Ce jour où j’ai embrouillé une influenceuse

Un jour de janvier. Dans ma voiture, Céline Dion tapait sa meilleure vocalise au centre de Paris et, faisant affront aux flics, le téléphone dans mes mains m’octroyait un peu de répit au milieu des embouteillages. Forcément, étant donné l’addict que je suis, Instagram a été mon premier réflexe. C’est triste, d’être aussi accro. Je passe de longues minutes à regarder des vidéos qui ne servent à rien, à checker les messages de gens que je ne connais pas (OK, je vous adore, mais je consacre plus de temps à vous répondre qu’à mes propres amis) et à baver sur des corps qui n’existent pas dans la réalité. J’ai bien tenté d’y remédier. D’abord, j’ai pris sur moi, tout simplement. J’ai essayé de lâcher mon téléphone en me répétant que j’avais bien mieux à faire, avant de me jeter de nouveau dessus trente minutes après. Enfin, je suis passée à un niveau au-dessus. J’ai mis des limites de temps. Scoop : cette méthode est à chier étant donné qu’il suffit de cliquer sur un bouton pour supprimer la restriction. Cher iPhone, si tu veux vraiment me stopper, promets-moi qu’à chaque minute dépassée, un message sera envoyé à mon ex, et là, crois-moi, je disparaitrai d’Instagram. Toujours est-il que j’étais encore addict à mon téléphone, même dans les embouteillages. J’ai jeté un œil à mes messages privés et je suis tombée sur un profil avec une pastille bleue. Celle-ci, elle a eu des lettres de noblesse, fut un temps. À une époque, chaque personne avec une pastille bleue qui s’abonnait ou me contactait faisait frémir mon petit cœur. Car, d’une manière ou d’une autre, elle était importante. Je sais, nous sommes tous importants. Mais Macron l’est plus que moi, par exemple. Et c’est bien dommage, quand on m’imagine une seconde présidente. Aujourd’hui, la pastille bleue n’a plus aucune valeur. Pourquoi ? Parce que des gens payent. Peut-on prendre quelques minutes pour discuter de la débilité de ce projet ? Des individus ont-ils donc autant besoin du sentiment d’appartenance à un groupe privilégié qui, soit dit en passant, n’en est plus un puisqu’il est accessible à tous ? Comment des gens sont-ils prêts à payer dix balles par mois, professionnels ou non, pour avoir une pastille qui n’a absolument aucune valeur ? Certains ont expliqué que cette pastille permettait à leur communauté de ne pas se faire duper, qu’Instagram leur offrait un accès privilégié à ses services et que leur compte était plus sécurisé. C’est faux. La seule raison pour laquelle toutes ces personnes ont pris la pastille bleue, c’est pour se donner de l’importance. Elle ne change rien, sinon la teneur de leur porte-monnaie. Cela étant dit, une pastille bleue est venue taper dans mes DM et, je l’avoue, malgré la réalité énoncée ci-dessus, elle m’offre toujours quelques secondes d’adrénaline. Qui m’avait donc écrit ? Je me suis précipitée pour l’ouvrir et découvrir la nouvelle qui m’attendait. Une influenceuse. C’était une influenceuse. Une de celles aux longs cheveux blonds, qui a une peau lisse probablement grâce à un filtre et une allure de surfeuse de la côte ouest. Une influenceuse, en somme. Dont je tairai le nom. Pas tant pour la protéger, mais plus parce que finalement, je ne la connais pas et surtout, parce que je m’en tape complètement. Et si je suis si dure, c’est qu’il y a une bonne raison. Car, évidemment, j’ai lu son message. Lui, il était plutôt cool : elle avait créé un produit et m’invitait à sa soirée de lancement. Chouette, ai-je d’abord pensé. L’occasion de rencontrer de nouvelles personnes du milieu, de me faire connaitre, d’élargir mon réseau et de passer un bon