Ce jour où j’ai vécu le ghosting le plus court de l’Histoire

Samedi 14 septembre. Je discutais depuis plusieurs avec monsieur Chouette, le fameux dont vous avez déjà entendu parler sur ce cher B Club. Ce même homme qui n’est pas super drôle, mais qui rigole à mes blagues ; qui semble un peu boring, mais tout de même intéressant ; qui parait parfois fermé d’esprit, mais qui est capable de déconstruire certaines choses. Bref, ce gars assez rare à trouver sur les applis, que tu n’as pas forcément envie d’aller dater, mais inversement, avec qui tu serais débile de ne pas aller plus loin. Ce genre de gars.  Deux semaines, donc, que je parlais avec lui. Je n’avais clairement pas de papillons dans le ventre, toutefois, il me donnait l’occasion de séduire à nouveau, d’avoir un joli ego-boost et de confirmer l’oubli de celui qui avait brisé mon cœur quelques mois auparavant. C’était ce dont j’avais besoin. C’était parfait. Parfait jusqu’à ce samedi 14 septembre. Lui, il n’avait aucun souci à m’envoyer des vidéos, bien que souvent prises d’un angle qui ne me permettait jamais de le voir vraiment, mais tout de même de l’apercevoir. Moi, je n’avais jamais envoyé de vidéo. Pas par stratégie, simplement parce que je m’en battais les ovaires. Et aussi parce que la plupart du temps, mes cernes touchaient mes genoux, mes racines étaient trop apparentes et mes boutons de SPM s’affrontaient sur mon menton.  En tout cas, je n’en avais envoyé aucune pendant les quelques jours où nous avions échangé. Alors, ce samedi 14 septembre, puisque je sortais à Paris et, par conséquent, que j’avais pris du temps pour me maquiller un minimum, me saper un peu et juste car je m’appréciais, j’ai décidé de lui en faire une. Un petit coucou. Simple. Quelques secondes durant lesquelles je répondais à une phrase qu’il avait dite. Ce à quoi il a réagi en soulignant combien j’avais de beaux yeux. Excès de confiance, j’ai retenté l’expérience. Une fois encore, il a complimenté mon regard et enchaîné sur notre discussion. Et là, ça a été le drame. Car j’ai répondu à mon tour. Certes, par une miniphrase qui ne nécessitait aucune attention particulière. Et ça, lui, il l’a de toute évidence bien compris puisque, tel le bleu de la mer, tel le bleu du ciel, le voyant de WhatsApp m’a indiqué que oui, monsieur Chouette avait bien lu mon message, mais que non, il n’avait pas jugé bon d’y répondre. Et ce pendant plusieurs jours. À ce niveau de l’histoire, il est important de faire certaines précisions. D’abord, parce que c’est un sujet que j’ai abordé sur Instagram et que les trois quarts des commentaires m’ont tendue tant ils passaient à côté du point central, et surtout parce que mon ego était en jeu, et Dieu sait qu’il avait déjà pris suffisamment cher avec ce ghosting. Alors, voici le contexte. Dans cette histoire, il faut comprendre que je n’avais pas d’intérêt particulier pour cet homme, donc, en soi, je me foutais de ne pas lui plaire. Évidemment qu’il est toujours vexant de ne pas plaire à quelqu’un. Prétendre l’inverse serait mentir. Mais à l’exception d’un petit coup dans mon amour propre, son ghosting à lui ne me blessait pas. Car, comme j’ai pu d’ores et déjà l’expliquer, je connaissais à peine monsieur Chouette et n’avais aucune attente envers cette personne. En revanche, son attitude interrogeait la sociologue en moi. Car, croyez-le ou non, c’était la première fois que je me faisais ghoster. En tout cas la seule dont je me souvienne. Et ce ghosting m’a particulièrement marquée, parce que cet homme semblait intelligent, mature et bienveillant. Et pourtant, je n’ai pas eu de nouvelles, ni le lendemain, ni le surlendemain, ni même 72 heures après. Encore une fois, j’y prêtais peu d’attention et je n’ai pas relancé, car, encore une fois, je n’attendais rien de cet échange, si ce n’est une satisfaction instantanée. Mais si Noëllie est très rapidement passée à autre