Ce jour où j’ai lutté contre la dépression
Dimanche 18 décembre 2022. Quelques jours avant Noël, – 5 ° d’horreur, le sol aussi blanc que ma peau, la finale de la Coupe du Monde à la télé et mon gros cul au fond de mon lit. C’était pas la bonne ambiance. Je me retrouvais sous ma couette avec un moral de merde. Un vrai moral de merde. J’avais une excuse. Une grosse et très longue excuse : j’avais mes règles. Depuis dix jours. Dix jours de fucking règles. Et, qui plus est, hémorragiques. Je perdais du sang à outrance. J’avais l’impression de m’être fait renverser par une voiture, mais seulement au niveau de l’utérus. Je me vidais tellement de mon sang que je me suis même demandé combien d’utérus j’avais. Pire, je commençais à m’imaginer que c’était un rein ou un poumon qui me quittait. C’était la merde. Dix jours. Et dix jours, c’est long. D’abord, j’avais pas assez de culottes de règles, clairement. Je me retrouvais à dealer avec des tampons et des serviettes, celles qui se barrent à chaque mouvement de jambes, celles qui s’arrachent dans le slip, celles qui font des fuites chaque nuit. Et puis, parce que j’étais évidemment en anémie, je n’avais plus aucune énergie. Un mollusque. Un gros mollusque la chatte en fleur. Je suis restée des jours dans mon lit à dormir, et j’ai carrément regardé un match dont je me foutais — même si, je le reconnais, il était impressionnant. Le foot, je m’en tape. Vraiment. Je ne connais même pas les règles. Et je m’en foutais encore plus avec tout ce qu’on sait sur cette Coupe du Monde. Mais j’ai regardé les trente dernières minutes, par curiosité. Et je le reconnais, j’ai été prise dans le délire. Pour celles et ceux qui n’ont pas maté, je l’avoue, c’était captivant. Comme si le résultat allait changer ma vie, je sentais mon cœur palpiter, mes mains moites et, toujours, mon utérus en folie. À chaque tir au but, je perdais un bout de muqueuse. Ou de rein. On y revient. Bref, mon état était tel que même le foot me plaisait. C’est dire. À tout ça s’ajoutaient une déception amoureuse, des désillusions au taf, des tracas du quotidien et un syndrome de la page blanche. Un joli combo qui promettait une belle dépression hivernale. C’était une sale période. Et pour tout le monde. Autour de moi, tous faisaient une petite déprime. Pour la contrer, j’ai tenté plusieurs choses. La première, celle qui me semblait la plus adéquate : prendre soin de Gégé. Lui, il avait rien demandé. Il allait bien, toujours. C’est sa force, à mon Gégé, il est constant. Tout mon contraire. Il est neutre. Jamais excité, jamais triste. Certes, vous me direz que c’est comme tous les chiens. C’est faux. Croyez-le ou non, mais les chiens ont des personnalités. Tu as des relou qui ont le feu au cul, complètement hystériques à courir partout. Gégé, c’est mon Yin. Ou mon Yang. Bref, c’est mon opposé, calme et relaxant. Alors, je me suis occupée de lui. Je lui ai refait sa garde-robe, en commençant par un manteau qu’il n’aime sans doute pas, mais qu’il a accepté, comme d’habitude. J’ai complété le tout avec un joli collier, de la pâté de luxe, des jouets qu’il n’a pas calculés et des friandises qu’il a dévorées. J’ai dépensé un SMIC pour Gégé, et ça m’a fait du bien. Ensuite, je me suis occupée de moi… en me bousillant encore un peu plus. Je me suis acheté un paquet de cigarettes que j’ai crapotées, j’enchaînais la malbouffe et je ne me douchais qu’à peine. Oui, avec les règles hémorragiques, c’était un joli tableau. Me jugez pas, je déprimais. Mais tout ça n’y faisait rien. C’était toujours la merde. Alors, comme la plupart d’entre nous, quand je n’ai plus de solutions, je vais sur Google. Et là, surprise. Dans les recherches, elle est apparue dans l’un des premiers résultats : « Comment lutter contre la dépression hivernale ? » C’est donc un fait : elle existe pour de vrai. Déjà, j’en ai appris davantage sur le sujet. Pour votre information, plus de 15 % de la population française souffre de déprime hivernale. Fatigue, manque d’entrain, tendance à rester enfermé.e, morosité, mélancolie, ennui… la totale. Moi, en lisant les symptômes, j’avais l’impression que de 15 %, on pouvait largement passer à 80 % de la population. Voire 90 %. Mais nous n’étions « que » 15 %. Alors, si vous faites partie de cette minorité, voici donc quelques solutions : Et c’était tout. C’était tout ce que cet article de merde proposait. De la lumière, de la musique et des vêtements. Des journalistes, qui avaient probablement fait minimum cinq ans d’études, qui avaient sans doute passé plusieurs heures à écrire ça, avaient conclu que pour lutter contre la dépression hivernale, il suffisait de regarder le soleil avec la macarena dans les oreilles et un pull jaune sur le dos. Ils se foutaient de nos gueules. Et ça m’a encore plus énervée. Et finalement, plus je m’énervais, mieux j’allais. Plus je posais ces mots que vous lisez, plus mon cœur s’apaisait. C’était donc ça : pour lutter contre la morosité, il faut être toujours plus aigri·e. J’ai attrapé mon téléphone, foncé sur Instagram pour regarder toutes ces nanas que je déteste, allumé la télé pour mater le replay de Miss France et appelé une copine pour incendier les mecs. Tout ce qu’il fallait pour faire naître rage et dégoût en moi. Et plus le négatif s’emparait de mon corps, et plus il disparaissait. Comme une thérapie du mal par le mal. Ainsi donc, voici MON conseil, celui qui marche pour nous, petit·e·s connasses·ards au cœur pur : pensez à une personne que vous détestez, que vous la connaissiez ou non. Il peut s’agir d’un membre de votre famille, d’un voisin, d’un collègue, de votre boss ; bref, de n’importe qui. Faites pas genre, on a tous quelqu’un comme ça. Vous savez, cette influenceuse sur Instagram que vous ne pouvez pas vous voir sans déterminer pourquoi, ou cette actrice qui « a l’air vraiment conne ». Elle peut
Ce jour où j’ai été coupée du temps
Lundi 26 décembre 2022. Lendemain de Noël. Le petit Jésus avait quitté la crèche, l’étoile était presque tombée du sapin, les cadeaux avaient tous été ouverts et le chocolat s’était installé dans mon cul. Lundi 26 décembre, le lendemain de Noël, celui qui annonçait LA semaine de l’année, la dernière. Cette semaine, c’est un multivers à elle toute seule. Pendant sept jours, tous les coups sont permis. Réveil à 14 heures, repas à 16 heures, coucher à 3 heures, lit toute la journée et pas un poil de sport à l’exception de la sortie de GG. Ces sept jours, ce sont notre purge. Ou du moins, la mienne. (bon évidemment si tu bosses… Ba courage.) Chez moi, je bénis toujours cette dernière semaine de l’année. Parce que je me débarrasse enfin de la famille. Aussi mignons soient-ils, les supporter pendant les quatre, cinq jours qui précédent le 25 décembre, enfermée dans une maison trop petite pour tous nous accueillir, les remercier pour des cadeaux dont je ne voulais pas et les embrasser pour récupérer leurs virus sont toujours de vrais défis. Encore plus depuis que mon neveu est entré dans nos vies. À l’instant même où il a éclaté l’utérus de ma sœur, je savais que les choses allaient changer. Et j’ai vite pu le constater. Ce petit morveux a eu la brillante idée de naître en octobre, soit deux mois avant Noël. Âgé de seulement quelques semaines, il avait déjà volé la vedette au sapin et attiré toutes les