Ce jour où j’ai voulu être quelqu’un de meilleur

Ce jour où j’ai voulu être quelqu’un de meilleur Lundi 18 septembre 2023. Comme un lundi. Et de septembre. Je commençais la semaine pleine d’ambitions. Je vous avais déjà parlé de ma rentrée. Celle que j’avais décidé de bien démarrer, en reprenant une hygiène de vie digne des plus grandes influenceuses. J’étais ce genre de fille qui mangeait des crudités à chaque repas, buvait plus de deux litres d’eau quotidiennement, allait à la Pole Dance tous les deux jours et qui dormait au moins huit heures par nuit. Oui, bien loin de la pseudo moins bonne de tes copines que je prétendais être. Mais voilà, être la fille parfaite ne me suffisait pas. Non. J’avais besoin de plus. J’avais besoin de sens. Sur mes réseaux sociaux, je suis beaucoup d’associations. Enfin, quelques-unes. Car, à dire vrai, les seules que je suis sont celles qui luttent contre la maltraitance animale et, pour moi, c’est compliqué de voir ça en images chaque jour sur mon téléphone. Sur ce genre de comptes, j’ai deux réactions complètement opposées. Soit j’ai envie de bruler tous les êtres humains qui touchent même un poil de ces petits trésors, soit je pleure toutes les larmes de mon corps de désespoir. Et aussi, je l’avoue, je finis par vouloir tous les adopter. Tant de choses qui font que je ne peux pas TROP suivre d’associations. Pourtant, j’en suis quelques-unes. Un peu masochiste, la gamine. J’en suis quelques-unes, dont celle qui allait me faire vivre un moment improbable. Sur Instagram, j’ai vu, en ce lundi 18 septembre, une publication qui appelait à l’aide. La mission était simple : ils avaient besoin de quelqu’un pour filmer et monter une vidéo le jeudi suivant, afin de diffuser leurs actions qui consistaient à rapatrier cinq toutous venus d’Égypte. Pour information, en Égypte, comme dans beaucoup d’autres endroits dans le monde, les chiens sont livrés à eux-mêmes, se reproduisant à outrance dans des conditions difficiles et vivant dans la rue. Beaucoup d’associations récupèrent donc ces chiens, qui, sur place, n’ont aucun soin ni aucun refuge pour les accueillir. J’ai envoyé un message, proposé mon aide, reçu un appel de la présidente et me suis engagée pour le jeudi. Et nous y étions, au jour J. Moi, j’étais tout excitée à l’idée de travailler avec cette association, de découvrir les adoptants qui me rappelleraient ma rencontre avec Gégé et tout simplement de pouvoir, après toutes ces années à raconter des conneries sur les réseaux, utiliser mon expertise à bon escient. Oui, mais voilà, seuls ceux qui ont déjà bossé avec une association, notamment animale, ne seront pas surpris de la suite. Jeudi 21 septembre, 13 h, je suis arrivée à l’aéroport, comme me l’avait demandé la présidente. Une fois sur place, je l’avoue, un rictus s’est installé sur mon visage car, devant moi, elle était un cliché malgré elle. Et, avec toute l’affection que je leur porte, je n’ai pas pu m’empêcher d’y penser. Là, attendant que tout le monde se réunisse, cinq femmes dont la présidente m’ont accueillie. Une dame froide, un peu sévère, sans doute trop autoritaire mais au très grand cœur, passionnée, engagée et sensible m’a saluée. Enfin, plus ou moins. Moi, j’arrivais avec beaucoup (trop ?) d’énergie. Un soleil en période de canicule. De quoi les déshydrater, les madames. Parmi elles, nous avions là aussi des clichés. Des petites femmes aux grosses lunettes, au strabisme prononcé, aux hanches qui font boiter, aux chevilles gonflées et au chien dans le sac, chouchou sur la tête. Des Corinne, Sylvie et autres Gertrude — femmes au grand cœur, j’insiste. Moi, ma vraie cible, c’était la présidente, puisque forcément, c’était elle que j’allais devoir convaincre. . Et le plus dur était à réaliser. Car moi, je pensais qu’on allait me faire confiance, qu’on me laisserait carte blanche, parce qu’après tout, et avec toute l’humilité qu’on me connait, c’était mon travail. Je savais ce que je faisais, encore plus sur ce genre de contenu très sollicité sur les réseaux. Oui, mais notre présidente, elle aussi, elle voulait un truc précis. Alors, quand je lui ai montré le début de mon « vlog » — mot qu’elle n’avait probablement jamais entendu avant — et que, après quelques secondes de vidéo, on y aperçu ma chaussure, elle m’a regardée, fusils à la place des pupilles, et m’a lancé gratuitement, s’adressant à la merde d’influenceuse que je me suis sentie être : — Mais pourquoi on voit ta chaussure ? À cet instant, je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Et j’ai compris que, malgré mes explications, même si je lui disais que c’était un contexte, un moyen d’emmener le spectateur, de poser le décor, ma godasse dégueulasse ne serait pas acceptée. Le problème, c’est que peu de choses allaient être acceptées. Car la présidente n’appréciait pas qu’on la filme. Oui. Ça compliquait la tâche. J’ai donc retravaillé mon montage en direct pour lui proposer un contenu qui allait lui plaire. Difficile, car son regard sur elle était biaisé et elle ne s’aimait sur aucune prise. Mais, après deux heures d’attente, j’ai pu comprendre ce qu’elle voulait et finalement réussir à la séduire. Puis, ils sont arrivés. Les petits chiens. Dans un état qui brisait le cœur. En tout cas le mien, car à ce moment, j’étais la seule à pleurer. L’assistante de la présidente les prenait en charge ; les adoptants, eux, restaient patients ; la cheffe paniquait ; et moi, je filmais en chialant. Une jolie équipe. Rapidement, nous sommes allés jusqu’au parking, là où tout était plus calme, où les chiens pouvaient être libérés, et surtout où ils pouvaient enfin rencontrer leur famille. Ce moment, c’était le plus beau. Et si depuis deux, trois heures, je regrettais un peu, je l’avoue, lorsque je me suis retrouvée à attendre dans un aéroport en pensant égoïstement au parking que j’allais payer une blinde, à cet instant, tout s’est envolé. Car ces petits chiens terrorisés sortaient un à un de leur cage remplie de pipi et qui venait de leur faire subir une expérience probablement marquante, pour finir