chose, Lamoinsbonnedetescopines, elle, s’est saisie de l’opportunité pour créer du contenu. Forcément. Et encore, j’ai été soft. Parce que moi, je voulais balancer les petits red flags que j’avais vus : une répartie condescendante sur l’influence, sa réponse trop sérieuse à « Tu choisirais qui pour un diner avec cinq célébrités ? » et son visage qui semblait très plat (oui, c’est un vrai red flag). Je voulais balancer sur plein de choses à propos desquelles j’avais mille punchlines. Mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas dire que sa tête pouvait faire table basse, qu’il avait l’humour d’une personne de 80 ans et qu’il avait refusé que notre premier date soit une activité drôle parce que « c’est mieux d’aller boire un verre ». Non, Chouette. Aller boire un verre, c’est relou. Des verres, j’en ai plein à la maison, et scoop, je n’ai pas soif. Nous, ce qu’on veut, c’est des dates qui ne ressemblent pas à des dates, un musée du sex-toy dans lequel se mettre mal à l’aise mais créer des premiers souvenirs, une séance de sport où nos corps peuvent suer ensemble pour la première fois, ou alors un verre, mais dans un bar au concept « Vis ma vie d’aveugle » où vous nous foutrez un bandeau sur les yeux pour finir par attraper notre main et la placer sur votre bite en prétendant que c’est notre cocktail. Voilà, ce qu’on veut. Du fun. Et pas un vieux verre d’une heure où on va se faire chier. Tout ça, j’aurais aimé le dire en story… mais je devais le réserver au B Club qui, lui, comprendrait. Quatre jours de silence, quatre jours de ghosting qui m’ont suffi à faire du contenu sur Insta, sur TikTok, sur YouTube et sur mon podcast du B Club. Quatre jours.  Quatre jours avant qu’il ne me renvoie un message. Un message soft, qui commençait par « Petite pensée pour toi » et qui se terminait par « j’espère que tout va bien ». Un message, donc.  Monsieur Chouette ne m’avait pas ghostée, il avait simplement pris du temps. Et c’est à cet instant que j’ai compris que les hommes et les femmes communiquent

Ce jour où j’ai eu l’oreille fouineuse

Samedi 8 juin. Un samedi que j’aurais dû passer comme les autres, à mon cours de souplesse, à bruncher ou tout simplement à dormir. Pourtant. Pourtant, je me suis retrouvée à une trentaine de kilomètres de chez moi, à attendre Boris, Bobo pour les intimes que je ne suis pas. Je pourrais vous faire rêver et vous dire que Boris (bien que son prénom, à ce pauvre homme, ne fasse en rien rêver – désolée pour les Boris), c’était un crush qui m’avait emmenée dans un endroit caché mais romantique pour me sauter sauvagement. Il n’en était rien. Car Boris, il était garagiste, et si je passais mon samedi matin avec lui, c’était que je n’avais pas le choix. Quelques jours avant, j’avais eu droit au fameux contrôle technique. S’il n’a pas été si désagréable grâce au mécanicien qui me draguait, il en a été plus douloureux lorsque, à la fin, on m’a annoncé qu’il fallait changer deux amortisseurs, un essuie-glace et la fucking serrure de mon coffre. C’était dur. Dur parce que déjà, les contrôles techniques, c’est chiant. Et en sortir avec une contre-visite à faire et, par conséquent, un séjour obligatoire chez un garagiste qui va coûter une couille d’un roi, c’est trop. J’ai tenté de charmer le mécanicien, constaté que mes seins n’avaient plus leur succès d’antan et fini par accepter mon sort.  À peine dans ma voiture (pourrie), j’ai contacté deux, trois garagistes alentour pour demander des devis, devis qui m’arrivaient vite avec des centaines d’euros en guise de bienvenue. C’était beaucoup. Beaucoup trop pour des amortisseurs qui, techniquement, bien que je comprenne leur intérêt, ne m’offraient pas beaucoup de bonheur.  