Ce jour où je fais un update de ma rupture
Ce jour où je suis allée chez l’acupuncteur

Mardi 12 mars 2024. Ma pote a reçu un message d’une de ses amies. Dans celui-ci, elle nous vendait les talents de son acupuncteur, nous disait combien il changeait sa vie au quotidien, qu’il lui permettait de libérer ses émotions et de remettre ses énergies dans le bon sens. Il n’en a pas fallu plus : Ophélia voulait prendre rendez-vous… et m’embarquer avec elle. Il faut avouer que ces derniers mois, j’avais vécu plusieurs événements, aussi bien positifs que négatifs, et je devais réaligner le bordel. Alors j’ai accepté. Et le rendez-vous est arrivé deux semaines après. Je dois reconnaitre que je n’avais pas beaucoup d’attentes. Malgré tout, j’y avais réfléchi. Pour moi, l’acupuncture, c’était simplement être allongée à poil sur une table avec des pics partout sur le corps. La réalité a été tout autre. Mardi 26 avril, 19 h, je suis arrivée dans un cabinet du 16e, pas tellement huppé pour le quartier, et me suis installée dans la salle d’attente. Pendant les dix minutes avant mon rendez-vous, j’ai tendu l’oreille et perçu la fin de la consultation précédente. Des rires, des remerciements à foison et la promesse de revenir très vite. Cet acupuncteur semblait en effet incroyable, et j’allais rapidement le découvrir. Devant moi, il est apparu. Un homme grand, aux petites lunettes sur le nez et, en effet, au sourire très sincère. Il m’a accueillie dans son bureau et m’a renseignée sur sa pratique. Et là, la surprise. Car moi, je pensais qu’après avoir donné mon poids, ma taille et la raison de ma présence, on attaquerait les choses sérieuses. Ça n’a pas été le cas. Vingt minutes. Vingt minutes à discuter de moi. Il m’a interrogée, sur tout, avec bienveillance et intérêt. Son but était simple : comprendre en quoi il pouvait m’aider. Mais d’abord, il m’a brièvement expliqué sa science. L’acupuncture est une médecine traditionnelle chinoise qui a été introduite en Europe au début du XVIe siècle, bien qu’elle ne soit reconnue internationalement que depuis le XXe siècle. Elle permet de stimuler des points précis du corps dans un but thérapeutique, en considérant le corps d’après son plan énergétique. L’acupuncteur s’intéresse à la circulation de l’énergie vitale et établit un diagnostic. Le mien était catégorique : mon énergie vitale était très instable. D’un côté, il percevait du feu, parfois traduit par de la colère, parfois par de l’ambition. D’un autre côté, il captait de la glace, parfois traduite par de la sensibilité, parfois par de la tristesse. Le tout avec une énorme tendance à l’impatience et l’impossibilité de s’ancrer dans le présent. Bref, c’était le bordel dans mon corps, et il savait comment agir. Avec douceur, il m’a offert un voile en soie pour me couvrir et m’a demandé de me mettre en sous-vêtements. Il m’a proposé de m’allonger sur la table et m’a rapidement présenté le principe. Aux endroits douloureux, il m’a délicatement planté des aiguilles, puis il m’a laissée me reposer. Il m’a invitée à fermer les yeux et à rester une bonne demi-heure étendue ainsi pour que ses outils puissent agir. Il a éteint la lumière avant d’en allumer une plus douce, m’a indiqué de me détendre et est sorti. Et là, j’ai voyagé. J’ai laissé chacun de mes muscles reprendre de leurs forces, mes poumons se régénérer et mon cœur se reconstruire. Pendant de longues minutes, je me suis assoupie. Je me sentais bien. Je percevais ce fameux feu éteindre la glace, tout en se maitrisant grâce à sa froideur. L’équilibre. J’atteignais l’équilibre. Je me suis autorisée à en profiter, attendant le retour de mon sauveur. Mais après une bonne demi-heure, j’ai de nouveau ouvert les yeux. Je suis revenue tranquillement à moi, sans oser bouger, ressentant chacune des 28 aiguilles dans mon corps. C’était simple, j’en avais partout. Sur mes chevilles, mes genoux, mon utérus, mon intestin, mes poumons, le haut de mon torse, derrière mes oreilles, sur mon visage et deux sur mon crâne. Un hérisson. Je devais ressembler à un hérisson. L’avantage : ce n’était pas du tout douloureux. L’inconvénient : c’était très encombrant. Je n’avais donc pas d’autre choix que d’attendre le retour de mon acupuncteur, qui se faisait désirer. Il l’avait pourtant vu, la patience n’est pas mon fort, et après plus de dix minutes à regarder dans le vide, à observer les posters qui décoraient son cabinet et à n’avoir rien d’autre à faire que de