Ce jour où j’ai voulu me teindre en blonde

Lundi 10 avril 2023. Depuis plusieurs mois — que dis-je, années —, j’ai envie de devenir blonde. Un classique. Les cheveux raides veulent des boucles, les brunes être blondes et les carrés avoir les cheveux longs. Un classique. Alors moi, mon petit châtain, il rêvait de ressembler à toutes les meufs d’Instagram, celles aux cheveux couleur or, au corps parfaitement sculpté posé sur une planche de surf, au visage de poupée. Parce qu’en ayant leur crinière, je m’imaginais avoir tout le reste. Soyons honnêtes, les bourrelets ne bougeraient pas. Et ce n’était pas le seul truc qui comptait ne pas me quitter. Mais reprenons depuis le début. Lundi 10 avril, dans la voiture avec mon couple d’amoureux préféré, 16 h. Nous revenions d’un vide-grenier, leurs valises pleines de fringues pour remplir leur friperie, leurs cœurs gonflés d’amour et le mien toujours bien vide. À l’arrière du véhicule, déprimée, je voulais du changement. Et on le sait, le changement, ça passe par la coupe de cheveux. Bon, le changement, c’est aussi maintenant. Mais ça, c’est pas le même slogan. Je me suis contentée de la coupe de cheveux, abandonnant la politique, et j’ai lâché la phrase qu’il ne fallait pas devant un couple de gays (oui, c’est cliché, mais c’est vrai) : — J’ai trop envie de me faire en blonde. Il n’en fallait pas plus ; d’un accord commun, ils m’ont motivée, m’ont conseillé un super coiffeur qui avait fait des merveilles sur l’un d’eux et m’ont même tendu le numéro. Coup du sort, j’ai appelé et il m’a proposé un rendez-vous 30 minutes après, temps exact qu’il me fallait pour atterrir dans ses mains que je pensais expertes. C’est ce qu’il m’a fait croire en m’installant confortablement dans ce qui ressemblait à un salon, en m’offrant un café ou un thé, en me shampouinant la gueule et en me proposant son fucking soin qui coûte un ovaire qu’on ne veut jamais. Et puis, il a attaqué, il a foutu son vieux blond sur certaines mèches. Ou devrais-je dire sur certains endroits. Comme des gros pâtés dégueulasses. Des merdes. Des énormes merdes disparates sur mes boucles d’ange. À la fin du process, j’y ai cru. Et sincèrement, quand tu sors de chez le coiffeur, tu y crois toujours. Déjà, parce qu’il te balance toujours la même phrase : « Nan, mais vous inquiétez pas, ça va se mettre en place avec le temps. » Avec le temps ? AVEC LE TEMPS, CONNASSE ? Tu veux dire une fois que ça aura repoussé et que des fourches auront remplacé mes pointes ? Et comme une conne, j’ai pensé que c’était vrai. Encore plus après avoir payé 120 €. J’y ai cru… jusqu’au lendemain. Une fois que mes cheveux s’étaient « mis en place ». Et quelle place ! Si la coupe n’avait finalement pas bougé, car la pouffe aux ciseaux pourris n’y avait pas touché, la couleur, elle, était une cata. Et les jours qui défilaient n’allaient rien arranger. Rapidement, je me suis rendu compte que ma perruque était un savant mélange entre des merdes de pigeon sur un parebrise et la coupe de François Civil dans Bac Nord. Et, aussi charmant soit-il, son blond pisse était affreux. Encore plus sur moi. Alors, je devais m’y résoudre : il fallait y retourner, chez le coiffeur. Et, bien sûr, dans un autre. Car certes, j’aurais pu demander le remboursement ou, tout du moins, une nouvelle couleur. Mais si, déjà, l’heure de route qui me séparait du salon me démotivait, c’est bien le manque de talent qui a fini de me convaincre. Après une telle catastrophe, il y avait une chose dont j’étais sûre : je ne voulais pas que ce salon retouche de nouveau ma tignasse. Direction mon coiffeur habituel. Lui, il n’a rien d’exceptionnel, mais il me convient. Et puis, normalement, je ne demande rien d’autre que de couper un peu, et l’avantage, c’est que sur des cheveux bouclés, tu peux rarement te louper. Je l’ai constaté de nouveau. Car, elle, telle une sauveuse, elle a attrapé mes crins, les a critiqués, m’a reproché de lui avoir été infidèle et m’a promis de tout arranger. Bien sûr. Mais la Corine, c’était pas non plus Franck Provost. Elle aussi, elle m’a chiée. Un peu moins, mais elle m’a chiée quand même. Tout ça pour 100 €. Encore. Sur ma tête, je reconnaissais du blond. Enfin. Mais que sur certaines mèches. Elle l’avait pourtant répété : « Oui, vous voulez quelque chose de naturel. » OUI, DE NATUREL. Excuse-moi, Corine, mais jusqu’à preuve du contraire, des grosses mèches plus claires sur mon crâne, c’est pas naturel. Non. Mais je l’ai pardonnée. Après tout, elle partait avec des taches couleur pisse à rattraper. Ce n’était pas si mal Je suis ressortie de tout ce merdier avec un compte en banque allégé et un blond plus ou moins réussi. Évidemment, elle m’avait servi la deuxième phrase préférée des coiffeurs : « Ne vous en faites pas, ça va s’éclaircir avec le soleil. » Et cette fois, je lui dois bien ça, elle avait raison. Durant tout l’été, le soleil, il a fait le taf. Je me suis retrouvée avec un joli blond. Ou presque. Car, lorsqu’est arrivé septembre, une fois le beau temps remplacé par les nuages et la pluie (ou plutôt par les canicules qui nous enferment chez nous), j’ai eu envie d’éclaircir. Et, ayant retenu la leçon des instituts, j’ai pris la décision de le faire seule. Au détour d’un rayon, j’ai mis dans mon panier le précieux, le Graal : la coloration. Un truc simple, classique, qui avait pour but de me rendre plus blonde. Après deux jours d’attente car — la notice était claire — il fallait avoir les cheveux sales, j’ai enfilé les gants qui se sont percés tel mon hymen au premier doigt, et j’ai appliqué sur mon cuir chevelu ainsi que sur les longueurs ce produit à l’odeur nauséabonde qui tachait plus mon visage qu’autre chose. Dans le miroir, j’ai regardé les effets, un peu inquiète, pour, après 30 minutes, foncer sous la douche dans l’espoir d’y voir Britney (la version

