Ce jour où je suis partie en vacances avec ma famille

Ce jour où je suis partie en vacances avec ma famille Samedi 20 août 2022. Je terminais mes vacances avec ma meilleure amie, celles qui nous avaient coupées d’internet, confrontées à la pluie et fait découvrir la ville très mignonne mais néanmoins franchement morte du Mans. Je quittais mes vacances avec ma meilleure amie qui, malgré tout ça, restaient des vacances avec ma meilleure amie pour rejoindre ma famille dans notre maison bretonne. C’est un rituel. Chaque été, pour une dizaine de jours, on se retrouve pour profiter ensemble. Ma mère, mon père, ma sœur, son amoureux et mon neveu. Parfois même, on y ajoute des extras : cousines, oncles, tantes éloignées ou amis proches. En somme, c’est souvent rythmé. De manière globale et pour être honnête, c’est toujours un plaisir. Presque toujours. Si on met de côté les quelques accrochages parce que certains mettent du sable sur une serviette qui n’est pas la leur ou décident de débattre sur le Covid. À l’exception de ces détails, l’ambiance est toujours bonne. Et cette année n’a pas dérogé à la règle. J’ai retrouvé ma famille dans notre petite campagne, là où l’air est plus agréable, la mer pas très loin et la douceur de vivre bien présente. Le matin, on se levait quand on le voulait. Surtout quand mon neveu le voulait, pour être honnête. On déjeunait calmement ou avec de la musique trop forte, on promenait les chiens dans les champs, on bronzait sous le soleil trop intense ou on se réfugiait dans la maison parce qu’il pleuvait. On mangeait une crêpe en bord de plage, on enchaînait avec une bière puis une glace. On refaisait le monde dans le jardin avec l’apéro, le barbecue enfumant chacune de nos paroles. Et enfin, étalés sur le canapé, les plus téméraires s’installaient devant un film, tapotant sur leurs claviers ou scrollant sur leurs smartphones. De vraies vacances, comme moi je les aime. Mais cette année, si tout était pareil, une chose allait tout changer. Parce que cette année, ma cousine venait passer quelques jours avec nous. Ma cousine, c’est une fille drôle, légère, simple, facile à vivre et sans prises de tête. C’est un rayon de soleil. Au sens propre. Elle débarque du Sud, cheveux qui sentent la mer et peau naturellement bronzée. C’est une fille super, enthousiaste, bienveillante et gentille. Surtout gentille. Tellement gentille qu’elle s’était donné pour mission de me trouver l’amour. J’aurais pu vous mentir et vous dire que c’est tout le temps comme ça, quand on est une trentenaire célibataire. Mais c’est faux. Dans mon entourage, j’ai la chance que personne ne veuille me caser, que tout le monde se tape de mon célibat et que personne ne m’emmerde. Mais cette fois, ma cousine entretenait un cliché qu’elle n’est pourtant pas, probablement persuadée qu’elle pouvait me faire ressentir des papillons dans le cœur, qui s’étaient envolés depuis longtemps. Discrètement, autour de notre premier déj les pieds dans le sable et le Coca Zéro à la main, elle a lâché la bombe : — J’ai un ami qui habite dans le coin, il va nous rejoindre. C’est tout ce qu’elle a dit. Un ami dans le coin. Et puis, elle a ajouté une phrase. Une phrase qui m’a permis de comprendre que oui, elle avait tout planifié. — Il est célibataire. Elle a osé. Elle a osé, autour de cette table familiale, ajouter un élément masculin, de mon âge et célibataire. Encore une fois, ce n’était pas son style. Alors, quelque part, je me suis persuadée que si elle avait manigancé cette rencontre, c’était que vraiment, elle y voyait un intérêt. Alors, à ma grande surprise, je me suis intéressée. Je l’imaginais grand, avec de grosses épaules, un sourire soutenu par des fossettes et de grands yeux rieurs. — Il arrivera pour le café, a-t-elle précisé. Je devenais presque impatiente. J’ai enfilé les moules aussi vite qu’un acteur porno et j’ai pressé toute la tablée pour qu’elle fasse de même. À peine avait-on englouti la dernière frite que j’ai ordonné au serveur de nous donner la carte, en précisant à ma cousine qu’elle pouvait prévenir son ami que le café n’était pas loin. Dames blanches et fondants au chocolat commandés, je l’attendais, celui qui allait faire battre mon cœur autant que le sucre dans mes veines. Descendant les marches, accrochant de pleine main la corde qui le soutenait, il est arrivé au loin : polo bleu qui n’arrivait pas à mouler son corps tant il était fin, bermuda qui laissait apparaître des mollets de poulet, lunettes sur le nez cachant à peine son strabisme. Il aurait pu me plaire, bien qu’il ne répondît en rien à mes critères de beauté. Finalement, il ressemblait presque à mon ex. J’en ai définitivement conclu qu’il pouvait me séduire. Je lui ai donc laissé une chance. On le sait : le physique, ça ne fait pas tout. Et puis, un strabisme, c’est pratique : il pourra avoir un œil sur chacun de nos enfants. Il a fini par me plaire. Jusqu’au moment où il m’a saluée, m’indiquant son prénom. Jérôme. Il s’appelait Jérôme. Comme mon chien. Borgne. J’ai, une fois encore, essayé d’être indulgente. Après tout, je pouvais lui trouver un surnom. Ou l’appeler par son deuxième prénom, en priant pour que ce ne soit pas celui de mon père. Il a salué tout le monde, s’intéressant sincèrement aux autres et principalement à moi. Il m’a posé des questions sur moi, mon métier, mes goûts et mes centres d’intérêt. J’ai fini par en faire de même. Un poste dans les finances dont je ne me souviens plus le nom, 32 ans, habitant à Paris mais profitant souvent de la campagne, un poil addict aux jeux vidéo et bourré d’humour. Jérôme avait beaucoup de choses. J’aimais son côté banquier, pragmatique, rigoureux, avec de l’autodérision et du caractère, de la prestance sans autorité, de la force et de la douceur. Ma cousine avait vu juste : ce grand gaillard d’apparence pas très hardi me plaisait. Vraiment. J’ai donc tenté de devenir ma meilleure

