Ce jour où Mercure rétrograde
S’il te plaît, ne me déteste pas ! Mais j’avais besoin de vider mon sac ❤️
Ce jour où j’ai fêté l’anniversaire de ma sœur

Jeudi 18 juillet 2024. L’anniversaire de ma grande sœur. Trente-six ans. Ça fait mal, mais pas plus qu’à elle. Ma grande sœur, c’est une farfelue. Sans surprise, lorsqu’on me connait. Et cette année, elle allait encore une fois le prouver. Il y a quelques mois, elle a acheté une maison. Oui, mais cette maison, elle avait besoin de travaux. Si toute la famille s’y était mise, moi, jusqu’à présent, j’avais réussi à y échapper. Heureusement pour moi, parce que je suis nulle, on ne me sollicitait pas et si on le faisait, je trouvais vite une parade. L’avantage d’être son propre patron, c’est qu’on peut aisément prétendre être sous l’eau. C’était mon cas. J’étais sous l’eau. Ou je le prétendais, donc. Toujours est-il que j’échappais aux travaux depuis des mois. J’y étais bien passée, en « coup de vent », comme je l’avais précisé avant même de franchir le portail. Rapidement, ma sœur m’avait foutu un marteau dans la main, que j’avais reposé presque immédiatement car mon neveu voulait « jouer avec moi ». Pauvre gosse, je ne pouvais pas l’abandonner durant une course de voitures, après tout. Mais cette fois… Cette fois, je n’avais pas le choix. Car pour son anniversaire, à la question « Que veux-tu ? », ma sœur avait jugé bon de répondre : « Votre temps. » Au premier abord, c’était super mignon. Dans ma tête, je le voyais comme une déclaration d’amour, un moyen de me dire qu’elle souhaitait qu’on soit ensemble. C’était faux. Ce qu’elle voulait, c’était notre temps… sur son chantier. Quelques jours après l’annonce, j’ai reçu une notification sur WhatsApp. Encore un nouveau groupe auquel on m’avait greffée et qui portait un nom qui me faisait trembler : « Chantier d’anniversaire ». Ma sœur était brillante, je devais le reconnaitre. Elle venait de créer un concept. Le chantier d’anniversaire. À cette conversation, elle a ajouté les explications. Pour faire bref, nous étions tous conviés le samedi 20 juillet dans sa nouvelle maison pour une aprèm travaux. Un plaisir. Évidemment, j’ai feinté la joie et me suis empressée de dire que je serais présente. La vérité ? J’avais envie de crever. Encore plus lorsque, la veille, j’ai constaté qu’il ferait 33 °. Un chantier, en pleine canicule. Parfait programme. Et la réalité s’est avérée presque pire. Nous avions donc rendez-vous entre 13 h 30 et 14 h. Je suis arrivée à 14 h. Tout le monde était réuni. Tout. Le. Monde. Sa belle-famille comprise. Sa belle-famille, c’est aussi des farfelus. Surtout la maman, que nous appellerons Corinne pour préserver son anonymat. C’est une maman poule. Une grosse poule. Et je ne parle pas de son physique, plutôt très fin d’ailleurs. Non. Je parle bien de sa manie de se nommer « Maman » quand elle s’adresse à son fils au lieu d’utiliser la première personne du singulier, de te toucher les cheveux lorsqu’elle passe derrière toi ou de te lancer des petites piques pour te montrer son affection. Ce genre de belle-mère. Et si je n’ai pas les avantages d’un mec, ce n’est pas pour me taper les désavantages de ceux des autres. Autrement dit, supporter Corinne toute la journée, ce n’était pas trop mon objectif. Oui, mais voilà, ce n’était l’objectif de personne. Et la Corinne, elle m’adore. Parce qu’on se connait depuis des années et que, je cite, elle se marre toujours bien avec moi. Il est vrai que la Corinne, elle est bon public et elle a de l’autodérision. En tout cas lorsque les vannes viennent de ma bouche. C’est ainsi que, lorsque l’après-midi travaux a débuté et que ma sœur a annoncé les équipes, je me suis retrouvée, sans surprise, avec Corinne. Une joie. J’allais donc me faire une journée chantier sous une canicule de merde avec la belle-mère passive-agressive de quelqu’un d’autre. Une joie, ai-je dit. Je l’ai emmenée avec moi, lui ai donné un pinceau, ai rempli un bac de sous-couche et choisi la chambre la plus petite. Si les débuts ont été catastrophiques car je n’avais aucune idée de par où commencer, nous avons rapidement attaqué les coins, puis, petit à petit, trouvé notre rythme. Lent, certes, mais rythme quand même. Puis de lentes, nous sommes passées presque au point mort lorsque, seulement quelques minutes après le lancement, Corinne m’a subtilement indiqué, grâce à des essoufflements prononcés et des yeux qui roulaient de tous les côtés, qu’elle