Heureusement pour moi, il y en avait un qui s’en préoccupait, de mon bonheur : le fameux jardinier. Lui, il vit dans le village depuis sa naissance et m’a vite trouvé une entourloupe pour que je m’en sorte pour moins cher. Bien sûr, vous le comprenez, c’est à ce moment que Boris, un pote de son enfance, débarque. Bobo, il fait ça en extra de son taf pour mettre du beurre dans ses haricots, bien qu’au vu de la bête, ce soit plus dans ses frites. Certes, ce n’est pas légal, mais moi aussi, j’avais besoin de beurre dans mon caviar. En somme, Boris semblait être le parfait compromis pour retrouver ma voiture de rêve. En revanche, il y a une chose sur laquelle Boris n’avait aucun pouvoir, c’est le temps. Ce temps que prend la réparation d’un véhicule. Alors, ce samedi 8 juin, après lui avoir laissé ma Fiat, j’avais deux heures à tuer. À dire vrai, j’étais plutôt contente. C’était midi, j’avais apporté mon ordinateur et un restaurant italien était à quelques mètres. Tout semblait parfaitement s’articuler… Encore plus lorsque je me suis installée à ma table à côté d’un couple. Le Graal. Du potin en barre. Qui plus est, un premier date. Je n’en avais pas la certitude, mais je le sentais. À son attitude un peu timide, à son attitude trop sûr de lui, à leur attitude à tous les deux.  Entre deux montages YouTube, cachée derrière mon écran et protégée par mes écouteurs, j’enregistrais tout ce qu’ils se disaient. Ou plutôt, tout ce qu’il lui disait. C’était un monologue. Un monologue long et inintéressant sur du vin. Sur cet homme qui bossait dans ce domaine. Il n’a pas arrêté ; pendant presque une heure, ce con ne s’est pas préoccupé une seule seconde de la demoiselle et est parti en tunnel sur l’exploitation du vin dans sa région, sa mise en bouteille, la qualité du verre et les étiquettes qu’on pose dessus.  Au début, je lui en ai voulu. Je lui en ai voulu de ne pas se rendre compte qu’il monopolisait la parole, qu’il était arrogant, très peu intéressant et complètement dans son monde, puis après, je lui en ai voulu à elle. Je sais, c’est pas bien. Mais parce que quelque part, je me suis vue, quelques années auparavant. Voire quelques mois auparavant. Quand moi aussi, bien élevée comme une gentille fille bien sage qui écoute et qui s’intéresse, je ne savais pas dire stop lorsque l’autre prenait trop de place. Car sous mes airs de grande gueule, je suis une gentille. Je suis de celles qui n’osent pas dire de se la fermer, qui patientent jusqu’à ce que le calvaire se termine, qui sourient poliment et pire, qui relancent. Parce que c’est ce qu’elle faisait, notre gueuse, elle relançait. Sans doute car elle l’aimait bien, peut-être car elle était intéressée. Mais j’en doutais. En tout cas, je partais du principe que non, ne serait-ce que pour poursuivre ma théorie.  Puis, au bout d’un moment, une fois que le boug a terminé de lui décrire les différentes bouteilles qui existent, il lui a posé une question. Enfin. Une question sur elle, en une heure.  « Tu as des passions, toi ? » La question de looser, certes, mais la question quand même. Elle, elle a bégayé, elle a tergiversé et, sans comprendre vraiment comment, elle a fini par se livrer, réellement.  Elle a dit qu’elle n’avait pas confiance en elle, qu’elle doutait beaucoup et que cela l’empêchait d’avancer. C’était beau, qu’elle se rende vulnérable. Et l’autre con n’a rien compris. Car lui, face à cette petite bulle d’intimité que lui offrait cette jeune femme, il n’a pas pu s’empêcher de parler de lui. Encore. Je ne sais pas comment il a même osé, mais il lui a répondu sans aucun scrupule : « Mais c’est normal de pas avoir confiance, moi j’ai pas non plus confiance comme ça. » Et comme si cette phrase de gros égocentrique ne suffisait pas, il est reparti dans un monologue expliquant comment il avait appris à se sentir mieux et comment elle pouvait y arriver à son tour. Tout ça dans un mansplaining incroyable. Cette femme lui avouait qu’elle n’était pas sûre d’elle, et ce bolos trouvait le moyen de parler de sa confiance en lui, de toute évidence bien présente. J’étais outrée. Et ce n’était que le début.