convoitises, alors même qu’il n’avait pas encore les yeux ouverts. Oui, mon neveu, c’est un peu comme les chiens : il est presque né les paupières collées et, vu la dureté du monde, il aurait mieux fait de les garder fermées. Et cette année, il avait deux ans. Deux ans. Le drame. Parce qu’à deux ans, le gamin, il percute. Enfin, il capte la magie de Noël, il comprend la légende du vieux chnoque et, surtout, il kiffe les cadeaux. Du coup, les parents, les grands-parents et les autres, ils en sont gagas. TOUT tourne autour de lui, surtout après les coupettes de champagne qu’on s’était enfilées. Moi, je l’aime, alors j’étais contente de le voir se réjouir en arrachant le papier — papier qui, d’ailleurs, l’amusait plus que les cadeaux en eux-mêmes. Mais, malgré mon amour, il me faisait chier. À ses côtés, impossible de prononcer une phrase sans être interrompue par lui ou les gens qui l’entourent, qui s’étonnent qu’il soit capable d’aligner deux mots ou qui s’esclaffent dès qu’il nous fait un sourire. Noël a bien changé cette année et, bien que je vous mentirais en vous disant que j’ai détesté, je suis honnête quand je vous avoue que j’étais contente de retrouver ma petite campagne pour cette fameuse semaine. Au programme, je voulais faire simple et, même si à l’instant où vous allez lire ces lignes, nous serons déjà le jeudi 29, et donc que la nouvelle année nous frappera bientôt à la gueule, il nous restera tout de même quatre jours avant d’attaquer la semaine de rentrée. Quatre jours pour profiter. Quatre jours durant lesquels je peux vous inspirer à enculer tout le monde et prendre soin de vous. Voici donc mon kit du kiff pour cette dernière semaine de 2022. Premièrement, il vous faut un endroit calme, de préférence en solitaire, même si vous pouvez prévoir une ou deux visites de la part d’un homme ou d’une femme capable de vous faire jouir. Aucune autre personne ne sera acceptée. Pas d’amis, pas de famille. Personne. Seulement un orgasme sur pattes. Et encore, n’hésitez pas à privilégier un sex-toy devant un porno. L’idée est simple : vous recentrer loin, très loin de la population de ce monde de merde. Chérissez votre solitude comme un cadeau de vous à vous, comme un moment de plénitude où seul votre bonheur compte. Deuxièmement, une fois que l’endroit de vos rêves est trouvé, nourrissez-le. Au sens propre. Il faut de la bouffe. Beaucoup de bouffe. Bien sûr, les restes des fêtes sont envisageables, surtout s’il s’agit de plats cuisinés avec amour, et surtout beaucoup de gras. Car c’est LA chose qu’il ne faut pas oublier durant cette semaine : le gras. Ne partez pas dans un délire de détox d’après-fêtes. C’est surfait et ça ne sert à rien. Tu boufferas ta salade quand tu te réincarneras en lapin, Bérénice. Pour l’instant, tu as un 42 à entretenir. Et pour ça, fais-toi plaisir. Mange quand tu veux, ce que tu veux, de la façon que tu veux. Dans ton lit, à 16 heures. Dans ton canapé à 3 heures. Devant une série ou dans ta baignoire. Pas de limites. Ensuite, coupe au maximum avec les réseaux sociaux et, de manière globale, avec le téléphone. On s’en bat les couilles de voir les influenceuses nous refiler des codes promo pour des robes de soirée vendues 49,99 € et dont la valeur est d’un euro pendant qu’on est en pyjama sous un plaid. On s’en bat les couilles de recevoir des photos sur WhatsApp de notre cousine parfaite en train de faire le tour de sa belle-famille parfaite avec ses enfants parfaits, alors qu’en réalité l’oncle de son mec essaye de la draguer à chaque réunion familiale, sa belle-mère est raciste et son beau-père est homophobe. On s’en bat les couilles d’avoir des matchs Tinder de mecs qui ont trompé des filles exceptionnelles, avant de les quitter pour niquer la Terre entière et qui, au lendemain de Noël et à la veille d’une nouvelle année, se rendent compte qu’ils ont merdé et qu’ils sont terriblement seuls. On s’en bat les couilles — qu’on n’a pas — de toute cette réalité, qui n’est même pas la nôtre. La nôtre, c’est nous. C’est nous, installées confortablement, prêtes à ne regarder qu’un écran sur lequel les films de Noël s’enchaînent, des Disney aux classiques, en passant par les inratables. Durant cette semaine, les chaînes nous traitent enfin comme ce que notre redevance télé devrait nous permettre d’être :
Ce jour où j’ai arrêté les résolutions
(Bientôt) 31 décembre 202… de toutes les années. Parce que ce fucking truc de résolutions, ça nous tient depuis toujours. Mais pourquoi ? Pourquoi doit-on attendre une nouvelle année pour prendre de bonnes décisions ? Et puis, c’est quoi, des résolutions ? Ma curiosité (et mon sens du travail bien fait, si si) m’a poussée à me pencher sur le sujet pour qu’on arrête de nous faire chier avec des merdes. Une résolution, d’après Google, c’est « l’opération par laquelle l’esprit résout une difficulté ou un problème ». Nous y voilà. Le problème. Parce que la résolution prend toujours la même cause. Trop souvent, c’est : arrêter de fumer, manger mieux ou faire du sport. Voici donc le fameux top 3 des résolutions. Évidemment, je ne peux pas être l’avocat du diable. Oui, manger gras, c’est mal. Oui, fumer un paquet par jour, c’est pas bien. Et oui, rester assise le cul sur sa chaise à regarder son téléphone pendant des heures, c’est de la merde. Oui. Mais pour autant, doit-on être si catégoriques ? Après tout, est-ce que vraiment te faire une journée à scroller sur les écrans de temps en temps, ça va te tuer ? Ou fumer une clope avec ta pote en terrasse te détruire ? Alors, on va probablement me dire que mon discours n’est pas le bon… Certes. Mais alors, vous vous demandez sans doute : « Où veux-tu en venir, la gueuse ? » Eh bien, simplement au fait que les résolutions devraient être prises différemment. Et si cette année, on décidait que le « problème » dont parle la définition, n’est pas de devenir meilleur.e, mais plutôt de passer des moments meilleurs ? Et si, pour une fois, le problème n’était pas ENCORE nous ? Et si, pour une fois, on arrêtait de culpabiliser de ne pas être parfaits ? Et si, pour une fois, nos résolutions étaient de partager plus de temps avec les gens qu’on aime, de s’octroyer des instants à soi sans pression, de promener le chien plus longtemps, non pas pour marcher plus, mais juste pour le plaisir du moment ? Et si, pour une fois, notre résolution, c’était d’accepter de fumer cette cigarette sans culpabiliser ou de manger ce burger sans se flageller ou, encore mieux, de ne pas aller à cette séance parce qu’on préfère s’affaler sur le canapé ? Évidemment, je ne pousse personne à avoir une mauvaise hygiène de vie. TMTC. . En revanche, je nous pousse toutes à l’imperfection et à la vie sans se poser trop de questions. Parce que le quotidien nous bouffe déjà assez. D’autant plus qu’une bonne fois pour toutes, il est temps de se l’avouer : qui, mais qui, tient ses résolutions ? À quoi bon vouloir te mettre au sport si la salle ne te voit plus dès la deuxième semaine de janvier ? À quoi bon décider de manger bien si deux jours après tu jettes la salade qui est en train de pourrir dans ton frigidaire ? N’as-tu donc toujours pas compris que le changement radical ne fait que renforcer tes mauvaises habitudes ? (Oui, je me parle à moi-même. Un souci ?) Et parce que ces nouvelles sont censées en être, voici donc mon exemple. 