en avait marre. D’abord, elle s’est plainte d’un mal de dos. Puis, elle était fatiguée. Pour enfin partir boire un verre et disparaitre pendant 30 minutes. Corinne m’avait lâchée. Et en réalité, j’étais bien contente. Jusqu’à ce qu’elle revienne en insistant pour m’aider. Parce que c’est bien ça, le souci avec les Corinne : elles ne veulent pas être mises de côté. Pire, elles ne veulent pas que leur fils pense à mal. Alors, elle devait lui prouver, lui répéter, lui montrer combien elle était investie. Tout ça sans rien faire, parce qu’elle était toujours fatiguée. C’est pourquoi il lui fallait une parade, parade que je lui ai offerte sur un plateau d’argent. Car, pendant que j’étais sur mon escabeau, bras tendus pour atteindre le plafond, elle me regardait redescendre toutes les deux minutes pour remettre de la peinture sur mon pinceau. C’était son occasion, celle d’avoir un rôle sans en faire trop. Sans même que je le demande, je l’ai vue attraper mon pinceau, puis elle m’a ordonné de remonter : « Je me charge de te recouvrir le pinceau de peinture. » Pendant toute l’après-midi, perchée sur mon escabeau, je l’ai entendue se plaindre d’être épuisée alors même qu’elle ne faisait quasiment rien. Plus que ça, elle m’a imposé ses contraintes. D’abord, ça a été la musique. Elle choisissait les sons et, malheureusement pour moi, elle ne voulait que du madison, qu’elle m’a obligée à danser car elle ne se souvenait plus de la chorée. Je me suis retrouvée à descendre de mon escabeau, non pas pour faire une pause et boire un Coca frais, mais pour lui apprendre quelques pas. Dans un second temps, ça a été les finitions. Comme une cheffe de chantier, elle m’a ordonné de reprendre certaines
Ce jour où j’ai acheté une quiche à sept euros

Vendredi 5 juillet. Le début d’un week-end que nous organisions depuis des mois, l’enterrement de vie de garçon de l’un de mes meilleurs amis. Alex. Mon parfait petit Alex se mariait. Et il fallait fêter ça. Accompagnés d’une dizaine de personnes, tous ses copains proches en somme, nous partions en direction de Lille, ville qui peut paraitre surprenante quand certains choisissent le soleil et la mer, mais pourtant, c’était notre décision. Alex, il adore Lille, et c’est la seule chose qui importe. Avec le vent et le froid. Mais ça, c’est un autre sujet. Nous sommes arrivés le vendredi, dans un superbe immeuble lillois, très charmant et surtout suffisamment spacieux pour accueillir une douzaine de personnes. Moi, je partageais ma chambre avec Gabi, une danseuse professionnelle aussi drôle que touchante, et bien que son énergie fougueuse ait effrayé la mienne durant les premières minutes, c’est une pépite. Et tout ça annonçait un week-end parfait. Parce que c’était la grande réussite de ces deux jours : l’entente. Je le répète sans cesse, il est rare qu’autant de personnes venant d’univers différents matchent si bien. Moi-même, j’avais peur, je l’avoue. Passer autant de temps, comme dans la villa de Secret Story, avec des presque inconnus, ça s’annonçait compliqué. Alors oui, je connaissais brièvement certains membres de l’équipe mais, au final, aucun n’était mon ami, outre Alex évidemment. J’étais stressée. Stressée que ma batterie sociale n’assume pas, stressée de ne pas réussir à mettre mon masque, stressée de trop le mettre et d’en faire des tonnes. C’est toujours un problème avec moi. Quand je panique en société, là où beaucoup se taisent et se fondent dans la masse, moi, je deviens un show ambulant. Pendant des années, j’ai travaillé cette partie, celle qui parle trop fort, se fait remarquer et finit par suer de la moustache de panique. La sagesse et la confiance en moi réussissent souvent à m’éloigner de cette Noëllie, mais je sais que rien n’est jamais acquis. Alors, pendant ce genre d’événement, j’en suis consciente. Elle peut revenir. Mais pas cette fois. Cette fois, j’ai profité. Profité en étant parfaitement moi-même, sans en faire trop, sans devoir me retenir. Je me sentais bien, et c’était beau. J’étais presque triste de ne pas pouvoir rapporter du drame et du potin. Après tout, c’est aussi fait pour ça, un EVG. Heureusement pour moi, il y avait le dernier jour. Le dimanche. Lui, il a été bien plus douloureux. Car si toute la veille était un puits sans fond d’amour, de larmes de bonheur, de verres d’alcool, de danse jusqu’au bout de la nuit et de McDo sur le bord de la route à 3 h du mat’, le lendemain, lui, n’avait pas la même