Ce jour où j’ai regardé du porno

Ce jour où j’ai regardé du porno Lundi 10 janvier 2022. Ou peut-être mardi 11 janvier 2022. Une semaine en janvier. Quelques jours avant, j’avais acheté LE sex-toy qui m’a fait découvrir ma sexualité. Ça, je vous l’ai déjà raconté. Mais ce cadeau s’accompagnait d’une malédiction, d’une obsession qui allait gâcher mes nuits, de pulsions incontrôlables qui allaient faire de moi un animal : le retour de ma libido. Celle-là, je l’avais oubliée. Les papillons dans le vagin, les spasmes qui te crispent et les pensées obscènes. Toute la journée. Je devenais addict au cul. Et si mon imaginaire est celui que vous connaissez, il avait pourtant ses limites. C’est à ce moment qu’il est intervenu : le porno. Moi, j’avais jamais osé me lancer. Comme une honte, un malaise, une abomination, un truc inaccessible. Le porno, dans ma tête, c’était mal. Et puis, je l’avais surtout sacralisé. Ado, je n’en avais jamais regardé. Mes seules références étaient Spike qui couche avec Buffy dans un appartement délabré ou Jafar dans Aladdin qui soumet Jasmine en l’hypnotisant. Me jugez pas, j’ai toujours eu un faible pour les badboys, même ceux qui n’existent pas vraiment. C’était avec ces images que mon imaginaire sexuel s’était construit. Bien loin du porno dont le titre peut être « Il éjacule entre ses seins et lui fourre le cul » — même si, j’en suis sûre, Jafar aurait adoré l’idée. Il y a quelques mois, donc, lorsque j’ai décidé de m’initier au porno, j’avais une appréhension, couplée à l’excitation de la découverte. Je me suis installée dans mon lit prête à me faire l’amour, ayant pris soin de cacher la caméra de mon ordinateur et de passer ma navigation en privé. Oui, ça ne sert sans doute à rien. Mais dans ma tête, la mafia russe pouvait me filmer, me faire chanter, finir par vendre des vidéos prises à mon insu à la mafia italienne qui, elle, me demanderait une rançon avant de diffuser mes sextapes et de ruiner ma carrière. Je vous voyais déjà en train de chercher sur Google : « Lamoinsbonnedetescopines se termine sur une vidéo de baby-sitter mal élevé ». Je vous le répète, ne me jugez pas. J’avais donc pris toutes les mesures nécessaires pour faire de cette première expérience un bon moment. J’ai tapé « porno » dans la barre de recherches, me suis dirigée vers le site le plus populaire et j’ai donc sur atterri YouPorn. Et là, j’étais paumée. Je n’y connaissais rien, et plus encore, je n’avais aucune idée de ce qui pouvait me plaire. Alors, j’ai découvert. J’ai cliqué sur la première vidéo, un soft probablement, et je m’en suis voulu. Je m’en suis voulu de ne pas avoir profité de cette joie intense avant. Comment avais-je pu me flageller autant pour me priver de ce plaisir ? Parce que oui, c’était un plaisir de regarder ce porno, de m’installer confortablement et, pendant plusieurs minutes, de ne penser à rien à part me faire du bien. Les jours qui ont suivi, je n’ai pas cessé. Une fois, deux fois, parfois trois fois par jour, au point de m’inquiéter. Et si je développais une addiction ? Je voulais tout découvrir, même les côtés les plus sombres, sans une once de crainte. Et si j’aimais ça ? Bonne nouvelle, je crois qu’à l’exception des stepfathers et des docteurs un peu pervers, mes désirs restent softs. Je devenais une pro de YouPorn, même si je continuais à avoir un peu honte. Est-ce que c’est normal de regarder du porno ? D’en avoir envie ? De fantasmer sur des corps que je n’aimerais sans doute pas en réalité ? Sur des situations que je ne vivrai jamais ? C’était donc ça, le porno ? J’avais pas mal de questions, et personne à part moi-même pour y répondre. Bien sûr, j’en ai discuté avec des amies, mais nous avons gardé une part de mystère. C’est faux. On s’est donné tous les détails, de nos préférences de mises en scène à nos acteurs favoris. Mais cela étant dit, mes questions restaient sans réponses et, surtout, empreintes de mes propres jugements. Et rien ne s’est arrangé. Alors que je me masturbais tous les jours, j’ai reçu un mail. LE mail. Celui qui m’informait que j’étais accusée de pédopornographie, de visionnage de vidéos à caractère sexuel interdites, de pratiques inadaptées et qui me reprochait d’être la pire des putes. En gros. J’ai paniqué. Directement, j’ai envoyé un message à un ami, comme dans Qui veut gagner des millions ?, version Qui veut pas finir en prison ?. Pendant dix interminables minutes, je me suis affolée et, surtout, je me suis justifiée. J’ai écrit un long mail en m’excusant, en expliquant que j’avais regardé du porno mais que je ne recommencerais plus, que j’étais une sombre merde qui se chiait dessus. Et puis, j’en ai parlé avec vous en story. J’ai avoué pour la première fois publiquement que je regardais du porno (et que j’allais probablement finir en taule pour ça). Jusqu’au moment où, quelques secondes après, mon ami m’a répondu. Je cite : « Nono, c’est une arnaque. » Bien sûr que c’était une arnaque. Comment avais-je pu ne pas le deviner ? J’ai compris à quel point j’avais diabolisé la masturbation pour réagir si vite, sans distance, sans prise de recul. Mais cette arnaque a été le tournant de ma relation avec le porno. Car face à mes stories, j’ai reçu des centaines de témoignages. Vos histoires, votre affection pour ces vidéos, vos confessions. Tout est devenu évident : 80 % des personnes (et je dirais même des femmes) en regardent. Et il n’y a aucune honte à ça. Mieux : vous m’avez partagé vos découvertes, vos sites coup de cœur et vos petits plaisirs cachés. Tout a été désacralisé, grâce à vous. J’ai réalisé que j’étais comme tout le monde, que certaines se masturbaient six fois par jour là où d’autres ne le faisaient jamais ; que certaines pratiquaient ça en couple et d’autres célibataires ; que certaines aimaient le gore et d’autres l’érotique. J’ai réalisé qu’il n’y avait aucune règle et qu’il ne devait pas y en