Ce jour où on a tondu ma pelouse

Mai 2023. Sans date exacte. À ma porte, ça frappe. Habituellement, ça sonne, mais depuis un bon moment, la sonnette ne fonctionne plus et, peu importent les piles qu’on lui fout dans le cul, elle est morte. Un peu comme moi y a quelques semaines quand un trou noir aussi gros que mon fiak m’a emportée. Il faut dire que ces derniers mois, je les ai légèrement subis, happée par mes propres émotions, mes histoires d’amour, mon intensité et mes obsessions. Un joli combo qui te pousse à terminer dans le lit, couchée, à bouffer que de la merde et à en redemander. C’était dans cet état que j’étais en mai 2023, quand on a frappé à ma porte. Évidemment, je n’ai pas entendu. Heureusement, j’ai en fait une sonnette qui ne nécessite aucune pile, à l’exception d’un peu de pâté : la GG ring. Mon petit borgne, depuis son panier, m’a informée d’une présence et, de ma fenêtre, j’ai jeté un œil. Un jeune homme. C’était un jeune homme. En réalité, je l’avais déjà vu. D’abord parce qu’il a un chien, et tous les mecs qui ont un animal ont toujours mes faveurs, et parce que dans mon village composé aux trois quarts de vieux, les hommes de 30 ans, on les remarque. Donc, je le connaissais, au moins de vue. À cet instant, j’ai agi dans la précipitation mais surtout dans la survie. J’ai retiré mon pull troué sur l’épaule pour laisser apparaître un t-shirt Toy Story qui n’était de toute évidence pas mieux, redressé mes cheveux qui s’étaient emmêlés dans mon chouchou, passé un coup de langue sur mes dents, enlevé les crottes de mes yeux et surtout, surtout, j’ai enfilé un jogging. On était loin de la perfection, mais on n’avait rien d’autre. Je suis descendue, j’ai ouvert la porte et l’ai découvert. Lui, il ne s’était probablement pas posé toutes ces questions et pourtant, il était bien plus sexy. Il avait ce qui me fait craquer : des gros bras. Pas ceux qui soulèvent de la fonte tous les jours à la salle et qui sont mieux dessinés qu’un Picasso. Non. Les vrais gros bras. Ceux qui sont sculptés par la force du travail, ceux qui ont des petites veines sur l’avant, ceux qui se terminent par des mains fines. Mes préférés. Je pourrais crever pour ces bras. Et mon vagin avec. C’est une passion et, rien que d’en parler, mon souffle se coupe. Les siens, ils étaient comme ça, même si je reconnais ne pas avoir jeté un œil sur ses mains, et ça, c’est problématique. Mais, afin de romancer cette histoire, nous allons partir du principe que ses doigts étaient si élancés que leur place pourrait être ma chatte pour la vie. Mais là n’était pas le sujet, car lui, la seule raison pour laquelle il frappait à ma porte, c’était pour ma pelouse. La vraie. Celle qui semblait tout droit sortie de Jumanji dans mon jardin. Pour celles qui me suivent depuis longtemps, c’est pas une nouvelle : le jardinage, ça me saoule. Pour de vrai, une fois que je suis lancée, ça me plait plutôt bien. Tu bronzes en faisant une petite activité physique, musique dans les oreilles, sans penser à rien d’autre. Sur le papier, c’est pas si mal. Mais dans les faits, moi, ça me bloque deux heures, m’oblige à sortir ma tondeuse pourrie qui perd une roue tous les trois mètres, se coince dans la rallonge toutes les cinq minutes et parfois même se décroche en plein acte. Alors, quand ce bel homme — que nous pourrons appeler John pour celles qui ont la réf. — est venu proposer ses services, pour la première fois, telle une bourgeoise de village, j’ai sauté sur l’occasion. D’abord, je lui ai demandé ses tarifs et me suis sentie très mal à l’aise. Ensuite, j’ai pris son numéro et me suis sentie encore très mal à l’aise. Enfin, je lui ai dit que je l’appellerai et je me suis sentie toujours très mal à l’aise. En résumé, j’ai fait le taf, mais j’étais mal à l’aise. Cela dit, j’avais le numéro de John et un nouveau pote, parce que John, il était aussi bavard que moi. C’est ce que j’ai pu constater après avoir discuté avec lui pendant 50 minutes sur le perron. Alors c’est vrai, quand il a fini par me quitter comme ils le font tous, j’ai eu quelques secondes de réflexion. Les fameuses secondes où tu envisages. Si, on les connait toutes. Les secondes où on se dit que « Boooh, il est pas mal », ou que « Ouiiii, c’est sûr, on n’a pas l’air d’être du même monde, mais pourquoi pas ». Fais pas genre, je sais. Tu sais. On sait. Parce que John, il était vraiment cool, il était drôle, gentil, serviable et pas mal. Mais… Il faut forcément un « mais » sur ce genre d’hommes, et le « mais », il ne s’explique jamais. À dire vrai, je pourrais vous en parler plus, mais comme une grande businesswoman que je suis, j’ai décidé d’en faire un livre. Et oui, ceci est un spoil : dans le quatrième livre, nous aurons notre jardinier et toutes les aventures que j’ai vécues avec… En tout cas, celles que mon cerveau a vécues. Mais puisque j’ai tout de même envie de vous faire kiffer et d’écrire sur John, voici la suite. Parce qu’évidemment, ma pelouse, il fallait vraiment la tondre. J’ai donc fini par lui envoyer un message. Il a débarqué dans la journée et, cette fois, j’avais sorti mes gros nichons, mes abdos apparents et mon énorme boule. Comme de par hasard, c’était un jour de lourde chaleur où j’avais des envies de bronzage et le maillot de bain était de rigueur. Il en a donc profité. John a terminé la pelouse, a pris son argent, a discuté encore une heure avec moi, a caressé Gégé (mais pas ma chatte) et il est reparti. Et après ça, John m’a envoyé un message. Puis deux. Puis trois. John me

Ce jour où j’ai failli craquer

10 août 2023. 21 h 30. Autour de moi, mes deux potes. Le fameux couple qui s’aime à la folie, les tourtereaux qui, affalés dans le canapé, se grattent les cheveux et se caressent les pieds, qui se disputent quand l’un fait croire à l’autre qu’il va se marier avec un nouveau gros con. J’étais donc dans ce contexte, dans une maison au milieu de la campagne, devant une télé trop petite qui diffusait une émission sur des parents qui cherchent l’amour et qui sont espionnés par leurs enfants, à dévorer des crêpes recouvertes d’une pâte à tartiner qui tente désespérément de faire concurrence à Nutella, et surtout, à vouloir lui écrire. Jusqu’à présent, j’étais fière de moi. Fière d’avoir tenu deux semaines sans envoyer de message à celui qui m’avait brisé le cœur en me disant qu’il ne pouvait pas s’engager avec moi, à celui qui n’était pas prêt pour plus, qui a flippé quand j’ai ne serait-ce que prononcer le mot « couple » et qui, bien qu’amoureux, m’a laissée partir. J’étais fière de m’être rappelé que, non, on ne se contente pas des miettes, même celles d’un pain qui a gagné le prix de la meilleure baguette 2023 ; que non, on n’attend pas qu’une personne change sauf si c’est de slip ; que non, une levrette de temps en temps ne suffit pas à combler mes besoins bien que mon vagin me le fasse croire ; et que non, je n’ai pas à les modifier, ces fameux besoins. J’étais fière d’avoir résisté à mon téléphone, aux messages nocturnes, aux réponses aux stories, à l’algorithme Insta qui ne m’envoyait que des publications que je voulais lui faire lire et aux vieux TikTok de merde qui me rappelaient nos délires. J’avais tenu. Deux semaines. Mais ce soir, ce soir du 10 août, à 21 h 30, j’ai eu envie de crever. Dans mon corps, je l’ai sentie, la douleur. Celle qui te donne envie de vomir si tu manges encore une crêpe, de balancer ton cœur au fond des chiottes et de le voir disparaître, de crier très fort du haut d’une falaise avant de te jeter. Celle qui te donne simplement envie de courir dans ses bras en te négligeant. Elle était là, cette grosse pute. Je voulais lui parler. Pas à la grosse pute. Mais à mon crush. Je voulais savoir comment il allait, prendre de ses nouvelles, lui en donner. Je voulais savoir s’il avait baisé d’autres meufs, aussi. Et puis si je lui manquais, s’il regrettait, s’il m’avait oubliée ou s’il pensait encore parfois à moi. Je voulais qu’il me dise qu’il était prêt, enfin. Je voulais que mon égo soit boosté, en somme. Car dans ces moments, aussi incroyable que cela soit, j’arrive à me raisonner. C’est que toutes mes introspections ont finalement servi à quelque chose. Comme ma meilleure amie l’aurait fait, elle qui était allongée avec son mec dans le sofa à cet instant, je me répétais tout ce qui m’avait fait tenir ces derniers jours. Je me répétais que lui écrire un message ne servirait à rien. Sur celui-ci, au mieux, il me dirait ce que je sais déjà, qu’il m’aimait mais qu’il n’était pas prêt pour moi, et que oui, il en était triste. Au pire, il me dirait qu’il m’avait zappée. Dans les deux cas, la finalité était la même : nous ne serions toujours pas ensemble et je serais malheureuse, encore plus. Alors, je me suis persuadée qu’il ne fallait pas, même si j’en mourais d’envie. En ce moment, je m’interroge toujours. Et d’ailleurs, si je vous écris cette nouvelle, c’est dans l’espoir que, si vous traversez cette merde qu’est la rupture, elle puisse vous faire bien. Je me pose donc encore cette question : « Qu’est-ce qui te manque vraiment ? » Sans faire de la psychologie de comptoir, on le sait, il est parfois difficile de déterminer ce qu’on aime réellement. Est-ce que c’était la personne ? la relation ? l’imaginaire qu’on avait de la relation ? le potentiel de la relation ? ou tout simplement, le fait que quelqu’un de bien s’intéressait à nous ? Eh bien, après rupture, pour le manque, c’est pareil. Et si finalement, tout ce qui me manquait, c’était ce que je m’imaginais dans ma tête ? Et si finalement, tout ce qui me manquait c’était l’attention qu’il ne m’a jamais donnée, l’amour qu’il tempérait, l’espoir qu’il nourrissait, la tendresse qu’il évitait ? Et si finalement, tout ce qui me manquait, ce n’était pas lui ? À 22 h 30, ce jeudi 10 août, je n’arrivais pas à prendre du recul. Je voulais juste lui écrire. Comme une droguée en désintox. Un simple « ça va » m’aurait suffi. Avant d’avoir de nouveau besoin de plus. Plus qu’il n’aurait jamais pu combler. Alors, je me suis raisonnée. J’ai scrollé sur Insta et l’algorithme m’a sauvée. Dans mon Explorer, je n’avais que des comptes qui me disaient quoi faire pour surmonter une rupture. D’abord, l’une d’elles donnait sept conseils : faire le point sur la nécessité de cette rupture, être indulgente envers soi-même, se choyer, stopper le fantasme du potentiel, retravailler son estime de soi, se trouver de nouveaux objectifs et, évidemment, ne plus garder contact. Tant de choses que je savais déjà et qui ne me contentaient pas. Parce qu’à ce moment, en pleine crise, dans ta tête, c’est l’homme de ta vie, aucun autre ne lui arrive à la cheville et seul lui peut te comprendre. C’est peut-être le cas. Mais pas à cet instant T. À cet instant T, il faut le fuir. Non pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il n’est pas prêt et que la seule chose que tu peux faire pour l’aider, c’est de ne pas faire. Oui, je me l’écris en même temps. Après tout, autant que ce blog soit un peu une thérapie, faute de nous faire rire ces derniers temps. J’ai donc cherché d’autres conseils sur Instagram. Et si le détester était LA solution ? Pour mon Explorer, cela semblait être le cas. Sur un des posts, en gros, je voyais : « Ne fais pas les premiers pas ». Un machiste