saveur. Déjà, nous étions épuisés, et puis, on savait que c’était les au revoir. Pas les rapides que l’on fait brièvement entre deux portes sans même se claquer une bise. Non, c’était de vrais au revoir. Longs. Très longs. Et à répétition. Lorsque l’un avait son train à 10 h, l’autre l’avait à 11 h 30, puis encore un autre à 12 h 30. Évidemment, moi, j’étais la voiture de retour d’Alex. Autant vous dire que je les ai tous faits. Tous. Et Alex aime très fort ses amis. C’était long, j’étais fatiguée, et le drame est arrivé. Tout a commencé lorsque, le restaurant ouvrant à midi, nous nous sommes posés dans un café vers 11 h pour – surprise – attendre encore. Moi, j’avais faim et je voulais du salé. Bonne nouvelle pour moi, la vitrine proposait ce que j’aime le plus : une quiche. Ma passion. Ce que j’ai moins aimé, ça a été le prix. SEPT FUCKING EUROS. Sept euros pour une part. Mais le souci, c’est que moi, je ne sais pas ne pas réagir. Je suis entière. Et obsessionnelle. Alors, pendant au moins trois bonnes minutes, j’ai été en boucle. J’ai répété que sept euros, c’était trop et que c’était un scandale. Bien sûr, ce n’était pas les sept euros le problème. Le problème, c’était l’injustice. Oui, pour une quiche. À ce moment, ce n’était pas une quiche. C’était ce qu’elle représentait. Pour moi, elle était l’image de ce monde qui nous prend pour des cons, qui vend des produits à des prix inimaginables pour se faire de la thune et qui encule encore le consommateur. Je déteste ça. Et je l’ai exprimé, peut-être trop. Mais ce n’était pas le pire. Le pire, ça a été quand j’ai fini par l’acheter, la manger, qu’on a quitté ce café pour rejoindre l’autre et que, malheureusement, ça a été une catastrophe. Dans ce restaurant, nous avions pris un brunch. Un brunch à 28 euros. Sans même voir le contenu, je le savais, c’était déjà trop. Parce qu’à Paris, je connais des brunchs incroyables qui ne dépassaient pas les 20 euros, 25 maximum. Alors 28, en dehors du centre de Lille, c’était un scandale. Mais le pire, c’est quand le plat est arrivé. Ce plat, c’était supposé être un joli mix d’œufs brouillés, houmous, salade fraiche et bacon. Il s’est révélé être une cuillère d’œuf froid, une salade pourrie, un pot de houmous industriel et du jambon de parme. C’était trop pour moi et, j’insiste, pour les autres aussi. Nous avons commencé à nous plaindre, moi en précisant combien le prix était élevé pour le contenu. Mais ça, c’était avant que ma camarade à mes côtés ne se rebelle. Sans que je le comprenne, elle m’a attrapée discrètement et, autour d’un brouhaha de plaintes, m’a autoritairement et maladroitement dit : « Tu peux arrêter maintenant de répéter que c’est cher ?! C’est bon, on a compris. Déjà, avec ta quiche à sept balles, on avait l’impression que tu allais acheter une baraque. En fait, on dirait juste que t’es dans la merde financièrement et qu’on te fout encore plus dans la merde avec notre week-end, ça me met mal à l’aise. » Le culot. Premièrement, j’ai été vexée, très fortement. Déjà parce que je n’ai absolument aucun problème d’argent et que mes couilles d’hommes ont pris dans leur égo, mais
Ce jour où je vous parle de ma prise de parole
Ce jour où j’ai rencontré un cascadeur

Lundi 3 juin 2024. Quelques jours avant la sortie de mon dernier, superbe et magnifique roman : Le Titre. Non, je ne referai pas l’histoire, mais je dois tout de même repréciser au moins son contexte : ce livre parle d’un homme dont j’étais très amoureuse. Homme qui ne m’a jamais redonné de nouvelles, qui n’a de toute évidence pas commandé ce roman qui conte ses déboires et qui ne veut toujours pas de moi dans sa vie. Mais ça, c’est une autre histoire. Cet homme, qui a brisé mon cœur plus que mon clito, continuait de me triturer l’esprit, encore dix jours avant le lancement. Évidemment, évidemment, évidemment (évidemment) que je pensais à lui. Pas tous les jours. Non. Toute la journée. Il était dans ma tête, autant que dans mon cœur, et je ne pouvais m’empêcher de me remémorer notre histoire. Scoop : écrire sur son ex, ce n’est pas une bonne idée. Encore moins lorsqu’il ne se considère même pas comme un ex. Je le savais, je devais penser à autre chose. Et c’est à cet instant qu’il est apparu, celui que je connaissais pourtant déjà trop, celui que je détestais, celui vers lequel je me rabats lorsque vraiment je n’ai plus rien, celui qui est un marché humain : Tinder. Tinder, cette application de rencontres qui devrait