêt d’avoir un préservatif goût fraise reste toujours indéterminable, car, par pitié, qui suce avec une capote ? Mais c’est un autre sujet. Pendant de très longues minutes, nous avons refait son bureau, de table en table, dans différentes positions, avant de terminer