31 décembre 2021. Minuit. Chez moi, les jours de l’an, c’est pas vraiment sacré. Pour être exacte, j’en ai vraiment rien à foutre. Avant, la pression sociale m’obligeait à sortir avec mes potes, à me forcer, à boire, à m’amuser. Maintenant, et ce depuis plusieurs années, mes réveillons sont généralement composés d’une de mes meilleures amies et moi, installées sous un plaid chaud et parfois même endormies avant minuit. Et c’est mon bonheur. Pour autant, je prête une petite attention particulière aux vœux. Les fameux que tu fais souvent le lendemain faute de capter quelque chose à 00 h 01. Et puis, quand j’y pense, quelle tristesse que le premier réflexe de l’année soit de prendre son téléphone ! Une fois encore. Le 31 décembre 2021, avec ma meilleure amie, nous avons parlé résolutions. Et la seule chose que nous avons résolue, donc, ça a été de continuer à être heureuses. Parce que c’est déjà beaucoup. De se lever chaque matin en étant reconnaissantes d’être en bonne santé, entourées de gens qui nous sont chers et qui, eux aussi, sont en pleine forme. Notre résolution était donc d’oser dire aux personnes qu’on aime qu’on les aime. Et notre Premier de l’an, nous l’avons passé en larmes, à nous dire à quel point on tenait l’une à l’autre. Ce Premier de l’an a été composé de Coca Zéro sur la table, de vin rouge et même de blanc. Ce Premier de l’an a été fait de bouffe industrielle et de cigarettes. Ce Premier de l’an s’est vécu le téléphone à la main et la télé allumée. Mais surtout, ce Premier de l’an a été rempli de sincérité, de simplicité et d’amour. Alors, cette année encore, j’ai décidé de ne toujours pas prendre de résolutions, car il n’y a dans ma vie aucun problème à résoudre. Cette année encore, je fêterai le Nouvel An simplement, en accord avec ce que je suis et qui j’ai envie d’être. Cette année, je me souhaiterai de commencer l’année comme j’ai la chance de terminer celle-ci, car c’est la seule chose qui compte vraiment. Et cette année encore, je vais me permettre de vous souhaiter la même chose et vous inviter à ne prendre aucune résolution, si ce n’est celle de vous foutre la paix (mais en mangeant quand même cinq fruits et légumes et en marchant trente minutes par jour ; je veux pas de problèmes). Profitons de cette soirée pour être avec les gens que nous aimons, réveillons-nous le 1er janvier avec ce même amour. Faites-vous la promesse de faire de votre mieux, cette année encore. De vous battre pour vous-même, et non contre vous-même. Vivez sereinement. Profitez. C’est la seule résolution qui tienne. C’est ce que j’ai compris, ce jour où j’ai arrêté les résolutions. PS : Allez, faites-moi rêver, quelles sont les pires résolutions que vous ayez prises ? La mienne, culpabilité sur les épaules, normes de la société en
Ce jour où j’ai eu mes règles chez mon crush
Lundi 31 octobre 2022. Halloween. Deuxième jour de règles. Tout était annoncé et pourtant, je n’avais pas imaginé cette journée si sanglante. Toutefois, j’y étais habituée. Chez moi, les menstruations (on dit encore ça ?) sont très violentes. Pour faire plus clair : je fais des hémorragies. Le genre qui te détruit ta culotte de règles en une heure, qui t’oblige à rester sous la douche pour te vider et qui te fait perdre des caillots de sang. Charmant. Mais cette fois-ci, une donnée venait perturber mes habitudes : un homme. Le fameux dont je vous parle depuis plusieurs mois. C’est que ça dure (presque), cette histoire. Encore faudrait-il qu’on se considère en couple et qu’on se voie plus d’une fois tous les dix jours, mais à cette exception, ça dure. Et justement, c’est à cause de cette fucking fréquence de merde à laquelle nous nous donnons rendez-vous que j’ai niqué mon calme menstruel. Parce que, outre mes hémorragies, c’est bien d’autres symptômes qui me frappent la gueule lorsque j’ai mes règles. Sans surprise : la migraine, la douleur dans les reins, les sautes d’humeur. En somme, un joli combo qui t’éloigne de celui que tu veux séduire. Eh bien, pas chez moi. Chez moi, on prend la décision insensée de le voir. Bien sûr, j’avais bien conscience de la situation dans ma chatte, mais, on y revient, on ne s’était pas vus depuis plusieurs jours et, pauvre loque humaine en perdition de son cœur que je suis, j’étais en manque de sa personne. Puis, point non négligeable, il m’a proposé de venir chez lui. Pour la toute première fois. Son chez-lui, c’est sacré. Au point que je me suis demandé s’il me cachait pas une meuf. Ne rigolez pas, j’y ai vraiment pensé. Des semaines qu’on se fréquentait et il ne m’avait toujours pas invitée. J’y voyais un signe. Alors, quand enfin, il m’a proposé de venir, ce lundi 31 octobre, je n’ai pas hésité, oubliant tout, en commençant par ma muqueuse en crise. Je lui ai fait confiance, aveuglément. Avant de décoller de chez moi, je lui ai fait la morale. J’ai remis une culotte propre, ajouté une serviette et un tampon. La totale. Celle qui te fait ignorer tous tes principes de lutte contre le choc thermique ou pour le bien-être de la planète. À ce moment, j’étais même déterminée à me foutre trois tampons dans le vagin s’ils m’assuraient un zéro-risque. J’étais prête. Prête à découvrir le monde de celui qui était déjà le mien (j’en fais trop, mais TMTC que c’est presque ça tellement je suis piquée ; on est mal, vraiment). C’était donc le moment. J’ai cherché son nom sur l’interrupteur, je l’ai appelé avec ma petite voix pour lui dire que j’étais là et il m’a ouvert. À ce moment, il n’y avait plus de règles. Il n’y avait que moi, privilégiée, qui débarquait chez lui. Je me sentais comme une star. J’ai visité les lieux, inspecté les livres qui étaient sur sa bibliothèque, joué avec ses chats qui m’ont détruit les mains et fait croire que je les adorais. Tout se passait à merveille. Jusqu’au moment où je l’ai senti. J’aurais pu vous dire que c’est de sa bite que je parle, mais non, il s’agit bien de cet utérus. Toujours lui. Dans ma culotte, c’était le drame. Je pouvais sentir ma muqueuse se déchiqueter. En à peine une heure, tout était rempli. Pire, tout débordait. J’ai prétexté un pipi et foncé aux toilettes. L’un des chats m’a accompagnée, voguant entre le soutien et le jugement, interloqué par la ficelle du tampon qui dépassait. C’était le drame. Et je ne parle pas uniquement du chat qui m’a sauté à la jambe pour jouer avec la cordelette. J’en avais partout. Le tampon se faisait la malle alors même que je m’installais sur les chiottes, la serviette était imbibée de sang et la culotte tachait mon entrecuisse. La panique. Évidemment, je n’avais pas prévu de rechange : ni sous-vêtement, ni serviette, ni tampon. Une débutante. J’étais une débutante dans les WC du mec dont je tombais amoureuse et qui me faisait découvrir son chez-soi pour la première fois. À cet instant, j’aurais dû être une adulte, sortir des toilettes, lui expliquer que je faisais une hémorragie, prendre quelques minutes pour aller au supermarché, m’acheter un slip et un tampon et revenir tranquillement. Mais ça, c’est pas moi. Moi, j’ai préféré rester sur les chiottes, vérifier qu’aucune goutte de sang ne tombait sur la gueule du chat, refuser de jeter ma serviette plus qu’usagée pour ne pas que mon crush la retrouve dans sa poubelle et attendre que la mort vienne me chercher. Tout ça en un