Ce jour où j’ai embrouillé une influenceuse
Un jour de janvier. Dans ma voiture, Céline Dion tapait sa meilleure vocalise au centre de Paris et, faisant affront aux flics, le téléphone dans mes mains m’octroyait un peu de répit au milieu des embouteillages. Forcément, étant donné l’addict que je suis, Instagram a été mon premier réflexe. C’est triste, d’être aussi accro. Je passe de longues minutes à regarder des vidéos qui ne servent à rien, à checker les messages de gens que je ne connais pas (OK, je vous adore, mais je consacre plus de temps à vous répondre qu’à mes propres amis) et à baver sur des corps qui n’existent pas dans la réalité. J’ai bien tenté d’y remédier. D’abord, j’ai pris sur moi, tout simplement. J’ai essayé de lâcher mon téléphone en me répétant que j’avais bien mieux à faire, avant de me jeter de nouveau dessus trente minutes après. Enfin, je suis passée à un niveau au-dessus. J’ai mis des limites de temps. Scoop : cette méthode est à chier étant donné qu’il suffit de cliquer sur un bouton pour supprimer la restriction. Cher iPhone, si tu veux vraiment me stopper, promets-moi qu’à chaque minute dépassée, un message sera envoyé à mon ex, et là, crois-moi, je disparaitrai d’Instagram. Toujours est-il que j’étais encore addict à mon téléphone, même dans les embouteillages. J’ai jeté un œil à mes messages privés et je suis tombée sur un profil avec une pastille bleue. Celle-ci, elle a eu des lettres de noblesse, fut un temps. À une époque, chaque personne avec une pastille bleue qui s’abonnait ou me contactait faisait frémir mon petit cœur. Car, d’une manière ou d’une autre, elle était importante. Je sais, nous sommes tous importants. Mais Macron l’est plus que moi, par exemple. Et c’est bien dommage, quand on m’imagine une seconde présidente. Aujourd’hui, la pastille bleue n’a plus aucune valeur. Pourquoi ? Parce que des gens payent. Peut-on prendre quelques minutes pour discuter de la débilité de ce projet ? Des individus ont-ils donc autant besoin du sentiment d’appartenance à un groupe privilégié qui, soit dit en passant, n’en est plus un puisqu’il est accessible à tous ? Comment des gens sont-ils prêts à payer dix balles par mois, professionnels ou non, pour avoir une pastille qui n’a absolument aucune valeur ? Certains ont expliqué que cette pastille permettait à leur communauté de ne pas se faire duper, qu’Instagram leur offrait un accès privilégié à ses services et que leur compte était plus sécurisé. C’est faux. La seule raison pour laquelle toutes ces personnes ont pris la pastille bleue, c’est pour se donner de l’importance. Elle ne change rien, sinon la teneur de leur porte-monnaie. Cela étant dit, une pastille bleue est venue taper dans mes DM et, je l’avoue, malgré la réalité énoncée ci-dessus, elle m’offre toujours quelques secondes d’adrénaline. Qui m’avait donc écrit ? Je me suis précipitée pour l’ouvrir et découvrir la nouvelle qui m’attendait. Une influenceuse. C’était une influenceuse. Une de celles aux longs cheveux blonds, qui a une peau lisse probablement grâce à un filtre et une allure de surfeuse de la côte ouest. Une influenceuse, en somme. Dont je tairai le nom. Pas tant pour la protéger, mais plus parce que finalement, je ne la connais pas et surtout, parce que je m’en tape complètement. Et si je suis si dure, c’est qu’il y a une bonne raison. Car, évidemment, j’ai lu son message. Lui, il était plutôt cool : elle avait créé un produit et m’invitait à sa soirée de lancement. Chouette, ai-je d’abord pensé. L’occasion de rencontrer de nouvelles personnes du milieu, de me faire connaitre, d’élargir mon réseau et de passer un bon moment. En tout cas, de faire semblant. Car moi, les événements influence, c’est pas trop mon truc. Je suis pas très à l’aise, sauf exceptions, et je ne me sens pas vraiment à ma place dans ce monde un peu faux-cul. Oui, mais c’est aussi une partie de mon travail. Dans le mien, le réseau est essentiel, avec les influenceuses encore plus. Alors, sans vraiment savoir qui elle était, j’ai pensé y aller. Mais avant, je suis évidemment passée sur son compte. Et là, stupeur. La surfeuse n’était pas abonnée. Peut-être que cela ne vous surprendra pas ; moi, si. Car bien sûr, on est au courant et on y revient : c’est un monde de faux-culs, dont je peux clairement faire partie. On le sait tous, on se fait parfois des courbettes dans le seul but de pouvoir envoyer son livre et mettre en avant son œuvre. Comme dans n’importe quel milieu, en somme. Mais pour ma défense, je fais les choses bien. Car si je peux lécher quelques culs pour faire vivre mes romans, il n’empêche que je prends soin de le faire avec des filles dont j’apprécie un minimum le contenu, et que je suis depuis un petit moment. Et si tel n’est pas le cas, je suis honnête. Parce que, maintenant, je ne passe plus par l’étape « courbettes » et je vais directement à l’étape « opportuniste ». Autrement dit, fini de prendre le temps de prétendre s’intéresser l’une à l’autre ; j’en viens tout de suite aux faits, à savoir l’échange de bons procédés. La surfeuse, elle, elle en avait rien à foutre. Elle voulait le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière qui, à ce moment, s’appelait Noëllie. Certes, nous pourrions aussi penser que, pour une fois, elle n’était pas hypocrite, et qu’au moins, elle ne faisait pas semblant d’adorer mon profil juste pour me ramener à sa soirée. C’est vrai. Mais j’ai tout de même trouvé la démarche étrange. Dans ce cas, pourquoi ne pas directement me le dire ? Un simple « Je viens de découvrir ton compte, je crois qu’on a plein de choses en commun qui pourraient intéresser nos communautés respectives, tu en penses quoi » ? Qu’allions-nous nous raconter à la soirée ? « Salut, tu es qui, je t’ai jamais vue » ? « Je sais même pas ton prénom » ? Que pourrais-je vous dire, à vous qui me suivez, si je débarquais à un évènement sans
Ce jour où c’était mon anniversaire
27 février 2024. Mon anniversaire pour la 33e fois. 33 ans. Plus les années passent et moins j’ai envie de le célébrer. D’abord, parce que mon visage vieillit à vue d’œil, que mes rides gagnent des centimètres et que les bourrelets s’entassent un peu plus dans mon soutien-gorge. Puis, et surtout, parce que je deviens aigrie. Aigrie de la vie, aigrie de l’amour, aigrie du quotidien que je trouve de moins en moins fun. Pourtant, je n’ai pas à ma plaindre. J’ai de la chance. Je suis entourée d’amour, j’ai un taf que j’adore et je suis libre de faire presque tout ce que je veux, quand je le veux. J’ai de la chance. Seulement, le temps qui passe me fait peur. S’il me fait peur, ce n’est pas tellement pour le côté vieux crouton qui va devoir se faire essuyer le cul dans une maison de retraite qui coûte plus cher qu’un SMIC. S’il me fait peur, c’est pour tout le reste, ce qui se passe à l’intérieur. Les regrets, les remords, les déceptions de la vie, les malheurs et la dureté du monde. Aigrie, vous dis-je. Si chaque année me rajoute un niveau d’aigritude (il faut l’inventer, ce mot), à quoi bon continuer de fêter son anniversaire ? À 35 ans, je regretterai peut-être de ne toujours pas être en couple. À 40 ans, je m’en voudrai de ne pas avoir d’enfants. À 45 ans, de ne plus être capable de marcher plus d’une heure sans perdre un poumon. À 50 ans, de ne pas avoir baisé plus. À 55 ans, de ne pas être grand-mère. À 60 ans, d’avoir envie d’en finir alors qu’il est encore trop tôt. Je deviens aigrie, et ça ne va pas aller en s’arrangeant. Alors, il y a quelques jours, à la question « Tu veux faire quoi pour ton anniversaire ? », j’ai répondu « Rien ». Rien, comme « S’il vous plait, pas de surprise, pas même de cadeau ou de gâteau ». J’en étais à ce niveau. Puis, j’ai essayé d’être de nouveau cette Noëllie qui aime qu’on