réfléchir à ma vie, avec pour seule compagnie le bruit des secondes qui passaient sur sa grosse horloge, je commençais à ne plus pouvoir tenir. Je tentais de respirer calmement pour ne pas gâcher les effets de la séance, mais je sentais en moi le feu reprendre le pouvoir. Les minutes sont devenues des heures, et je n’ai pas pu m’empêcher d’élever la voix pour me faire entendre. Il était tard, l’établissement semblait presque vide et j’étais persuadée que l’on m’avait oubliée. Allongée en sous-vêtements sur la table et pics partout sur le corps, je hurlais de plus en plus fort pour qu’on vienne me secourir. Mais rien. Je n’entendais pas même un bruit dans le couloir et ne voyais aucune lumière. J’ai commencé à paniquer. Que se passait-il ? Pourquoi m’avait-on laissée là ? Est-ce que j’avais quitté le monde réel pour en rejoindre un autre ? Bien sûr, j’avais pensé retirer les aiguilles moi-même, mais l’acupuncture restait une médecine, et j’étais effrayée de me bloquer quelque chose en bougeant l’une d’elles de la mauvaise manière. La seule option qui me semblait adaptée était celle de me relever en laissant tout en place. J’ai pris mon temps, me suis appuyée sur mes mains qui n’avaient pas été sollicitées, j’ai fait tomber le tissu de soie au sol et, tel un poteau inflexible, je me suis dirigée vers la porte. Avec difficulté, j’ai attrapé la poignée et constaté qu’en effet, plus personne ne se trouvait dans les couloirs, ni même dans la salle d’attente. Mais où étaient-ils passés ?! Je me suis pressée, affolée, me foutant éperdument d’être presque nue, recouverte d’une trentaine d’épines, dans l’espoir de
Ce jour où je suis tombée sur trois stories

Lundi 15 avril 2024. Un mauvais jour. Un de ceux qui commencent par un connard qui vient changer ta fenêtre et qui la prend trop petite, laissant passer l’air en guise d’aération naturelle, un de ceux où tes propriétaires se ramènent pour jouer les inspecteurs des travaux finis, un de ceux où tu te tapes une insomnie à cause de Mercure qui rétrograde dans ta gueule, un de ceux qui piquent les yeux car ton peu d’heures de sommeil s’est résumé à des cauchemars. Un lundi de merde. Un bon lundi plachplouch. Pourtant, j’avais fait en sorte de me remettre les énergies en place pendant le weekend qui précédait. Masque sur le visage, pieds en éventail, plaid sur le cul et cul sur le canapé. Le physique était en forme, et le mental avec. Et puis, j’avais fait un acte que je considère comme héroïque. Oui, héroïque. J’avais supprimé mon ex, ou plutôt celui que je voyais comme tel. Lui qui encore après six mois continuait de hanter mes pensées, d’être désigné par mon cerveau comme l’homme de ma vie alors même qu’il ne me calculait plus et qui restait celui que je voulais sans pouvoir passer à autre chose. Une catastrophe. Mais ce weekend-là, j’avais décidé de lutter. Une bonne fois pour toutes. J’avais décidé de l’oublier. Terminé de me demander s’il allait revenir en jetant une pièce dans le vide, terminé de regarder en boucle des vidéos YouTube qui me prédisaient un avenir douteux, terminé les tirages de cartes trop nombreux et les brouillons de messages. Terminé. Je devenais une nouvelle femme. C’est apparemment ce qu’il faut faire, pour oublier : penser à soi… et plus à l’autre. Ça semble évident, certes. Mais dans le quotidien, ce n’est pas si facile. Et j’avais trouvé la raison : les réseaux sociaux. C’était de sa faute, à Instagram. Car dès que j’ouvrais l’application, je fonçais mater son compte, celui de sa sœur, de son ex, de sa mère, de ses nouveaux abonnés et surtout des nouvelles. Me jugez pas, je sais qu’on le fait toutes. Et c’est une erreur de débutante. Car s’il ne mettait jamais de story, je pouvais regarder ses photos. Beaucoup de photos. Photos que j’analysais, zoomais, enregistrais, quittais pour mieux retrouver. J’étais une addict à son Instagram et tout cela avec un compte fake. Évidemment. Je suis une star et, par conséquent, j’ai le boulard qui va avec. Et lorsque je parle de boulard, je ne parle pas de mon cul. Non. Je parle bien de ma grosse tête, persuadée que des gens regardent qui je follow. Dans cette logique, je fais toujours très attention à mes abonnements et à qui j’unfollow, surtout en matière de mecs. Ainsi donc, j’ai créé un compte fake que j’aurais pu aisément appeler « Profil uniquement pour mes crushs et hommes de ma vie qui ne veulent pas de moi ». Soyons honnêtes, c’était sa seule utilité. Et forcément, il