temps record pour, évidemment, ne pas paraître louche, ou pire, qu’il pense que je chiais chez lui. J’ai donc fait ce que je savais faire de mieux : feinter que tout allait bien. J’ai remis ma culotte, ma serviette, j’ai jeté le tampon et prié pour que rien ne tache mon pantalon. Mon plan était simple : quitter le plus rapidement possible les lieux, sans, une fois encore, paraître louche. Je me suis déguisée, j’ai osé être la version la plus loufoque de mon être et fini en Claude, le cul noyé dans mon propre sang, au milieu de son salon. Je l’ai finalement quitté, heureuse d’avoir réussi à affronter cette épreuve sans trop de pertes. En tout cas, c’est ce que je croyais. Car, après plusieurs minutes de route pour aller à ma soirée déguisée, en sortant de ma voiture, sur mon joli siège blanc, j’ai pu admirer une tache. Une grosse tache rouge. En quelques secondes, la révélation. Si mon siège était rouge, c’était que mon pantalon l’était aussi. J’ai jeté un œil entre mes jambes et constaté le drame. Mon jean était recouvert de sang, devant et derrière. Dans ma tête, les questions fusaient : depuis quand était-il là ? L’avait-il vu ? C’était donc possible qu’en quelques minutes, après avoir quitté les toilettes, tout ait merdé ? Avais-je taché son canapé ? Ou pire, lui, en
Ce jour où je suis partie en week-end de survie
Jeudi 25 février 2021. J’ai saisi l’opportunité. Celle de partir à l’aventure, de vivre à l’état sauvage, de manger des insectes pour combler ma faim et de boire ma propre pisse pour m’hydrater. J’ai saisi l’opportunité : celle de faire un week-end de survie. Une fois encore, je vous dois cette histoire. Car c’est l’une d’entre vous qui m’a convaincue, tout bêtement, avec un message. L’idée était simple : elle voulait faire gagner de la visibilité à son pote qui, lui, était un aventurier. Sur le coup, j’ai trouvé le projet surprenant. D’abord, est-ce que c’est un vrai métier, aventurier ? Et si tel est le cas, existe-t-il des écoles d’aventurier ? Peut-on le mettre sur son CV ? Et puis, en quoi ça consiste exactement, un « week-end de survie » ? D’après moi, à en croire l’actualité et nos quotidiens merdiques, la survie, c’est tous les jours. Alors, à l’idée de partir en montagne deux jours et marcher plusieurs kilomètres dans le froid avec pour unique nourriture la crasse sous mes ongles, je n’étais pas vraiment convaincue. Mais voilà, Émilie, de son petit prénom (si tu passes par là : love <3), a sorti son meilleur argument. En fait, je l’ai trouvé par moi-même. Parce qu’Émilie, la seule chose qu’elle m’a dite, c’est le nom du fameux aventurier : Rémy Camus. En quelques clics, j’ai déniché les infos qu’il me fallait, et une photo a fini de me convaincre. Parce que je suis sympa et qu’on est ici pour se détendre, j’ai donc décidé de vous en faire part. Ne me remerciez pas, c’est cadeau. C’était décidé : je voulais apprendre à survivre. Et, comme une évidence, je savais qu’un autre en aurait envie aussi. Mon frère, mon ami, celui que certaines connaissent comme le fripier le plus talentueux de Paris (bah quoi ? Comment ça, je suis pas objective ?) : j’ai nommé Alex Flurr. Nous avons donc pris la route, ce vendredi 26 février, accompagnés de deux personnes en covoiturage qui annonçaient le départ d’un sacré week-end. Antivax, antipolitiques, antisystèmes, antitout. Ces sept heures de voyage ont été intéressantes. Mais elles n’étaient rien comparées aux 48 heures qui allaient suivre. Nous avions emporté de quoi survivre. Nous étions niveau débutant, donc les cookies maison et le Coca Zéro étaient acceptés. C’était déjà une bonne chose. Évidemment, nous avions aussi misé sur un bon gros duvet, des chaussettes triple épaisseur, une chapka et des chaussures de marche. Chaussures qui, dès la première heure, ont décidé de se scinder en deux. Mais, outre ces petites galères, nous étions prêts. En ce qui me concerne, prête à trouver l’âme sœur. Parce qu’à l’instant même où j’ai vu Rémy pour la première fois, je suis tombée amoureuse. Mon cœur a manqué un battement et j’ai craqué. Il avait tout. Rémy, c’est le style de mec à savoir absolument tout faire. Et pour cause : son métier est de survivre. Lui, quand ma semelle a quitté ma godasse, il a trouvé un moyen de la réparer. Lui, quand le feu s’est éteint en pleine nuit sous la pluie, il a su le relancer. Lui, quand mon gros cul n’arrivait pas à passer par-dessus la corde, il a réussi à le porter. C’était mon héros. Durant toute la première journée, il nous a partagé son savoir, son expérience et ses connaissances. Connaissances que je ne pourrai vous transmettre à mon tour, car, comme vous l’avez compris, je n’ai absolument rien écouté. Il nous parlait d’azimut, de boussoles, de plantes comestibles, de nœuds, de tentes, de feu. Moi, je lui parlais de couple, de mariage et d’enfants. Je nous imaginais déjà, main dans la main : lui, mon Indiana Jones ; moi, sa… Jane (quoi ? Vous connaissez le nom de la femme d’Indiana Jones, vous ? Bon) à parcourir le monde, à affronter tous les dangers et à en sortir plus grands. C’est exactement ce qu’il a fait… mais avec une autre. Au fur et à mesure du week-end, après avoir marché des kilomètres, avoir été la première de la classe, la parfaite petite élève, avoir gambadé trop vite juste pour le suivre, il m’a avoué : « J’ai rencontré ma femme lors d’une aventure. » Je n’étais donc pas la première à avoir craqué. Pire, je n’étais pas la première à qui il faisait le coup. Mon cœur s’est brisé, et c’est dans le froid, dans ce duvet que j’avais acheté une fortune et qui était supposé tenir chaud sous – 10 degrés alors que mes pieds se congelaient, qu’a commencé la vraie survie : celle de mon cœur. Dans la nuit glaciale, sous les étoiles, je subissais mon aventure. Car sans lui, elle n’avait plus aucun intérêt. Jusqu’au moment où, quand tout semblait perdu, j’ai senti la personne dont j’avais vraiment besoin se blottir contre moi et me sauver d’une mort certaine. Alex. Il était là. Malgré nos engueulades parce que nous étions des divas en période de panique, malgré la nicotine qu’il n’avait plus dans le sang depuis 24 heures, malgré l’haleine de chacal et malgré les courbatures dans les jambes, il était là. Sans un mot, sans oser bouger de peur de perdre le peu de chaleur que nos corps contenaient, nous nous sommes endormis, au moins quelques minutes, pour reprendre vie à l’aube, puisque le soleil nous empêchait de nous reposer plus. Ça a probablement été l’une des pires nuits de mon existence. Et, si l’humour me ferait dire que c’était à cause de Rémy, la réalité est bien moins romantique : c’est juste l’enfer de dormir dehors, à plusieurs centaines de mètres d’altitude, après une journée de rando, le cul qui gratte et les cheveux en bataille. Mais ce matin-là, ce dimanche 27 février, annonçait aussi de jolies choses : mon anniversaire, au milieu de nulle part, avec un de mes meilleurs amis (et un putain de beau gosse ; parce que, même marié, ça change pas, ma gueule). Lorsque nous avons tous ouvert les yeux, malgré la difficulté de la situation, nous avions le sourire. Autour du feu, tous les participants venus d’univers différents se retrouvaient, partageaient et fêtaient mon
Ce jour où j’ai eu une coach