se renommer « application de baise » ou « booster d’égo ». Des années que je la testais, des années que je la méprisais. Des années que j’y revenais. Tinder, c’était vraiment ma dernière chance, alors que, devant L’amour est dans le pré après un McDo du lundi plachplouch, je me sentais si seule que j’ai fini par l’installer. Ça sonnait comme ça, pour moi, Tinder. Comme un soir d’hiver déprimant. Mais jamais cette appli n’avait encore sonné comme un « putain d’ex de merde, je n’arrive pas à l’oublier ». Jamais. Jusqu’à ce lundi 3 juin. Je l’ai donc téléchargée, la fameuse app. À peine l’ai-je ouverte que, déjà, je me suis souvenue de ce que je détestais. D’abord, il me fallait refaire mon profil. Trouver des photos où je n’étais pas trop moche, parfois même belle. Puis, écrire quelques mots. Originaux mais pas trop, sincères mais qui n’attirent pas la pitié, longs tout en restant concis. J’ai fini par ne rien mettre. Surtout lorsque j’ai découvert les profils des hommes. Des mois, voire des années que je n’avais pas fréquenté Tinder, et de toute évidence, ça avait empiré. Permettez-moi d’être honnête dans ce monde fake du body positive et du « la beauté est à l’intérieur » et d’oser dire que, oui, 95 % étaient des gros beaufs laids. En réalité, il y avait différentes catégories. Ceux qui n’étaient pas si moches, mais qui portaient sur leurs épaules dénudées le poids du narcissisme prenant la forme d’haltères ; ceux dont la calvitie avait déjà fait des ravages et qui n’arrivaient pas à la cacher ; ceux qui n’avaient même pas mis de photos tant leur seul but était de baiser. Puis, dans tout ce beau monde, il y avait les 5 % restants. Ceux que je considérais comme potables, voire intéressants. Dont Robin. Oui, c’est son vrai prénom. Forcément, j’ai commencé en faisant une blague potache, en référence à Robin des Bois, et cela a marché. Je m’en foutais. Finalement, je ne cherchais rien. Un booster d’égo, vous dis-je. Mais Robin, il était sympathique. Au moins pour quelques jours. Dans la vie, Robin était cascadeur. Parfois dans les films, souvent dans des spectacles du Puy-du-Fou. Ça m’excitait. Dans ma jeunesse, ces shows faisaient frétiller mon clitoris. Dans ma vieillesse aussi. Je les regardais faire des cascades sur leur étalon au triple galop, sauter d’un bâtiment de plusieurs mètres et se bagarrer, les mains faussement ensanglantées. Tout cela laissant apparaitre des muscles saillants. Le problème de ces spectacles, c’est que c’est du spectacle. Alors, lorsqu’après plusieurs jours de discussion digitale, nous avons décidé de nous voir, la magie du chevalier qui galope avec ferveur avant de tomber de son cheval parce qu’il s’est pris une épée dans la gueule a vite disparu. Pourtant, nous étions bien partis. Il faut préciser qu’avant notre rencontre, j’avais vu une vidéo qui m’avait inspirée. Une cascade, justement. Une dame qui sautait dans des cartons et qui, une fois au sol, montrait un produit pour lequel elle faisait de la promotion. Dit comme ça, c’est ridicule. Mais croyez-le ou non, sur les réseaux, ça fonctionne très bien. Forcément, votre écrivaine préférée s’était lancée. Au sens propre. Oui, mais voilà, contrairement à l’homme des bois, moi, je ne suis pas cascadeuse et, bien que très drôle, ce fut un bel échec. Échec que ce Robin avait vite découvert lorsque, sans difficulté, il avait trouvé mon Instagram. Mais, là où il a été bon, c’est qu’outre le fait de ne pas fuir en voyant Lamoinsbonnedetescopines, il a voulu m’apprendre. En rejouant cette fameuse scène. Le jour de notre date, donc, il m’a donné rendez-vous dans un terrain abandonné, une sorte de Mad Max de la campagne avec, forcément, des cartons. Il est sorti de sa voiture, a maté mon legging et m’a saluée. Moi, je n’ai aperçu que les fameuses grosses épaules qui n’étaient donc pas un mythe. Le reste m’importait peu. Lui, en revanche, bien que mon fessier bombé ait semblé lui faire effet, s’est vite reconcentré sur son objectif initial : faire de moi une cascadeuse professionnelle. Et puis, il avait de l’ambition, car comme il l’avait dit : « Il faut que la chute semble réaliste. » Et pour ce faire, il fallait « donner de l’élan ». C’est à ce moment qu’il a parlé du parechoc. Le parechoc. Ce truc immense à l’avant de son 4×4 que je n’imaginais utile que pour m’accouder en pleine levrette. Pour Robin, c’était un moyen de m’éjecter dans les cartons. Et le pire, c’est que j’ai accepté. Parce que devant lui, pour notre premier date, je ne pouvais pas refuser. C’est ainsi que je me suis retrouvée, cartons en face, parechoc en cul, prête à me faire finalement défoncer. Avant de rentrer dans sa voiture, il