était très pratique pour les ex qui n’en sont pas, mais pour qui on se rend malade parce qu’on est une grosse conne. Mais là où j’ai été mauvaise, c’était qu’avec ce compte, je les suivais. Ça aussi, c’est une erreur de débutante. Tout bon stalker le sait : on ne follow pas ceux qui nous obsèdent, on reste caché dans le silence. Moi, j’étais abonnée à chacun d’entre eux. Trente-quatre pour être exacte. Des anciens, des nouveaux, certains de passage et d’autres presque oubliés. Sauf pour mon compte fake. Sur ce compte, je restais des heures, comme protégée par la photo de tulipe que j’avais choisie pour image de profil. Daniel. Je m’appelais Daniel. Un Daniel qui aimait beaucoup les bites, à en croire la liste à rallonge de tous les hommes qu’il suivait. Mais voilà, Daniel, il venait de se faire briser le cœur et cette fois, cette fois…. Cette fois il ne pouvait pas garder cet homme parmi ses abonnements. Après plusieurs années de carrière de stalkeuse professionnelle, mes sentiments avaient eu raison de mon talent. C’était décidé : je devais le sortir de ma vie digitale ou jamais je n’arriverais à l’oublier. Je suis donc allée sur ce compte, l’ai admiré une dernière fois et, dans une certitude d’une seconde, me suis désabonnée. C’était fait, et j’étais fière. Dans cet acte, j’avais mis de la légèreté. Comme une résurrection, j’abandonnais son Instagram et tout ce qu’il était, lui. Mes pensées redevenaient miennes et il s’envolait au loin. Fière de moi, je suis restée plusieurs minutes à épier une dernière fois ses photos, surtout celles torse nu, avant de le quitter définitivement et de fermer l’application. Je l’avais fait. En ce dimanche de renaissance, je l’avais fait. J’étais enfin libre… pour 24 heures. Car c’est en ce fameux lundi 15 avril, celui bien merdique pour toutes les raisons que je vous ai citées, qu’il est réapparu. Lui, le crush sans avenir, et surtout son Insta. Bien sûr. Sans surprise, je n’y étais pas retournée du dimanche, persuadée que j’étais capable de vivre sans sa présence digitale. Ce qui était le cas, jusqu’à ce que mes propriétaires s’engueulent avec l’artisan qui avait monté la fenêtre et qu’ils restent plus de cinq heures dans mon salon, me privant de mon intimité. J’allais exploser. J’allais exploser et j’avais besoin d’un remontant. Vous le voyez venir… Oui, ce remontant avait des grosses épaules, des mains de pianiste et une langue que je sentais encore sur ma peau. Assise sur mon canapé à subir ma réalité, j’ai laissé Daniel reprendre du service et foncer sur son profil. Et là, le drame. Mon ancien crush, il n’était pas vraiment réseaux sociaux. Une fois tous les six mois, il postait une story, mais à cette exception, il n’y avait jamais de nouveauté. Sauf ce jour. Ce jour déjà catastrophique. C’est ce jour que cet enculé a décidé de mettre trois stories. TROIS STORIES ? Ce connard, après une demi-année sans aucun contact, a posté trois stories. Pas une. Pas deux. Mais trois fucking stories. Dans celles-ci, je le découvrais toujours aussi
Docteur Love is back !
Ce jour où j’ai été addict à une série

Jeudi 7 mars. Je suis tombée, comme une addiction à la drogue, un besoin irrépressible de fumer une clope, une pulsion qu’on ne peut contrôler. Je suis tombée. Tombée dans une série enchaînée sans pause, binge-watchée en quelques jours, à peine stoppée pour aller pisser. Je suis tombée… sur La Servante écarlate. Il faut dire qu’elle a tout, cette série. Déjà, elle est sortie il y a plusieurs années, et ça, ça me plaît. Car mon problème, c’est que cette addiction, elle ne touche pas que La Servante écarlate, elle concerne toutes les séries. Je suis une série addict. Lorsque j’accroche, j’ai besoin de dévorer les épisodes, de vivre avec les personnages, de ne penser qu’à ça. Mais forcément, les épisodes, il faut bien les tourner. En d’autres mots : les saisons ne s’enchaînent pas, et il faut attendre une année pour connaitre la suite. Un supplice. Un supplice et un affront à mon Alzheimer naissant qui ne se souvient jamais de rien. Alors, avec La Servante écarlate, j’ai été ravie de constater que les cinq saisons étaient disponibles, sans attente, prêtes à être englouties. Cette série, j’en avais entendu parler. Il faut reconnaître que l’histoire est brillante. Si tu n’as pas vu ce chef-d’œuvre, permets-moi de te présenter June, ou devrais-je dire Defred, ou devrais-je dire Dejoseph. Oui, la gueuse a plusieurs noms, et pour cause. June vit