la célèbre, celle qui a carrément créé la semaine d’anniversaire, celle qui, un mois avant, en parle déjà. Oui, je suis devenue cette Noëllie, et dans sa tête à elle, tout semblait plus simple. Ou plus fake. Mais ce qui était sûr, c’est que j’aimais ce jour. Ainsi donc, j’ai rétabli la légende. D’abord, durant la semaine qui précédait mon anniversaire. J’ai commencé par passer chez le coiffeur pour qu’il dompte ma perruque, puis j’ai foncé sur Vinted pour m’acheter des tenues dans lesquelles je me sentirais à l’aise et, enfin, j’ai préparé une fête. Ou plusieurs fêtes. Une première avec ma famille. Quelques jours avant mon anniversaire, je l’ai conviée à Paris, capitale de l’amour et des rats. On a débuté avec un restaurant : Le Mama. Lui, il te promet des pizzas et l’accent italien qui va avec. Il te promet aussi une sérénade à la guitare si c’est ton anniversaire. Et rien que ça, c’est un cadeau. Car devant moi, j’avais quatre hommes, plus italiens les uns que les autres, bruns ténébreux, chemise ouverte accentuant le cliché. Un joli cliché. Un joli cliché qui a des poils qui dépassent. Un joli cliché qui a des poils qui dépassent et que je rêvais d’arracher avec mes dents. Ils m’ont emportée… jusqu’à ce qu’ils sortent, car ils ne perdent pas de temps et qu’il faut un sacré rendement. On a filé vers une autre aventure. Une que j’adore : un escape game. En famille, ce genre d’activité peut rapidement tourner au drame, et à juste titre. Communication, entente, calme et discipline. Voilà ce qu’il faut pour réussir. Voilà ce que nous n’avons pas du tout. Dans ma famille, on parle fort, on parle vite et parfois, on parle pas. La parfaite équation pour échouer à un escape game. Mais, la famille, on la connait. Et si ma mère et moi étions plus prêtes à rigoler qu’à trouver pourquoi nous étions enfermées dans cette pièce sombre et fantastique, ma sœur et mon père, eux, comptaient bien résoudre le mystère… et nous faire passer un bon moment. Car si mes aisselles noyées par le stress se le rappellent encore, ce que mon cœur retient surtout, c’est le souvenir de nous quatre, célébrant non pas mon anniversaire, mais la vie. C’est aussi ce que j’ai pu constater avec mes amies. Bien sûr, je n’en ai pas convié mille. Déjà, parce que je n’en ai pas tant et surtout, parce que je n’aime plus célébrer mon anniversaire. Cf. tout ce que je vous ai raconté avant. Oui, mais mes copines, elles, elles s’en tapaient. Je devais le fêter. C’est pour cette raison que ma meilleure amie et mon amie d’enfance ont posé leur 27 février pour le passer avec moi. J’ai eu droit à des surprises, des gâteaux gourmands, des rires et beaucoup d’amour. Bien sûr, j’aurais préféré que l’amour, ce soit mon ex qui n’est pas mon ex qui m’envoie un message pour me dire que je suis la femme de sa vie et qu’il va venir me bloquer contre un mur toute la nuit pour me le prouver. J’aurais préféré que l’amour, ce soit ça. Mais non, l’amour, ce 27 février, c’était mes copines. Jusqu’au rebondissement… Car si j’ai peu d’ex, j’ai beaucoup de crushs. Beaucoup. Beaucoup au point de ne plus m’en souvenir. Et si certains n’ont pas osé tenter le jour de l’An ou la Saint-Valentin pour refaire leur come-back, le jour de mon anniversaire semblait être une bénédiction. C’est ce que j’ai constaté quand, devant ma porte, j’ai trouvé un énorme bouquet de fleurs. Dans ma tête, j’y ai réfléchi, longtemps. Qui avait bien pu m’envoyer ces roses rouges ? Et d’un coup, il est revenu dans mon viseur : Boubou. Boubou, c’était le monsieur qui s’occupait des poubelles lorsque j’habitais à Paris. Moi, j’ai toujours été une gentille, donc quand il bossait, à savoir vidait nos déchets, je prenais le temps de le saluer et de lui adresser quelques
Ce jour où j’ai fait de la coloc’
Mardi 28 novembre 2023. Un malheureux mardi après que j’avais renvoyé un message à mon Voldemort et que cet enculé m’avait répondu que non, il ne voulait pas qu’on reprenne contact parce que j’étais une merde. À quelques mots près. Ce mardi que j’avais envie de passer sous la couette à pleurer, à regarder des photos de nous qui n’existaient pas, à écouter des musiques qui ne me rappelaient pas lui, car, de toute évidence, nous n’avions eu que trop peu de moments ensemble. D’où notre rupture. Aucune logique, je vous l’accorde. Ce genre de journée à faire du drama pour un mec qui n’en vaut pas la peine. C’était le mardi que j’avais prévu de vivre… mais ce n’était pas dans les plans de ma meilleure amie. Ma meilleure amie, Ophé de son prénom, c’est autant mon âme que ma sœur. Elle et moi, c’est pour toujours. Et surtout pour tout Depuis des années que nous nous connaissons, avant ce mardi, nous n’avions principalement vécu que des moments de joie. Évidemment, il y avait eu des petits couacs. Des ruptures, des déceptions et des peines. Mais surtout des rires, du soutien et de l’amour. Ensemble, on a tout fait. Les voyages à l’autre bout du monde, nos études, ou simplement les samedis soir devant la Star Ac’. Ophé, c’est ma safe place. Ophé, c’est un petit bout de femme forte, toujours positive, d’une loyauté à faire pâlir un chien, d’une dévotion incroyable et surtout d’une pudeur inégalable. Alors, ce mardi de déprime, quand elle m’a appelée en pleurs, j’ai compris l’importance de la situation. Ophé traversait un truc grave, très grave. En quelques mots entrecoupés de larmes, elle m’a expliqué. C’était la fin avec son amoureux, celui avec qui elle vivait depuis huit ans et pour qui elle aurait sacrifié sa vie. Pour qui elle l’avait déjà fait. Et si je ne rentrerai pas dans les détails malgré les gossips croustillants car il s’agit de son intimité, je me permets tout de même de vous rappeler, Mesdames, que si tout comme nous, vous avez ce talent de vous oublier pour sauver l’élu·e de votre cœur, vous faites erreur. Vous pouvez aimer, mais jamais aussi fort que vous vous aimez vous. C’est ce que je lui ai dit lorsque, quelques heures après, je suis venue la récupérer chez elle, avec son chien et ses bagages. C’était dur. Très dur. Parce que la rupture n’était pas qu’une rupture. C’était une déchirure, de celles qui s’accompagnent de dingueries presque inimaginables, à tel point qu’on pourrait en faire un film. Ce qu’elle vivait, on ne l’avait pas vu venir. Personne ne l’avait vu venir. Et encore une fois, je tairai lesdites dingueries, mais croyez-moi, la vie nous réserve parfois des rebondissements que même les trampolines trouveraient trop intenses. Toujours est-il qu’après plusieurs hésitations, retours dans son appartement, messages de désespoir et discussions à cœur ouvert, Ophé a pris la décision de venir habiter officiellement à la maison. Alors que je n’avais pas envisagé cette option une seule seconde dans ma vie, je me retrouvais avec une colocataire. Moi, si indépendante, qui n’avais jamais vécu avec quelqu’un d’autre que mes parents et qui ne supportais personne, j’allais habiter avec ma meilleure amie. À dire vrai, elle est l’unique personne que je peux accepter sur le long terme. On se connaît bien, très bien, et nos caractères sont parfaitement compatibles. Certes. Mais si nous avions déjà vécu toutes les deux pendant des semaines en voyage, jamais nous n’avions cohabité au quotidien. Encore moins en bossant ensemble. Car histoire de cumuler les plaisirs, Ophé avait quitté son job quelques semaines avant sa rupture pour me donner un coup de main. Un rêve pour nous deux… que nous n’avions pas imaginé combiner à une colocation. Voici donc comment j’ai commencé l’année 2024. En coloc’ avec ma meilleure amie. Il faut avouer qu’au début, ça a été surprenant, car pour la première fois, je devais changer mes habitudes. Mon objectif était simple : je voulais qu’elle se sente chez elle, et pour ce faire, je devais