Ce jour où je fais un débrief de la sortie de mon livre
Ce jour où j’ai fait un hammam au Maroc

Lundi 13 mai 2024. En direct de Ouarzazate, au Maroc. Pour des raisons qui me dépassent encore, bien que je sois un être extrêmement drôle, intelligent et agréable à regarder, je me suis retrouvée dans ce qu’on appelle « un voyage presse ». En d’autres mots : une marque te paye pour voyager. Je sais, ça semble fou. Et ça l’est. Car dans le commun des mortels, dont je fais partie, tu dépenses une fortune pour espérer prendre un avion dans lequel le siège devant te colle aux genoux et l’odeur des chiottes embaume ton nez. C’est ça, la réalité. Sauf ce jour où une marque m’a contactée, pour la seconde fois, et proposé de partir dix jours au Maroc. Le rêve. En tout cas, sur le papier. En vérité, le Maroc a été un peu plus compliqué à vivre pour moi. Au quotidien, j’avais l’impression d’avoir un bec à la place du nez, faisant de moi un pigeon ou, en d’autres mots, un putain de porte-monnaie sur pattes. Moi, je me considérais plutôt comme ouverte et tolérante avant ce voyage. Il n’en est finalement rien. Car au Maroc, la place de la femme n’est clairement pas la même qu’en France et, malheureusement, leurs conditions de vie ne sont pas celles qui me conviennent. Différence culturelle, me direz-vous. C’est certain. Mais le résultat est le même : difficile pour moi de voir des femmes traitées de la sorte, aussi heureuses soient-elles peut-être. Pourtant, il y a un endroit où nos cultures se sont alignées. Le hammam. Le hammam, c’est un lieu où les femmes se réunissent pour retirer leurs vieilles peaux mortes à l’aide de gommages qui leur déglinguent l’épiderme mais qui le leur rendent parfaitement propre. Mais surtout, le hammam, c’est un moment de partage, de convivialité, de liberté et de… nudité. Rien. Elles ne portaient rien, à l’exception d’une culotte pour certaines. J’ai donc retiré la totalité de mes vêtements, mais j’ai tout de même gardé mon slip, bien que complètement transparent à la seconde où j’ai mis un pied dans le hammam à plusieurs dizaines de degrés de chaleur. Autour de moi, des femmes de toute corpulence, de la plus fine à la plus pulpeuse, voire enceinte. Elles y étaient toutes. Et là, l’expérience a commencé. On m’a assise à même le sol, avec pour protection une seule petite bâche. Devant moi, une femme, elle aussi nue, m’a invitée à me positionner de telle sorte qu’elle puisse entièrement m’astiquer. Munie d’un gant, elle est passée sur toutes les zones de mon corps, frôlant presque mon clito. Et elle a gratté. Elle a gratté si fort que ma peau morte a disparu et, comme une seconde naissance, je suis devenue de la chair fraîche. Entre deux gommages, elle me jetait des seaux d’eau au visage. Elle me baptisait. Cette femme me baptisait au milieu d’un hammam marocain. Et j’ai étonnamment aimé. Il faut dire que ce voyage, je l’attendais comme la fin d’un cycle. Pour moi, ces dix jours marquaient un renouveau. J’avais vécu une rupture que je peinais à oublier, j’allais sortir un roman, j’avais même embauché ma meilleure amie. Tant de choses qui méritaient de débuter une nouvelle ère. Le Maroc devait être ce passage. Et pourtant, il ne l’avait pas été. Les jours avaient défilé et rien n’avait changé en moi… jusqu’à ce hammam. Je le savais, cette femme au cœur aussi gros que mes seins allait être ma libération, ma guide vers le chemin que je devais accepter. Après avoir gommé l’entièreté de mon corps, elle m’a assise sur un petit tabouret et, comme une enfant de trois ans, elle m’a savonnée, avant de me foutre encore des dizaines de seaux d’eau à la gueule. Elle faisait de moi une nouvelle femme. Puis, elle m’a allongée sur le sol avant de me monter dessus pour un massage final. Un massage fort et pas très agréable. Un massage qui remet les idées en place. Enfin, elle m’a relevée, m’a prise dans ses bras, bloquant sa poitrine contre la mienne, avant de me déposer un baiser très tendre, telle une mère avec son enfant. « Li fet met », m’a-t-elle soufflé dans l’oreille, ce qui se traduit par : « Le passé est mort. » Elle était mon signe. Et elle avait raison. Le passé était mort, ce qui avait été n’était plus et n’existait que dans mon souvenir. Je devais avancer, et