dans une société dystopique où les femmes sont soit de riches épouses de commandants réduites au silence, soit des poules pondeuses au service de ces mêmes élites. June, elle est un utérus sur pattes. Et si elle change d’identité, c’est qu’une fois la progéniture arrivée au monde, elle rencontre une autre famille pour à nouveau donner naissance. Évidemment, tout cela au nom d’une chose : la foi. Foi qui, sans surprise et à l’image de nos sociétés actuelles, est utilisée pour justifier des actes atroces, barbares et surtout, assoir le pouvoir d’une minorité qui maitrise l’entièreté de la population américaine. Un chef-d’œuvre pas si loin de notre réalité, finalement. Et c’est ce qui en fait toute sa finesse. Car dans cette série, on retrace la chute. Comment les femmes ont perdu petit à petit leurs droits, comment les hommes les ont asservies et comment la résistance tente de se frayer un chemin vers la liberté. Tout est incroyable de justesse. Mais tout est très dur. C’est ce qu’on m’a dit lorsqu’on m’a présenté la série. « Elle est incroyable mais elle très dure », avant d’ajouter : « Regarde-la quand tu seras bien dans ta tête. » C’était le moment, le moment de démarrer : je n’étais pas en dépression et j’avais les cinq saisons en stock. C’est pourtant le hasard qui m’a ramenée à cette série. Le hasard qui portait le nom d’Iris Mittenaere. Bien loin, donc, de La Servante écarlate. C’est grâce à elle, et surtout son reportage, que j’y ai repensé. Là encore, permettez-moi de faire une petite parenthèse. Comme une jeune femme particulièrement influençable, j’ai entendu sur les réseaux que la belle Iris et son homme très peu buvable, Diego, avaient sorti un reportage sur Prime Video. En tant qu’être faible et bien que luttant au maximum contre Amazon, j’ai cédé. Un jour de flemme, alors que je m’installais avec mon ordinateur pour bosser, j’ai voulu me donner de la force et ce documentaire semblait être un cadeau de l’univers. Il me fallait un truc bête, un truc facile à regarder, un truc qui ne m’apprendrait rien, un truc qui me passerait le temps et qui me garderait concentrée. Triste réalité : ce reportage répondait à tous les critères (désolée, c’est pas gentil, mais c’est ma vérité. Qui plus est, j’ai maté tous les épisodes, bien que nuls, voire vraiment ridicules, et donc j’ai le droit de critiquer, car, quelque part, je lui ai fait de la moula). Mais alors, en quoi June et Iris se retrouvent-elles ? Prime Video, ma gueule. Parce qu’une fois mon abonnement payé pour le mois, j’en ai profité. Évidemment. Et c’est à ce moment qu’en scrollant sur la plateforme, je l’ai découverte, la série qui allait m’obséder. J’ai accroché dès le premier épisode. Tout y était : les acteurs qui jouent à merveille, le scénario parfaitement huilé, la réalisation d’une douceur incroyable et la lenteur qui donne même de la saveur. Je suis devenue une passionnée… qui ne voulait plus s’arrêter. Tous les jours, j’avais envie de regarder un épisode, puis deux, puis trois. En deux semaines peut-être, je me suis retrouvée à la saison 3. Certes, j’aurais pu faire pire. Mais j’essayais d’être adulte, de ne pas annuler des rendez-vous pour enchaîner les épisodes, de ne pas sauter une session de sport pour June, de ne pas foutre ma carrière en l’air pour connaitre le sort de mes gos préférées. Je tentais de rester réaliste… au moins en apparence ! Car dans ma tête, j’y pensais constamment. Pendant un diner avec les copines, je me réjouissais à l’idée de rentrer me blottir dans mes draps devant un épisode. Pendant un appel professionnel, je songeais à la suite de ma série. Pendant un footing, je me demandais si écouter un podcast sur le sujet pourrait être intéressant. C’était tout le temps dans ma tête. Au point même d’en perdre la raison… Un jour, alors que mon téléphone devait probablement lire dans mes pensées, je suis tombée sur une publication qui a changé ma vie. Ou au moins ma cheville droite. J’ai vu cet artiste incroyable, qui était peut-être l’homme de ma vie, exercer son talent sur le poignet d’une autre, dessinant avec finesse ce qui résonnait en moi : « Nolite te Basterdes Carborundorum ». Cette phrase, traduite par « Ne laissez pas les bâtards vous broyer » et revendication puissante dans la série, a provoqué des frissons dans toute ma colonne jusqu’à mon orteil. Et c’est à ce moment que, dans un élan de folie, j’ai cliqué sur le profil de ce tatoueur, découvert qu’il était à Paris et, en un message, demandé un rendez-vous pour qu’il dépose son encre dans ma chair. Le jour même,