Ce jour où j’ai gardé mon neveu

Ce jour où j’ai gardé mon neveu Lundi 4 juillet 2022. Il débarque. À la fois rempli d’amour et de merdes au cul. Mon neveu débarque. Ce petit être capable de me faire rire et pleurer presque dans la même seconde. Mais ça, à l’instant où j’ai accepté de le garder, je n’en avais aucune idée. Parce que les choses se sont faites simplement. Un jour, ma sœur m’a annoncé que la nourrice d’Axel était en vacances en juillet. Naturellement et en tant que sœur exceptionnelle que je suis, je lui ai proposé de le garder. Logiquement, elle aurait dû refuser. Le fameux « Tu as besoin d’aide ? » de politesse auquel tout le monde répond « Non, t’inquiète, ça va ». Elle, ça allait pas. Et elle a pas hésité à me le faire savoir. En quelques secondes seulement, je venais de signer pour quatre jours entiers avec mon neveu. C’était une grande première. J’avais déjà pu tester l’expérience, mais jamais seule. Et déjà à trois (mes parents et moi), c’était sport. Alors sans eux, j’avais peur. J’avais tout prévu pour essayer de m’alléger la tâche. Des couches à profusion, un frigidaire à ras bord, le ménage de fond en comble, les activités chaque jour et une cure de sommeil avant qu’il arrive. J’étais d’attaque. J’ai une chance : mon neveu est vraiment facile. Il dort, il mange, il ne fait pas de crise et ne hurle pas comme un connard. Et pourtant. Pourtant, malgré ça, ça a été dur. Le premier jour, je l’ai passé sous la canicule à lui remettre de la crème solaire toutes les quatre minutes par peur qu’il se tape une insolation, à lui jeter de l’eau sur la gueule en lui faisant croire que c’était la pluie et à lui remettre sa casquette qu’il ne faisait que retirer. Et puis surtout, le premier jour, je me suis retrouvée au milieu de connards de gosses, plus âgés et plus expérimentés, qui sautaient sur des châteaux gonflables en éjectant mon petit. Mon neveu, lui, il les regardait un peu ébahi et surtout l’air très con, alors que les autres débiles rebondissaient dans tous les sens. Évidemment, il a fini par pleurer et paniquer, et je suis montée sur la grosse chenille gonflable pour engueuler toute la smala. C’était un bon moment. Surtout quand la sécurité m’a demandé de descendre parce que, je cite, j’ai plus de douze ans et je fais plus de 40 kilos. Reste tranquille, Bernard. Une fois que nous sommes sortis de cet enfer et pour consoler mon neveu, j’ai fini par lui offrir une glace, bio et locale, le genre qui coûte un rein. Il n’en a jamais voulu. Le mardi n’a pas été mieux. J’avais prévu d’aller dans un parc d’attractions. La Mer de sable. Le gamin a posé son cul dans une voiture et s’est mis à hurler. Visiblement, il ne sera pas pilote de Formule 1. Heureusement pour moi, y avait les cowboys. Cowboys qui, soit dit en passant, sont beaucoup moins bien de près. L’avantage d’un gamin, c’est que tu peux aller demander des photos sans trop de honte. Eh bien, cette fois encore, j’aurais dû m’abstenir. Finalement, ce qui m’excite surtout, c’est les cabrioles qu’ils font à cheval. Remets ton chapeau, Lucky Luke, ça cache ta sale gueule. Et le coup de grâce, ça a été le mercredi. Ah… le mercredi. Jour des enfants. Jour des petits enculés qui nous cassent le cul. À ce moment, je commençais à fatiguer. Deux jours entiers passés avec un môme à faire des monologues, à jouer avec une bassine d’eau et des Lego, à manger équilibré à 18 heures 30 et à écouter des Disney. Ok, ça, c’était cool. Deux jours où ma vie sociale s’est résumée à un enfant d’un an et demi, à des mamans, des baby-sitters, des oncles sous l’eau en train de discuter couches-culottes et tétines alors que je rêvais d’un Coca Zéro, voire d’une bouteille de vin. Et c’est là, la réelle difficulté : de l’aimer alors que tout ce que tu fais avec lui est à chier. Parce qu’arrêtons de nous mentir : arracher les pâquerettes dans le jardin et regarder les bourdons, c’est drôle cinq minutes. À la limite dix si quelqu’un te prend en même temps en levrette. Mais sinon, c’est chiant. Le temps avec les enfants, c’est chiant. Et voilà toute la frustration d’être parent (ou tante, mais tu as la logique). C’est qu’évidemment, j’avais envie de passer du temps avec lui. Mais à l’instant où je faisais parler un Playmobil, j’avais envie de me le foutre dans le cul. J’en avais marre. Et le pire, c’est qu’ils le savent. Comme un radar, les gosses le sentent. Si les deux premiers jours, j’ai pu feinter, le troisième, il l’a vu. Mon neveu, il est pas con. Il avait capté que j’avais envie de retrouver mes potes, ma solitude et mes soirées à me trifouiller le clito en regardant des pornos projetés sur grand écran. Il le savait. Et il avait décidé de me le faire payer. En réalité, la journée s’est passée plutôt correctement, outre le fait que la ferme pédagogique était fermée à cause des poules qui avaient eu un coup de chaud et la chute qu’il avait faite dans l’escalier devant la médiathèque parce que j’étais en train de répondre à des messages de mecs. La catastrophe, ça a été le soir. Le dernier. Je l’avais vu venir. Quand nous sommes rentrés de notre petite activité chute dans l’escalier, à peine a-t-il posé le pied dans la maison qu’il s’est transformé en gros relou. Il pignait. Comme un chien qui veut faire son premier pipi le matin. À chaque jouet qui tombait, à chaque « non » que je lui disais, à chaque contrariété. Il pignait. Rapidement, j’ai voulu m’en débarrasser. Grave erreur : c’est devenu encore pire. Je lui ai proposé de manger et il m’a jeté la tomate à la gueule ; je lui ai proposé d’aller au bain et il a voulu que je vienne avec

Ce jour où j’ai lutté contre la dépendance affective

Disclaimer : Ce ne sont que mes expériences. Je suis pas un pro, je vous partage juste entre copines. Je n’ai pas la science infuse, la définition de dépendance affective est même sans doute mauvaise (ahah). Mais je vous parlais à coeur ouvert 🙂 !