moment. En tout cas, de faire semblant. Car moi, les événements influence, c’est pas trop mon truc. Je suis pas très à l’aise, sauf exceptions, et je ne me sens pas vraiment à ma place dans ce monde un peu faux-cul. Oui, mais c’est aussi une partie de mon travail. Dans le mien, le réseau est essentiel, avec les influenceuses encore plus. Alors, sans vraiment savoir qui elle était, j’ai pensé y aller. Mais avant, je suis évidemment passée sur son compte. Et là, stupeur. La surfeuse n’était pas abonnée. Peut-être que cela ne vous surprendra pas ; moi, si. Car bien sûr, on est au courant et on y revient : c’est un monde de faux-culs, dont je peux clairement faire partie. On le sait tous, on se fait parfois des courbettes dans le seul but de pouvoir envoyer son livre et mettre en avant son œuvre. Comme dans n’importe quel milieu, en somme. Mais pour ma défense, je fais les choses bien. Car si je peux lécher quelques culs pour faire vivre mes romans, il n’empêche que je prends soin de le faire avec des filles dont j’apprécie un minimum le contenu, et que je suis depuis un petit moment. Et si tel n’est pas le cas, je suis honnête. Parce que, maintenant, je ne passe plus par l’étape « courbettes » et je vais directement à l’étape « opportuniste ». Autrement dit, fini de prendre le temps de prétendre s’intéresser l’une à l’autre ; j’en viens tout de suite aux faits, à savoir l’échange de bons procédés. La surfeuse, elle, elle en avait rien à foutre. Elle voulait le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière qui, à ce moment, s’appelait Noëllie.  Certes, nous pourrions aussi penser que, pour une fois, elle n’était pas hypocrite, et qu’au moins, elle ne faisait pas semblant d’adorer mon profil juste pour me ramener à sa soirée. C’est vrai. Mais j’ai tout de même trouvé la démarche étrange. Dans ce cas, pourquoi ne pas directement me le dire ? Un simple « Je viens de découvrir ton compte, je crois qu’on a plein de choses en commun qui pourraient intéresser nos communautés respectives, tu en penses quoi » ? Qu’allions-nous nous raconter à la soirée ? « Salut, tu es qui, je t’ai jamais vue » ? « Je sais même pas ton prénom » ? Que pourrais-je vous dire, à vous qui me suivez, si je débarquais à un évènement sans

Ce jour où c’était mon anniversaire

27 février 2024. Mon anniversaire pour la 33e fois. 33 ans. Plus les années passent et moins j’ai envie de le célébrer. D’abord, parce que mon visage vieillit à vue d’œil, que mes rides gagnent des centimètres et que les bourrelets s’entassent un peu plus dans mon soutien-gorge. Puis, et surtout, parce que je deviens aigrie. Aigrie de la vie, aigrie de l’amour, aigrie du quotidien que je trouve de moins en moins fun.  Pourtant, je n’ai pas à ma plaindre. J’ai de la chance. Je suis entourée d’amour, j’ai un taf que j’adore et je suis libre de faire presque tout ce que je veux, quand je le veux. J’ai de la chance. Seulement, le temps qui passe me fait peur. S’il me fait peur, ce n’est pas tellement pour le côté vieux crouton qui va devoir se faire essuyer le cul dans une maison de retraite qui coûte plus cher qu’un SMIC. S’il me fait peur, c’est pour tout le reste, ce qui se passe à l’intérieur. Les regrets, les remords, les déceptions de la vie, les malheurs et la dureté du monde. Aigrie, vous dis-je. Si chaque année me rajoute un niveau d’aigritude (il faut l’inventer, ce mot), à quoi bon continuer de fêter son anniversaire ? À 35 ans, je regretterai peut-être de ne toujours pas être en couple. À 40 ans, je m’en voudrai de ne pas avoir d’enfants. À 45 ans, de ne plus être capable de marcher plus d’une heure sans perdre un poumon. À 50 ans, de ne pas avoir baisé plus. À 55 ans, de ne pas être grand-mère. À 60 ans, d’avoir envie d’en finir alors qu’il est encore trop tôt. Je deviens aigrie, et ça ne va pas aller en s’arrangeant.  