Ce jour où la curiosité est devenue une jolie qualité
Ce jour où j’ai croisé sa meuf

Samedi 9 mars 2024. 20 h 32. Dans ma voiture, la pluie qui frappait sur mon pare-brise, ma meilleure amie côté passager, et nous deux qui rentrions d’une journée à Paris. Classique. Jusqu’à l’arrivée dans ma rue, à trois pas de mon garage : au rond-point, je l’ai aperçu au loin. Mon crush. Enfin presque. Parce que pour être honnête, j’ai jamais vraiment crushé sur cet homme. Lui, « monsieur Pascrush », il a très rapidement été classé dans les mecs avec qui ça ne pourrait pas fonctionner. Pourtant, il n’était pas trop mal. Musclé, blond, les yeux clairs, gentil, presque drôle et serviable. Sur le papier, il avait de quoi plaire. Oui, mais si de belles épaules peuvent me faire perdre mes moyens, cela n’empêche qu’elles sont autorisées à me soulever uniquement lorsque le cerveau auquel elles sont reliées est capable d’émettre des opinions intéressantes. Ce n’était pas le cas. Monsieur Pascrush, il était limité. Sans offense aucune. De sa bouche, des paroles qui manquaient de réflexion sortaient souvent, jusqu’à proposer des conclusions dignes d’une émission BFMTV. Bref, nous n’étions pas vraiment d’accord sur la marche à suivre dans la vie. Et ça, c’est problématique. Malgré ça, monsieur Pascrush était cool. Au moins pour discuter de temps en temps… et se booster un peu l’égo. Car cet homme, bien qu’on ait peu de choses en commun, il m’aimait bien. Textos, petites attentions, sourire en coin lorsqu’on se croisait et excuses bidon pour me parler. Classique, encore une fois. Pendant plusieurs mois, il a fait le paon et tenté sa chance, aussi infime fût-elle… jusqu’à disparaitre. Du jour au lendemain, je n’ai pratiquement plus eu de nouvelles. À dire vrai, je m’en foutais complètement. Pire : je ne l’avais même pas vraiment remarqué. Jusqu’à ce jour. Ce fameux samedi 9 mars, au retour de Paris. Je l’ai vu, lui… et ce qui ressemblait à sa meuf. Sa nouvelle meuf. Et là, le choc. Non, le surprendre avec une nana n’a pas été une révélation de mon amour pour lui, non. Je n’ai pas été jalouse, je ne voulais pas qu’il me revienne et qu’elle disparaisse dans les ténèbres. Non. Le choc était autre. Le choc était celui de mon sosie, version Wish. Je sais, vous devez penser que je suis une connasse, et vous avez raison. Mais c’est vrai. Cette femme, probablement nommée Noémie, était une pâle copie de moi, en format Lidl. Ne vous méprenez pas, j’adore Lidl. Mais je le voyais. Ses cheveux étaient bouclés seulement à la pointe, son cul était gros sans pour autant égaler celui de Beyoncé, son rire semblait fort mais forcé et son regard ne frôlait que le sol. C’était une Noëllie, version ratée. Vous allez penser que je suis jalouse, encore une fois. C’est faux, je suis simplement réaliste. Noémie me volait monsieur Pascrush et j’avais besoin de plus d’infos. Sans perdre une minute, j’ai garé ma voiture, foncé dans mon salon pour m’installer à mon centre de contrôle et attendu qu’ils passent devant chez moi. C’était leur itinéraire, à en croire la route qu’ils avaient empruntée. Puis, dans un excès de confiance, j’ai voulu plus. Car si physiquement, une version Wish de moi arrivait à le convaincre, je devais me rassurer avec l’intérieur. En d’autres termes : je devais savoir ce que le cerveau de cette femme valait. C’est alors que j’ai commis l’erreur. Dans le noir complet, accroupie au sol, j’ai ouvert la fenêtre pour pouvoir les entendre. Pendant les longues minutes qui ont précédé le drame, je me suis questionnée. Et si c’était sa sœur ? Qui se promène dans un village à 21 h alors qu’il pleut ? C’était donc ça, ses dates ? J’étais un poil mauvaise, mais surtout curieuse. Encore une fois, certaines penseront que je suis jalouse ; eh bien, Mesdames, si tel est le cas, c’est que vous n’avez pas l’amour du potin. Moi, le potin, il coule dans mes veines, il nourrit mon âme et s’accouple avec mon cœur. Le potin, c’est ce qui me fait survivre dans ce monde de merde. Le potin, c’est ma seule raison d’exister. Sans en faire trop. Alors oui, à quatre pattes dans mon salon, fenêtre à moitié ouverte, je jubilais. Jusqu’à ce que l’univers se retourne contre moi. Au loin, je les entendais s’approcher. C’était donc sûr : ils passeraient littéralement sous ma fenêtre, fenêtre qui était à hauteur de tête et donnait directement sur la