Ce jour où j’étais en vacances avec un couple

Lundi 7 août. Départ en vacances. Si on considère que quitter son domicile pour aller à deux heures de chez soi, en continuant de répondre aux mails, en envoyant des commandes, en gérant un magazine et en écrivant un blog, c’est des vacances. Mais je partais. Au moins ailleurs. Parce que, je ne le cache pas, ce mois d’août est un sacré enculé. Alors que, depuis toujours, c’est l’un de mes favoris. J’ai pour habitude de rejoindre mes amis et ma famille en août. Certains préfèrent juillet. Sachez que nous, les vacanciers d’août, on ne vous comprend pas. Juillet, c’est pas un bon mois de vacances d’été. Août, c’est nickel. À l’exception de cette année. Cet été 2023, il a un goût amer. Ou, autrement dit, une saveur de merde. Et quand je dis « merde », je pense pas au caca parfait que tu déposes en deux minutes sur les chiottes en matant mes stories (fais pas genre ; je sais). Je pense au caca qui te détruit l’intestin, défonce le trône avec un jet en spray et t’oblige à foncer sous la douche tant tu t’en es mis plein le cul. La vraie merde. Mon mois d’août, il a commencé comme ça. Déjà, je me suis séparée d’un homme qui je fréquentais depuis des plus d’un an, que j’aimais, qui m’aimait probablement à sa manière et qui, finalement, n’était même pas mon mec. C’était tout le sujet, d’ailleurs. Mais pas celui d’aujourd’hui. Et puis, il fait un temps de merde. Un genre d’octobre, avec de la pluie à foison, de l’orage, des journées sous la couette à chialer, à prendre des kilos avec de la glace et à éviter de monter les marches pour ne pas se fatiguer. Alors, quand j’ai passé cette première semaine de déprime, durant laquelle même ma psy m’a quittée, je me suis finalement décidée à me bouger le cul. J’ai tapoté un texto à ma meilleure amie, lui ai proposé de trouver un gite loin de tout, d’emmener nos chiens et d’oublier nos merdes. (En réalité, les choses ne se sont pas du tout passées comme ça ; à dire vrai, on avait prévu ces « vacances » depuis trois mois, réservé le Airbnb depuis deux mois et préparé nos valises depuis un mois. Mais, pour romancer mes histoires, nous partirons sur un autre scénario. Merci.) Elle, elle me m’a répondu qu’elle était chaude… avant d’ajouter que son homme serait là. Par le passé, j’ai déjà critiqué le mec d’une amie dans une nouvelle. Mec qui, par malheur, l’a lue et qui, par double malheur, a pensé que ce n’était pas de la fiction et qui m’en veut encore terriblement. Sale histoire entre potes. Alors, par mesure de précaution : comme la parenthèse précédente l’indique, ceci est une version « Lamoinsbonnedetescopines » de ma vie et si, évidemment, quelques éléments la représentent réellement, la plupart sont extrapolés, car parler de la seule levrette que j’ai eue en six ans ne serait pas très intéressant et il faut bien que l’écriture me permette de fantasmer des détails (#tournevis). Toujours est-il que, dans la réalité, son mec est un ami mais que, dans cette version, même s’il en restera un, je le décrirai comme une merde qui me vole ma pote en vacances alors que je voulais passer ma semaine à critiquer les hommes. On est partis tous les trois. Tous les trois… plus les trois chiens. Les cousins de Gégé qui ne l’aiment pas vraiment et lui font un peu la misère. Un plaisir pour nous deux, donc. Et si l’entente se passait plutôt bien, tout a basculé à l’instant où j’ai compris que ma meilleure amie était folle amoureuse de son homme. Ce n’était pas vraiment une grande nouvelle. Ça fait des années qu’ils sont en couple, qu’ils habitent ensemble, qu’ils sont parents de deux boules de poils, et donc qu’ils s’aiment. Mais là, ils se dévoraient. Au sens propre. À peine dans la voiture, je les voyais se toucher les mains, se jeter des regards et se sourire alors même que je parlais de ma rupture avec mon non-mec. Ils osaient. Ils osaient se courtiser tandis que je me confiais sur mes échecs. Au fil des jours, rien ne s’est arrangé. Ils roucoulaient. Au sens propre. Je les entendais glousser comme des dindes, se taquiner… Un jour, alors que j’étais assise sur le canapé (le fameux), sous le plaid (toujours le fameux), je me suis sentie de trop. Parce qu’autour de moi, l’un du côté gauche, l’autre du côté droit, ils se couraient après. Le jeu semblait simple : « Cours avant que je t’attrape ». Si je n’avais pas été là, leur jeu se serait probablement terminé en fou rire avec la bite du mec de ma pote dans sa bouche. Mais j’étais là. J’étais là au milieu, les voyant tourbillonner autour du canapé, en hurlant et en rigolant comme des connards, leurs deux chiens les poursuivant à leur tour. La famille parfaite. Ils me faisaient un remake de la famille parfaite. Parfois, ils avaient un autre jeu. Celui des chatouilles-bisous. Comme des gamins de cinq ans, en plein milieu d’un film. Lui commençait à la chatouiller, et elle, amoureuse, le suppliait d’arrêter en priant pour qu’il continue. À côté de moi, elle se tortillait et il lui soufflait dans le creux du ventre avant qu’elle explose de rire. Pendant quinze minutes. Moi, j’étais toujours sous mon plaid, téléphone en main, à surfer sur Tinder pour répondre pour la 52e fois : « Ça va et toi ? Quoi de beau ? » Le pire, c’était encore les discussions. Celles où ils essayaient d’être gentils et de m’écouter. Celles où, devant leur niaiserie, je n’avais qu’une envie : tomber amoureuse, renvoyer un message à l’homme qui ne voulait toujours pas de moi, me faire souiller comme une merde physiquement et mentalement (quand je dis « physiquement », je parle de ces fois où il m’a bloquée contre un mur et baisée comme une chienne ; en revanche, sur le « mentalement », je parle de ces fois où… bon vous savez très bien, malheureusement).