Alors, il y a quelques jours, à la question « Tu veux faire quoi pour ton anniversaire ? », j’ai répondu « Rien ». Rien, comme « S’il vous plait, pas de surprise, pas même de cadeau ou de gâteau ». J’en étais à ce niveau. Puis, j’ai essayé d’être de nouveau cette Noëllie qui aime qu’on la célèbre, celle qui a carrément créé la semaine d’anniversaire, celle qui, un mois avant, en parle déjà. Oui, je suis devenue cette Noëllie, et dans sa tête à elle, tout semblait plus simple. Ou plus fake. Mais ce qui était sûr, c’est que j’aimais ce jour. Ainsi donc, j’ai rétabli la légende. D’abord, durant la semaine qui précédait mon anniversaire. J’ai commencé par passer chez le coiffeur pour qu’il dompte ma perruque, puis j’ai foncé sur Vinted pour m’acheter des tenues dans lesquelles je me sentirais à l’aise et, enfin, j’ai préparé une fête. Ou plusieurs fêtes.  Une première avec ma famille. Quelques jours avant mon anniversaire, je l’ai conviée à Paris, capitale de l’amour et des rats. On a débuté avec un restaurant : Le Mama. Lui, il te promet des pizzas et l’accent italien qui va avec. Il te promet aussi une sérénade à la guitare si c’est ton anniversaire. Et rien que ça, c’est un cadeau. Car devant moi, j’avais quatre hommes, plus italiens les uns que les autres, bruns ténébreux, chemise ouverte accentuant le cliché. Un joli cliché. Un joli cliché qui a des poils qui dépassent. Un joli cliché qui a des poils qui dépassent et que je rêvais d’arracher avec mes dents. Ils m’ont emportée… jusqu’à ce qu’ils sortent, car ils ne perdent pas de temps et qu’il faut un sacré rendement. On a filé vers une autre aventure. Une que j’adore : un escape game. En famille, ce genre d’activité peut rapidement tourner au drame, et à juste titre. Communication, entente, calme et discipline. Voilà ce qu’il faut pour réussir. Voilà ce que nous n’avons pas du tout. Dans ma famille, on parle fort, on parle vite et parfois, on parle pas. La parfaite équation pour échouer à un escape game. Mais, la famille, on la connait. Et si ma mère et moi étions plus prêtes à rigoler qu’à trouver pourquoi nous étions enfermées dans cette pièce sombre et fantastique, ma sœur et mon père, eux, comptaient bien résoudre le mystère… et nous faire passer un bon moment. Car si mes aisselles noyées par le stress se le rappellent encore, ce que mon cœur retient surtout, c’est le souvenir de nous quatre, célébrant non pas mon anniversaire, mais la vie.  C’est aussi ce que j’ai pu constater avec mes amies. Bien sûr, je n’en ai pas convié mille. Déjà, parce que je n’en ai pas tant et surtout, parce que je n’aime plus célébrer mon anniversaire. Cf. tout ce que je vous ai raconté avant. Oui, mais mes copines, elles, elles s’en tapaient. Je devais le fêter. C’est pour cette raison que ma meilleure amie et mon amie d’enfance ont posé leur 27 février pour le passer avec moi. J’ai eu droit à des surprises, des gâteaux gourmands, des rires et beaucoup d’amour. Bien sûr, j’aurais préféré que l’amour, ce soit mon ex qui n’est pas mon ex qui m’envoie un message pour me dire que je suis la femme de sa vie et qu’il va venir me bloquer contre un mur toute la nuit pour me le prouver. J’aurais préféré que l’amour, ce soit ça. Mais non, l’amour, ce 27 février, c’était mes copines. Jusqu’au rebondissement… Car si j’ai peu d’ex, j’ai beaucoup de crushs. Beaucoup. Beaucoup au point de ne plus m’en souvenir. Et si certains n’ont pas osé tenter le jour de l’An ou