ce jour où j’ai oublié ce que je ressentais

ce jour où j’ai oublié ce que je ressentais Mercredi 15 juin. Les papillons dans le ventre, les nausées, le cœur qui palpite, les mains moites et la tête qui tourne en boucle. C’était revenu comme un boomerang. Un boomerang à mille à l’heure qui te rappelle que ton équilibre psychologique tient à peu de choses. Pendant des années, je les avais évités. Leurs bras musclés, leurs petits culs, leurs phrases accompagnées de violons et leurs blagues qui me font perdre un poumon. J’avais sorti les hommes de ma vie. Et tout ce qui se rapprochait de près ou de loin à eux. Je l’avais fait inconsciemment. Sans vraiment de raison. Mon dernier ex était un homme gentil, drôle et attentionné. Et il avait une énorme bite. Il ne m’a pas trompée, m’a respectée et a pris soin de moi. En somme, c’était un mec bien. Aucune raison, à première vue, de partir vivre dans un couvent après une telle relation. Mais pour mon cœur, l’histoire était bien différente. Lui, après cette déception, il a tout fermé. Comme un château fort, il s’est caché derrière la graisse et a pris soin de jeter la clé. Très loin. Très, très loin. Au point de ne plus s’ouvrir pendant des mois. Même des années. Et vous savez ce qui était le pire ? C’est que j’aimais ça. Parce qu’on peut dire ce qu’on veut, mais ce qui nous fait le plus galérer dans ce monde, c’est l’amour. Alors, après avoir tout coupé, j’avais beaucoup moins mal. Moins mal au cœur, à la tête, au corps. J’étais tranquille. À l’exception de quelques embrouilles au travail, de deux ou trois connasses sur Insta et de broutilles de famille, personne n’avait plus la capacité de me blesser. Jusqu’à ce jour. Mercredi 15 juin. Je n’avais rien vu venir. Pour être honnête, je suis toujours dans le déni. Et pourtant, rien qu’au moment de la rencontre, il avait déjà pété un verrou. Je pourrais vous raconter tous les détails : les premiers regards, les premiers mots et les premiers battements de cœur loupés. Mais vous risquez de vous emballer. Puis, moi aussi. Parce que la réalité est beaucoup moins romantique : nous ne sommes pas du tout en couple. On ne s’est même pas embrassés. C’est à peine si on s’est touché la main. Mais pour moi, on est déjà mariés, avec trois enfants, on a remplacé GG par un golden retriever et la Fiat par un SUV. Et c’est ça le problème. Ce qui se passe dans ma tête. aimer quelqu’un ». D’ailleurs, j’en viens même à me demander si je sais « bien aimer quelqu’un ». Moi, je suis déjà obsédée par ce mec, et on me dit que « je l’aime bien ». Alors qu’est-ce qui m’attend si je l’aime tout court ? Qu’est-ce qui m’attend quand je l’aurai embrassé et que j’aurai envie de recommencer ? Qu’est-ce qui m’attend quand on n’aura pas dormi de la nuit parce qu’on aura fait l’amour sauvagement sans une seconde de pause (laissez-moi, j’ai pas mal à rattraper) ? Parce que depuis notre rencontre, je suis en boucle. Comme celle qui tient la ceinture de ton jean. Tout pareil. Et ça, j’avais oublié. J’avais oublié, jusqu’au moment où l’une de mes meilleures amies a passé le week-end avec moi, et où j’ai été tout ce que je déteste. Premièrement, on a mangé au resto. Par politesse, je l’ai écoutée parler alors même que je rêvais qu’elle me sorte le fameux : « Bon, vas-y, raconte. » Puis, après lui avoir donné tous les détails que moi seule trouve croustillants, j’ai continué en lui montrant des photos. Mais le pire était à venir pour elle. Toute la journée, sans même m’en rendre compte, j’ai enchaîné les anecdotes, où, évidemment, il était le protagoniste. J’osais même les « C’est pas encore pour parler de lui, mais… ». Bien sûr que si, connasse, c’est pour parler de lui. Pire, tout ce qui arrivait me faisait penser à lui. La musique, l’air qu’on respirait, la dernière chanson de Macklemore. Tout était lié à lui. À ça s’ajoutait mon téléphone greffé à ma main pour répondre à ses messages très peu intéressants, qui me coupaient pourtant du monde et me faisaient louper le trottoir. Ses messages me faisaient tomber. Au sens propre. Et j’en riais. Ils me faisaient oublier les clés sur le comptoir de la caisse, perdre mon téléphone dans une pièce, acheter des centrifugeuses ou danser alors qu’il fallait monter un barbecue. En un claquement de doigts, j’étais devenue étourdie, niaise, chiante. En un claquement de doigts, j’étais devenue une autre. J’avais bien tenté de me ressaisir. Ma première technique, ça a été d’instaurer une distance avec la personne concernée. Je prenais du temps pour répondre aux messages, j’évitais les marques d’affection, de demander de le voir ou de demander des nouvelles. Scoop : ça ne fonctionne pas. Alors, j’ai tenté la seconde méthode : le tout pour le tout. Quitte à bien aimer quelqu’un, autant y aller à fond. La bonne nouvelle, c’est qu’en partageant ce que tu ressens, tu sais ce que l’autre veut. Et ça, c’est rassurant. La mauvaise, c’est que ça te rend encore plus accro. Alors, j’ai fini par accepter. J’ai fini par accepter que ma tête est complètement ailleurs, que je n’arrive plus à bosser ni à me concentrer sur autre chose que lui, que j’attends ses messages même quand il ne m’envoie qu’un « Ça va ? », que je suis vexée si je ne le vois pas régulièrement et que j’oublie tout à l’instant où on se retrouve. J’ai fini par accepter que même me poser au bureau pour écrire cette nouvelle est compliqué parce que je n’ai envie que d’une chose, c’est d’être avec lui pour que mon été se transforme en summer love ; que plus rien d’autre n’a d’importance que de passer du temps à ses côtés ; que ma carrière peut s’écrouler, je n’en ai plus rien à foutre (ok, c’est faux, mais j’te jure, pendant cinq minutes, je le pense parfois). J’ai fini par accepter que je suis