Mercredi 12 octobre. Au milieu de nos questions existentielles et discussions sans fin, Marina, ma correctrice, celle qui vous fait croire que je suis douée en orthographe, et surtout mon amie, m’a proposé de me mettre en lien avec sa coach. Sans hésiter, j’ai accepté (et je l’ai même écrit). C’est ainsi que mon histoire avec Emeline a commencé. On a d’abord fait un appel d’une petite heure pour évaluer le sujet. Pour être honnête, mon égo me boostait. Après tout, je vais à la salle presque tous les jours, et ce depuis une bonne année. Dans ma tête, j’étais plus ou moins sportive, ou en tout cas, capable d’assurer un minimum. Je lui ai donc exposé les faits. Mon alimentation, mon rythme à l’instant T et où je voulais aller. C’était acté : elle devenait ma coach officielle. Dès le mardi qui a suivi, j’avais mon programme. Et j’ai eu mal. Très mal. Parce que si j’allais déjà à la salle, avec une coach qui prépare des séances bien définies, le délire est complètement différent. Dans ce cas, tes jambes brûlent, tes bras souffrent et même tes orteils te demandent que ça cesse. Et pourtant, j’ai continué. J’ai continué jusqu’à ce jour où je vous écris. Samedi 12 novembre. Un mois après avoir pris la décision d’embaucher une coach. Assise dans mon canapé, je peine à taper ces mots sur mon clavier. Pourquoi ? Parce que je viens de bouffer l’une des séances les plus dures de ma vie. J’en rajoute à peine. J’ai enchaîné dix minutes en variant les plaisirs, passant de burpees à goblet squats et de moutain climbers à supermans. Et quand je dis « supermans », je parle pas d’Henri Cavill qui nous fait toutes fantasmer. Non. Je parle de ce truc de merde qui oblige ton corps à être entièrement gainé et à s’allonger au maximum. Un bordel. Dix minutes à suer de la raie, à galérer à respirer, à trembler juste en tenant ma gourde. C’était dur ! Et ce n’était pas la fin. Car après cinq séries séparées par quelques secondes de récupération, ma coach m’avait foutu dix minutes d’escaliers. Dix minutes d’escaliers. Ma grande, si on a inventé les ascenseurs, c’est bien pour une raison. Pour vous faire un schéma, des escaliers classiques ont environ une quinzaine de marches. En dix minutes, j’en avais monté au moins mille. Alors, sans surprise, j’étais morte. Presque au sens propre. Et malgré tout, je me sentais bien. Parce que dans ce coaching, et plus largement dans le sport, j’y trouve mon équilibre. Je me sens forte, en bonne santé, et surtout bourrée d’hormones. Un joli cocktail qui me permet d’être bien dans ma tête, encore plus que dans mon corps. L’histoire aurait pu se terminer là. En vous vantant les bienfaits du sport, bienfaits que l’on connaît déjà tous. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait, quelques jours avant ce coaching de l’enfer, sur Instagram, avec une vidéo de moi à la pole dance. Cette vidéo, je l’ai partagée égoïstement. Parce qu’elle m’a permis de me rendre compte que je suis belle, musclée, et pas du tout comme je le pensais. Dans mon imaginaire, je suis un peu trop grosse, avec beaucoup de cellulite, des bras pleins de graisse et une bedaine non négligeable. Alors, quand je me suis vue la tête en bas sur cette vidéo, bien que rien ne soit parfait, je me suis trouvée belle et j’ai voulu l’inscrire dans mon crâne. Et puis, je me suis dit que ça aiderait d’autres femmes. Celles qui, comme moi, sont complexées depuis toujours, normées par des codes complètement faux et au régime depuis leur adolescence. Parce que c’est ça, notre réalité. 90 % des femmes sont en constante recherche de changement de corps (ceci est un pourcentage inventé, mais qui ne me semble pas déconnant…). Alors, j’ai partagé. Et vous avez su recevoir. Des messages d’amour, de soutien, et aussi vos propres peurs. Peur du jugement des autres, mais surtout du vôtre. Ce jugement qui vous empêche de faire de la pole dance, de vous inscrire à la danse ou de faire de la piscine. Ce jugement sur nos corps qui nous empêche de vivre. Ce jugement qui nous empêche de faire du sport, alors même que ce truc est le meilleur médicament pour la santé mentale. Et, au milieu de tout ça, j’ai reçu un message négatif. Un seul. Un qui m’a surprise, mais qui m’a surtout peinée. D’ailleurs, il n’était pas tellement négatif. Il était surtout triste. Dans ce message, cette abonnée me confiait une réalité. Sa réalité. Mais avant de vous partager celle-ci, je dois souligner l’intelligence de cette personne et la délicatesse de nos échanges. Car, bien que dans un premier temps, elle m’ait présenté son mécontentement, nous avons pu discuter et nous comprendre. Et voici donc pourquoi je tenais à en parler. Appelons-la Valentine. Dans ce message, Valentine a réussi à me faire culpabiliser. Culpabiliser d’avoir combattu mes propres démons et de partager mon mode de vie sain. Je m’en suis voulu, de vous montrer mon quotidien qui n’est finalement pas celui de Lamoinsbonnedetescopines, mais au contraire, d’une nana qui prend soin d’elle, mange bien, fait du sport et accorde du temps à ça. Je m’en suis voulu, parce que ces personnes qui pouvaient s’identifier avant ne le peuvent plus. Et puis, je lui en ai voulu à elle. Je lui en ai voulu de m’avoir envoyé ce message, alors même que tout n’était pas vrai. Certes, j’ai cette chance d’adapter mon emploi du temps pour aller au sport, mais finalement, n’y vais-je pas comme tout le monde chaque soir à 19 heures après ma journée de taf ? Certes, je gagne bien ma vie pour me payer pole dance, aquabike et salle, mais ne me privé-je donc pas d’autres choses pour ça ? Certes, j’ai un rythme de vie qui favorise ce quotidien, mais n’ai-je pas décidé d’être célibataire et sans enfant ? Évidemment, tout ça est tiré par les cheveux, et oui, on le sait,
Ce jour où je suis allée en prison
Samedi 18 juin 2022. Je reçois un mail dont l’expéditeur se termine par « @justice.com ». D’abord, je pense à une arnaque, comme cette fois où on m’a accusée de mater du porno et, par conséquent, demandé une grosse somme d’argent — cette histoire, tu la connais. Et ensuite, je me suis penchée sur l’objet : « Projet rencontre auteure ». C’était ce qu’il disait. Je me suis empressée d’ouvrir, m’imaginant déjà au ministère de la Culture à partager mon savoir, mon expérience et expliquer comment j’en suis arrivée à écrire des livres dont la couverture est une meuf à poil avec une épilation de la chatte approximative. C’était presque ça. Sans le côté ministère de la Culture. Dans son mail, Mathilde (qui ne s’appelle pas Mathilde, mais tmtc qu’il faut garder son nom d’agent secret… secret) me proposait de venir présenter mes œuvres aux détenues du centre pénitentiaire de Vivonne. Et si je n’ai pas hésité à dire oui, j’ai eu un peu peur. Voire beaucoup. Parce que moi, je suis une petite fragile ; je suis issue d’un milieu privilégié, la seule chose qui aurait pu me coûter la prison est un vol chez Pimkie de boucles d’oreilles d’une valeur de 30 centimes lorsque j’avais quinze ans. Alors ce monde, je ne le connaissais que dans les films ou, au mieux, dans les documentaires TF1 Découvertes le samedi après-midi. Me visualiser en face de détenues n’était pas chose évidente. Bien sûr, j’ai tout de suite déconstruit mon imaginaire en me répétant qu’avant d’être des détenues, elles étaient juste des femmes qui, pour des raisons qui ne me regardaient pas, avaient mal agi. Mais ça, c’est ce qu’on