réadapter ma vie. D’abord, j’ai rangé toute la maison. Vraiment. Pas juste en passant la serpillère et lavant les chiottes. J’ai vidé les armoires, celles de mon bureau qui allait devenir sa chambre, celles de la salle de bain pour qu’elle puisse y mettre ses six mascaras et même celles de la cuisine pour accueillir son robot cuiseur. J’ai acheté une nouvelle étagère pour les chaussures dans l’entrée et décalé le panier de Gégé afin de laisser une place à celui de sa cousine. Puis, on a appliqué au quotidien. Les matins où elle se réveillait plus tôt, les soirs où elle se couchait plus tard, les pipis de son chien sur mon lit, les discussions quand l’une avait envie de silence, les questions quand l’autre ne souhaitait pas en parler. Je n’étais plus jamais seule. Plus jamais. Et ce pour un temps indéterminé. Dans un coin de ma tête, j’ai paniqué. C’était donc ça, ma vie ? Avoir bientôt 33 ans et vivre avec ma meilleure amie ? Travailler de chez moi chaque jour sans avoir de bureau ? Ne même plus avoir d’intimité pour me mater un petit porno en toute détente ? Et, alors que les insomnies frappaient mon cerveau et qu’il tournait en boucle, que je trouvais mon existence désespérante et bien loin de ce que la Noëllie de quinze ans avait pu imaginer, j’ai laissé la réalité refaire surface. Celle-ci, elle m’a montré la chance que m’offrait la vie. D’abord, en me rappelant à quel point je suis une belle personne, toujours là pour les gens qu’elle aime (laissez-moi ; 2024, c’est très selflove). Puis, elle me permettait de vivre un moment unique, comme une petite bulle de bonheur, avec ma meilleure amie. Parce que désormais, chaque jour, malgré nos deux cœurs alourdis, nous sommes là l’une pour l’autre, nous trouvons le moyen de rire, et même de travailler ensemble. Alors certes, nous avons conscience que notre quotidien n’a rien d’ordinaire, mais nous chérissons
Ce jour où je n’ai plus eu de motivation
Lundi 1er janvier. Le premier jour de l’année. Ce jour où la plupart d’entre nous prennent des résolutions qu’ils ne tiendront pas, se lancent dans des régimes qui ne servent à rien, souscrivent à un abonnement dans une salle de sport qu’ils oublieront trop vite et décident d’arrêter la cigarette alors qu’ils craqueront au bout de deux jours. Ce fameux jour. Ce jour où, même si les résolutions disparaissent presque aussi rapidement qu’elles sont apparues, le renouveau, lui, se fait bien sentir. Car le 1er janvier, même si l’alcool de la vieille peut encore taper, l’ambiance est au changement. C’était en tout cas ce que j’espérais. Moi, j’avais passé une année 2023 de merde ; je l’ai suffisamment répété partout. Vraiment partout. Auprès de mes proches, sur les réseaux, dans un podcast, sur ce blog et même dans un livre. Partout. Alors, le 31 décembre 2023, j’ai tout purifié. J’ai dégagé mes tiroirs, lavé la maison à fond, j’ai foutu de la sauge dans chaque coin de ma baraque et presque dans mon cul. Je voulais du renouveau. Et j’y croyais. J’y croyais malgré l’état grippal qui m’avait frappée en pleine gueule le lendemain de Noël et qui restait collé à moi. La maladie, elle en avait absolument rien à foutre de la nouvelle année. Ce qui, le 1er janvier, me faisait commencer 2024 avec des ganglions de la taille de deux couilles dans la gorge, le nez rempli de polypes et mon corps tout entier en PLS. Une joie. Mais ce qui m’inquiétait le plus, c’était ce qu’il y avait dans ma tête. Parce que si physiquement je ne suivais plus, j’espérais que mon cerveau, lui, me ferait redevenir la badass que j’avais pu être quelques mois auparavant. Moi, je voulais que dès le 1er janvier, mon ordi se greffe à ma main et que je n’aie qu’une envie : défoncer le game. La réalité s’est révélée bien différente. Dans ma tête, c’était encore le chaos. Tout ce que je souhaitais, c’était m’étaler dans le lit devant des films pourris et pleurer sur mon sort qui n’était pourtant pas si terrible. Je n’avais plus aucune ambition, j’étais l’ombre de moi-même. Pire : je ne ressentais aucune motivation. Je n’avais envie de rien. Rien. Tout ça alors que j’avais promis monts et merveilles, à moi, à ma meilleure pote qui devait m’aider dans mes projets, et surtout à vous. Je vous avais annoncé un nouveau roman, un blog de qualité, un site tout neuf, un magazine de renom. J’avais de belles choses à accomplir, mais je n’en avais aucune envie. Chez moi, ça n’était jamais arrivé. Jamais autant. Bien sûr, j’avais déjà connu des phases de merde, qui m’avaient presque poussée à partir vivre avec mon chien borgne au milieu de la montagne pour me nourrir de plantes sauvages. Évidemment. Mais rapidement, j’étais redevenue une meuf en costard, talons aiguilles et dossiers qui dépassaient du bureau. Tout ça en version pyjama, plaid et canapé. Mais j’y étais ; j’étais cette nana passionnée qui gérait son business… jusqu’à ce 1er janvier. Je devais m’y faire ; depuis des semaines déjà, des mois peut-être, je me sentais différente. J’étais devenue une femme dont les projets pros ne sont pas primordiaux, qui se contente du minimum et qui n’a pas besoin de cette partie de sa vie pour être épanouie. D’abord, je me suis dit que ce n’était peut-être pas plus mal. Peut-être que donner moins d’importance à ma vie professionnelle me permettrait d’en accorder un peu plus à ma vie privée ; peut-être que je deviendrais maman et finirais par affirmer que c’est le plus beau rôle, comme beaucoup ; peut-être que mes anciennes ambitions n’étaient qu’une phase de jeunesse qui s’était terminée. Puis, j’ai paniqué. Où étais-je passée ? Qu’était-il advenu de la meuf du Nono show, celle capable de soulever des montagnes et d’avoir des rêves plus gros que son cul, persuadée qu’elle peut les réaliser ? Qu’allais-je faire si je n’avais plus de motivation, moi qui vivais pour mes projets ? Je ne savais pas être une autre et j’adorais mon ancienne vie. J’adorais avoir une nouvelle idée tous les trois jours, la mettre en place quelques heures après et la voir éclore. J’adorais prendre mon ordinateur, écrire pendant des heures et espérer donner du plaisir aux gens avec mes mille idées. J’adorais entreprendre, tout simplement. Et c’était ça, la solution. Pour retrouver mon ambition, je devais faire preuve… d’ambition. Il fallait que mon manque de motivation devienne un projet à lui seul. J’ai donc attaqué le plan « Projet pour avoir un projet ». Le principe était simple : un programme de quelques semaines pour me redonner le goût d’être moi. J’ai commencé par la première des choses : l’acceptation. Je le savais, c’était le seul moyen d’avancer. Accepter. Accepter d’avoir été triste, d’avoir pris un coup dans la gueule, de ne plus être la gamine de 25 ans un peu naïve qui voit le monde avec amour et d’avoir subi les aléas de la vie. Certes, je n’étais pas sous les bombes ou dans la rue. J’avais tout pour être heureuse, mais j’acceptais de ne pas l’être. C’était la première étape. Puis, une fois que j’ai accepté, j’ai guéri. J’ai guéri en m’entourant d’amour. C’est cliché, mais c’est vrai. J’ai guéri en prenant soin de moi, en passant du temps seule ou accompagnée, en m’étalant dans mon canapé sans culpabiliser, en dormant plus que de raison, en mangeant du gras, puis en mangeant sain, en faisant du sport ou en laissant tomber, en essayant de faire au mieux. Je ne me forçais pas. Je vivais comme je le pouvais, et c’était déjà beaucoup. Enfin, j’ai questionné mon quotidien. Et si ce petit burn-out de 2023, aussi bien physique que mental, aussi bien perso que pro, était un signe ? Et si c’était la vie qui me poussait à me demander ce qu’il me manquait vraiment pour me sentir alignée ? J’ai repris l’histoire, essayé de laisser partir ce qui ne pouvait être retenu et tenté de sauver ce qu’il y avait à sauver.