Ce jour où j’ai retrouvé mes collègues

Ce jour où j’ai retrouvé mes collègues Jeudi 10 octobre 2019. À cette époque, j’étais une toute autre femme. Je bossais dans une start-up reconnue, pleine de sens et que tout le monde adore ; je vivais dans un 25 mètres carrés au milieu de Paris et je passais mes soirées à boire des bières avec les potes. Ça, c’est faux. J’ai toujours été une asociale. Mais tout le reste, c’est vrai. J’avais une autre vie, et surtout, j’avais d’autres fréquentations. Les principales d’entre elles étaient mes collègues. Si vous n’avez pas la chance (ou la malchance) de connaître le monde de la start-up, voici une règle de base : vos collègues sont présentés comme votre famille. Famille qui est capable de vous virer s’il le faut, mais famille quand même. Le monde de la start-up, c’est aussi cet endroit où un appel téléphonique est appelé un call, où une phrase sur deux comporte un mot anglais et où la moyenne d’âge est d’environ 25 ans. Ça, c’est d’ailleurs le point qui nous intéresse. Parce que, forcément, je vais pas vous le cacher, pour faire des rencontres, c’est top. Et puis, histoire de compléter le cliché, ces jeunes de 25 ans sont évidemment tous le stéréotype du Parisien bobo privilégié. D’un côté, ils sont intelligents, malins, plutôt drôles et assez beaux. Et de l’autre, ils sont insupportables, pédants et profondément débiles. C’était toute la complexité de mes rencontres de l’époque. En moi, ces hommes créaient une contradiction : je les désirais autant que je les détestais, ils me plaisaient autant qu’ils me dégoûtaient, ils m’inspiraient autant qu’ils me répugnaient. Parce qu’ils faisaient le taf, ils étaient ambitieux et savaient ce qu’ils voulaient — en bref, des boules d’énergie masculine (si t’as pas lu les nouvelles précédentes, moi je peux plus rien pour toi). Mais ils étaient complètement enfermés dans leur monde, sans tolérance, sans bienveillance, sans aucun lâcher-prise, sans la moindre extravagance. Mais ça, en octobre 2018, je ne l’avais pas encore compris… C’est ainsi que je me suis amourachée de l’un d’entre eux. Et le verbe “s’amouracher” a toute son importance. Pour moi, s’amouracher, c’est un peu le low-cost de l’amour. S’amouracher, c’est une version soutenue d’un crush, mais avec un petit côté obsessionnel. C’était exactement ce que j’étais. En quelques jours, lui, avait fait fondre mon cœur. Il l’avait rendu amoureux. D’ailleurs, confession pour confession, nous pourrions l’appeler Gaspard. Parce que oui, c’est de lui que je me suis inspirée. Et malheureusement — parce que cette histoire ne dépend pas que de moi et que balancer l’intimité des autres m’a déjà causé du tort —, je ne pourrai vous donner que de vagues bribes de réalité. Mais celle-ci en est une : Gaspard, j’en étais vraiment amourachée. Et puis, moi, je suis dans l’excès (sans blague). Alors, quand je m’amourache de quelqu’un, je pense à lui, j’en fais des tonnes, je me retrouve à mettre des robes alors que je préfère les jeans, à mettre des talons alors que je les déteste, à me maquiller un peu trop alors qu’il fait 40 degrés, à sortir boire des bières alors que je déteste l’alcool et à fumer des clopes pour me retrouver avec du goudron au fond de la gorge. J’étais donc cette version de Noëllie pour séduire Gaspard. J’étais en extase à chaque réunion devant ses gros bras, je riais à toutes ses blagues alors même qu’elles n’étaient que moyennement drôles, je passais un temps fou à choisir ma place au bureau pour ne pas être trop loin de lui et je checkais son agenda pour nous trouver du temps ensemble. Et pourtant. Pourtant… Sans suspense, si tu as lu 387 jours, tu as donc compris que j’ai rapidement appris qu’il était amoureux d’une autre. Oui, ça a été extrêmement violent. Je me suis remise en cause, je me suis demandé pourquoi pas moi, j’ai pensé que j’étais un gros laidron, pas intéressant, trop timide, pas assez bien pour lui. Mais je te rassure, 48 heures après, je m’en étais déjà remise. Les joies d’en faire beaucoup trop. Et le pouvoir de s’être amourachée. Qui plus est, il m’a permis d’écrire un livre. Et rien que pour ça, je le remercie. Mais la vraie histoire que je voulais vous raconter aujourd’hui, c’est celle qui suit. Il y a quelques semaines, Gaspard m’a invitée chez lui. Je vous rassure tout de suite : je n’étais pas seule. D’abord, il y avait celle qui m’a volé la vedette à l’époque, et ça, c’est quand même très risible. Et surtout, il y avait tous ses amis. Et le plus intéressant se passe maintenant. Dès le moment où j’ai débarqué à la soirée, je n’étais pas à ma place. Ce n’était pas ce que j’appelle une mauvaise soirée. Preuve étant : je suis restée un bon moment. Déjà, parce qu’il y avait certains de mes amis, évidemment. Mais pas seulement. J’ai rigolé, j’ai discuté, j’ai même tenté de draguer un ou deux mecs. Mais rien n’y faisait, ce n’était pas moi. Un imposteur, j’étais un imposteur. Je parlais de choses que je ne connaissais même pas. Qui ne m’intéressaient pas. Et je me sentais extrêmement con. Quand je draguais, comme deux ans auparavant, j’avais l’impression d’être une merde inintéressante. Et surtout, surtout, je me confortais mon idée que je finirais célibataire à vie. « Regarde, ma grande, tu vois bien que tu ne les intéresses pas et que tu n’es pas faite pour eux » : c’était ce que je me répétais. Et j’avais raison. Je n’étais pas faite pour eux. Mais ils n’étaient pas non plus faits pour moi. Au milieu de ses amis et de quelques personnes que je connaissais déjà, tout a fait sens. Plus de deux ans après que je m’étais amourachée de cet homme, l’univers m’expliquait tout. Non seulement je n’étais pas à ma place, mais en plus de ça, ils incarnaient tous ce que je ne voulais plus dans ma vie. Bien sûr, ils restaient