dit pour faire bien en société. Parce que dans ton cœur (et surtout dans ton slip), tu te chies dessus en t’imaginant devant des meufs qui ont potentiellement tué quelqu’un. J’ai quand même accepté et donné rendez-vous à Mathilde le mardi 13 septembre. Et nous y étions, à ce jour où j’allais entrer en prison. J’étais anxieuse. D’abord à l’idée de faire une chose pour la toute première fois, mais aussi d’être dans cet endroit si négatif. Parce que là encore, on dira en société que c’est une institution utile, un établissement coercitif dont le but est d’aider les gens à se réintégrer dans notre monde. Certes. Mais la réalité, c’est que des dizaines de personnes y sont enfermées et que, jusqu’à preuve du contraire, c’est carrément glauque. Et ce que j’allais vivre n’allait pas vraiment changer mon point de vue. En arrivant, j’ai retrouvé Mathilde et ses collègues. Des femmes au fort caractère, souriantes, pleines de bienveillance, aimant leur travail et avec la volonté de me partager au maximum leur quotidien. C’est ce qu’elles ont fait. Instructions en tête, me répétant de ne pas appeler les surveillantes par leurs prénoms, de garder le biper d’urgence sur moi et de laisser téléphone et autres effets personnels dans mon casier, elles m’ont annoncé que nous allions attaquer la visite. Tout. Elles me m’ont tout fait visiter. Et, bizarrement, je me sentais chanceuse de vivre cette expérience. Parce que découvrir une prison, se faire enfermer dans une cellule quelques minutes ou échanger directement avec les détenues, c’est une chance. Une chance de se rappeler ce qu’on a. Le bruit des clés glace le sang, les portes qui s’entrechoquent coupent le souffle, les couloirs sont tristes, même si Pirate le chat apporte un peu de lumière. Dans chaque recoin, je voyais les documentaires que j’avais pu mater sur mon canapé. Tout était exactement comme on peut nous le décrire. Des détenus aux fenêtres jusqu’aux barreaux sur les portes, en passant par des cellules de quelques mètres carrés. Oppressif. 14 heures 30. C’était le moment. Celui de rencontrer les prisonnières. J’étais anxieuse. Anxieuse de ne pas me montrer à la hauteur, de faire une gaffe ou de ne pas pouvoir m’empêcher d’être dans le jugement, alors même que je ne connaissais pas le leur. Peur d’être humaine, tout simplement. J’ai respiré un coup et fait ce que je sais faire le mieux : être moi-même. Elles sont finalement arrivées, m’ont saluée avec un chaleureux sourire — pour la plupart — et se sont installées en face, sur les chaises qui leur étaient attribuées. J’ai commencé en m’excusant d’avance pour les maladresses à venir, j’ai expliqué que c’était une grande première pour moi et que c’est toujours stressant. Elles m’ont souri une fois encore, à l’exception de cette détenue du premier rang qui me fixait avec intensité, les talons claquant sur le sol. Puis, tout s’est déroulé très facilement. J’ai commencé par présenter mon parcours, avec humilité et de manière succincte, avant de les voir s’intéresser et me poser plein de questions. Rapidement, l’échange a dévié sur le cul. Et, coup de chance, c’est un sujet assez universel. Elles m’ont raconté leur abstinence involontaire, leur façon de la gérer et les contraintes de l’emprisonnement sur leur sexualité. Le temps passait à une vitesse folle et ce qu’on partageait m’intéressait, vraiment. J’en oubliais presque que je me trouvais dans une prison tant leurs interventions étaient justes et sensées. Jusqu’à son intervention, à elle. Amaé. Un petit bout de femme, à la peau colorée et aux cheveux crépus, lunettes sur le nez et traits fatigués. Elle a levé la main et, une fois qu’elle a eu la parole, m’a simplement dit : — Je n’ai pas osé lire vos livres… Ils parlent de cul et, ici, du cul, on n’en a pas… Alors, vous comprenez, je ne veux pas allumer la flamme et ne pas avoir de pompiers pour l’éteindre. C’était drôle, et c’était logique. Autour d’elle, toutes ses camarades ont apprécié la blague. Et moi aussi. En revanche, aucune des surveillantes n’a ne serait-ce qu’esquissé un sourire. Et pour cause. C’est après que j’ai appris que cette femme avait menacé son conjoint de le brûler s’il dormait sur le canapé. Spoiler alert : il a dormi sur le canapé. La rencontre s’est terminée en partageant simplement un jus d’orange. Dans cette petite salle, c’était une bulle de
Ce jour où j’ai fêté Halloween
Lundi 31 octobre 2022. Ce fameux jour où on fête Halloween. Et je n’étais pas en reste. J’adore cette fête, même si, avec les années, les choses semblent bien avoir changé. Maintenant, les enfants demandent des cigarettes et plus des bonbons, la vilaine sorcière s’est transformée en lapine sexy et les araignées en plastique sont vivantes. True story. Un conseil : lorsque vous retirez la déco, vérifiez qu’il s’agit bien… de la déco. Malgré tout ça, j’adore Halloween. L’ambiance glauque, le fantastique, les vampires, Buffy, les gens morts et ceux qui pourraient bientôt l’être. J’adore Halloween. Et ma meilleure amie aussi. Chaque année, elle y va fort. Elle et moi, nous avions tout testé. Les murder parties, les bars avec maquilleuse professionnelle, les pièces de théâtre spéciales horreur, les cinémas spécial cannibales et les soirées déguisées où la moitié des nanas sont plus sexy qu’effrayantes. Spoiler alert : je faisais partie de la moitié dégueulasse. Une année, nous avons eu la brillante idée de tester la maison de l’horreur à Paris. Une espèce de manoir en plein cœur de la capitale, qui t’emmène dans un labyrinthe bourré de monstres et autres acteurs dont le rôle est de faire en sorte que tu te chies dessus. Et croyez-moi, ils méritaient un Oscar. Et puis, il y a eu Halloween 2021. Celui que, pour m’éviter trop de secousses cardiaques, j’ai passé seule, chez mes parents. C’était un vendredi, et j’étais chargée de garder la maison familiale, et surtout le chien. Comme la bonne trentenaire que je suis, j’avais prévu une soirée télé, entourée d’un kebab, des animaux et d’un plaid. J’ai attrapé mon téléphone, scrollé sur une appli de livraison et constaté que dans la campagne de mes géniteurs, il n’y avait pas de scooter capable de me déposer un fastfood. Drame. Je devais donc sortir. 20 heures. J’ai enfilé mes baskets et une vieille écharpe, et me suis dirigée vers L’Eure du Kebab, seul restaurant dans un rayon de dix kilomètres et, qui plus est, avec un goût prononcé pour les jeux de mots. Quand, sur la route vers mon gras bonheur, j’ai entendu des hurlements. Et des bruits de tronçonneuse. Autour de moi, les trottoirs étaient remplis d’enfants moches. Déguisés, certes, mais moches. Sur leurs visages, du faux sang étalé. Sur leurs cheveux, des perruques de toutes les couleurs. Et sur leurs petits corps, des vêtements de pirate, sorcière ou fantôme. Des originaux, de toute évidence… Tous se rendaient vers le point central du village, après l’église bien sûr : la mairie. Et, à ma grande surprise, ma curiosité a égalé ma passion pour le kebab et m’a poussée dans cette direction à mon tour. Devant moi, l’institution s’était transformée en manoir de l’horreur. Ils avaient osé. Ils avaient osé faire de la mairie une maison hantée. Plantée devant cette réalité, j’ai fini par vraiment m’y intéresser, plus encore lorsque des enfants sont venus me proposer de les accompagner. Les