Ce jour où j’ai rencontré Monsieur Chouette

Mardi 27 août. Fin août et l’envie folle de me retrouver seule tant mon été avait été mouvementé. Je l’avais commencé en sortant Le Titre et surtout en gérant le biz. Évidemment, je ne m’en plains pas. Mais j’avais les batteries à plat. Et pas uniquement pour le taf. En août, j’avais passé, comme chaque année, une partie de mes vacances avec ma famille. Famille composée de mes parents, ma sœur et surtout, surtout mon neveu. Lui, il aura le droit à une nouvelle à lui seul, car, mon Dieu, un gamin de trois ans au quotidien, c’est un vrai challenge. En tout cas, il m’avait poussée à m’accorder quelques jours en solitaire avant de me plonger dans la rentrée. J’ai donc foncé sur Airbnb pour chercher un cottage au milieu de nulle part, loin de la foule, où Gégé et moi pourrions prendre du bon temps. Rapidement, j’ai trouvé ma pépite près de Saumur, dans une forêt qui longeait des vignes et surtout sans personne. Il ne m’en fallait pas plus : j’ai réservé.  Trois jours après, je montais dans ma voiture, m’enfilais quelques heures de route et arrivais dans mon paradis. Et il avait tout de parfait, ce paradis. Enfin, j’avais du temps pour moi. Pas de bruit, pas de sollicitations, un peu de travail pour assouvir ma passion et de longues balades pour profiter de Gégé. J’allais ajouter à ça des brunchs de l’espace, quelques footings et surtout, une application de rencontres. C’est elle qui allait mettre du piment dans mes jours de repos. Car le soir, dans mon lit trop grand pour moi, je scrollais. Je tombais sur des profils moins intéressants les uns que les autres, mais devais reconnaitre qu’ils avaient le mérite de booster mon égo. Rapidement, des dizaines de likes me sont arrivés sur la gueule, de la part de mecs pas trop mal et qui n’avaient pas l’air trop stupides. Évidemment, je n’étais pas débutante sur le sujet et savais qu’ils likaient sans doute des centaines de nanas à la seconde. Certes. Pour autant, je prenais ce qu’il y avait à prendre, même si cela n’était qu’un cœur digital.  À mon tour, j’ai liké un profil. Monsieur Chouette, comme je l’ai vite surnommé, puisque son nom rappelait celui de l’animal fétiche d’Harry Potter. En espérant que sa baguette soit tout aussi magique. En image, Monsieur Chouette était physiquement intelligent. Un mètre quatre-vingt-dix, des abdos qu’ils laissaient apparaître, une peau bronzée et un style que j’adorais. Et le match qui arrivait.  S’est ensuivie une discussion du tac au tac, ce qui est suffisamment rare sur des applications de rencontre pour être souligné. C’était intéressant, presque drôle et simple. Encore suffisamment rare sur des applications pour être souligné. Habituellement, les conversations commencent par « Salut, ça va ? » et se terminent par « Ça va ». Autant dire qu’il est compliqué de faire naître l’amour. Avec Monsieur Chouette, c’était mieux, et c’était déjà pas mal.  Après une ou deux heures à discuter sur l’appli, on a fini par échanger nos numéros et on est passés sur WhatsApp. Je dois vous avouer que moi, je n’y crois pas du tout, aux sites de rencontres. Fut un temps où j’avais les papillons qui s’envolaient dans mon cul dès que je recevais une notification d’un homme avec qui j’avais matché. Après plusieurs années, tu comprends que sur ce genre d’appli, tu trouves plus de déceptions que de succès. En résumé, Monsieur Chouette était chouette, mais c’était rien de foufou. Du haut de mes 33 ans, j’avais fini par me dire que c’était peut-être ça, l’amour. Un truc cool, un mec bien, et