la Saint-Valentin pour refaire leur come-back, le jour de mon anniversaire semblait être une bénédiction. C’est ce que j’ai constaté quand, devant ma porte, j’ai trouvé un énorme bouquet de fleurs. Dans ma tête, j’y ai réfléchi, longtemps. Qui avait bien pu m’envoyer ces roses rouges ? Et d’un coup, il est revenu dans mon viseur : Boubou. Boubou, c’était le monsieur qui s’occupait des poubelles lorsque j’habitais à Paris. Moi, j’ai toujours été une gentille, donc quand il bossait, à savoir vidait nos déchets, je prenais le temps de le saluer et de lui adresser quelques

Ce jour où j’ai fait de la coloc’

Mardi 28 novembre 2023. Un malheureux mardi après que j’avais renvoyé un message à mon Voldemort et que cet enculé m’avait répondu que non, il ne voulait pas qu’on reprenne contact parce que j’étais une merde. À quelques mots près. Ce mardi que j’avais envie de passer sous la couette à pleurer, à regarder des photos de nous qui n’existaient pas, à écouter des musiques qui ne me rappelaient pas lui, car, de toute évidence, nous n’avions eu que trop peu de moments ensemble. D’où notre rupture. Aucune logique, je vous l’accorde. Ce genre de journée à faire du drama pour un mec qui n’en vaut pas la peine. C’était le mardi que j’avais prévu de vivre… mais ce n’était pas dans les plans de ma meilleure amie. Ma meilleure amie, Ophé de son prénom, c’est autant mon âme que ma sœur. Elle et moi, c’est pour toujours. Et surtout pour tout Depuis des années que nous nous connaissons, avant ce mardi, nous n’avions principalement vécu que des moments de joie. Évidemment, il y avait eu des petits couacs. Des ruptures, des déceptions et des peines. Mais surtout des rires, du soutien et de l’amour. Ensemble, on a tout fait. Les voyages à l’autre bout du monde, nos études, ou simplement les samedis soir devant la Star Ac’. Ophé, c’est ma safe place. Ophé, c’est un petit bout de femme forte, toujours positive, d’une loyauté à faire pâlir un chien, d’une dévotion incroyable et surtout d’une pudeur inégalable. Alors, ce mardi de déprime, quand elle m’a appelée en pleurs, j’ai compris l’importance de la situation. Ophé traversait un truc grave, très grave. En quelques mots entrecoupés de larmes, elle m’a expliqué. C’était la fin avec son amoureux, celui avec qui elle vivait depuis huit ans et pour qui elle aurait sacrifié sa vie. Pour qui elle l’avait déjà fait. Et si je ne rentrerai pas dans les détails malgré les gossips croustillants car il s’agit de son intimité, je me permets tout de même de vous rappeler, Mesdames, que si tout comme nous, vous avez ce talent de vous oublier pour sauver l’élu·e de votre cœur, vous faites erreur. Vous pouvez aimer, mais jamais aussi fort que vous vous aimez vous. C’est ce que je lui ai dit lorsque, quelques heures après, je suis venue la récupérer chez elle, avec son chien et ses bagages. C’était dur. Très dur. Parce que la rupture n’était pas qu’une rupture. C’était une déchirure, de celles qui s’accompagnent de dingueries presque inimaginables, à tel point qu’on pourrait en faire un film. Ce qu’elle vivait, on ne l’avait pas vu venir. Personne ne l’avait vu venir. Et encore une fois, je tairai lesdites dingueries, mais croyez-moi, la vie nous réserve parfois des rebondissements que même les trampolines trouveraient trop intenses. Toujours est-il qu’après plusieurs hésitations, retours dans son appartement, messages de désespoir et discussions à cœur ouvert, Ophé a pris la décision de venir habiter officiellement à la maison. Alors que je n’avais pas envisagé cette option une seule seconde dans ma vie, je me retrouvais avec une colocataire. Moi, si indépendante, qui