accompagner ? Ces petits cons dont les citrouilles en plastique étaient pleines des bonbons de fond de tiroir dont les familles ne voulaient plus souhaitaient que je les accompagne ? N’avaient-ils donc pas de parents ? Devant les yeux larmoyants d’un diable mal maquillé, j’ai fini par accepter. Après tout, il commençait à faire froid et, à la suite de mes nombreuses expériences, j’étais probablement leur meilleur soldat. Ça, c’est ce que j’ai pensé avant d’entrer dans cette fucking mairie. Car une fois le premier pied ayant passé la porte, l’enfer m’a souri. À mon bras droit, une gamine s’agrippait, persuadée que j’allais la secourir. Derrière, elle était là. La fameuse. Celle qui m’avait convaincue de lâcher mon kebab et qui avait titillé ma curiosité. Celle qui avait collé cette gosse greffée à moi et qui m’a fait perdre une corde vocale. Celle qui m’a poussée à courir plus vite que je ne m’en croyais capable. LA tronçonneuse. À toute vitesse, un cinglé beuglait derrière nous, son objet de malheur brandi, prêt à nous découper. C’est en tout cas ce que mon cerveau a pensé à cet instant. Poussée par un instinct maternel que je n’ai pourtant pas, j’ai gardé près de moi la gamine apeurée, lui promettant qu’il ne lui arriverait rien. J’ai enfoui sa tête dans mes bourrelets, lui ai répété de fermer les yeux alors même qu’elle ne voyait rien, cachée par mon gras. J’ai pris une grande inspiration et bravé les quatre uniques pièces que le village de mes parents avait décorées et qui, pourtant, me glaçaient le sang. J’étais matrixée et ma seule obsession était de sauver cette gosse dont je ne connaissais pas même le prénom d’un danger imaginaire. Et puis, dans un élan de survie, j’ai cessé de courir, je me suis plantée tel un poteau devant ce connard qui nous poursuivait avec son arme et, réveillant probablement le quartier qui ne devait pas beaucoup dormir, lui ai hurlé de nous laisser tranquilles. Dans son rôle, le meurtrier a continué de faire ronronner sa scie électrique et m’a tenu tête. J’ai chuchoté à ma protégée de rester derrière moi, comme l’héroïne que je pensais être, me suis approchée de lui avec détermination et j’ai agrippé mon sac à main avec force, avant de lui jeter à la gueule. Toute la sécurité — composée d’une personne — s’est précipitée sur le pauvre homme au sol et m’a hurlé de quitter les lieux. C’est à ce moment que j’ai décidé de ne plus fêter Halloween. Cette année 2022, donc, j’ai opté pour du soft. Du vrai soft. J’ai anticipé pour m’éviter de sortir de chez moi pour un kebab, j’ai prévu le gras directement dans mon four et j’ai fermé à clé portes et fenêtres. Tout était parfait. Pour rester dans le thème, et sans rancune, je me suis installée devant un film d’horreur avant d’être interrompue par des coups à ma porte. Évidemment, c’était Halloween. Quand j’ai ouvert, sans surprise, ils sont apparus face à moi. Les petits monstres déguisés pour l’occasion. Bien sûr, ils me provoquaient : un bonbon ou
Ce jour où la bouffe émotionnelle est entrée dans ma vie

27 février 1991. Jour de ma naissance. J’en suis persuadée, les problèmes ont déjà commencé à cette date. Peut-être même avant quand, dans le ventre de ma mère, je récupérais ses restes. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un souci avec la nourriture. Je suis du genre à manger mes émotions, comme le disent les professionnels. En des termes plus communs : je bouffe à la moindre occasion. Triste, énervée, heureuse, anxieuse : je mange. Et malheureusement, pas de la salade. Et c’est bien ça, le problème. Car manger, c’est cool, mais se sentir moche et grosse, c’est chiant. C’est pas nouveau, et je ne t’apprends rien : ce que tu mets dans ton corps a un impact sur celui-ci. Et je ne parle pas (que) de la bite de ton mec. J’ai la joie de connaître le mal-être physique. Boutons, cheveux moches, bourrelets que je déteste. Ils arrivent tous avec les burgers et les pizzas. Sans parler des sautes d’humeur et de la mauvaise ambiance globale dans mon corps. C’est ainsi que j’ai compris que mes déboires avec la nourriture détruisaient mon quotidien. Pendant des années, j’ai tenté de corriger cette névrose en ne faisant que l’alimenter. Mieux j’essaye de manger, plus je crée un déséquilibre. Pourquoi ? Simplement parce que je suis dans l’abus. Moi, je suis du style à, du jour au lendemain, tout arrêter. Je suis cette nana capable de partir en jeûne pendant deux jours, avant d’enchaîner avec une journée à ne bouffer que des pommes pour terminer par signer un pacte avec le diable en promettant de ne plus jamais toucher une pâtisserie de ma vie. Extrême, vous dites ? Jusqu’au jour où j’ai essayé de déconstruire ça et que, comme une évidence, j’ai compris. J’ai compris que je n’avais pas de problème avec la nourriture. Non. J’ai un problème avec l’abandon, la dépendance affective, les hommes et les relations humaines en général. Mais pas avec la nourriture. Et c’est ça, le point central. À partir de ce moment, j’ai lâché prise sur mon alimentation. Ou en tout cas, je me le suis fait croire. J’ai mangé non plus pour combler un manque, mais parce que les pâtes carbonara, c’est la vie. J’ai mangé non plus pour remplir le vide, mais parce que la pizza à la truffe est la meilleure. J’ai mangé non plus pour me protéger de l’abandon, mais parce que les cookies faits maison sont une tuerie. J’ai mangé par plaisir, et non plus pour calmer mes anxiétés. En tout cas, en théorie. Le comprendre, c’est une chose. Avant de te mettre à table, tu respires un coup, tu prends conscience du moment et tu extériorises toute émotion négative parce que tu veux manger pour le plaisir et pour te nourrir, et rien d’autre. Ça, c’est en théorie. Parce qu’en pratique, je continuais de recevoir des messages de mecs pourris qui me poussaient à plonger dans un pot de glace ou des appels stressants de magasins qui ne vendaient aucun livre et qui annonçaient la fin de ma carrière, m’amenant à me ruer dans mon frigidaire tout entier. En somme, on ne balaie pas 30 ans de mauvaises habitudes en quelques mois. Petit à petit, j’ai essayé de changer, de m’écouter et de me faire confiance. J’ai réussi à perdre du poids, à me sentir mieux dans mon corps, plus en harmonie avec ma tête en variant les plaisirs, en ne me frustrant jamais et en continuant de bouffer, de temps en temps, de la merde. C’était le paradis. J’étais fière de moi, fière de réussir où j’avais toujours échoué et, enfin, de parvenir à prendre soin de moi, pour de vrai. Et pourtant, comme un boomerang en pleine gueule, comme une réflexion de ta belle-mère, comme un email à 22 heures de ton boss, elle a tapé à ma porte : la pression qui pouvait me faire craquer. Comme une gentille fille bien équilibrée, je faisais mes courses en acceptant de m’acheter un Coca. Un seul. Celui qui allait me faire plaisir sans me faire culpabiliser. Ce n’était pas chose facile. Je le reconnais, je suis un poil addict à cette boisson. À tel point que certains jours, il m’est arrivé de ne même pas voir une bouteille d’eau. J’aime tout dans le Coca. Le fait qu’il me décape l’intestin, qu’il répande son sucre sur mes dents en pleine santé, qu’il picote mon nez et me fasse pleurer. Frais ou chaud, matin ou soir, avec ou sans alcool. Je le décline à toutes les sauces et lui voue un véritable culte. Alors, j’essaye