pas forcément de passion. Triste, je sais. Mais on prend ce qu’on a, et croyez-moi si vous êtes en couple, sur le marché du célibat, il n’y a pas grand-chose. Alors Monsieur Chouette était mon seul étrier potable pour me remettre en selle. J’ai tenté de m’intéresser, je me suis fait porter par les sujets et j’ai travaillé sur mes énergies féminines pour me laisser séduire par un homme dont j’ignorais tout. Et surtout, j’ai répété ces efforts pendant plusieurs jours. Ce qui nous a amenés à échanger quotidiennement pendant une bonne semaine.  Je dois reconnaitre que parfois, je me forçais. Non pas à lui parler, car, peuchère, il était vraiment gentil, intelligent et sympathique. Mais à m’investir. Et pourtant, il répondait à plein de critères, que je découvrais de plus en plus. Bref, en d’autres termes, il était ce genre de gars dont on discute entre copines et à propos duquel on conclut : « Tu sais quoi ? Il mérite une chance. » Avoue que toi aussi, tu le connais, ce type.  Et il est arrivé, le moment où il m’a proposé un verre, tout en prenant soin de noter que j’avais la tête dans la sortie de mon oracle et que je devais être débordée, donc qu’il pouvait patienter. Un mec bien, je vous dis. Encore une fois, je n’étais pas emballée par l’idée, mais j’étais contente. Contente d’être prête à m’ouvrir à un nouvel homme, à accorder du temps à quelqu’un et à aller dater alors que je déteste ça. C’est d’ailleurs ça, le point noir. Le date. Et très vite, on y est revenus, au « rien de fou ».  Je comprends, il faut laisser une chance. Mais moi, je suis une extravertie qui rigole pour un rien, qui a toujours une punchline sous la main et une vanne dans l’autre. Je suis imprévisible, impulsive et je cumule les surprises. Je le sais, encore une fois, ce n’est peut-être pas comme ça au début d’une relation. Et finalement, c’est ça qui ne m’allait pas. Car Monsieur Chouette, il m’avait proposé un verre. Classique, tel qu’il l’était depuis le début. Moi, j’ai suggéré autre chose. Un truc plus « fun », comme je l’ai nommé, et je me suis engagée à trouver cette fameuse activité s’il le fallait. Et là, le choc. Monsieur Chouette a refusé. Ce con a refusé un date qui nous aurait évité ce moment ennuyant autour d’un verre, qui nous aurait

Ce jour où j’ai créé un oracle

Un jour d’octobre 2023. Probablement un lundi. Un de ceux plachplouch où rien ne peut me motiver à l’exception d’une bonne idée. Et il m’en fallait une excellente, à cette époque. Car en octobre 2023, le contexte n’était pas vraiment à la bonne humeur. Je venais de me séparer d’un homme pas très capable, mais dont j’étais très amoureuse et j’avais décidé d’en faire un roman. Le Titre.  Dans ce livre, que j’espère que vous avez dévoré tant il est génial, j’ai mis mes peines, mes joies, mes déceptions et mes bonnes surprises. Et j’y ai intégré un peu d’ésotérisme. Car l’héroïne, Coralie, est cartomancienne. Pour celles qui n’y connaissent rien, elle tire les cartes pour lire l’avenir. Et si l’ésotérisme est devenu une activité tendance depuis plusieurs années, qui vole les étagères à Cultura pour y étaler ses oracles et dont tout TikTok est envahi, moi, je m’y penchais depuis longtemps. Il faut dire que la cartomancie – et, de manière globale, les choses spirituelles improbables –, c’est mon truc. Depuis toujours, je vois ma mère tirer les cartes et m’apprendre, je mate l’intégralité des saisons de Buffy contre les vampires au moins une fois par an et je me tape des bouquins sur la magie depuis mes cinq ans. True story. Mon enfance, elle a