Ce jour où j’ai géré les polypes

Ce jour où j’ai géré les polypes Mars 2018. Je n’ai plus la date exacte. Mais ce dont je me souviens parfaitement, c’est que j’avais un rhume. Ou une allergie. Bref, un truc dans le pif. Mais sur le coup, j’ai fait confiance à ma jeunesse et à ma santé incroyable. Qui visiblement n’est pas si incroyable, à en croire mon état actuel. Parce que plus de trois ans après, j’ai découvert la sombre réalité : j’ai des polypes. Je sais, cette plus bonne de mes histoires n’est pas vraiment la plus bonne. Tout du moins pas la plus sexy. Mais j’ai promis de vous l’écrire un jour. Ce jour est venu. Croyez-moi, je vais vous la romancer (bien la romancer, au point que tout ne sera pas réel ; laissez-moi, j’ai besoin de créer). J’ai donc des polypes. Pour ceux qui ne savent toujours pas ce que sont des polypes, merci de lire les nouvelles précédentes parce que j’en ai déjà parlé. Et pour ceux qui ont vraiment la flemme, je vous la fais courte : ce sont des bouts de peau dégueulasses qui peuvent se former sur les muqueuses ; en l’occurrence, dans mon tarin. Je vous épargne (de nouveau) le passage durant lequel je me plains en disant que quitte à avoir une maladie chronique, j’aurais préféré un truc qui puisse provoquer un peu plus d’empathie. Moi, j’ai des polypes.. Pour les soigner, il n’y a pas mille remèdes. C’est assez classique : d’abord, le médecin te fout des corticoïdes et des antibios ; puis, si tout cela ne fonctionne pas, il te les arrache. En d’autres termes, il t’opère. Et moi, ça, j’avais pas du tout envie. Premièrement, parce que ça fait chier de se faire opérer. Et deuxièmement, parce que tous les retours que j’ai eus sur le sujet insistent sur le fait que de toute manière, les polypes finissent par revenir. J’ai donc cherché des solutions à ma manière. J’y ai passé des heures, voire des journées entières. Parce que même si les polypes ne sont pas douloureux, ils peuvent te faire péter un câble. Tu respires très mal, ce qui t’empêche de dormir ; ton nez gratte ; tes narines coulent ; tes sinus sont enflammés et ils te causent des migraines. En somme, c’est pas le top. Dans mes solutions naturelles, j’avais évidemment trouvé les huiles essentielles. Du tee trea, de la menthe poivrée, de l’eucalyptus… tous ces trucs qui sont censés t’aider. Scoop, ça n’a pas été mon cas. J’ai tenté d’autres méthodes : les cataplasmes d’argile, la cure de zinc et la Rino Horn. Rien n’a fonctionné. Obstinée que je suis, je ne m’étais toujours pas décidée à me faire opérer. Tous les trois mois, je prenais rendez-vous chez le médecin sur Doctolib, en veillant à changer à chaque fois (on n’est pas là pour se juger, ok ?). Et à chaque fois, c’était la même. Il concluait que j’avais des polypes, me donnait un traitement de quinze jours de sprays corticoïdes et me faisait une ordonnance pour un scanner à effectuer. Si besoin, je peux en vendre. J’en ai quatre. Enfin… plus que trois ! Parce que j’ai fini par me décider à en utiliser une. Vendredi 1er juillet. Comme pour fêter l’été qui arrivait, j’avais enfin pris rendez-vous pour faire ce scanner. J’ai donc débarqué à la clinique, oubliant mon masque, me trompant d’heure, mais avec le sourire. C’est sans doute celui-ci qui m’a permis de maintenir mon rendez-vous. J’ai patienté plus de 30 minutes avant de voir arriver le médecin qui m’a fait signe de l’accompagner. Je me suis installée sur la machine et, à ma grande surprise, il m’a demandé d’enlever mon haut. J’ai enfin compris le sens à tout ça. Mes polypes existaient pour une bonne raison. Je m’imaginais déjà en train de faire l’amour sauvagement sur la machine à scanner, avec un médecin plus ou moins sexy, mais qui clairement remplissait très bien son rôle de fantasme. J’ai regardé Grey’s Anatomy, Docteur House, et parfois même Urgences. Et surtout, je mate du porno. Mon imaginaire était donc prêt à faire le taf. Et il n’était pas le seul. Dans mon slip, je sentais mon clitoris s’emballer autant que mes polypes. Et la suite n’allait rien arranger. Quelques minutes après, le médecin m’a demandé d’enlever mon t-shirt, mes chaussures, puis mon jean. À cet instant, deux émotions contradictoires ont pris vie en moi. Celle de mon clito qui espérait se prendre un coup de stéthoscope dans la gueule et celle de mon cerveau, un peu paniqué, qui doutait des compétences de ce professionnel car visiblement, il n’avait pas compris que mes polypes étaient dans mon pif et pas dans ma chatte. Mais, complètement soumise à la légitimité paternaliste du médecin, j’ai fermé ma gueule. Je me suis retrouvée en petite culotte sur la machine, le clito frétillant, le cerveau en panique, pour qu’on me fasse un scanner des sinus. Et l’histoire ne s’est pas terminée là. Il m’a ordonné de patienter et, à son retour, il tenait dans sa main la machine à échographie. Et c’est à ce moment que le malaise s’est intensifié. En silence, il a déposé le gel sur mon ventre et a commencé à masser. Et sans surprise, quelques secondes après, il m’a annoncé que mon utérus était vide. C’est ainsi que je suis repartie sans scanner des sinus, mais avec la certitude que je n’étais pas enceinte. Je suis allée à l’accueil, j’ai tendu ma carte vitale et quitté le labo, après que la secrétaire m’a lâché un « Ne vous en faites pas, ça va finir par marcher ». Chère Madame, je n’espère pas, car, si tel est le cas, vous aurez devant vous la nouvelle Marie et, franchement, j’ai pas envie d’appeler mon gosse Jésus. Je me suis installée dans ma voiture, j’ai pris rendez-vous deux semaines après pour un scanner dans un autre labo, en précisant bien que je n’étais pas enceinte et que je ne voulais pas l’être. Je m’y suis donc rendue. Cette fois, pas de mauvaise surprise.

Ce jour où j’ai testé le LPG

Ce jour où j’ai testé le LPG Jeudi 23 juin. Je regarde mon cul dans la glace et je le déteste. Pas complètement. Juste la cellulite qui le recouvre. Parce que le reste, il déchire. Mon cul, il est aussi bombé que les couilles de ton mec à 20 ans, aussi rebondi que les punchlines de ta belle-mère, aussi charismatique que Michelle Obama. Mon cul, C’EST Michelle Obama. Le Michelle Obama des culs. Si on oublie la cellulite qu’il y a dessus. Depuis toujours, je la déteste. J’ai des trous sur les côtés, des vagues sur le fessier, un terrain de cross sur les cuisses. Bien sûr, on me l’a déjà dit : « C’est naturel, c’est ça d’être une femme. » Et c’est vrai. C’est ça d’être une femme. D’ailleurs, j’ai un peu honte d’en avoir honte. Parce que c’est ce que je répète moi aussi, à toutes les autres qui ne sont pas moi : assumez-vous ; votre cellulite, on s’en fout. C’est ce que je pense vraiment. Sur les autres, je ne la vois même pas, et même si je la vois, je ne lui porte aucun intérêt. Ni moche ni belle. Elle est juste là. Mais sur moi, je la déteste. Je la trouve horrible, gâchant tout mon corps. Elle m’obsède. Pendant des années, j’ai tenté de simplement l’accepter. Parce qu’après tout, je ne la vois pas si souvent. J’ai aussi tenté de l’atténuer, en buvant plus d’eau, en mangeant mieux, en limitant le gras et le sucré, en faisant du sport. Bref, en ayant une vie de merde saine. Mais cette pute était toujours bien accrochée à mon cul. Cet été, après hésitation, j’ai sauté le pas : j’ai pris rendez-vous pour du LPG. Le LPG, dont je ne connais même pas la signification de l’acronyme, est une technique de palper-rouler qui t’arrache le cul afin de retirer ta cellulite. Souvent en cure de dix séances, il ne fait pas que défoncer tes cuisses : il détruit aussi ton porte-monnaie, car cette cure coûte environ 300 balles. Le quart d’un SMIC. Oui, Mesdames. Parce que la vérité, c’est qu’il ne faut pas souffrir pour être belle, il faut surtout payer. (En partant du principe que ne pas avoir de cellulite, c’est être belle, mais je vous refais pas tout le discours d’avant, vous avez compris l’obsession de la gamine.). D’abord, il y a eu le choix de l’institut. Et le courage d’y aller. Oui, c’est bête. Mais moi, je ne vais absolument jamais dans un institut. Je ne me fais pas épiler, je ne me fais pas les ongles des mains et encore moins ceux des pieds, et les seuls soins que je m’accorde sont ceux du dimanche soir devant la télé, quand je ne les oublie pas. En somme, aucune raison d’aller en institut. Sauf ce jour. J’ai poussé la porte avec ce sentiment d’illégitimité qui me pesait sur les épaules. Et, à l’instant où j’ai ouvert la bouche, j’ai libéré le diable. Alors même que je n’avais pas connaissance de la moitié des choses qui m’entouraient, j’ai voulu tout essayer. Et c’est ce que j’ai fait. J’ai d’abord demandé s’ils avaient de la place pour une manucure. Ils ont jeté un coup d’œil à mes mains et se sont aperçus que mes ongles étaient aussi courts que la liste de mes ex. Je me suis donc rabattue sur une épilation du maillot, avant de me rappeler que ce fameux maillot était plus un gros pull en laine d’hiver. (Vraie question : quand on se fait épiler le maillot, on vient vraiment avec la touffe en bordel ?) Enfin, parce qu’il semblait pour moi impossible de demander directement du LPG, j’ai fait une séance d’UV. C’était long, nul, et j’étais toujours aussi blanche. Du coup, je me suis finalement lancée. Devant le regard mi-jugement mi-joie de la propriétaire du cabinet esthétique qui ne comprenait pas mon entrain devant toutes les prestations, je lui ai révélé la vraie raison de ma venue : détruire mon terrain de cross. Elle m’a donné rendez-vous quelques jours après pour la première séance. Celle qui permet d’évaluer les dégâts. Parce qu’elles — les femmes qui travaillent dans cet institut —, elles sont (malheureusement) bien conditionnées. Autant vous dire de ne pas aller les voir si vous êtes un peu complexée. Car elles ne seront pas de celles qui vous disent que vous êtes belles avec vos bourrelets, avec vos ongles rongés, avec vos pores imparfaits et avec vos poils qui dépassent. Non, elles, ce sont des clichés de la féminité. En tout cas, celles de mon institut. Et surtout… ce sont des commerciales. Des vraies de vraies commerciales. Ce qui veut dire que ce que tout le monde considère comme « un peu de cellulite » revient à leurs yeux à « y a vraiment du travail ». Dans un premier temps, je ne l’ai pas vu venir. Ma conseillère m’a installée dans la salle, donné un gel pour masser mon cul et surtout une combinaison hypermoulante que je vais me faire un plaisir de vous partager, en mode Kim Kardashian sur le tapis rouge ou Britney dans Toxic. J’ai donc étalé mon somptueux corps sur la table de massage, indiqué à l’esthéticienne que j’étais prête et patiemment attendu. C’est à ce moment qu’elle s’est transformée en redoutable vendeuse anticellulite. Parce que, pour vous faire bref, j’avais trouvé une cure bien moins chère que sur le marché. Deux cent dix euros les dix séances. Presque une centaine d’euros de moins que dans d’autres instituts. Alors, vous vous en doutez, pour faire des bénéfices, elle devait creuser ailleurs. Et le « ailleurs », c’était tous les soins qui entourent la cure. Crème, gélules, thé détox : la totale. Pendant vingt minutes, elle m’a vanté les bienfaits de cette crème miraculeuse, de ces gélules magiques, des thés qui « ne sont pas comme les autres ». Ah bon ? Pourquoi ? Tu fous de l’herbe fraîche dedans ? Je ne suis absolument pas la personne à qui tu peux vendre ce genre de produits. Et pourtant, pendant cinq petites secondes, j’ai hésité