Ce jour où j’ai oublié le frein à main
Jeudi 7 décembre 2023. Ma tête était tout aussi légère que ma main qui, de toute évidence, n’avait pas assez de force pour immobiliser ma voiture. Il faut dire qu’à ce moment, j’étais dans le flou. D’abord, je venais de me briser le cœur, seule, comme une grande. Puis, ma meilleure amie, elle aussi, traversait l’une des phases les plus compliquées de sa vie, si ce n’est la pire (cf. « Ce jour où j’ai fait de la coloc’ » si tu as pas la réf.). Enfin, nous étions à quelques jours de Noël, l’une des périodes les plus intenses de l’année, et j’étais noyée sous mes box de Nonoël et autres offres farfelues que, quelques mois avant, j’avais trouvées brillantes. Bref, ce jeudi 7 décembre 2023 m’imposait une charge mentale telle que l’arrivée d’une amie d’enfance, Jeanne de son prénom, pour un petit week-end entre copines, ne tombait pas vraiment bien. Évidemment, je me faisais une joie de passer du temps avec elle. Là n’était pas la question. Mais, je le reconnais, ma tête était bien ailleurs que dans une soirée pyjama. Pourtant, ce jeudi 7 décembre, elle a débarqué à la gare, prête à attaquer directement avec une grosse raclette. Alors, j’ai enfilé mon masque du Nono Show, plongé les patates dans l’eau bouillante, sorti les cacahuètes pour l’apéro et partagé mes actualités, bien que tristes. La soirée a démarré, les rires se sont échappés avant d’être interrompus par un bref frappement sur l’une des fenêtres du salon. Là, le souvenir de mon cambriolage m’est revenu en pleine gueule (cf. « Ce jour où je me suis fait cambrioler »). Et si on en voulait encore à mes sex-toys ? Puis, puisqu’on ne voyait personne, on a pensé à un esprit. Eux aussi, ils se masturbent ? Et sans avoir le temps de réfléchir à la réponse, j’ai entendu le même bruit sur ma porte d’entrée. J’ai ouvert, un poil effrayée, sans vraiment de raison. Devant moi, mon voisin, un peu surpris, voire inquiet. « Tu sais que ta voiture est au milieu de la route ? » Non, je ne savais pas que ma voiture était au milieu de la route, mais force était de constater que, oui, elle se trouvait juste en bas de mon garage. Tête en l’air, je vous ai dit. J’avais oublié mon frein à main et, par conséquent, ma voiture s’était prise pour la Coccinelle et vivait sa vie en solo. Heureusement pour elle – et surtout pour moi –, il n’y avait eu aucun dégât. Aucun chien fou, chat sauvage ou mamie qui s’était fait écraser par mon bolide. Jusqu’ici, une simple anecdote dont nous avons rigolé pendant quelques minutes. Mais ce que nous n’avions pas prévu, c’était que cette anecdote se renouvellerait. À peine 24 h après. Le lendemain, vendredi 8 décembre donc, ma tête était toujours autant en l’air. J’ai foncé à la Poste pour envoyer les commandes, à Mondial Relay pour livrer les box et dans la forêt pour que Gégé puisse poser son trésor anal. Puis, en revenant, j’ai refait la même boulette. La même boulette. Mais cette fois, j’ai assisté à la scène qui m’a glacé le sang. J’ai vu la voiture sortir du garage, en pleine journée, au milieu d’un camion et d’une autre voiture, puis prendre de la vitesse avant de s’écraser dans la barrière du voisin. Cette fois, l’anecdote était moins drôle. Premièrement, parce qu’elle m’a terrifiée. Les scénarii ne pouvaient pas s’empêcher de s’écrire dans ma tête, principalement celui où Gégé se trouvait derrière la voiture. Secondairement, parce que je devais me confronter à mes voisins. À mes DEUX voisins. Car forcément, histoire de bien faire les choses, ma Fiat avait atterri sur le SEUL poteau qui était au centre de deux maisons. Et si déjà, devoir sonner chez quelqu’un qu’on connait à peine et le déranger pour lui annoncer qu’on a foncé dans sa barrière est compliqué, le faire à deux reprises est un enfer. Je m’y suis donc confrontée, presque immédiatement histoire de faire passer la pilule. À gauche, c’était Gérard. Gégé pour les intimes. Il partait avec mes faveurs. Lui, il s’en foutait de sa barrière et m’a excusée presque instantanément, sans me demander réparation. Il faut dire que lorsque nous avons constaté les dégâts, nous avons remarqué que sa clôture était déjà abîmée, à quelques mètres de mon accrochage. Pour lui, donc, un trou de plus ou de moins, ce n’était pas vraiment important. À droite habitait Roro. Lui, c’était une autre histoire. En même temps, quelques mois avant, un jeune bourré avait fait fausse route pour finir… dans son portail. Inévitablement, lui annoncer que j’avais pété la barrière JUSTE à côté du portail qu’il venait d’arranger, c’était délicat. Très délicat. Et, bien qu’il soit resté très gentil au vu de la situation, il me l’a dit : il voulait la réparer. Évidemment, la question ne s’est pas posée pour moi. J’allais au mieux prendre les frais à ma charge si le montant n’était pas trop important, au plus relou faire marcher l’assurance. J’assume mes responsabilités. Toujours. Enfin, presque… Je suis rentrée chez moi, soulagée et fière d’avoir eu le courage d’affronter mes voisins, même si une barrière allait me plumer quelques jours avant Noël. J’ai repris le cours de ma vie, jusqu’au lendemain où, avant de monter dans la voiture, j’ai croisé la femme de Gérard. Une petite dame au sourire réconfortant, aux cheveux blonds attachés et aux lunettes qui mettaient en valeur des yeux bleus magnifiques. Une douceur. On a échangé quelques mots, elle a accepté mes excuses et m’a rassurée en me disant de ne pas me prendre la tête, que de toute manière, « la barrière était déjà abîmée », m’a-t-elle répété en me montrant le fameux autre trou. C’était vrai : sa barrière était déjà abîmée. Et c’était vrai : j’étais persuadée de n’y être pour rien. Mais, à force de l’écouter parler, ses yeux se noyant dans ce second trou comme dans le néant de mon porte-monnaie, mon cerveau s’est finalement connecté. Ce deuxième trou n’était
Ce jour où mon corps a lâché
Mercredi 15 novembre 2023. J’avais prévu avec mes amis une soirée LOL. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, je vous invite à découvrir l’émission LOL sur Amazon. Et même si cette plateforme n’est clairement pas celle que j’aimerais vous recommander, je l’avoue, avec cette émission, ils m’ont eue. Le principe est simple : plusieurs humoristes et comédiens sont enfermés dans un salon géant et personne ne doit rire. Celui qui ne rit pas gagne. Cette idée, nous l’avons volée pour une soirée. Le problème, c’est que nous sommes bon public, tous. Alors, rapidement, à peine le jeu lancé, presque tout le monde a perdu, avec des petits sourires qui s’échappaient ou même des gros fous rires qui fuitaient. C’était une réussite, et pas uniquement parce que j’ai gagné (en partant du principe que j’ai pas triché, ce qui est faux, étant donné que j’ai pouffé de rire à maintes reprises). Mais cette soirée avait un prix dont je n’avais pas conscience. Déjà, elle avait lieu un mercredi, en pleine semaine. Mon corps de femme de 32 ans n’assume pas une sortie hors week-end. Qui plus est lorsqu’elle se termine à 1 h du mat’, avec 45 minutes de voiture retour et un taxi pour deux des invités. En résumé, un lit accessible aux alentours de 4 h, qui n’était même pas mon lit, car je dormais chez des potes, faute de dormir chez un crush. Et puis, le problème était aussi la soirée en elle-même. Heureusement, je m’étais contentée de sodas et n’avais pas cédé à l’alcool. En revanche, j’avais fumé. Je ne suis pas une grande fumeuse, une de celles qui se font une clope en terrasse en été ou un paquet en soirée. J’ai toujours su résister à l’addiction, jamais à la socialisation. J’ai bien tenté, soutenue par un professionnel qui me répète comme à une vieille personne que mon système ORL est faible et que fumer de temps en temps ne sert à rien, mais je l’aime trop, la petite cigarette avec les copains quand on refait le monde. En plus, j’ai vite compris que l’argument « ça pourrit tes poumons » est franchement désuet quand on pense à la pollution dans laquelle on vit. En bref, j’accepte de fumer de temps en temps. Oui, mais chez mes potes, la cigarette, c’est un art de vivre et eux, ils fument à outrance, faisant de leur cuisine un cendrier géant. Ma gorge n’aimait pas ça, tout comme mes muqueuses nasales et mes oreilles. Je me noyais dans les mégots, le tout avec les fenêtres ouvertes pour tenter d’aérer. C’était trop pour mon corps qui s’est vengé en attrapant froid. Le lendemain midi, j’avais un déj. Déj qui m’enchantait, mais qui m’obligeait à affronter la pluie et ma fatigue alors même que je voulais rester au chaud pour me reposer. Évidemment, en plus, je n’avais pas de parapluie. Tu le vois venir : soirée + cigarette + froid + pluie = un fucking rhume d’enculé. Moi, ça m’a bouffé une semaine entière, m’empêchant de vivre et de travailler. Mais surtout, ça m’a valu un moment de gêne. Car ce vendredi, alors que j’avais enchainé mes 24 h de folie chez mes amis, j’avais un rendez-vous avec la gynécologue. Six mois que j’attendais ce rendez-vous ; je ne pouvais pas le louper. Habituellement, je déteste déjà aller me faire trifouiller la chatte par une inconnue, mais là, un peu malade, fatiguée, je n’avais qu’une envie : annuler. Heureusement, je suis une adulte responsable et surtout, je tiens à avoir un utérus en parfaite santé pour me faire sauter jusqu’à 90 ans faute d’en profiter à 30. La gynéco, c’est jamais évident. Bien que, sans surprise, ce soit son métier et qu’elle soit habituée à voir des vagins toute la journée. Ça n’empêche que toi, t’es pas habituée à te déshabiller après un simple bonjour. Alors perso, je suis toujours un peu stressée et, le pire, c’est que j’essaye de le cacher. Dans cette position, j’ai deux réactions : soit je parle beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup, soit je parle à peine. Cette fois, à ma grande surprise, c’est la seconde option qui a pris le dessus. À croire que le rhume était déjà en train de m’anesthésier. Mon nez était bouché, l’une de mes oreilles aussi et ma gorge commençait vraiment à être douloureuse. Rien qui me donne envie de taper la discut’. Ma gynéco, en revanche, elle était ravie de me voir et prenait tout son temps pour instaurer un climat sympathique. Moi, je l’entendais à peine et me noyais dans mes mouchoirs. Jusqu’au moment où, après m’avoir parlé de ses patientes qui manquaient de vitamine D et de son fils qui l’aidait avec ses clés USB, elle s’est décidé à me foutre à poil. « Je vous laisse vous déshabiller. » Ça, je l’ai bien entendu. J’ai tout retiré, très vite, pour ne pas penser à ce qui était en train de se passer, et me suis installée sur son siège, pieds dans les étriers. C’est à ce moment qu’elle a jugé bon de me laisser, chatte au vent, pour répondre à son téléphone pendant cinq minutes. Cinq minutes, c’est long. très long. Encore plus quand tu as les deux fers en l’air, que ton nez est à la limite de perdre la moitié de ton cerveau et que, surtout, tu as laissé tes mouchoirs sur le bureau. À ce moment, t’es complètement con et, au lieu de te lever, prendre le paquet de Kleenex et te réinstaller, tu attends. Tu attends comme une vraie demeurée, pétrifiée par une situation qui ne devrait jamais arriver. Mais dans ma tête, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer la gynéco revenir dans son cabinet et me voir, gros cul nu, en train de prendre mes mouchoirs. Bien sûr, cela ne l’aurait pas choquée une seule seconde. Mais moi, la situation, je la trouvais gênante, et c’était ça qui me gênait encore plus. J’étais ridicule, et j’en avais bien conscience. Alors, j’attendais qu’elle revienne, morve qui pendouillait au nez. Mais le risque, c’était
Ce jour où je me suis fait cambrioler
Samedi 4 novembre 2023. Ou dimanche 5 novembre 2023. Seuls les petits enculés qui ont cambriolé ma jolie maison alors que j’étais en train de défoncer des zombies sur Resident Evil, que je m’enfilais mes meilleures pâtes carbo devant la Star Ac’ et que je kiffais ma vie chez ma bestie seraient capables de nous le dire. Évidemment, je devais en parler ici, de cette fâcheuse aventure. Et surtout, ajouter des détails croustillants… Alors, pour cela, reprenons depuis le début. Samedi 4 novembre 2023. Ma meilleure amie me propose de venir chez elle, comme tous les week-ends, pour s’installer confortablement sous un plaid et oublier la douleur de ce monde. Coup du sort : habituellement, je ne dors pas là-bas Cette fois, Gégé et moi avions décidé de squatter le canapé. Bonne ou mauvaise nouvelle, personne ne le sait. Car une fois mon week-end terminé, le brunch du dimanche englouti, mon dernier tour à tuer des zombies effectué et l’avant-première de L’Amour est dans le pré matée, je suis rentrée chez moi. 18 h 30, j’ai ouvert la porte de ma maison. Rien d’anormal, jusqu’à ce que je ressente un froid à glacer le sang. Première réflexion : « Merde, j’ai éteint les chauffages, il caille. » Réalité : j’ai avancé et découvert la fenêtre ouverte, sans vraiment d’autre constat à l’exception du panier de Gégé déplacé et d’un seul meuble éventré. Sur le coup, j’ai pensé au vent, à cette fameuse tempête qui avait secoué toute la France quelques heures avant. Puis, j’ai allumé la lumière. Et j’ai vu. J’ai vu mon tapis blanc devenu marron, avec des traces de pieds. Une évidence. On était entré chez moi, sans invitation. J’ai foncé à l’étage, sans vraiment d’inquiétude car bien consciente que je n’avais que peu de choses à voler, mais plutôt soucieuse à l’idée qu’ils aient saccagé quelque chose. Mais rien. L’imprimante avait été embarquée, le rétroprojecteur aussi, par contre, mon ancien iPhone se trouvait toujours sur le bureau ainsi que beaucoup d’autres choses. Quelques affaires étaient en désordre, les bijoux fantaisie n’étaient plus là ; toutefois, de manière globale, je m’en sortais bien. Oui, mais voilà, le plus chiant, c’était tout ce qu’il restait à faire. Déjà, appeler la gendarmerie qui viendrait relever les empreintes et nous offrir un joli fou rire avec la boite de sex-toys qui trônait au milieu de ma chambre. Si