Ce jour où je suis allée aux Francofolies

Mercredi 24 mai. Ou quelques jours après. J’ai reçu un message de celle qui est devenue mon amie le jour où je l’ai vue hurler à cause d’une chauve-souris durant notre voyage en Équateur, celle que certains connaissent comme la belette, celle qui rigole à chacune de mes blagues même les plus nulles, celle qui vit ses émotions aussi fortement que moi : Bérangère, la cheffe influence de l’équipe Cheerz. Bon, ce n’est plus une surprise maintenant, je bosse avec cette marque depuis des années. Pourtant, à la base, notre amour n’était pas gagné. Je me souviens encore de ce mail, qu’elle-même m’a envoyé en septembre 2020, alors que j’étais sur la terrasse avec ma cousine en pleine tournée à Montpellier. Dans celui-ci, elle me présentait Cheerz. Moi, j’étais à mon compte depuis un mois, je venais de sortir 387 jours et je me méfiais du cercle de l’influence, encore plus des marques surreprésentées sur les réseaux. C’était le cas de la leur. À l’époque, ils bossaient avec tout le monde, à la HelloBody ou So Shape. Bref, pour moi, pas très positif. Finalement, elle m’a convaincue. Et puis, j’aimais le principe d’imprimer ses photos. En conclusion, j’ai commencé avec eux et on ne s’est jamais quittés. Une vraie belle histoire d’amour. J’ai donc reçu un texto de Bérengère fin mai : « Hey Nono, on a des places pour les Francofolies en juillet parce qu’on est partenaires, ça te tente qu’on y aille ? » À cet instant, dans mon cœur, c’était la merde. Et, elle a ajouté : « Bon, par contre, on n’a pas de budget, c’est vraiment comme ça. » J’étais doublement dans la merde. Car, pour être très honnête, je déteste les festivals. Dans mon souvenir, j’ai l’image de gens bourrés, trop jeunes, qui hurlent, se poussent, font tomber leur bière sur mes vêtements, me marchent sur les pieds, me tripotent le cul, dorment dans des tentes, brûlent sous le cagnard et dansent comme des connards sur des musiques qu’ils écoutent à peine. Bref, j’ai vraiment une très sale vision de la chose. J’ajoutais à ça le fait que les Francofolies ont lieu à La Rochelle. Pas si loin, mais ça m’obligeait à faire minimum cinq heures de voiture. En plein mois de juillet. Au milieu de MES festivals (parce que oui, j’en organise. Me jugez pas, les miens ils sont tout mignons avec des petits créateurs et des brunettes qui font du piano-voix). Le pire moment. Et, évidemment, bien que l’argent n’ait jamais été une motivation, ne pas être payée me chauffait moyennement (même si je précise que dans ce cas, ils prenaient bien sûr tout à charge). Parce que je n’ai aucun problème à faire du contenu et à vendre mon image gratuitement, mais là, les Francofolies, c’était pas un kiff. Je n’avais jamais voulu y aller, je connaissais à peine et je n’avais aucune idée des artistes qui y performaient. Oui, mais voilà. Cheerz, je les adore Déjà parce que, soyons honnêtes, ils ont toujours été là pour moi. Eux, ils m’accompagnent dans tous mes projets et n’hésitent pas à mettre de l’argent ou à me fournir leurs produits pour me soutenir. Ensuite, ils sont devenus des amis que je n’avais pas envie d’abandonner. Ma loyauté me perdra. Alors, j’ai accepté. Après tout, j’avais la chance de pouvoir passer trois jours à La Rochelle, dans un festival qui pouvait me surprendre, avec une super copine. Sur le papier, c’était pas si mal. Au contraire, ça pouvait même être cool. Mercredi 12 juillet, je suis donc partie faire la fête. À dire vrai, ça s’annonçait pas top. La nuit avait été torride et pas dans le bon sens du terme. Mon cul avait tellement chaud que ma raie dégoulinante me faisait penser que j’avais mes règles (faites pas genre, je sais que vous aussi vous avez déjà eu ce truc), Gégé avait été malade et m’avait empêchée de dormir, mes polypes étaient plus gonflés que mes fesses et mon insomnie s’était intensifiée à mesure que je stressais à l’idée de manquer de sommeil. Classique. Alors, le lendemain, les cinq heures de route jusqu’à La Rochelle se sont avérées compliquées. Et pourtant. Pourtant, l’univers était avec moi. Car, j’ai enchainé les podcasts, les karaokés et les vidéos YouTube (je vous conseille la dernière de Seb la Frite sur l’histoire de Snoop Dog). J’ai passé cinq heures de kiff, seule, tranquille, la clim adoucissant le soleil et le Coca comme drogue pour me tenir éveillée. Un régal. Et la surpopulation de La Rochelle à mon arrivée n’allait rien y changer, bien qu’elle m’ait empêchée de trouver aisément une place. Oui. Mais voilà, j’étais de bonne humeur, quoi qu’il arrive. J’ai retrouvé Bérangère, la joie de vivre incarnée, et je le savais : j’avais fait le bon choix. On a déambulé, découvert les rues magnifiques de La Rochelle, mangé un fondant à la châtaigne, fumé une cigarette en terrasse et fini par rejoindre le festival. Et quelle belle surprise ! Autour de moi, que des gens sympas (très sympas), bienveillants, respectueux, voulant juste profiter des shows et du bon son. Sur le stand, j’ai rencontré toute l’équipe et, par conséquent, je me suis fait de nouvelles copines. J’étais fière. Fière de m’être laissée emportée dans cette histoire, d’avoir dépassé mes a priori et d’avoir accepté de venir, car, oui, je passais un excellent moment, et moi qui n’arrête jamais vraiment, j’oubliais tout et profitais d’un univers nouveau. Bon, je reconnais tout de même que les deux soirées n’ont pas été les mêmes. La première, on était sur du M et du quarantenaire qui boit une bière tranquille, mais la seconde, on était sur des 16-20 ans qui, dès la première note de Gazo (me demandez pas, moi non plus je connaissais pas), sont partis en pogos complètement bourrés à 18 h. Eux, ils m’ont rappelé pourquoi je détestais les festivals. C’était de leur faute, cette sale image que j’avais. Mais ils m’ont permis une chose : prendre du recul. Parce qu’après le concert de Gazo (mais