elle me le prouvait encore. J’étais purifiée, prête à laisser le passé au passé. Une fois son rituel terminé, elle a attrapé ma main, puis mon visage avant de m’embrasser un peu trop près de la bouche. Elle a fini par me faire traverser le hammam rempli de toutes ces femmes nues et m’a ramenée vers la sortie. La porte franchie, elle m’a tendu une serviette, m’a proposé de m’assoir et m’a offert le thé. Forcément. Nous sommes restées là, ensemble, pendant quelques minutes, simplement pour apprécier cette renaissance. J’étais bien, j’étais libre, j’étais à ma place et tout ça grâce à elle. Dans un long soupir, j’ai relâché les dernières tensions, sourire aux lèvres, ne pouvant décrocher mon regard d’elle. Je la remerciais sans avoir besoin d’aucun mot. Ce qui n’était pas son cas. Dans un instant que j’aurais voulu ne jamais vivre, alors que nous partagions un moment de plénitude et que mon nouveau départ commençait, elle a osé. Elle a osé casser le silence… et mon corps avec. Pour des raisons qui me dépassent encore, dans une action que d’autres ont justifiée par de l’humour, cette femme qui venait de tant m’offrir a décidé de tout reprendre. Thé en main, elle a jeté un regard sur mes cuisses qu’elle avait tripotées pendant de longues minutes et, en explosant de rire, a simplement gonflé ses joues, avant de se lancer dans une imitation, celle d’une femme qui marche. Pendant les premières secondes, j’ai cru qu’elle complimentait mes cuisses musclées et qu’elle me félicitait d’avoir un corps tonique, sous-entendant que je devais beaucoup marcher. Il n’en était rien. Elle,
Ce jour où j’ai écrit Le Titre
Octobre 2024. Un soir après avoir eu le cœur brisé. Encore une fois. Cette fois un peu plus douloureusement, à en croire les conséquences. Parce que cette fois, j’en ai fait un livre, de cette histoire de merde. Je ne peux pas vous mentir, je l’avais déjà en tête. Certes. Mais je n’avais pas tous les rebondissements, toutes les causes et toutes les aventures de Coralie. Coralie, c’est l’héroïne, en partant du principe qu’être soi-même est héroïque. Elle ne porte ni cape ni masque mais elle a un superpouvoir : celui de lire l’avenir. Car Coralie, elle est cartomancienne. Pour celles qui ne connaissent pas la pratique, c’est très simple : à partir d’un oracle, on vous dit si vous allez bientôt quitter votre job ou votre mec. En gros. En très gros. en vraiment très, très, très gros. Parce que, ne nous ne mentons pas, lire l’avenir alors même qu’on est incapable d’écrire le sien, c’est compliqué. C’est ce qu’elle vous dirait, Coralie, et ce que je vous dis aussi. Sans surprise, Coralie n’est qu’une copie de ce que mon cœur a pu subir ces derniers mois. Coralie, ça a été ma thérapie, celle dans laquelle j’ai mis mes peines, mes doutes, mes incertitudes et, tout de même, mes joies et mes fous rires. En octobre, donc, je posais mes premiers mots, quelques jours seulement après LA rupture de ma vie. Coralie, elle a pris cher. Je lui ai fait vivre cette séparation, en plus intense encore. Assise derrière mon ordinateur, j’ai retraversé chaque semaine passée. Parfois, j’ai pleuré, parfois, j’ai ri et souvent, je m’en suis voulu. Je m’en suis voulu d’avoir accepté des situations dans lesquelles je ne me sentais pas respectée, d’avoir renoncé à me traiter à ma juste valeur, d’avoir accepté le strict minimum. Alors, quand c’était trop dur, je lui ai offert de la douceur, à Coralie. D’abord, elle a rencontré Gisèle, celle que vous aimez tant et moi aussi… Gisèle, c’est son étoile, celle qui t’apprend le lâcher-prise et la résilience. Enfin, presque. Puis, je lui ai ajouté des hommes gentils, bienveillants et sains. Dont un que j’ai également rencontré et qui m’a redonné de l’espoir. Le jardinier. Il l’avait gagnée, sa place dans mon nouveau roman. Et Coralie l’a remercié… Ensuite, j’ai inclus le crush toxique, celui qui te répète qu’il t’aime, mais qui ne fait jamais de toi sa meuf. Enfin, j’ai terminé avec l’ex. Le connard qu’on déteste aimer. Ou pas. À cette joyeuse bande s’est greffée une meilleure amie complètement perchée, un homme divorcé encore amoureux, un assistant effrayant, une cuisinière incroyable et un rockeur sournois. J’avais tout, tous ceux qui n’attendaient que de réécrire l’histoire de Coralie après avoir nourri la mienne. Alors, je me suis lancée. Pendant des jours, des semaines, des mois, je me suis posée à mon bureau, avec rigueur et discipline. Comme une femme en