Ce jour où j’ai consulté une psy

Ce jour où j’ai consulté une psy Lundi 2 mai. En plein milieu de la nuit, l’insomnie frappe à ma porte. Sans même la détester, je lui laisse l’opportunité de m’expliquer pourquoi elle est là. Souvent, elle me stresse. Parfois, elle m’inspire. Et tout le temps, elle me donne de la force. En pleine insomnie, je fais des trucs que je n’oserais pas faire en plein jour. Me poser des faux ongles parce qu’ils me font me sentir sexy, m’inscrire à des cours de pole dance ou proposer un verre à mon ex. Tout ça, c’est grâce à l’insomnie. Et la psy n’y a pas échappé. Comme tout le monde (et j’insiste : comme TOUT le monde), j’ai des névroses. Les miennes concernent principalement les hommes. Mais ça, vous l’avez compris. Pour moi, difficile de faire confiance, de les laisser pénétrer ma vie et encore plus mon corps. Les hommes, je les aime. Mais pas avec moi. J’ai déjà fait une analyse, parce que je réfléchis. J’ai donc compris des trucs : mon lien avec mon père que j’idéalise, mon côté business qui prend de la place et celui extraverti qui en prend encore plus pour cacher un petit cœur sensible. Tout ça, je l’avais déjà compris. Mais lors de cette insomnie, ce lundi 2 mai, j’ai encore plus compris. J’ai accepté le fait que j’avais donné mon maximum pour régler mes blocages. Parce que durant les six mois précédents, je m’étais confrontée à mes angoisses et les avais surmontées. J’avais pris rendez-vous chez un hypnothérapeute qui m’avait fait chialer pendant deux séances, redaté mon ex sur qui j’avais encore des doutes (spoiler alert : l’histoire de 387 nuits sur Jean… c’est un peu lui), rencontré de nouveaux mecs (ok, il y en a eu qu’un ; mais je vous jure, pour moi, c’est énorme), perdu dix kilos, fait du sport, commencé la danse, acheté un sex-toy, regardé pour la première fois des pornos, repris l’équitation et essayé de vivre, tout simplement. Bref, en six mois, j’avais vraiment tout fait pour m’ouvrir à l’autre masculin. Alors, je savais que j’avais fait tout le travail que je pouvais de mon côté et que, maintenant, si je voulais vaincre mes dernières craintes, il fallait qu’on m’aide. Ainsi, en ce lundi 2 mai d’insomnie, j’ai cherché un psy et pris mon premier rendez-vous quelques jours après. – Pourquoi venez-vous ? m’a-t-elle demandé à peine installée dans son fauteuil. – Parce que je vais bien, lui ai-je répondu. J’ai sauté des étapes. Celles peu intéressantes qui expliquent combien j’ai stressé avant d’y aller, celles qui racontent que j’ai failli annuler trois fois et celles qui précisent combien j’étais fière d’avoir enfin passé le cap. J’ai omis toutes ces étapes pour aller à l’essentiel : chez la psy. Et surtout, le plus important : y aller quand ça va bien. Bon, évidemment, il faut aussi (et surtout) y aller quand ça va pas. Mais, n’oubliez pas que c’est au moment où vous allez le mieux que vous pouvez aider encore plus facilement votre petit cœur (me remerciez pas, j’ai fait un an de médecine). Moi, en tout cas, c’est ce que je pense. Alors, début mai, lorsque j’ai débarqué dans le cabinet de ma psy pour la première fois, je lui ai dit. « Je suis là parce que tout va bien. » Et c’était vrai. Tout allait bien. Et on pouvait faire encore mieux. Assise dans son fauteuil, j’ai raconté mon rapport aux hommes. Le sujet central de mon « blocage ». J’ai tout sorti. Tout ce que j’avais analysé durant les soirées canapé avec les copines, tout ce que j’avais compris avec mes histoires passées, tout ce que j’avais tourné en boucle en solo dans ma tête. Je lui ai tout balancé. Et elle, elle m’a écoutée. En face de moi, elle prenait à peine des notes, se contentait d’un sourire sincère et me diffusait ses bonnes ondes. Je l’aimais déjà. Puis, tout à coup, en deux mots, elle a posé une théorie à laquelle je n’avais jamais pensé : les énergies masculines. Pour elle, c’est très simple. Il existe des énergies masculines et des énergies féminines. Aucune des deux n’est meilleure que l’autre. Elles existent juste, basées sur les clichés qu’on connaît de la femme et de l’homme. Attention, je précise : cela ne définit pas l’homme ou la femme. Ce sont seulement des énergies. Ainsi, l’énergie féminine, toujours dans son cliché, représente la douceur, la tendresse, l’écoute, la bienveillance ; et, son opposé, l’énergie masculine, représente la force, le leadership, le pouvoir et la solidité. Encore une fois, pour rester dans le cliché. Mais vous avez l’idée. Avec ces deux grandes images, elle m’a éveillée. Puis, la psy m’a expliqué une chose : dans chaque personne, les deux énergies vivent. Mon problème ? J’ai complètement supprimé l’énergie féminine. Dans mon inconscient, cette énergie, c’est de la merde. Dans mon inconscient, elle représente la vulnérabilité, le calme, la fragilité. Tout ça, c’est ce que j’apprends à déconstruire. Et surtout, ce que j’apprends à accepter chez moi, et, qui plus est, à laisser apparaître. Car sans accepter mon énergie féminine, je ne suis qu’un coq prêt à défoncer le poulailler et qui n’attire que des poussins. Malheureusement, eux, je ne leur donne même pas l’heure. Installée dans le cabinet, je la regardais et comprenais enfin. Je devais laisser la poule en moi reprendre de la place, apaiser mon énergie masculine qui ne faisait de moi qu’une businesswoman et accepter qu’un coq puisse s’approcher sans qu’on parte en combat (que je gagne à chaque fois évidemment. Quoi ? Poussez pas, je suis encore en travail). Parce que moi, vous l’avez compris, je suis une boule d’énergie masculine. Et quand je dis « boule », je ne parle pas de mon cul. Évidemment, jusque-là, aucun problème à être bourrée d’énergie masculine. Je suis forte, ambitieuse, téméraire et compagnie. Et ça, j’adore. Je me suis construite comme ça et je ne veux pas changer. Le problème, il apparaît avec les hommes. Ce que j’aime chez un homme, c’est son énergie masculine. En d’autres termes,