Ce jour où je ne suis pas partie au Sénégal

Ce jour où je ne suis pas partie au Sénégal 30 avril 2023. Ou peut-être quelques jours avant. Encore une fois, dans ma messagerie Instagram, des opportunités de fou. Ce coup-ci, c’était une copine qui me contactait pour, je cite, savoir si j’étais « intéressée pour aller au Sénégal ». À cet instant, j’étais chez des potes en train de raconter que j’avais une chance incroyable de partir en Équateur. Et maintenant… c’était le Sénégal. J’étais comme une folle. Sans aucune hésitation, sans même savoir de quoi il s’agissait, j’ai accepté. J’ai accepté car, d’abord, l’organisatrice était une de ces femmes qu’on admire, qui impose le respect, la confiance et qui respire la force ; je l’avais rencontrée brièvement et elle m’avait inspirée. Cette personne, je l’avais déjà vue à la télé, mais aussi lors d’évènements où elle avait été invitée à parler de son parcours surprenant. J’étais conquise. C’était une sacrée nana… jusqu’à sa chute dans mon esprit. Et puis, j’ai aussi accepté pour le projet. Sans le citer, il avait pour vocation de faire briller l’Afrique, de montrer son pouvoir, sa richesse, ses promesses et, par la force des choses, de casser les préjugés dont elle peut être victime. J’aimais tout. Tout ce qu’on m’annonçait. Je voulais en faire partie et je voulais, à mon échelle, promouvoir l’évènement, mais surtout ses valeurs. J’ai accepté. Et je n’allais pas être déçue. Quelques semaines se sont écoulées, et je n’avais reçu qu’un mail me demandant mes informations de voyage. Logique. Mais après mon retour d’Équateur — ce voyage incroyable et parfaitement organisé (oui, je le souligne) —, à vingt jours du départ pour le Sénégal, je n’avais pas eu de nouvelles. J’ai relancé pour réclamer mes billets, et on m’a promis que je les recevrais bientôt. Pour être honnête, je ne m’inquiétais pas. Car, bien que cela renforce les clichés que je déteste tant, j’avais conscience qu’il n’était pas question du même pays et de la même culture. Et puis, je voyais les stories de l’organisatrice principale qui nous vendait du rêve, des paysages somptueux et qui semblait tout gérer avec brio. Je ne m’inquiétais pas, donc. Mais voilà, quelques jours ont passé, les billets n’étaient toujours pas dans ma poche et le programme pas encore annoncé. Je ne savais pas. Bien évidemment, et sans être faux-cul, j’acceptais le deal. Je me faisais une joie d’aller au Sénégal et j’étais prête à faire quelques compromis, quitte à me stresser un peu niveau organisation. Car, même si j’avais conscience de la chance incroyable que cela représentait et que la promesse était largement à la hauteur, ce voyage presse n’était pas payé. Et il me fallait, en plus de la non-rémunération, bloquer cinq jours pour me focus sur l’évènement. Logique toujours, et évidemment qu’une fois encore, j’acceptais. Malgré tout, cela nécessitait de l’organisation — même si moi, je n’ai pour responsabilité majeure qu’un chien borgne. Alors forcément, à deux semaines du départ, je me suis permis de relancer, toujours dans le respect pour ne pas me faire dégager du programme et en léchant des culs pour recevoir mes billets. Ne nous mentons pas. Mais, avec pour seule réponse « Nous vous les enverrons bientôt », j’ai commencé à sentir la merde. Alors, comme l’agent secret que je ne suis pas, je me suis mise à chercher des infos… Et, dommage pour l’organisatrice, les infos, elles sont facilement accessibles dans le monde de l’influence. Pour vous refaire le contexte, il y avait deux vagues d’influenceurs qui avaient été contactés : une première qui partait le 25 mai, et une seconde qui partait le 1er juin. Dans mon cas, j’avais demandé un vol le 2 juin pour des raisons personnelles qui m’empêchaient de les rejoindre à la date prévue. Au début de mon enquête, nous étions donc le lundi 22 mai, quelques jours avant le départ de la première vague. Sur le site internet de l’organisation, j’ai déniché quelques infos sur les autres participantes. Bingo, à côté de ma gueule, j’ai trouvé une influenceuse que je connaissais, au moins de nom. Sans hésiter, je lui ai envoyé un message, message composé d’un vocal bien huilé qui, en résumé, demandait quelle était la situation de son côté. Et là, la supercherie a commencé à se dévoiler. Car ma collègue, que nous appellerons Bérénice, elle était à bout. Elle, elle partait quatre jours après et… n’avait toujours pas ses billets. Impossible pour elle de s’organiser, de laisser ses enfants, de prendre son hôtel pour la veille ou même son train. Elle n’avait rien. Autant vous dire que moi non plus. Mais le pire arrivait… car c’est le mercredi soir, à minuit, qu’elle a reçu son billet pour le lendemain. Cela étant dit, ce n’est finalement pas le pire : certains, toujours d’après une source très sûre (sinon, il est évident que je n’en parlerais pas…), n’avaient même pas leur billet le jour du départ ; d’autres ont dû le payer de leur poche puis se faire rembourser, et d’autres encore ne sont tout simplement pas partis, qu’il s’agisse d’influenceurs, de speakers ou de participants. Bref, je comprenais petit à petit que mes billets étaient toujours bien loin. À ce moment, le Sénégal n’était pas en proie aux manifestations. D’ailleurs, à ce moment, personne ne nous en parlait. Et les bruits de couloir m’ont bien confirmé qu’elles n’étaient en aucun cas la raison de quoi que ce soit. Mais moi, j’espérais. Car encore une fois, j’ai l’honnêteté de dire que oui, qu’importe l’organisation, si j’avais eu mes billets, j’y serais allée, j’aurais profité et bien comme il faut. Un voyage au Sénégal offert, c’est qu’une fois dans une vie. Et pourtant… Pourtant, sur place, rien ne semblait faire rêver. Bérénice était mes yeux et mes oreilles, comme d’autres. Là-bas, la plupart des activités étaient annulées par manque de budget, ou alors annoncées en fin d’après-midi, obligeant les invités à patienter toute la journée à rien foutre en attendant une update. Encore une fois, il n’était pas question de manifestations et, qui plus est, celles-ci