fin de vie qui écrit ses mémoires, j’ai voyagé dans ma propre histoire. Jusqu’à la fin. Décembre 2023. Il était terminé. J’ai enchaîné les relectures et les corrections, travaillé la couverture et cherché le titre. Le titre. Il ne me fallait pas plus, je l’avais. C’est lui, l’homme que j’ai aimé, qui me l’a donné. Un jour, alors que j’étais probablement relou, il me l’a dit : « Tu es le prix. » Il avait une théorie. Dans une relation, l’un est toujours le prix de l’autre, l’un est toujours plus gagnant que l’autre, l’un est toujours plus chanceux que l’autre. En ce sens, le prix est la récompense, le prix est le titre de noblesse qui rend supérieur à l’autre. Dur, dit comme ça. Jugez pas, c’est la théorie. Et puis, Le Titre, c’est drôle, comme titre. Je ne vous cache pas que vous imaginer en magasin demander Le Titre, créant le quiproquo, m’enchante. Le titre était trouvé, le livre était écrit. Il ne manquait plus que la couverture. Ça, c’était plus compliqué. D’abord parce que je devais être stratégique d’un point de vue marketing. Certes, Coralie est cartomancienne, mais la partie ésotérique du roman représente à peine 5 % du livre. Les 95 % restants sont des histoires d’amour, d’amitié et d’aventures plus farfelues les unes que les autres. Mon souci était simple : je voulais attirer celles qui étaient intéressées par ce domaine, mais surtout ne pas perdre mes lectrices fidèles qui n’en ont rien à foutre des histoires de sorcières. Des heures à chercher la meilleure teinte, la meilleure carte, la meilleure ambiance, la meilleure couverture, tout simplement. Puis, je l’ai obtenue, celle qui était parfaite, au moins à mes yeux. Les couleurs étaient magnifiques, les trois mains représentaient les interactions, la carte rappelait le karma et la charte graphique faisait écho à l’univers. Début avril, tout était finalisé. J’ai envoyé le tout à l’imprimeur, après 50 relectures et 1 000 doutes. Quelques jours après, j’ai débarqué pour vérifier le résultat, valider les derniers paramètres et je l’ai vu prendre vie devant moi. Il était là, Le Titre. Il était là, mon livre, celui qui m’avait tant apporté et qui pourrait vous offrir autant. Je l’ai vu, celui qui retrace les histoires qui m’ont fait vivre un roller coaster d’émotions. Dans ce livre, il y a l’un des hommes que j’aime le plus dans ce monde de connards, l’amie qui m’a soutenue dans mes dernières galères, le crush qui m’a baisée sur une tondeuse, l’ex qui a choisi son meilleur moment pour revenir. Il y a tout de moi. Ce livre, c’est mon histoire. Alors, au milieu des machines qui l’imprimaient, l’exemplaire test en main, malgré mon sourire, j’ai lâché une larme. Une petite larme qui signifiait la satisfaction et la fierté, mais aussi la nostalgie et, malgré tout, la résilience. Il est ce qui ne peut plus être écrit. Il est le passé, celui qui me permettra de faire briller mon futur. Il est mon nouveau roman. Il est mon titre. Il est Le Titre.
Ce jour où je vous parle du business
Ce jour où je suis allée consulter une voyante

Jeudi 18 avril 2024. L’anniversaire de mon papa. Comme un signe, j’ai considéré que c’était le bon jour, le bon jour pour aller consulter une voyante. Je dois reconnaitre une chose : je ne l’avais pas forcément prévu. Mais elle était arrivée dans ma vie par le biais d’une amie. Un jour, j’avais reçu le texto sans aucun contexte qui me donnait le contact d’Irma. Elle ne s’appelle pas Irma, évidemment. Nous préserverons son intimité, et la mienne. Ma pote, elle m’avait envoyé son numéro en expliquant simplement : « Si tu as besoin de trouver des réponses, deux de mes amies ont fait une consultation avec elle, elles ont adoré. » Je n’avais pas l’intention de la contacter. Puis, elle avait ajouté : « Et elle n’est pas très chère. » J’avais toujours voulu aller consulter une voyante et, chaque fois, je reculais. Déjà parce que connaître l’avenir, ça fait peur. Et si elle m’annonçait que j’allais bientôt crever ? Que mes proches allaient y passer ? Que je finirais seule dans un job que je déteste ? Que je vivrais sous les ponts sans plus d’espoir ? Je ne suis pas d’une nature pessimiste, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’y penser. Puis, aussi, parce que je doute. Non pas que je ne croie pas à l’ésotérisme. Bien sûr, j’y crois. Mais parce que de plus en plus de sorcières 2.0 apparaissent, tirant les cartes à chaque TikTok pour gagner de l’argent ou nous promettant que nous trouverons bientôt l’amour pour obtenir un énième chèque. En d’autres termes, on ne sait jamais vraiment sur qui on tombe, et c’est compliqué de dénicher la perle rare. Voilà pourquoi, avant ce 18 avril, j’avais reporté… puis Irma a confirmé. 