été faite de pieux que je taillais dans du bois pour aller patrouiller dans le cimetière de mon village, de papier que je trempais dans du café pour lui donner un aspect vieillissant avant d’y inscrire des rituels magiques et de nombreuses bricoles que j’achetais pour en faire des talismans. Bien éclairée, la gamine. En grandissant, ma folie ne s’est pas arrêtée, bien qu’elle se soit affinée. J’ai troqué les leçons de ma mère pour des livres plus poussés, contacté des énergéticiennes pour m’aligner à mes propres chakras et continué d’apprendre tout ce qui pouvait servir à mon développement personnel. Car c’est de ça qu’il s’agit, avec l’ésotérisme. De développement personnel. Bien qu’évidemment, on consulte les cartes dans un premier temps pour connaitre son avenir, ce qui importe vraiment, c’est la route qu’elles nous indiquent, c’est les choix qu’elles nous suggèrent et les pièges qu’elles nous conseillent d’éviter. En réalité, la cartomancie, ce n’est rien d’autre qu’une séance potins et psychologie de comptoir avec les copines. En d’autres termes, le tarot est simplement un outil pour exprimer des ressentis et pouvoir communiquer plus aisément.  Moi, c’est mon truc. Et mon entourage le sait bien. Amis, famille, collègues, tous sont au courant que je maîtrise ces énergies et que je les mets au service de ceux que j’aime. Grossesse de ma sœur, petit copain avec qui ça se complique ou travail à lâcher, je prévois tout. Enfin, presque. Car l’Esperluette, lui, je ne l’avais pas vu venir. Et pourtant, il était logique qu’un jour ou l’autre, j’allais créer mon tarot. Un soir, ou peut-être un matin, alors que je bossais sur un chapitre de mon dernier roman, c’est apparu comme une évidence… Et si l’oracle de Coralie, l’Esperluette, dont elle parle dans le livre, prenait vie ? Et si toutes les cartes qu’elle utilise pour ses clientes existaient vraiment ? Et si ce tarot pouvait aider mes lectrices ?  Rapidement, j’ai lâché l’écriture et j’ai foncé sur Google. Comment pouvais-je créer un oracle ? Je me suis lancée dans mes recherches, j’ai tapoté, lu, noté et tenté de tout comprendre. Sur l’écran, rien de bien compliqué. Il fallait illustrer des cartes, une boite et un livret, les imprimer, les façonner et le tour était joué. Finalement, à quelques détails près, la fabrication d’un oracle semblait être la même que celle d’un livre. Dans les faits, ça s’est révélé bien différent.  Déjà, car la production en France implique des coûts astronomiques, sans vraiment d’options incroyables pour le produit. En gros, pour une bonne dizaine d’euros, je me retrouvais avec une boite minable et un jeu de cartes. Pas de quoi me faire rêver. Et surtout, pas de quoi vous faire rêver. Je devais me faire une raison : si je souhaitais que ce projet aboutisse, je devais le faire à l’étranger. Après plusieurs jours à me questionner sur mon éthique, sur mes convictions et sur ma capacité à aller contre, j’ai décidé de me lancer : mon oracle serait produit en Chine. Je vous épargne le bonheur de me flageller quant à mes choix, je me rends bien compte qu’ils ne sont pas justes écologiquement et humainement. Évidemment. Mais j’ai fait ce choix en parfaite conscience, non sans mal pour autant, mais sans me voiler la face, en pesant les avantages et les inconvénients, et en concluant que je restais en accord avec moi-même. Alors passons directement à la partie fun. Celle où j’ai rencontré Becky – dont le vrai nom n’est probablement pas aussi américanisé –, la commerciale en charge de mon projet qui, pendant de très longs