n’avais jamais vécu avec quelqu’un d’autre que mes parents et qui ne supportais personne, j’allais habiter avec ma meilleure amie. À dire vrai, elle est l’unique personne que je peux accepter sur le long terme. On se connaît bien, très bien, et nos caractères sont parfaitement compatibles. Certes. Mais si nous avions déjà vécu toutes les deux pendant des semaines en voyage, jamais nous n’avions cohabité au quotidien. Encore moins en bossant ensemble. Car histoire de cumuler les plaisirs, Ophé avait quitté son job quelques semaines avant sa rupture pour me donner un coup de main. Un rêve pour nous deux… que nous n’avions pas imaginé combiner à une colocation. Voici donc comment j’ai commencé l’année 2024. En coloc’ avec ma meilleure amie. Il faut avouer qu’au début, ça a été surprenant, car pour la première fois, je devais changer mes habitudes. Mon objectif était simple : je voulais qu’elle se sente chez elle, et pour ce faire, je devais réadapter ma vie. D’abord, j’ai rangé toute la maison. Vraiment. Pas juste en passant la serpillère et lavant les chiottes. J’ai vidé les armoires, celles de mon bureau qui allait devenir sa chambre, celles de la salle de bain pour qu’elle puisse y mettre ses six mascaras et même celles de la cuisine pour accueillir son robot cuiseur. J’ai acheté une nouvelle étagère pour les chaussures dans l’entrée et décalé le panier de Gégé afin de laisser une place à celui de sa cousine. Puis, on a appliqué au quotidien. Les matins où elle se réveillait plus tôt, les soirs où elle se couchait plus tard, les pipis de son chien sur mon lit, les discussions quand l’une avait envie de silence, les questions quand l’autre ne souhaitait pas en parler. Je n’étais plus jamais seule. Plus jamais. Et ce pour un temps indéterminé. Dans un coin de ma tête, j’ai paniqué. C’était donc ça, ma vie ? Avoir bientôt 33 ans et vivre avec ma meilleure amie ? Travailler de chez moi chaque jour sans avoir de bureau ? Ne même plus avoir d’intimité pour me mater un petit porno en toute détente ?  Et, alors que les insomnies frappaient mon cerveau et qu’il tournait en boucle, que je trouvais mon existence désespérante et bien loin de ce que la Noëllie de quinze ans avait pu imaginer, j’ai laissé la réalité refaire surface. Celle-ci, elle m’a montré la chance que m’offrait la vie. D’abord, en me rappelant à quel point je suis une belle personne, toujours là pour les gens qu’elle aime (laissez-moi ; 2024, c’est très selflove). Puis, elle me permettait de vivre un moment unique, comme une petite bulle de bonheur, avec ma meilleure amie. Parce que désormais, chaque jour, malgré nos deux cœurs alourdis, nous sommes là l’une pour l’autre, nous trouvons le moyen de rire, et même de travailler ensemble. Alors certes, nous avons conscience que notre quotidien n’a rien d’ordinaire, mais nous chérissons

Ce jour où je n’ai plus eu de motivation

Lundi 1er janvier. Le premier jour de l’année. Ce jour où la plupart d’entre nous prennent des résolutions qu’ils ne tiendront pas, se lancent dans des régimes qui ne servent à rien, souscrivent à un abonnement dans une salle de sport qu’ils oublieront trop vite et décident d’arrêter la cigarette alors qu’ils craqueront au bout de deux jours. Ce fameux jour. Ce jour où, même si les résolutions disparaissent presque aussi rapidement qu’elles sont apparues, le renouveau, lui, se fait bien sentir. Car le 1er janvier, même si l’alcool de la vieille peut encore taper, l’ambiance est au changement. C’était en tout cas ce que j’espérais. Moi, j’avais passé une année 2023 de merde ; je l’ai suffisamment répété partout. Vraiment partout. Auprès de mes