Ce jour où j’ai fait un festival

Vendredi 7 avril 2023. Ou peut-être un autre jour. Mais en avril, ça c’est certain. Dans ma tête, une étincelle. Celle qui me pousse souvent dans ma folie, qui alimente ma créativité, qui m’a fait inventer un magazine en un mois, poser ma démission pour vivre de ma passion ou rejoindre mon crush à minuit alors même que, je m’autocite, « je ne dois plus lui envoyer de messages ». Ce genre d’étincelle. Et elle venait encore de s’embraser pour, naturellement, me pousser à créer un festival. Pour ma défense, il faut un contexte. Comme beaucoup le savent, j’écris des livres et chaque année, en septembre, comme la grande aventurière que je suis, je prends un van pendant deux bonnes semaines pour partir à votre rencontre, pour des dédicaces. Oui, mais voilà, cette fois, je n’ai pas sorti de livre cet été. Alors, si pas de livre, pas de dédicaces, et surtout, pas de rencontres. Et ça, ça m’a rendue triste. Parce que vous voir, c’est principalement vous remercier. Vous remercier de me soutenir, d’être là, et pouvoir le faire en face à face. Pour moi, ça n’a pas de prix. Enfin si, un certain coût d’ailleurs, mais il le vaut. Alors cette année, j’étais un peu déçue. Déçue de ne pas organiser de tournée et de ne pas vous voir. Et c’est à ce moment que l’idée est apparue : et si, lors d’une simple petite soirée, on se retrouvait au bar boire un verre ? À la base, c’était ça le projet. Puis, rapidement, je me suis dit que ce serait sympa de faire bosser les copains chanteurs en proposant un petit concert. Évidemment, ils ont accepté. Mais, parce que je suis une pote cool, j’ai voulu les rémunérer, et à leur juste valeur. J’ai donc commencé à me mettre en quête de sponsors. Mais pour attirer les sponsors, il faut plus qu’une simple soirée dans un bar avec deux concerts. Forcément. J’ai naturellement cherché des lieux un peu plus « wahou ». Des châteaux, des domaines et des endroits qui attirent l’argent. Si, si, il y a des endroits qui attirent l’argent. J’te jure. Mais bien sûr, pour accéder à ces endroits sans les payer, il faut que les propriétaires y trouvent un intérêt. L’intérêt ? Leur visibilité. Je leur promettais que des gens viendraient découvrir le lieu, consommer des bières et les faire kiffer. Oui, tu le vois arriver… Il fallait donc que j’attire des gens. Et si ma présence merveilleuse était déjà un argument, et le concert de mes potes une autre très bonne raison, j’avais besoin de plus. Le plus, il a débarqué dans ma vie sans que je m’y attende vraiment et il s’appelle Anaïs. Anaïs, c’est la fondatrice de La Bonne Vague, un média qui surfe sur les créations made in France. Et ça, j’adore. Elle et moi, on s’est rencontrées grâce aux réseaux sociaux. Une meuf ambitieuse, positive, avec la force de réussir. Tout ce que j’aime. Alors, quand elle a vu mon projet éclore sur Insta, elle a foncé comme elle sait le faire et m’a répondu. Au fil de nos discussions, une idée a émergé : et si on ajoutait un marché de créateurs à notre bordel ? Et sans même nous en rendre compte, nous venions de donner naissance à La plus bonne de tes soirées, le festival. D’abord, on a décidé de le faire à Angers, le 28 juin, dans un domaine incroyable qui est celui de Châtillon (comment ça je fais ma pub au passage ? Non. Je te partage simplement un plan de ouf si tu es dans le coin. Et tu sais quoi ? Je vais même te remettre le lien d’inscription ici). Puis, on a décroché l’opportunité de le faire le 21 juillet au château de la Garrigue près de Toulouse (bim, encore le lien). Et enfin, à Bordeaux, au château de Lesperon le 25 août (évidemment, que je vais te mettre le lien aussi). Cet événement, nous l’avons pensé comme une journée parfaite : totalement gratuit, avec du soleil, des transats pour oublier les problèmes, des jeux de société, de la pétanque, du Mölkky, des activités d’extérieur, des concerts d’artistes géniaux, des créatrices à découvrir et à soutenir, des bières à déguster, des planches pour l’apéro et une ambiance de folie. Cet événement, je le fais pour vous remercier, vous rencontrer en toute détente et profiter de la vie qui nous encule parfois. Cet événement, ce sera le nôtre, le temps d’un après-midi. Évidemment, je ne vous cache pas la charge mentale et le stress. À dire vrai, je n’avais pas prévu de devenir organisatrice de festival, programmatrice de concert, gestionnaire d’un marché de créateurs et j’en passe. À la base, moi, je faisais des vidéos sur Insta pour pouvoir faire connaître mes livres et c’était déjà beaucoup. Alors, me retrouver à envoyer des autorisations à la mairie, prévenir les pompiers, demander des devis pour une ampli HF3000, acheter des nappes bien précises, gonfler des ballons, devenir une pro de la raquette, faire des fanions, etc., c’était pas prévu. Et, ne nous mentons pas, ça me dépasse un peu. Mais, s’il y a une chose que j’ai bien apprise de mes nombreuses expériences, c’est que c’est en faisant qu’on y arrive. Et ça, c’est une réalité. Et c’est aussi bien logique. Car, même si ça peut effrayer, ce n’est pas en s’empêchant de se lancer qu’on peut apprendre, quitte à se tromper. Alors, j’y vais, dans cet inconnu qui pourtant fait kiffer tout le monde. Parce que, honnêtement, même si la peur est présente, c’est avant tout une énorme joie. La joie d’être avec mes amis à parcourir la France pour un festival que je crée, la joie de passer un été à faire des folies comme une gamine, la joie d’avoir votre soutien, la joie de se rencontrer, la joie de vivre tout simplement. Et puis, parfois, je me laisse rêver, encore plus. Je me dis que tout a une raison d’être, que le hasard n’existe pas, et que, surtout, les choses

Ce jour où je suis partie en équateur

Dimanche 9 mai. Le cœur qui palpite à l’idée de rencontrer des personnes que je suis sur les réseaux depuis des années, de passer du temps avec des étrangers, de me retrouver au milieu de nulle part sans savoir ce qui va arriver, de travailler pour une grande marque qui a des attentes et de ne pas être à la hauteur… d’aller vers l’inconnu tout simplement. Je partais en Équateur. Je partais en Équateur avec trois autres influenceuses, une équipe marketing et une agence de voyages qui nous avait tout préparé. Je partais en Équateur sans rien savoir. Si je dois être honnête avec vous, à quelques jours du départ, je ne voulais plus y aller. Je suis toujours comme ça. Une casanière que l’inconnu effraie et qui, par protection, se dit qu’elle n’a plus envie. Alors, pour ne pas déroger à ma règle, j’ai râlé. Mais, j’avais un contrat, un contrat qui m’obligeait. Et surtout, j’avais l’habitude. À la dernière minute, j’ai préparé mes affaires, en oubliant des t-shirts et des culottes, en y mettant trop de médicaments auxquels je ne toucherais pas, en vérifiant 20 fois que mon passeport était à sa place, en checkant les stories des autres influenceuses pour savoir où elles en étaient, en constatant qu’elles avaient une organisation bien plus élaborée et en recommençant à stresser. J’ai épilé les derniers poils de mes sourcils, rasé mes jambes et surtout ce qu’il y avait entre, et terminé par blondir ma moustache. J’essayais de m’adapter, non pas au terrain hostile qui m’attendait, mais au monde de l’influence. Car, pour être honnête, c’était ça qui m’effrayait le plus : ne pas être à ma place au milieu de filles parfaites. Et, scoop, ça a été un peu le cas… mais laissez-moi continuer de vous poser le contexte avant de vous en dire plus. 19 h 30, dimanche. Le taxi m’a déposée à l’hôtel où j’ai retrouvé Bérengère, Alexia et Laure. C’était la rencontre. Les grands sourires, les petits silences et la grosse excitation. Nous étions heureuses. Heureuses de partir pour cette folle aventure et d’enfin pouvoir échanger directement. Dès la première minute, le feeling est passé. Je n’en doutais pas vraiment. Après tout, je les connaissais grâce aux réseaux. Camille, elle, n’avait pas le même vol, pour des raisons indépendantes de notre volonté à tous. Et puis, lundi matin, 6 h 30, nous voilà partis, avec Paul de Cheerz et Nathalie de Double Sens, l’agence de voyages. L’équipe était (presque) au complet. Et le périple pouvait continuer. À partir de ce moment, tout s’est enchainé. L’avion, les trois vols qui ont été très douloureux, l’excitation qui nous faisait tout oublier, l’arrivée à Quito, le minibus qui nous attendait, les retrouvailles avec Camille, l’hôtel hyper charmant, le réveil en jetlag à 5 h 30 du matin, l’ascension impossible de Cotopaxi, le minibus vers l’Amazonie, la chambre avec Alexia, les trois heures de pirogue, la rencontre avec les Sarayaku, la chicha fatale, la baignade dans la rivière, les longues discussions, les prises de conscience, les larmes d’adieu, la route vers les Canaries, la découverte de Santiago, le mariage improvisé et tout le reste. Tout ça, vous l’avez vu. Mais ce que vous n’avez pas vu, c’est les coulisses, et surtout, ce qui vous intéresse : les potins. Potins qui, dans cette expérience, ont plus été des révélations. Sans surprise, nous sommes toutes différentes. Ou plutôt, je suis très différente. Pour être complètement sincère, le voyage s’est extrêmement bien passé, avec tout le monde, même si, évidemment, j’ai eu plus de feeling avec certaines qu’avec d’autres. Comme dans tous les groupes, en somme. Mais ce qui était intéressant, c’était à quel point je me sentais différente, notamment par rapport aux influenceuses — que j’ai, j’insiste, adorées. Des filles simples, bienveillantes, profondément gentilles, très second degré, faciles à vivre. Un plaisir. Mais elles m’ont confrontée à un moi parfois difficile à accepter. Sur les réseaux sociaux, et d’une certaine manière dans la vie, je suis la moins bonne de tes copines. Ce n’est pas qu’un nom. C’est ma réalité. Depuis toujours, je suis la pote un peu grogrosse, qui fait des blagues, maladroite, la Gaston Lagaffe de l’équipe, l’extravertie rigolote, celle qui fait rire les filles populaires et qui leur permet de pécho le chef de la team de foot du lycée. C’est cliché, mais c’est pourtant vrai. Et là, pendant ce voyage, j’étais avec ces filles cool, renommées dans mon vocabulaire : les filles A. Alors, naturellement, je me suis positionnée comme le bouffon du roi, celle qui ne peut que faire rire, qui se dévalorise et qui ne sait pas agir autrement. Car — et désolée de vous l’avouer — ce qu’elles sont sur les réseaux, c’est ce qu’elles sont dans la vie. Elles sont belles, n’ont pas d’auréoles même sous 40 degrés au milieu de la jungle, elles ne sentent pas mauvais, leurs visages ne sont pas rouges, leurs ongles sont toujours nickels, elles mangent avec délicatesse en prenant un petit kilo si elles font un excès, elles ne sont pas moches après quinze heures d’avion, elles n’ont pas les traits horribles après seulement quatre heures de sommeil, elles n’ont pas de rides car elles boivent suffisamment d’eau, elles mangent des cochonneries et elles assument, elles sont stylées même avec un k-way, elles ne galèrent pas pendant les randonnées, elles ne trébuchent pas sur les cailloux et elles n’ont pas de cernes, peu importe leur niveau de fatigue. Elles existent vraiment. Et moi aussi. Moi qui étais trempée de sueur le premier jour en Amazonie, les cheveux mouillés comme après un passage dans la piscine, en tachycardie quand j’essayais de marcher sous la chaleur, à poser pour des photos que j’ai détestées et qui me montraient mes bourrelets et mon style à chier pendant tout le voyage. En somme, elles m’ont rappelé que, finalement, je ne suis pas si bien dans mon corps. Et, je l’avoue, sans même que ce soit de leur faute, car elles n’en avaient même pas conscience et elles étaient simplement elles-mêmes,