mois, a subi ma tyrannie dans un anglais approximatif. Parce que faire produire en Chine, c’est stressant. Premièrement car je ne l’avais jamais fait et donc qu’à chaque étape, j’avais l’impression qu’on m’arnaquait. Deuxièmement car la temporalité n’est pas la même. Troisièmement car le langage n’est pas le même. Tant de choses qui font que la production de mon oracle est devenue un calvaire. Et puis, histoire de cumuler les plaisirs, j’avais pris la décision de l’illustrer entièrement. Avec Canva. Pour celles qui ne connaissent pas Canva, c’est un site permettant de faire de la création graphique et du design. Oui, mais les graphistes, très justement, ont des outils bien plus poussés et surtout, des compétences aiguisées. Moi, j’ai fait un master de socio. Je vous laisse faire le rapprochement, mais dans « socio », il n’y a pas « design ». Et si la réalisation de l’univers visuel, des cartes, de la boite et du livret m’a demandé un temps fou, pour autant, il n’y avait vraiment rien de compliqué. Car jusque-là, ce n’était que mettre ma créativité au profit de ce projet. Ce qui est devenu catastrophique, ça a été à la fin,

Ce jour où j’ai filmé des poissons

Samedi 10 août. Tout était parfait. J’étais en vacances. Enfin. Pour la première fois depuis longtemps, je prenais quelques jours avec ma meilleure pote, et le tout au soleil. Nous avions tout prévu. D’abord, le mariage de mes amis proches dans un cadre somptueux, entourés de l’Instagame, de potins et de guêpes. Mais ça, je vous le réserve pour une autre nouvelle. D’abord parce que les 35 degrés ambiants nous faisaient rêver d’elle, mais surtout parce qu’elle était naturelle. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas les piscines naturelles, c’est comme un lac dégueulasse, mais propre. En d’autres termes, tu te retrouves à nager avec quelques petites algues et des poissons, le tout sans chlore et fond bleu, pour pouvoir profiter de manière raisonnable. Tout ce que j’aime. À l’inverse de mon téléphone… Ce samedi, donc, le lendemain d’un mariage mouvementé, je me suis levée le cœur rempli d’amour et avec la volonté de lui en donner encore. J’ai enfilé mon plus beau maillot de bain, me suis trouvée bonne, admirée dans le miroir avant de descendre me poser sur un transat, bouquin que je ne lisais habituellement jamais à la main. Un paradis. Puis, j’ai pensé au travail. Quand même. Parce qu’on y revient, même si j’étais en vacances, je continuais de faire le minimum, à savoir, à cet instant : créer du contenu. Et dans ma tête, mon connard d’ex est apparu. Dans cette pensée, il était dans une piscine, avec moi, et il sortait son portable pour filmer ses pieds. Ou mes nichons. Sur ce point, le souvenir est un peu flou. Mais ce qui est certain, c’est qu’il prenait une vidéo dans l’eau, avec son téléphone. Une révolution… que j’ai à mon tour eu envie de tester pour filmer les poissons. Ce que je n’avais pas prévu, c’était d’ajouter un nouvel élément sur la liste « Pourquoi je déteste mon ex ? ». Car si, de toute évidence, son iPhone était bien un Léon Marchand en devenir, le mien devait être un nourrisson à peine sorti de l’utérus de sa mère. Dans un premier temps, j’ai été convaincue. Et lui aussi. Parce que, même si j’avais douté avant de le foutre à l’eau, relu cinq fois un article sur Google qui confirmait qu’il pouvait nager et hésité au lieu d’écouter ma petite voix, il a survécu une fois immergé. Mieux, mon téléphone a fait de superbes vidéos, vidéos que j’ai partagées sur les réseaux sans aucun souci. Tout s’enchainait bien et je n’ai rien vu venir. Lui non plus. C’est seulement quelques heures après que, sans prévenir, alors que je voulais prendre en photo une librairie bobo chic au milieu d’un village provençal, il m’a quittée, comme le SMIC que j’allais devoir lâcher. Sans que je comprenne vraiment pourquoi, et comme s’il n’avait simplement plus de batterie, il s’est éteint. Sans inquiétude, j’ai continué ma journée, vagabondé dans Emmaüs pour y trouver un joli bracelet et mangé une glace dont la chantilly cachait mon visage.  