rue. Une aubaine. J’ai tendu l’oreille et tenté de percevoir leur discussion. C’était niais, c’était mielleux, c’était clairement un début de relation. Évidemment, le son ne m’a plus suffi et j’ai voulu l’image. Je me suis donc discrètement relevée pour les apercevoir. Ils avançaient doucement, comme dans ces films romantiques où les deux protagonistes se tiennent la main et, trop absorbés par l’amour, ne se rendent pas compte qu’ils mettent quinze minutes à parcourir 200 mètres. Il faisait des blagues nulles, elle en riait. Elle faisait de bonnes blagues, il ne les comprenait pas. Un couple qui faisait rêver, donc. Moi, j’enregistrais tout, presque le calepin à la main, pour le moment de grâce, le passage devant ma fenêtre. On y était. Je pouvais la voir avec exactitude : ses traits, ses cheveux, sa peau, ses vêtements de mauvais goût et son jean qui moulait son boule flasque. Noémie. C’était définitivement une Noémie. Mon cœur tambourinait, non pas parce que j’étais une garce cachée pour espionner un gars qui n’était pas le mien et que je n’aimais même pas, mais car j’offrais à mon samedi soir un rebondissement digne des plus grands. Je me sentais comme James Bond, comme madame Smith, comme Kim Possible. Jusqu’au moment du drame. Toujours au sol, tandis que le couple parfait s’arrêtait presque devant ma fenêtre tant il perdait du temps en minauderies, Gégé est entré dans la danse. Car lui, il se fichait de savoir qui était là ; la seule chose qui lui importait était de protéger sa maison. Alors, dans un élan que je n’ai pu retenir, il s’est mis à hurler. À hurler si fort
Ce jour où Docteur Love is back !
Ce jour où j’ai expérimenté la soixantaine
Vendredi 15 mars. C’était le grand jour. Celui où ma mère devait débarquer avec sa meilleure copine pour fêter les soixante ans de cette dernière. Elles deux, c’est une belle histoire. Cath et Lolo. Cathoche et Tata Lolo pour les intimes. Probablement cinquante ans d’amitié, et ça, c’est pas rien. Ensemble, elles ont mille anecdotes : toutes celles où elles ont appelé les esprits autour d’un verre ; celles où elles draguaient des petits culs pendant qu’ils faisaient du handball ; celles où elles critiquaient Béatrice, la troisième roue du carrosse ; celle où elles ont embrassé toutes les deux le même mec ; celle où ma mère a craché en scoot’ et Lolo l’a réceptionné en pleine gueule… Tant d’histoires qu’il fallait fêter durant ces deux prochains jours. L’objectif était simple : un week-end entier que Cath allait consacrer à sa bestie. Ça, c’était sur le papier. Car dans la réalité, c’était surtout ma bestie et moi qui allions prendre soin de Lolo. Ma mère le sait : j’adore chouchouter les gens que j’aime, et sa meilleure amie, elle en fait partie. Cette femme, c’est la douceur, la gentillesse et la bienveillance incarnée. Alors, je voulais la célébrer et lui apporter une bulle de plaisir. Pour ce faire, j’avais Paris. La magnifique, la somptueuse Paris. Elle qui, ce jour-là, se nourrissait de soleil et nous offrait ses plus belles lumières. De quoi faire rêver. En tout cas pour les gueuses que nous sommes. Nous avons profité d’un petit brunch dans un restaurant sympa du 13e, puis foncé faire un relooking dans la friperie d’un de mes meilleurs amis, avant de commander chinois pour terminer sur le canapé à la maison. Une journée parfaite… jusqu’à ce que je comprenne vraiment ce dont Tata Lolo avait besoin. La bestie de ma mère, elle est seule. Elle a deux enfants d’un mec dont elle s’est séparée il y a quelques années, une chienne qu’elle adore comme sa fille, un job qu’elle supporte et une petite maison en bordure de ville. Lolo, c’est une maman, une ex-compagne, une gardienne, une employée, une locataire. Mais Lolo, c’est surtout une femme. Une femme qui réapprenait à vivre, à soixante ans. Dans mon imaginaire, une fois la quarantaine passée, on est sur le déclin (à toutes les femmes de plus de quarante ans, veuillez m’excuser : ceci est romancé, la suite va vous rassurer. Vous n’êtes pas vieilles. Enfin, pas trop). Alors, à soixante ans, c’est la fin. Pour moi, ton corps est défraîchi, tes envies aussi et tu te contentes de survivre. Ce qui me réconforte, c’est que cette mentalité, je l’avais à seize ans quand je pensais à la trentaine. Aujourd’hui, à trente-trois ans, j’ai encore l’impression d’être une ado. Et de toute évidence, à voir Lolo et ma mère, elles aussi, elles se sentent comme telles. Car Lolo, comme dans une vraie