de le consommer avec modération. De temps en temps. Sans excès. Comme ce vendredi. J’ai posé l’ensemble de mes courses sur le tapis, jugeant le cadis des autres comme la salope healthy que j’étais devenue, et j’ai calé la canette de Coca entre les brocolis et le kilo de carottes. À l’instant où j’ai ajouté le soda, comme un flic en pleine perquisition, le vieux monsieur derrière moi — à la bedaine aussi grosse que son culot — a eu l’audace d’entamer la discussion avec ce qu’il imaginait probablement être un bon conseil, peut-être même une technique de drague. Entre sa moustache dégueulasse et son dentier pourri, il a lâché comme une balle qui m’est arrivée en plein cœur : — C’est mauvais, ça. Vous allez devenir énorme avec ce truc, déjà que vous avez une bonne bouille. « Une bonne bouille » ? Il avait osé dire que j’avais « une bonne bouille » ? Ce mec au double menton, aux lobes qui touchaient ses genoux et au crâne dégarni pensait que j’avais une bonne bouille. Papy Chulo venait de détruire tous mes efforts en une phrase. En un instant, mon petit château équilibré, avec pour drapeau celui de la fierté, avait brûlé. Des semaines de travail parties en fumée, que j’allais probablement devoir réparer avec de la pâte à tartiner. Outre le fait que ses propos étaient sexistes, clairement orientés et certainement pas justifiés, outre le fait qu’il s’avérait très con pour lancer
Ce jour où j’ai découvert le dad bod

Lundi 3 octobre 2022. Je me suis installée sur mon canapé après une séance d’aquagym rythmée, qui avait valu à mon téton plusieurs gifles dans la gueule et offert un nouveau surnom : la chaudasse de l’aquaboulevard. Mais ça, je vous le réserve pour une autre histoire. Parce qu’à cette séance, outre la récente découverte de ma vocation en tant qu’actrice porno, j’avais surtout entretenu celle qui me collait à la peau : en d’autres termes, mon talent pour les ragots. Et à l’aquagym, il n’y a que ça. Des petites quinquagénaires, qui se retrouvent entre copines pour brasser de l’eau et surtout du vent. Il y a aussi des femmes plus jeunes et, croyez-moi, elles n’ont rien à envier aux anciennes. Avec elles, l’air a un goût de potins. Et ce jour-là, l’une des trentenaires, au détour d’un casier, entre ses deux copines aux jambes bien mieux dessinées que les miennes, a lâché LA bombe. Elle se tapait un vieux. La sugar baby de la piscine municipale baisait avec un soixantenaire. D’abord, j’ai été un peu dégoûtée. Et puis, j’ai été curieuse. Qui était-il ? Que lui voulait-elle ? Et, évidemment, comment était-il ? Discrètement, j’ai feint de récupérer une serviette dans une douche pour me faufiler derrière elle et admirer l’étalon. À ma grande surprise, il n’était pas si laid. Vieux, bien sûr, mais loin d’être moche. Plus encore : je comprenais son intérêt. Ses petits cheveux gris restaient nombreux, son nez n’était pas trop crochu et ses épaules semblaient solides. Il avait du charme. Et il avait un atout so 2015 : la bedaine. Et c’est à cet instant que tout m’est revenu en pleine gueule, comme la vague qui avait frappé mon téton pendant les 45 minutes de la séance. Le dad bod. Littéralement, « le corps de papa ». Cette tendance venue tout droit des États-Unis qui a fait fureur il y a quelques années. C’était LE fantasme de l’époque. Terminé, les abdos alléchants, les muscles saillants, les physiques de dieux vivants. Ce qui faisait des ravages, c’était le gras. Tout le monde semblait d’accord. Je me souviens même d’une vieille amie qui avait à son tour succombé. Elle s’appelait Jennyfer. Un cliché, queen de l’université, la plus jolie de tout le campus et, en plus, la plus intelligente. Au lycée, je l’imaginais reine de promo, au bras d’un basketteur un peu con ou de n’importe quel athlète aux abdos bien tracés. Mais à la fac, en 2015, je l’avais vue plonger. Plonger pour le dad bod. Un soir, dans un restaurant de luxe — lieu préféré de son gorille —, elle m’a présenté son grassouillet, celui dont elle grattait le double menton et attrapait les poignées d’amour. La rencontre n’a pas manqué de réussite. Il était le cliché même du dad bod. Voire pire. Un grand aux épaules carrées et au regard tendre, au ventre de femme enceinte et aux seins plus dodus que les miens. Un monstre. Une sorte de Shrek. Terriblement gentil, donc. Elle n’avait pas seulement pris l’option bedaine, ma pote. Non, elle avait pris tout l’engin, massif du haut du crâne jusqu’à l’orteil. Ici, il était question d’un vrai gros, et pas d’un petit surplus. Hyper impressionnant, en somme. Et je reconnais, très sexy. Puis, tout à coup, alors qu’il évoquait combien il se passionnait pour la nourriture, aussi bien française qu’étrangère, il s’est accidentellement coincé un petit bout de salade entre deux dents. Ça a suffi. J’étais hypnotisée. Hypnotisée par cette feuille qui recouvrait les trois quarts de sa canine. Et je ne voyais plus que ça. Ça, et sa bedaine frottant le rebord de la table. C’était trop. Je me sentais mal. Au sens propre. J’ai à peine entamé ma première frite que mon corps a commencé à faiblir, ma tête à tourner et mes yeux à se fermer contre mon gré. Je lâchais prise. Et, alors que je tombais de tout mon corps la tête la première dans ma sauce barbecue, presque raide, l’homme au ventre rond, sans une once d’hésitation, a foncé jusqu’au comptoir, ordonné avec sa voix de Viking qu’on m’apporte des serviettes fraîches et un verre d’eau, m’a attrapée à bout de bras avant que je ne m’effondre et, me soulevant comme une princesse, m’a passé délicatement les lingettes sur le visage en me chuchotant des mots rassurants : — Ne nous quitte pas, pas maintenant. Grâce à sa voix calme et au sein de ses épaules fortes, je suis revenue à la vie. Sa bedaine me servait de table, et je l’appréciais à sa juste valeur. Elle était pratique. Elle était douce. Elle était confortable. Elle était ce que je voulais aussi. Mais ça, c’était en 2015. Les années ont défilé, et les tendances avec. Des dad bods, nous sommes retournés vers les corps musclés, puis le gros cul de Kim, en passant par les sugar daddies. Eux, bedaine ou non, ils sont toujours là. Et c’était pas la petite brunette en maillot de bain, téléphone en main, occupée à admirer son papy, qui allait dire le contraire. Après avoir maté son vieux, j’ai tendu l’oreille. Qu’est-ce qu’une si jolie fille faisait avec un grand-père comme lui ? Évidemment, j’ai pensé qu’elle était intéressée. Elle l’avait précisé : il avait de la thune. Mais visiblement, elle aussi. Femme indépendante, mère d’un enfant, directrice de deux salons de coiffure, elle ne nécessitait de toute évidence personne pour subvenir à ses besoins. J’ai continué mon enquête, sans trop de difficultés tant elle exposait son quotidien. Vacances aux Maldives, hôtels à 300 balles la nuit, restos les pieds dans le sable et week-end thalasso. Elle menait la grande vie, avec son daddy. Bien sûr, j’attendais avec impatience qu’elle détaille leurs rapports sexuels. Et quand elle l’a fait, tout a pris sens. Trois orgasmes. En dix-sept minutes. Son vieux schnock lui avait donné trois orgasmes. Presque plus que mon Womanizer n’en était capable, presque plus que mon clito ne pouvait en supporter. Elle racontait comme il la faisait jouir sans même la pénétrer, comme il plaçait ses doigts délicatement