proches, sur les réseaux, dans un podcast, sur ce blog et même dans un livre. Partout. Alors, le 31 décembre 2023, j’ai tout purifié. J’ai dégagé mes tiroirs, lavé la maison à fond, j’ai foutu de la sauge dans chaque coin de ma baraque et presque dans mon cul. Je voulais du renouveau. Et j’y croyais. J’y croyais malgré l’état grippal qui m’avait frappée en pleine gueule le lendemain de Noël et qui restait collé à moi. La maladie, elle en avait absolument rien à foutre de la nouvelle année. Ce qui, le 1er janvier, me faisait commencer 2024 avec des ganglions de la taille de deux couilles dans la gorge, le nez rempli de polypes et mon corps tout entier en PLS. Une joie. Mais ce qui m’inquiétait le plus, c’était ce qu’il y avait dans ma tête. Parce que si physiquement je ne suivais plus, j’espérais que mon cerveau, lui, me ferait redevenir la badass que j’avais pu être quelques mois auparavant. Moi, je voulais que dès le 1er janvier, mon ordi se greffe à ma main et que je n’aie qu’une envie : défoncer le game. La réalité s’est révélée bien différente.  Dans ma tête, c’était encore le chaos. Tout ce que je souhaitais, c’était m’étaler dans le lit devant des films pourris et pleurer sur mon sort qui n’était pourtant pas si terrible. Je n’avais plus aucune ambition, j’étais l’ombre de moi-même. Pire : je ne ressentais aucune motivation. Je n’avais envie de rien. Rien. Tout ça alors que j’avais promis monts et merveilles, à moi, à ma meilleure pote qui devait m’aider dans mes projets, et surtout à vous. Je vous avais annoncé un nouveau roman, un blog de qualité, un site tout neuf, un magazine de renom. J’avais de belles choses à accomplir, mais je n’en avais aucune envie. Chez moi, ça n’était jamais arrivé. Jamais autant. Bien sûr, j’avais déjà connu des phases de merde, qui m’avaient presque poussée à partir vivre avec mon chien borgne au milieu de la montagne pour me nourrir de plantes sauvages. Évidemment. Mais rapidement, j’étais redevenue une meuf en costard, talons aiguilles et dossiers qui dépassaient du bureau. Tout ça en version pyjama, plaid et canapé. Mais j’y étais ; j’étais cette nana passionnée qui gérait son business… jusqu’à ce 1er janvier. Je devais m’y faire ; depuis des semaines déjà, des mois peut-être, je me sentais différente. J’étais devenue une femme dont les projets pros ne sont pas primordiaux, qui se contente du minimum et qui n’a pas besoin de cette partie de sa vie pour être épanouie. D’abord, je me suis dit que ce n’était peut-être pas plus mal. Peut-être que donner moins d’importance à ma vie professionnelle me permettrait d’en accorder un peu plus à ma vie privée ; peut-être que je deviendrais maman et finirais par affirmer que c’est le plus beau rôle, comme beaucoup ; peut-être que mes anciennes ambitions n’étaient qu’une phase de jeunesse qui s’était terminée.  Puis, j’ai paniqué. Où étais-je passée ? Qu’était-il advenu de la meuf du Nono show, celle capable de soulever des montagnes et d’avoir des rêves plus gros que son cul, persuadée qu’elle peut les réaliser ? Qu’allais-je faire si je n’avais plus de motivation, moi qui vivais pour mes projets ? Je ne savais pas être une autre et j’adorais mon ancienne vie. J’adorais avoir une nouvelle idée tous les trois jours, la mettre en place quelques heures après et la voir éclore. J’adorais prendre mon ordinateur, écrire pendant des heures et espérer donner du plaisir aux gens avec mes mille idées. J’adorais entreprendre, tout simplement. Et c’était ça, la solution. Pour retrouver mon ambition, je devais faire preuve… d’ambition. Il fallait que mon manque de motivation devienne un projet à lui seul. J’ai donc