pyjama party, a attaqué dans le dur : les mecs. Et là, elle a été ma révélation. The Voice en fond, cacahuètes dans une main, verre de whisky dans l’autre, elle m’a demandé de lui tirer les cartes pour lui prédire l’avenir. Je l’ai compris, ce n’était pas tant du futur qu’elle voulait parler, mais bien du présent. Car son présent, il était solitaire, et la femme en elle souffrait. Elle, ce qu’elle désirait, c’était de la tendresse, de l’attention, des mots doux et des nuits de sexe endiablées. Lolo, elle n’était pas du tout une vieille aigrie qui attendait la Faucheuse. Elle voulait tout, comme une seconde chance, comme une renaissance, comme un renouveau bien mérité. Mais Lolo, elle avait souffert. Forcément, les déceptions se comptent, et si elles sont déjà trop nombreuses pour moi à trente-trois ans, je n’imagine pas ce qu’il peut en être à soixante. Alors, je l’ai écoutée. Je l’ai écoutée me parler de Jean-Michel, son dernier match sur Tinder qui ne lui donnait pas de nouvelles – probablement déjà marié –, de Bruno, son collègue un peu misogyne, ou de Laurent, son date régulier mais qui ne veut rien de sérieux. Je l’ai écoutée me raconter ses histoires et j’ai compris : qu’importe l’âge, les problématiques sont souvent les mêmes. Mieux, les solutions sont souvent les mêmes. Et, d’un coup, j’ai su ce qu’il lui fallait réellement, à Lolo. Ce n’était pas un homme, c’était elle-même. Elle devait s’aimer, pour de vrai. C’est ainsi que dès le dimanche, à quelques heures du départ, nous avons attaqué le vrai, l’essentiel : la reprise de confiance. Premièrement, on a commencé avec un gros coaching dont le thème était « On ne court après personne, ce sont eux qui te courent après ». Un comble lorsque l’on sait que la coach, alias moi, est la première à envoyer des messages à un homme qui ne donne plus de nouvelles depuis six mois. Mais c’est une autre histoire. Une fois ce coaching bien enregistré, il s’agissait d’attaquer la phase physique, celle du relooking. Et si la veille nous avait offert une nouvelle garde-robe, il restait beaucoup à faire. Non que ma Tata Lolo ne soit pas une jolie femme, car nous le sommes toutes (c’est faux, mais on va le faire croire : beauté intérieure, bla, bla, bla), mais un relooking ne suppose pas seulement des nouveaux vêtements, il suggère surtout une autre attitude pour les arborer. Ça, j’étais capable de le lui apporter. Moi, et principalement ma meilleure amie, la pro du make-up. Elle, elle mate trois vidéos YouTube par jour pour savoir comment bien réaliser son contouring qu’elle ne fait même pas, écoute des podcasts sur le dernier mascara à la mode et passe trente minutes sur son teint chaque matin. Bref, c’est une pointure. C’était donc avec cette étape que nous devions commencer. Terminé le crayon bleu qui rétrécissait ses beaux yeux : Ophé lui proposait un maquillage simple, épuré et naturel. Puis, on est parties en shooting photo. Oui, nous avions passé plusieurs heures à lui rappeler qu’elle n’avait besoin de personne pour être heureuse, encore moins d’un homme. Certes. Mais difficile de déconstruire les croyances d’une vie, et
Ce jour où une corde à sauter a causé le pire
Mercredi 28 février. Un matin, après avoir scrollé pendant une heure de manière incontrôlée sur les réseaux sociaux, ma pote m’a sorti, sans aucun contexte : « J’aimerais trop faire de la corde à sauter. » La réalité, c’est qu’elle était tombée sur ce fameux mec aux abdos bien trop dessinés, aux tatouages sublimant son corps et, surtout, au rebond bien défini. Et pas seulement celui de son fessier. Cet homme, si vous ne le connaissez pas, il faut lui donner sa chance (jette un oeil sur son insta). C’est ce qu’elle a fait, ma pote : elle lui a donné sa chance. J’en étais sûre. Et à cause de lui est née une nouvelle vocation. Si les paroles de mon amie se sont noyées entre les nombreux TikTok, les débats pour savoir ce qu’on allait manger et l’Île de la tentation en replay à la télé, elles me sont revenues lorsque, deux jours après, j’ai retrouvé derrière la machine à laver une corde à sauter toute neuve. Ne posez pas de questions ; parfois, la vie est surprenante. Surtout celle qui se passe derrière la machine qui, lorsque tu es pressé·e, devient un pot-pourri géant de choses qui trainent et qui finit par tout faire valdinguer derrière. C’est probablement ce qu’il s’est passé avec cette corde à sauter. C’est ainsi que le dimanche 3 mars, sans aucun contexte, cette