tu n’as pas la réf, je te mets la vidéo ici — et non, je ne reviendrai pas sur le sujet car il a déjà pris trop de place. En revanche, il y en a un dont je n’ai pas parlé sur les réseaux : ma fucking proprio. Pour vous donner le contexte, mes propriétaires, ils sont blindés. Mais pas blindés comme des gens qui ont de l’argent. Blindés comme des agriculteurs céréaliers qui possèdent probablement plus de quinze baraques, dont une ÉNORME ferme splendide en vieilles briques qui surplombe mon village. En somme, ils ont vraiment beaucoup de thunes. Forcément, afin de les prévenir et pour me protéger aussi, j’ai directement envoyé un SMS en indiquant que je m’étais fait cambrioler. Presque immédiatement, ma proprio m’a appelée, sans réellement me demander si j’allais bien, mais plutôt inquiète pour sa putain de fenêtre que les voleurs avaient cassée pour entrer. Elle m’a tenu la jambe avec un monologue pendant que j’attendais les gendarmes pour me dire que c’était « du PVC imitation bois » qu’il fallait vite la changer et bla, bla, bla, alors que dans ma tête, je n’avais que la bite en silicone que les flics allaient trouver et le souci de la suite. En bref, je m’en tapais de sa fenêtre qui se fermait toujours et qui de toute manière allait être changée avec l’assurance. Le lendemain, dès la première heure, elle a débarqué. À cet instant, je le reconnais, elle a été gentille. Elle m’a demandé comment j’allais et m’a même proposé de laisser ma voiture dans sa cour car, comme une conne, j’étais persuadée que les cambrioleurs avaient pris mon double de clé. Spoiler alert : je suis juste bordélique. Puis, elle est redevenue chiante. Ma proprio, elle est pas méchante. Mais elle est relou. Pour exemple, elle est entrée dans mon salon, a donc regardé sa fenêtre et, alors que j’avais dormi quatre heures, que je venais de me taper un cambriolage, que je partais pour la gendarmerie afin de faire une déclaration, m’a sorti en toute détente et en passant le doigt sur l’encadrement : « Il faut penser à les laver, les fenêtres, hein. » Une relou, je vous dis. Moi, je joue la plus conne avec eux. Parce que je sais combien une mauvaise relation avec ses proprios peut rendre la vie compliquée. Alors, je suis la petite cucul, je souris et je deviens leur belle-fille idéale. Mais le masque a été difficile à tenir le lendemain, lorsque le capitaine de la gendarmerie du 17e arrondissement de Paris m’a appelée pour m’annoncer qu’ils avaient retrouvé les deux personnes qui avaient commis le cambriolage. Ou plutôt les 50 cambriolages. Des pointures, de toute évidence, en tout cas en termes de performance et pas tellement en termes d’efficacité, à en croire toutes les empreintes qu’ils avaient laissées. À cet instant, c’était chouette. Premièrement pour le karma, et secondement pour l’indemnisation. Car même si c’est cupide de penser ainsi, ce qui m’avait fait perdre le plus de temps et donc d’argent, c’était toutes les démarches qui m’avaient empêchée de bosser pendant facilement deux jours. Oui, mais il y avait une chose qui me restait en travers de la gorge — pas tant pour le montant à payer mais plus pour la logique — : la franchise de l’assurance. Parce que, même si j’allais sans doute être indemnisée, j’étais énervée de faire toutes ces démarches UNIQUEMENT pour la fenêtre de mes proprios dont je me fichais pas mal. 170 € de franchise pour ça. Concrètement, je rationalisais en me disant que je serais remboursée après le procès, seulement le petit diable en moi n’a pas pu s’empêcher de piquer. C’est son problème à lui,
Ce jour où j’ai rencontré un homme trop gentil
Été 2023. Peut-être le mercredi 9 août. Un mercredi, quoi qu’il en soit. J’ai rencontré celui qui allait devenir pour vous CookieBoy et je n’en avais aucune idée. Pour faire simple, et parce que je sais que vous aimez, voici donc un contexte. Attention, pour prévenir vos cœurs sensibles et être totalement transparente avec vous qui êtes le sang de la veine, certaines choses (beaucoup de choses) sont modifiées. Le but est de rire et d’oublier nos existences de merde, alors il faut bien romancer un peu. CookieBoy est donc entré dans ma vie sans être CookieBoy, mais simplement Boy. C’était déjà pas mal quand on sait la difficulté qu’on peut avoir pour rencontrer un homme. Boy, c’était un coup de l’univers, faute d’être un coup tout court. Il parait qu’on trouve l’amour de deux principales manières : au travail et grâce aux amis. Ce qui ne m’arrange pas, car je taffe de chez moi avec pour seul compagnon un chien borgne et tous mes potes sont comme moi, à savoir des gros bosseurs qui ont peu de vie sociale et/ou des ermites qui ne quittent leur nid qu’en cas d’extrême nécessité. En d’autres termes, je ne peux pas vraiment compter sur eux. Mais, il y a une chose que je fais tout de même et sur laquelle je n’avais pas misé. Je pourrais vous dire que c’est le sport, vous racontez comment CookieBoy est venu m’aider à la salle, comment ses gros muscles ont soulevé la barre avant de me soulever tout court. Mais ce serait faux. La chose sur laquelle je n’avais pas misé, ce n’était pas le sport. Non. C’était la bouffe. Je mange, beaucoup. Et visiblement, la plupart des êtres humains aussi. Tous les mercredis, dans mon village, nous avons un foodtruck de l’extrême, un qui fait des burgers de qualité, des frites dans des énormes cônes, des sodas pour arroser ça, le tout servi avec un grand sourire. Ce monsieur, c’est le rayon de soleil de nos semaines. Là encore, je vous mens, car en trois ans, je n’y suis allée que trois fois. Mais dans ma tête, je suis une fidèle. C’est donc un mercredi que je me suis rendue à la rencontre de ce Belge au grand cœur et surtout au grand bide. Je lui ai commandé un burger, un gros burger, pour noyer tout ce que j’avais à noyer. Je vous refais pas l’histoire, je pense que nous vivons dans le même monde et potentiellement dans cette même génération de merde, ou tout du moins dans cette même vie trop difficile pour nos petits esprits sensibles. Ce qui est sûr, c’est que j’avais besoin d’un gros burger. Et CookieBoy aussi. Le seul défaut de ce foodtruck, c’est que ce qu’il sert est tellement bon que c’est très long. Et ça explique donc pourquoi je ne m’y rends pas plus. La patience, c’est pas mon fort. Sauf quand CookieBoy est là. Cette fois, bien que j’aie dû attendre plus de 45 minutes pour mes frites, le temps est passé bien vite puisque cet homme a fait le show. J’aime ça, les êtres humains pas prise de tête qui discutent, qui échangent, qui rigolent, qui sont gentils et bienveillants. C’était son cas. Sans aucune arrière-pensée, en tout cas me concernant, nous avons parlé, pendant presque une heure donc. Il s’intéressait à moi, me posait des questions, riait de mes réponses et en redemandait. Très vite, il a découvert mes réseaux sociaux. C’est toujours un point sensible car, croyez-le ou non, les hommes peuvent en avoir peur, pour mille raisons. Mais c’est un autre sujet. Parce que lui, il trouvait ça