Ce jour où j’ai gardé 3 chiens

Mercredi 17 mai 2023. J’ai fait un pacte. Pas avec le diable, mais presque. Avec ma mère. Ma mère, c’est une négociatrice dans l’âme, une marchande de tapis, une commerciale. Je sais de qui je tiens mon côté pitbull en affaires. Et parfois, cela se retourne contre moi. Comme ce mercredi 17 mai. En réalité, tout s’est bien passé avant. Lors du week-end de Pâques à la maison, mon neveu a bouffé le caca de Gégé, pensant que c’était un œuf de chocolat. Faut vraiment être con. Une fois les dents d’Axel brossées, on a entamé les négociations. La question était simple et, en réalité, ce n’était que des problèmes de riches. Pour vous donner le contexte, je partais en Équateur quelques jours (premier problème de riches) et je devais laisser Gégé à mes parents ; mes parents, eux, partaient à Belle-Île-en-Mer à mon retour de vacances et… voulaient que je garde leur chien (deuxième problème de riches). Le troisième problème, c’est que la meilleure amie de ma mère a aussi un chien et partait également avec mes parents en week-end. Vous le voyez arriver… Évidemment, j’ai proposé de venir récupérer Gégé à mon retour d’Équateur et de rester quelques jours de plus chez mes parents pour garder les deux chiens. En résumé, j’allais passer cinq jours avec un borgne poilu, un gros con poilu et un pot de colle souffrant de dépendance affective poilu. Le tableau s’annonçait magnifique… et il l’a été. À mon retour, Gégé s’est fait une joie de me revoir et jusque-là, c’était le paradis. Le bordel, il est arrivé quand mes parents et leur meilleure pote sont partis, quand je me suis retrouvée en tête à tête avec les trois chiens et quand j’ai dû gérer leurs caractères différents. Car Gégé, c’est un indépendant, un qui n’a jamais vraiment besoin de moi, qui se contente d’une bonne balade par jour, de son panier, de sa pâtée et de son quart d’heure de folie avec ses nounours achetés en foire à tout. Gégé, pour ceux qui se demandent, je l’ai récupéré dans la rue, alors lui, il est vraiment pas chiant. Il se fait discret et il accepte tout, surtout d’être tranquille. Mais les deux autres, c’est bien différent. D’abord, il y a Francklin. Francklin, c’est un gros con. Désolée si tu passes par là, mais c’est pas faute de te l’avoir déjà dit en face. Ce chien, si c’était un humain, ce serait le genre à gueuler sur tout le monde, à boire des verres au bar en insultant le serveur, en fumant des clopes, en regardant de côté et en provoquant le moindre petit jeune du quartier. Mais Francklin, ce serait aussi l’oncle un peu rigolo, qui est toujours partant pour une promenade en forêt même s’il fait de l’asthme et qu’il faudra porter après cinq kilomètres, ou le mec sympa qui est tout le temps prêt pour un foot. Uniquement quand il veut. Bref, Francklin, c’est un sacré phénomène. Puis, il y a Indra. Indra, c’est un golden retriever. Avec ça, les spécialistes des chiens ont déjà tout compris. Ceux qui n’y connaissent rien vont devoir lire la suite. Un golden retriever, c’est un gentil toutou. Un très gentil toutou. En d’autres mots, un chien qui ne quitte jamais son maître, qui veut des câlins à longueur de journée et qui prend beaucoup de place. Indra, elle peut passer la journée à se faire caresser, à attraper ta main pour la mettre sous sa tête et à réclamer de l’affection en grattant ta cuisse. Et puis, Indra, c’est pas un chihuahua. Non, Indra, c’est un gros chien. Un gros chien qui défonce tout sur la table basse avec sa queue et qui perd ses poils noirs partout dans la baraque. Le premier jour, la cohabitation était plutôt agréable. À l’exception du dîner où dealer avec trois toutous qui ne sont pas habitués à vivre ensemble n’a pas forcément été évident… À l’exception aussi du soir où tout le monde a voulu dormir avec moi. À l’exception enfin du matin quand ils m’ont réveillée à 7 h pour aller chier. Mais c’est cette dernière exception qui m’aura valu une (presque) belle rencontre. À 7 h, donc, je me retrouvais en mi-pyjama, mi-jogging, cheveux planqués sous une casquette, pull qui cache le tout, à promener ces trois chiens qui m’écoutaient à peine et qui, une fois lâchés, sont partis comme des furies au milieu de la forêt parce qu’ils avaient repéré un lapin. Mon Gégé, lui, il est resté avec moi. D’abord parce qu’il m’obéit, mais surtout parce qu’il ne l’a pas vu. Mais les deux… Les deux autres, un berger et un chasseur, sont partis à pleines pattes, à une vitesse incroyable, et ont disparu. Moi, j’ai couru en hurlant, j’ai tenté de les retrouver, mais sans succès. J’ai commencé à paniquer, je me suis assise dans le champ en bordure de forêt en espérant qu’ils reviennent. J’ai attendu, Gégé à mes côtés, en priant pour que ces deux chiens qui n’étaient pas les miens finissent par trouver ma présence plus intéressante que le rongeur qu’il ne réussirait probablement jamais à attraper. Et pour cause… À ma grande surprise, je les ai vus revenir après quinze bonnes minutes avec un lapin bien plus sympa entre les pattes. Indra, la golden, était attachée à une corde et Francklin était porté par un jeune homme charmant qui semblait les maîtriser. Comme un héros, il sortait de la forêt avec mes deux chiens, chemise de bûcheron sur l’épaule, bottes en caoutchouc aux pieds, jean qui moulait ce qui ressemblait à un petit cul, même si je ne voyais que le devant. Ses cheveux bruns étaient cachés sous une casquette et tombaient sur des trapèzes qui ne semblaient pas frémir malgré les quinze kilos de ce gros Francklin qu’il tenait d’un bras. Lui qui, habituellement, pouvait mordre n’importe quelle personne qui ne lui revenait pas était détendu, sourire aux babines (si, les chiens sourient) et semblait bien installé. Cet homme