20 h 15. Faute d’être du côté de chez elle, tout se passerait en visio. J’étais stressée. Très, très stressée. Parce que j’ai besoin de vous donner le contexte, que vous avez entendu 20 fois et que vous allez accepter de lire une 21e fois car vous m’appréciez beaucoup. Si ce n’est pas le cas, désolée pour vous, je pensais que vous aviez bon goût. Le contexte, donc, c’est celui d’une meuf qui s’est séparée d’un gars qu’elle kiffait il y a plus de six mois, mais qui n’arrive toujours pas à s’en remettre. Damn guuurl, attrape tes ovaires, arrête de chialer et avance. Je sais. J’aurais aimé me le faire tatouer ou vendre des stickers. Mais la réalité, c’est que je continuais à penser à cet imbécile qui, à en croire son « Vu » lâché à un « Tu vas bien ? » quelques semaines auparavant, n’en avait absolument rien à foutre. Enculé. Évidemment, c’était pour lui que j’allais consulter la voyante. Mon unique objectif, c’était de savoir si ce petit con allait me regretter, pleurer toutes les larmes de son corps, gonfler mon égo et revenir en rampant. C’était la seule raison. Irma, elle, elle en avait rien à foutre. Elle a commencé l’entretien en me racontant sa vie. Longtemps. Peut-être n’avait-elle pas compris que ce que je voulais, c’était connaître la mienne, de vie. Elle a ensuite attaqué le dur, en tirant une seule carte. Carte qui a eu tort. Avec celle-ci, elle m’a confirmé que le travail fonctionnerait bientôt, que c’était semé d’embuches, avec quelques galères, que c’était long à prendre, mais que ça marcherait. Faux. Autant je suis une merde dans les relations amoureuses, autant ma carrière est bien lancée et je suis plutôt confiante – en toute humilité bien sûr. Je souriais dans ma tête et tentais de ne montrer aucun signe parce que j’avais envie de la tester et de voir si, vraiment, elle était capable de savoir de quoi serait fait mon futur. Une chose venait de se confirmer : elle avait déjà des difficultés à connaître mon présent. Car, si cette erreur aurait pu être due au hasard, les autres se sont cumulées. D’accord, c’était des détails qu’elle noyait dans des vérités, mais moi, je notais. En somme, rien d’impressionnant concernant l’actuel. Et puis surtout, je le connaissais déjà. Moi, ce que je voulais, c’était l’avenir. Travail, argent, famille et santé, elle a vogué entre les thèmes et ne m’a annoncé que du positif. Elle m’a promis un projet qui allait exploser, des sous dans les poches, une maison achetée cet été et une forme de marathonienne. Tout allait bien. Jusqu’à l’amour. On y était, à l’amour. J’ai serré les fesses, senti mon cœur battre plus fort alors que je ne cessais de penser à celui qui avait brisé mon âme. Mais Irma, elle, elle n’en a pas parlé. Non. Elle m’a annoncé une âme sœur qui arriverait en automne, un homme gentil, patient, qui porterait l’uniforme, alors que je déteste pourtant tellement ça. Un homme marié aussi, très, très (très) loin de ce que semblait envisageable. Mais je l’ai laissée continuer, bien qu’un peu douteuse. Surtout concernant l’homme marié. Je m’en foutais en réalité, et finalement, je me suis lancée : « Et vous ne voyez pas un ex revenir ? » Sans aucun tact, sans délicatesse, en plein dans ma gueule, je me la suis prise, la réponse. Un « non » catégorique, sans hésitation. Et dans le silence, elle a insisté dessus en le répétant dans un long souffle : « Non, non, non. » Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander si elle était sûre : « Ah oui, certaine, je ne le vois pas du tout revenir. » Puis, histoire de bien m’achever, elle m’a proposé d’interroger l’univers sur le prénom de ce fameux jeune homme. Évidemment, j’ai accepté. Et là, la dégringolade a continué. D’après elle, il était passé à autre chose, voire déjà avec une autre fille, prêt à se lancer dans une nouvelle vie peut-être même à l’étranger, et il n’avait pas du tout l’intention de revenir. Une belle consultation, en somme. Quelque part, je me disais que depuis le début, elle avait évoqué plusieurs points sur lesquels elle n’était pas vraiment dans le juste et que, par conséquent, je pouvais douter de sa parole. Et puis, d’un autre côté, elle ne m’annonçait que du positif, dans tous les domaines, alors j’avais envie