impressionnant et dans ses yeux, je rayonnais. Quelques jours après, CookieBoy m’a contactée sur Instagram et je lui ai donné mon numéro. Pendant des semaines, nous avons discuté, nous nous sommes recroisés dans le village, au Lidl ou chez la pharmacienne. Rien de bien fou. La vie, tout simplement. Mais chaque fois, c’était léger, doux et gentil. Gentil, vraiment. Petit à petit, j’ai fini par me détester de ne pas plus aimer CookieBoy. Lui, je le voyais, il avait les petits papillons, bien que je n’aie rien fait pour les provoquer, je vous assure. Non, ça me tenait à cœur de ne pas le faire souffrir. Mais pour autant, c’était un mec cool, et avoir des mecs cool autour de soi, c’est chouette. En revanche, avoir des mecs trop gentils, c’est limite lourd. D’abord, j’ai eu droit aux cookies. Je reconnais que ça, c’était vraiment sympa et, qui plus est, excellent. CookieBoy est cuisinier, alors forcément, ça aide. Rapidement, il m’a envoyé plus de messages avec toujours plus d’attentions. Après les biscuits, il m’a servi la tarte Tatin et le cheesecake, puis le poulet coco. La bouffe, ça m’allait bien. Puis, j’ai reçu un chèque cadeau qu’il avait récupéré à son taf, une bougie qui lui avait fait penser à l’une de nos discussions et une invitation à la fête foraine du coin. CookieBoy était attentionné, mais moi, je commençais à flipper. Jusqu’au jour de trop. Un samedi, un peu en dep et sous la pluie, je suis allée me réfugier chez ma meilleure amie pour vivre une de ces après-midis qu’on aime tant, à savoir à ne rien faire sous un plaid devant un film ou la PlayStation. C’était notre programme. Je l’avoue, ce jour-là, c’est moi qui ai écrit à CookieBoy. Rien d’exceptionnel ; après tout, nous sommes potes. Mais lui, d’un petit message pour raconter une connerie, il en a fait une discussion de trois heures au cours de laquelle il m’a demandé ce que je faisais. C’est ainsi que je lui ai parlé de la Play 5. Attentionné et intéressé, il m’a posé plein de questions, en commençant par : « Tu veux t’en acheter une, nan ? » Évidemment que je voulais. Les jours ont défilé, je n’avais toujours pas de console, mais lui, il n’avait pas oublié. Et c’est ainsi qu’un matin, j’ai reçu plein de conseils dont je n’avais pas besoin et surtout, surtout,
Ce jour où j’ai aimé détester mes parents
Lundi 25 septembre 2023. Un début de semaine comme un autre, à savoir merdique. C’est pas nouveau : les lundis, je les déteste. Qu’ils soient lumineux ou pluvieux, avec un réveil tardif ou trop matinal, après une bonne nuit ou une insomnie, je les hais. J’ai jamais trop compris pourquoi. Quand j’étais salariée, c’était mon excuse. Après tout, ils annonçaient une nouvelle semaine, la fin du week-end, la fatigue qui s’accumule, le manque de temps et la routine. C’était de bonnes raisons. Mais maintenant, mes lundis, ils pourraient avoir une autre saveur, parce que je travaille de chez moi, avec mon Gégé à mes côtés, au rythme que je veux et comme je le veux. Je fais ce que bon me semble. Alors souvent, ils sont plutôt doux. Je prends mon temps, je bosse un peu, je me force jamais et je m’adapte à mon mood pourri. Et pourtant. Pourtant, je continue de les détester. Malheureusement, ce lundi 25 septembre n’allait pas changer, car, sur mon téléphone, les notifications s’accumulaient, notamment celles d’une discussion que j’aime autant qu’elle peut m’énerver, tout comme les individus qui la composent : la conversation familiale. Sur WhatsApp, c’est assez commun, ce genre de groupe. Sauf si tu n’as pas de famille. Évidemment, là, c’est plus compliqué, et tu risques de détester cette nouvelle où je critique la mienne en oubliant la chance que j’ai. Cette discussion, c’est à la fois des bonnes ondes avec des photos de chacun, des partages, de la légèreté et des anecdotes, mais c’est aussi beaucoup d’incompréhension, de répétitions, de malentendus et de fautes d’orthographe. Dans cet échange, plusieurs générations se confrontent et, visiblement, pour les parents, c’est un vrai challenge que d’utiliser le portable. Certes, je peux l’entendre, c’est pas inné pour tout le monde. Mais après plusieurs années de pratique, venant d’une mère parfois plus addict que moi à son téléphone, j’attendais une marge de progression plus importante. Car sur WhatsApp — prononcé à mon grand regret par mes deux géniteurs « WASAPP » —, c’est une vraie galère. Ma mère répond à ses propres messages, mon père fait des dictas de deux secondes avec pour contenu « Oh putain ça marche pas » et ma sœur réagit une fois sur six. Un enfer. Le lundi 25 septembre, donc, la discussion débordait d’informations, mais une a retenu mon attention : « Nono, on peut venir ce vendredi pour le week-end ? On gardera ton neveu, en plus. » Évidemment, à ce genre de demande, une seule option est envisageable : accepter. Car j’aurais pu mentir, dire que j’avais des choses de prévues, que je n’étais pas dispo et qu’en plus, j’étais en dépression à vouloir crever dans mon lit et disparaître. Mais une partie de moi se faisait une joie de voir mes parents et encore plus avec mon neveu. C’est toute la complexité des relations familiales. Je les aime autant qu’ils m’énervent. Alors forcément, j’ai accepté et j’en étais très heureuse. Ce que je ne savais pas, ce que de deux nuits, nous allions passer à trois. Et trois, c’est trop. Sauf dans certaines situations. Mais dans ce cadre familial précisément, c’était trop. Parce que la maîtresse de mon neveu a trouvé bon, cette semaine du 25 septembre justement, de se vider par l’anus, de vomir ses tripes et surtout, de se mettre en arrêt pour deux jours, car malade. Je ne la blâme pas, la gastro. Mon neveu non plus. Et forcément, le jeudi, il a été foutu dans une autre classe, mais à 16 h 30, une fois que la cloche a retenti, ce sont ses grands-parents, aka mes parents, qui lui ont fait la surprise de le récupérer, et ils ont donc débarqué chez moi. De jeudi soir à dimanche soir. Presque quatre jours. Quatre jours à vivre ensemble. Dans mon cocon. Dans mon intimité. Dans un premier temps, il y a eu la mise en place. Car, tout comme moi, les membres de ma famille, ce sont des farfelus. Pour faire simple, nous avions deux lits doubles et nous étions quatre, sans compter les deux chiens. Le calcul semble facile : deux dans un lit, deux dans l’autre. Ça, c’est sur le papier. Parce que dans les faits, mon père voulait absolument dormir seul. Sur un matelas gonflable. Dans la cuisine. Oui, mon père a passé la nuit dans la cuisine sur son lit gonflable alors qu’il y avait une place libre dans un lit pas gonflable. Ne cherchez pas. Farfelu, je vous dis. Dans un deuxième temps, il y a eu l’entente. Pas toujours évidente. Encore moins avec un gamin de trois ans qui comprend un mot sur deux et parle en criant. Un enfant, ça te bouffe l’énergie, l’espace et ton goûter. Ça te bouffe tout. Mais à la limite, c’est mignon. Ce qui n’est pas forcément le cas d’un parent. Dans un dernier temps, les activités. Au programme : week-end détente. Sur le