attaqué le plan « Projet pour avoir un projet ». Le principe était simple : un programme de quelques semaines pour me redonner le goût d’être moi. J’ai commencé par la première des choses : l’acceptation. Je le savais, c’était le seul moyen d’avancer. Accepter. Accepter d’avoir été triste, d’avoir pris un coup dans la gueule, de ne plus être la gamine de 25 ans un peu naïve qui voit le monde avec amour et d’avoir subi les aléas de la vie. Certes, je n’étais pas sous les bombes ou dans la rue. J’avais tout pour être heureuse, mais j’acceptais de ne pas l’être. C’était la première étape. Puis, une fois que j’ai accepté, j’ai guéri. J’ai guéri en m’entourant d’amour. C’est cliché, mais c’est vrai. J’ai guéri en prenant soin de moi, en passant du temps seule ou accompagnée, en m’étalant dans mon canapé sans culpabiliser, en dormant plus que de raison, en mangeant du gras, puis en mangeant sain, en faisant du sport ou en laissant tomber, en essayant de faire au mieux. Je ne me forçais pas. Je vivais comme je le pouvais, et c’était déjà beaucoup. Enfin, j’ai questionné mon quotidien. Et si ce petit burn-out de 2023, aussi bien physique que mental, aussi bien perso que pro, était un signe ? Et si c’était la vie qui me poussait à me demander ce qu’il me manquait vraiment pour me sentir alignée ? J’ai repris l’histoire, essayé de laisser partir ce qui ne pouvait être retenu et tenté de sauver ce qu’il y avait à sauver.

Ce jour où j’ai oublié le frein à main

Jeudi 7 décembre 2023. Ma tête était tout aussi légère que ma main qui, de toute évidence, n’avait pas assez de force pour immobiliser ma voiture. Il faut dire qu’à ce moment, j’étais dans le flou. D’abord, je venais de me briser le cœur, seule, comme une grande. Puis, ma meilleure amie, elle aussi, traversait l’une des phases les plus compliquées de sa vie, si ce n’est la pire (cf. « Ce jour où j’ai fait de la coloc’ » si tu as pas la réf.). Enfin, nous étions à quelques jours de Noël, l’une des périodes les plus intenses de l’année, et j’étais noyée sous mes box de Nonoël et autres offres farfelues que, quelques mois avant, j’avais trouvées brillantes. Bref, ce jeudi 7 décembre 2023 m’imposait une charge mentale telle que l’arrivée d’une amie d’enfance, Jeanne de son prénom, pour un petit week-end entre copines, ne tombait pas vraiment bien. Évidemment, je me faisais une joie de passer du temps avec elle. Là n’était pas la question. Mais, je le reconnais, ma tête était bien ailleurs que dans une soirée pyjama. Pourtant, ce jeudi 7 décembre, elle a débarqué à la gare, prête à attaquer directement avec une grosse raclette. Alors, j’ai enfilé mon masque du Nono Show, plongé les patates dans l’eau bouillante, sorti les cacahuètes pour l’apéro et partagé mes actualités, bien que tristes. La soirée a démarré, les rires se sont échappés avant d’être interrompus par un bref frappement sur l’une des fenêtres du salon. Là, le souvenir de mon cambriolage m’est revenu en pleine gueule (cf. « Ce jour où je me suis fait cambrioler »). Et si on en voulait encore à mes sex-toys ? Puis, puisqu’on ne voyait personne, on a pensé à un esprit. Eux aussi, ils se masturbent ? Et sans avoir le temps de réfléchir à la réponse, j’ai entendu le même bruit sur ma porte d’entrée. J’ai ouvert, un poil effrayée, sans vraiment de raison. Devant moi, mon voisin, un peu surpris, voire inquiet. « Tu sais que ta voiture est au milieu de la route ? » Non, je ne savais pas que ma voiture était au milieu de la route, mais force était de constater que, oui, elle se trouvait juste en bas de mon garage. Tête en l’air, je vous ai dit. J’avais oublié mon frein à main