Bref, j’étais heureuse. Jusqu’à l’instant où, le soir venu, quand j’ai branché mon téléphone, rien ne s’est passé. Rien, sauf un écran noir sur lequel il était inscrit « Restauration nécessaire ». Malheureusement pour moi, il ne parlait pas d’une pizza. Non, il parlait d’une refonte totale du système. Mauvais signe. Encore plus lorsque je l’ai connecté à mon ordi et que, malgré la soirée entière à essayer de le restaurer, à effectuer des mises à jour ou à le lancer contre le mur, rien n’a fonctionné. Pire, l’écran est devenu complètement blanc. Une catastrophe. La vérité m’a frappée en plein visage : de toute évidence, mon portable était aquaphobe.  À cet instant, les vacances ont pris une autre tournure. Déjà, parce que vivre sans téléphone, et surtout travailler sans téléphone, c’est impossible. Ensuite, parce qu’un iPhone, c’est une jolie somme à quatre chiffres. Et surtout, surtout, surtout, parce que cela allait me créer ce que j’essaie à tout prix d’éviter : de la charge mentale. Je me voyais déjà devoir acheter un nouveau portable, comparer aussi bien les prix que les délais de livraison, réinstaller chaque application et retrouver tous les mots de passe. Une cata. Et elle allait commencer dès le lendemain. Histoire de cumuler les plaisirs, c’était un dimanche. Heureusement pour nous, nous étions à une heure de Lyon, nous permettant de trouver des réparateurs, bien que peu nombreux, ouverts le jour du Seigneur. Lui, par contre, il m’avait bien quittée. Car durant ce dimanche, ça a été un calvaire. Absolument rien ne s’est passé comme je l’aurais aimé. Le premier magasin était fermé, le deuxième m’a à peine rassurée en me disant que le portable avait peu de chances de survie, et quand bien même, cela me coûterait plusieurs centaines d’euros. Mais s’il allait me dépouiller de mon argent, il ne pouvait pas me retirer mon espoir. Alors, toujours dans cette volonté d’alléger ma charge mentale et de ne pas complètement gâcher mes vacances, je lui ai demandé de tenter. Après tout, je préférais payer 400 balles et retrouver mon téléphone plutôt que de devoir gérer l’achat d’un nouveau. Il m’a invitée à revenir plusieurs heures après.  Durant l’après-midi, j’ai bien essayé de penser à autre chose. En vain. Je fais partie de ces gens obsessionnels qui sont incapables de faire preuve de résilience et qui restent en boucle sur un sujet. On a tenté le restaurant, et même le cinéma. Mais ma tête, elle, était avec la batterie noyée de mon portable. Alors, j’ai fini par passer dans un Apple Store avant de me rappeler l’indécence des produits. 1 200 € pour l’iPhone dont j’avais besoin. Dans le magasin, j’ai fait les cent pas. Que devais-je faire ? Certainement pas payer autant d’argent pour un téléphone, bien que j’en aie clairement l’utilité.  Je suis repartie chez mon réparateur, j’ai constaté qu’il n’avait rien pu y faire, je lui ai acheté un portable de secours et j’ai commandé un reconditionné qui arriverait quelques jours plus tard. Voilà, c’était ce qui me semblait le plus juste. Et