papier, tout était parfait : la forêt, la crêperie trop généreuse en chantilly, la sieste en début d’aprèm, le goûter au soleil et le petit détour au centre équestre. Dans la réalité, même la promenade des chiens est devenue source de disputes. La laisse qui disparaît, les clés avec, la mère qui a envie de pisser juste avant de partir et le père qui est prêt depuis vingt minutes. Tout ça noyé dans l’amour et la joie de partager un moment ensemble. De quoi être schizophrène. En quelques secondes, on passait d’une crise à s’engueuler sans filtre et avec rage à un état de plénitude, soleil caressant le visage et hennissement des poneys en fond sonore. La vérité, c’est que j’avais conscience de mes excès. À chaque minute, je tentais de me raisonner et de me rappeler combien j’avais de la chance de vivre ce genre de moments. Mes parents à moi, ils sont géniaux. Certains d’entre vous les ont déjà rencontrés. Aimants, bienveillants, d’un soutien sans faille, toujours prêts à rendre service et à m’épauler dans mes folies. J’en suis hyper reconnaissante. Oui mais voilà, quand ils viennent chez moi, ou
Ce jour où j’ai renvoyé un message
Lundi 9 octobre 2023. Je vous ai déjà parlé de mes histoires d’amour — ou plutôt de non-amour — de ces derniers mois. Celles où je suis tombée amoureuse d’un mec qui n’est pas prêt à s’engager, qui m’a quand même fait espérer un changement qui n’est jamais arrivé et qui, probablement lui aussi fou de moi vu ce corps de déesse, a soufflé le chaud et le froid pendant des mois, me foutant dans un tourment pas possible, éteignant la petite flamme dans mon cœur et même dans mon cul. Ça, je vous l’ai déjà expliqué. Eh bien, quelques semaines plus tard, le lundi 9 octobre tout particulièrement, je ne pensais qu’à lui. Au lui bien. Au lui qui me prenait dans les bras et me faisait me sentir belle, qui me bloquait contre un mur et me baisait un peu trop fort, qui me susurrait à l’oreille que j’étais la seule et l’unique, qui me laissait croire que ce serait pour toute la vie. Ce lundi 9 octobre a été un sacré enculé qu’on ne souhaiterait pas même à sa meilleure ennemie. Parce que se rappeler un ex qui n’en est pas un, c’est l’enfer. Bizarrement, pour des raisons qui me dépassent, notre fucking cerveau ne se souvient que des bons moments jusqu’au décrochage ultime. Comme par magie, on oublie toutes ces journées à chialer à cause de ce connard incapable de nous donner ce dont on a besoin ; on oublie tous ces textos envoyés pour le supplier de faire des efforts car on en peut plus de se contenter de miettes que même un pigeon rejetterait ; on oublie que son égocentrisme de merde, son lunatisme et sa froideur nous dégoutent autant que les cacas d’œil que Gégé mange avec passion. On oublie le plus important, finalement, à savoir pourquoi la relation ne marche pas depuis des mois et pourquoi on souffre. Le 9 octobre, j’avais oublié. Et cet oubli n’allait pas aider mon état. Car le lundi, je suis plachplouch. Un mood pourri dans lequel tu frôles la dépression et tu n’as qu’une envie : rester sous ta couette du matin au soir. J’ai bien tenté de feinter mon propre esprit pour contrer mes pulsions d’amour et mon état de limace en remplissant ma journée au maximum. J’ai géré les mails, les commandes, j’ai écrit, sorti mon chien, l’ai rentré, le l’ai ressorti, je suis partie faire des courses, je suis allée à la pole dance et je me suis même fait l’amour. J’ai tout tenté. Mais il était toujours dans ma tête. Mon ancien crush accompagné du lundi de l’enfer. Je n’avais qu’une envie : lui parler, alors que je n’avais absolument rien à lui dire. Car après tout, j’allais lui écrire pour quoi ? Lui rappeler qu’entre nous ça ne marchait pas, qu’il ne changerait jamais, qu’il ne voulait de toute manière pas s’engager avec moi et quand bien même il l’aurait voulu, moi-même je n’étais plus certaine d’en avoir envie, dégoutée de toute cette relation ? Pourquoi lui écrire ? J’avais beau me le répéter sans cesse, une fois chez moi, après ma journée remplissage de tête effectuée, salade en main, L’Amour est dans le pré à la télé, muscles encore congestionnés et corps pourtant blindé d’hormones, j’ai craqué. Mais, contrairement aux précédentes semaines, j’avais anticipé. Non sans courage, j’avais supprimé son numéro. De partout : WhatsApp, discussions communes, Messenger, iMessage, appels manqués, appels reçus, appels émis, archives, etc. Je l’avais fait disparaitre, pour ne plus pouvoir lui écrire. Oui mais voilà, il restait un endroit dont je ne l’avais pas éradiqué, car ça nécessitait de le bloquer et ça, ça ne m’aurait pas arrêtée : Instagram. J’avais encore son compte Instagram (cherchez pas, je parle de mon Insta secret, mon perso que personne ne connait, hé hé). J’ai attrapé une pièce, joué à pile ou face et laissé l’avenir décider pour moi. Si c’était pile, j’envoyais ; si c’était face, je m’abstenais. Vous l’aurez compris, c’était pile. Alors, j’ai envoyé. Un truc pourri à 22 h, qui disait simplement « salut » et dans lequel je m’excusais de lui écrire. Puis, une fois le message expédié, j’ai paniqué. J’ai paniqué et je m’en suis voulu. J’ai donc fait un deal avec moi : si à 22 h 15, il n’avait pas vu mon DM, je le supprimais. Durant ces quinze minutes, je n’ai pas quitté la conversation, attendant un « Vu », espérant que ça arrive, priant pour que ça n’arrive pas. Je n’étais que contradictions. Puis, à 22 h 14, toujours rien. La dernière minute, la fatidique. Toujours rien. Même à 22 h 15. J’ai donc supprimé. Comme une page qu’on efface, comme un cadeau de l’univers, comme un secret trop dur à garder. Vous comprenez, je ne pouvais pas me contenter de ça… J’ai respiré un coup et j’ai décidé d’assumer. Après tout, c’était ridicule : tant qu’à écrire pour ne rien dire et simplement pour booster mon égo, autant le faire jusqu’au bout. J’ai plongé dans mes souvenirs et tenté de me rappeler son numéro qui, bravo à ma mémoire, m’est revenu immédiatement. J’ai donc tapé un message de retrouvailles, un qui vaguait entre les blagues et le drame, les rires et les larmes. Une série B. J’ai envoyé, sans trop d’hésitation. Quatre messages, même. Quitte à reprendre contact, autant le faire avec un roman. Mais après quelques minutes sans réponse, alors qu’habituellement il ne me laissait traîner que quelques secondes, j’ai de nouveau paniqué. Moi qui étais si fière d’avoir résisté, de n’avoir rien envoyé et qui avais craqué comme une merde tandis que j’avais promis que je ne serais pas celle qui reviendrait. J’avais failli. Tout comme avec mon DM sur Instagram, j’ai tout effacé. Sauf que, sur iMessage, j’avais un doute : est-ce que si je supprimais, il ne recevrait pas quand même mes SMS ? Est-ce que la suppression ne fonctionnait que pour l’expéditeur ? J’ai foncé sur Google. « iMessage suppression destinataire », « Comment supprimer les messages destinataire iMessage », « Est-ce que mon connard d’ex qui n’est pas mon ex va recevoir mes messages de désespoir ? » Tout y est passé et