et, par conséquent, ma voiture s’était prise pour la Coccinelle et vivait sa vie en solo. Heureusement pour elle – et surtout pour moi –, il n’y avait eu aucun dégât. Aucun chien fou, chat sauvage ou mamie qui s’était fait écraser par mon bolide. Jusqu’ici, une simple anecdote dont nous avons rigolé pendant quelques minutes. Mais ce que nous n’avions pas prévu, c’était que cette anecdote se renouvellerait. À peine 24 h après. Le lendemain, vendredi 8 décembre donc, ma tête était toujours autant en l’air. J’ai foncé à la Poste pour envoyer les commandes, à Mondial Relay pour livrer les box et dans la forêt pour que Gégé puisse poser son trésor anal. Puis, en revenant, j’ai refait la même boulette. La même boulette. Mais cette fois, j’ai assisté à la scène qui m’a glacé le sang. J’ai vu la voiture sortir du garage, en pleine journée, au milieu d’un camion et d’une autre voiture, puis prendre de la vitesse avant de s’écraser dans la barrière du voisin. Cette fois, l’anecdote était moins drôle. Premièrement, parce qu’elle m’a terrifiée. Les scénarii ne pouvaient pas s’empêcher de s’écrire dans ma tête, principalement celui où Gégé se trouvait derrière la voiture. Secondairement, parce que je devais me confronter à mes voisins. À mes DEUX voisins. Car forcément, histoire de bien faire les choses, ma Fiat avait atterri sur le SEUL poteau qui était au centre de deux maisons. Et si déjà, devoir sonner chez quelqu’un qu’on connait à peine et le déranger pour lui annoncer qu’on a foncé dans sa barrière est compliqué, le faire à deux reprises est un enfer. Je m’y suis donc confrontée, presque immédiatement histoire de faire passer la pilule. À gauche, c’était Gérard. Gégé pour les intimes. Il partait avec mes faveurs. Lui, il s’en foutait de sa barrière et m’a excusée presque instantanément, sans me demander réparation. Il faut dire que lorsque nous avons constaté les dégâts, nous avons remarqué que sa clôture était déjà abîmée, à quelques mètres de mon accrochage. Pour lui, donc, un trou de plus ou de moins, ce n’était pas vraiment important. À droite habitait Roro. Lui, c’était une autre histoire. En même temps, quelques mois avant, un jeune bourré avait fait fausse route pour finir… dans son portail. Inévitablement, lui annoncer que j’avais pété la barrière JUSTE à côté du portail qu’il venait d’arranger, c’était délicat. Très délicat. Et, bien qu’il soit resté très gentil au vu de la situation, il me l’a dit : il voulait la réparer. Évidemment, la question ne s’est pas posée pour moi. J’allais au mieux prendre les frais à ma charge si le montant n’était pas trop important, au plus relou faire marcher l’assurance. J’assume mes responsabilités. Toujours. Enfin, presque… Je suis rentrée chez moi, soulagée et fière d’avoir eu le courage d’affronter mes voisins, même si une barrière allait me plumer quelques jours avant Noël. J’ai repris le cours de ma vie, jusqu’au lendemain où, avant de monter dans la voiture, j’ai croisé la femme de Gérard. Une petite dame au sourire réconfortant, aux cheveux blonds attachés et aux lunettes qui mettaient en valeur des yeux bleus magnifiques. Une douceur. On a échangé quelques mots, elle a accepté mes excuses et m’a rassurée en me disant de ne pas me prendre la tête, que de toute manière, « la barrière était déjà abîmée », m’a-t-elle répété en me montrant le fameux autre trou. C’était vrai : sa barrière était déjà abîmée. Et c’était vrai : j’étais persuadée de n’y être pour rien. Mais, à force de l’écouter parler, ses yeux se noyant dans ce second trou comme dans le néant de mon porte-monnaie, mon cerveau s’est finalement connecté. Ce deuxième trou n’était