corde est réapparue dans mon cerveau et que j’ai effectué les présentations avec mon amie. Une joie. À peine lui avais-je annoncé ma découverte qu’elle enfilait déjà ses baskets préférées et son legging sur son petit cul. Elle était prête. Avant que j’aie le temps de comprendre, je l’ai vue entamer sa nouvelle activité non sans mal au milieu du salon. En d’autres termes, elle n’était pas très douée. Ses pieds sautaient avant la corde, ses mains faisaient des cercles à la manière d’un joueur de basket et son souffle se coupait après seulement quatre reprises. Ma meilleure amie ne serait pas une championne dans cette discipline, c’était un fait. Cela dit, elle pouvait se faire kiffer, et pour ça, j’étais la première à l’encourager. Mais, en constatant qu’elle allait défoncer soit un chien soit un mur, je lui ai élégamment et avec fermeté proposé de dégager dans le jardin. C’est ainsi qu’un dimanche soir, à 20 h, AirPods dans les oreilles, je l’ai vue sortir en brassière et s’installer entre le béton et la pelouse pour commencer sa séance de sport. Moi, j’étais plus soft et je me contentais du canapé, clavier sous les doigts, tapotant pour continuer à faire vivre le business – force était de constater que ma pote ne ferait pas décoller nos comptes en banque en devenant influenceuse corde à sauter. Et j’étais loin de me douter à quel point elle n’avait aucun talent pour ce sport. Car, à peine cinq minutes après avoir commencé, j’ai entendu un bruit sourd, très violent, résonner dans toute la maison. Au premier abord, j’ai souri en concluant qu’elle avait dû se ramasser la gueule, puis, dans la seconde qui a suivi, comme je n’ai entendu aucun rire éclater après le choc, je me suis immédiatement levée pour la trouver au sol, inerte. Panique. J’étais en panique. Devant moi, je voyais ma pote, aussi blanche que mon cul après un an sans exposition au soleil (OK, 34 ans sans exposition au soleil), raide comme la bite de mon crush quand il regarde mes stories à la salle, bave à la bouche et petit corps convulsant. Je me suis précipitée à son secours, sans aucun réflexe de professionnel mais avec ceux du cœur. Je lui ai attrapé la tête et, dans mes mains, j’ai vu ses yeux blancs, ses paupières tremblantes et sa bouche continuant de baver. Trente secondes. Trente secondes qui ont duré une éternité. Et pendant ces trente secondes, j’y ai cru. J’ai cru qu’elle allait mourir, là, dans mes bras, à cause d’une séance de corde à sauter dans un jardin pourri. Je me voyais déjà expliquer toute la situation devant ses parents, à son enterrement en train de faire un discours relatant les derniers moments de sa vie, en train de décrire la scène du crime à la police et peut-être même face au juge, jurant que je ne suis pas celle qui l’a tuée et que, oui, elle est décédée à cause d’une corde à sauter. Puis, dans ces trente secondes, j’ai aussi vu ma main qui, par réflexe, s’était directement posée sur l’arrière de son crâne alors même que je le savais, il ne faut pas toucher un corps qui vient de subir un si grand choc. Bien sûr, j’en étais consciente. Mais devant moi, j’avais ma sœur, au sol, en train de mourir, et l’unique chose que j’avais besoin de savoir, c’était si son cerveau quittait son crâne pour s’étaler sur mon fichu béton. Rien. Je n’avais rien sur les mains, et c’est une des seules bonnes nouvelles que j’aie vues dans ces trente secondes. Enfin, j’ai hésité : devais-je la mettre en PLS ? Devais-je de nouveau déposer sa tête pour la laisser sur le sol, courir récupérer mon téléphone et appeler les pompiers, l’abandonnant pendant quelques secondes qui pourraient être fatidiques ? Quand bien même, seraient-ils assez rapides pour la sauver ? J’avais mille questions, et le temps m’a finalement aidée. Car, alors qu’elle était encore contre moi, que je lui parlais d’une voix douce pour la rassurer, ses yeux se sont ancrés aux miens, sa bouche a cessé de jouer les escargots et elle a balbutié quelques mots : « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Qu’est-ce qui s’est passé ? Je n’en avais aucune idée. Pour moi, elle avait trébuché et s’était explosée au sol dans un bruit après lequel je n’aurais pas pensé qu’un crâne pouvait survivre. Je le lui ai dit, avec des mots plus rassurants. Je lui ai expliqué que tout allait bien, qu’elle devait prendre son temps, qu’elle avait simplement chuté. Je tremblais de tout mon être, les larmes aux yeux, mais je me réjouissais qu’elle ne soit pas