Ce jour où j’ai fait la Gay Pride

CE JOUR Où j’ai fait la Gay Pride Samedi 25 juin. La Gay Pride. Cette marche de fierté qui célèbre le mouvement LGBT. Moi, je suis hétéro. En tout cas, jusqu’à nouvel ordre. Bien sûr, je me suis déjà posé la question. Mon célibat de plusieurs années y est pour quelque chose. C’est triste, mais c’est ce qui arrive. Parce que oui, quand tu es seule depuis longtemps, ton entourage ne peut pas s’empêcher d’y penser. Au détour d’un whisky Coca un samedi soir et de deux cacahuètes, après t’avoir demandé si tu avais rencontré un homme, ta mère se corrige en disant : « Mais tu sais, ça peut aussi être une femme, hein. » À cela, tu réponds calmement que tu es (presque) sûre de ta sexualité et d’aimer les hommes. Mais évidemment, elle insiste au point de te faire douter toi-même. Alors, tu t’imagines. Tu te vois lécher les tétons d’une femme, lui trifouiller le clitoris, l’embrasser langoureusement ou la pénétrer avec un godemichet. Oui, je vais loin. Comme le godemichet. Puis, mon imaginaire à moi, il pousse le vice. Après ce genre de discussion, il n’oublie pas et enchaîne les malaises. Devant une amie, par exemple, je finis par baisser les yeux pour ne regarder que sa bouche. Est-ce que tu as envie de l’embrasser ? Tu t’imagines la déshabiller et lui faire l’amour ? Devant mes pornos, mes doigts délaissent les scénarios au gland plus gros que mon cul pour découvrir les films érotiques de deux femmes passionnées. Bref, j’ai déjà remis en question plusieurs fois ma sexualité, et d’après mes analyses poussées, je suis pour le moment attirée par les hommes. Mais pourtant, la Gay Pride était importante pour moi. Car elle ne représente pas uniquement la fierté d’appartenir au mouvement LGBT. Elle représente surtout la tolérance, la bienveillance, l’acceptation des autres et surtout de soi-même. Puis, plus que tout, elle représente l’amour. Et même si c’est cliché, l’amour reste la seule raison valable de vivre. Et ça, c’est quand même cool. Alors, dans ce monde où le matin même, les États-Unis avaient décidé de supprimer le droit à l’avortement, où des pays tuent encore lorsqu’un homme aime un autre homme et où une femme peut se faire tabasser si elle ose coucher avec une femme, cette marche n’est pas importante. Elle est essentielle. J’ai donc débarqué à 14 heures. J’ai découvert des chars à la musique trop forte, des paillettes sur les fossettes, des sourires sur les visages et des larmes sur le mien. À peine arrivée, je chialais déjà. Parce que c’était magnifique. Parce que c’était de l’espoir. Des milliers de personnes réunies pour s’aimer, pour se célébrer, pour se tolérer malgré toutes les différences. Dans mon cœur — que je devrais d’ailleurs renommer « éponge » —, je ressentais toutes ces énergies qui me faisaient retrousser le menton et humidifiaient mes yeux. C’était beau. Beau au point de chialer. Devant moi, un char coloré passait du Lady Gaga et jetait des préservatifs. J’aurais personnellement préféré des bonbons. À ma droite, une femme nue, avec pour seul vêtement quelques paillettes qu’elle avait étalées pour couvrir son pubis. À ma gauche, une autre déguisée en Catwoman. Et derrière moi, un homme avec une coque sur la bite, fouet en main, les fesses au vent, prêt à donner sa correction. Tout partout, des gens hurlaient leur amour en brandissant des pancartes pour défendre leurs droits. Les drapeaux dansaient dans le vent au rythme des corps qui s’endiablaient, rafraîchis par les quelques gouttes de pluie qui ne gâchaient en rien le plaisir. Des hommes qui étaient des femmes, des femmes qui étaient des hommes, des hommes qui étaient des hommes, des femmes qui étaient des femmes. Et tous les autres, ensemble. C’est ça, l’ambiance qui m’a fait chialer. Me jugez pas, chacun sa sensibilité. Petit à petit, on a commencé à avancer. Ou plutôt piétiner. Et de là, mes larmes sont devenues gouttes de sueur. Au milieu de la foule bien trop collée, et probablement au milieu du Covid qui devait être en joie, je dansais, sans penser à rien d’autre qu’à la musique qui tuait mes tympans. Et je n’avais pas peur. Pas peur des hommes qui pouvaient me piquer pour essayer d’abuser de moi, qui pouvaient me voler mon sac ou m’insulter pour tenter de me séduire. Parce qu’au milieu de ces gens que certains qualifient d’inhumains, je ne m’étais jamais autant sentie humaine. Au milieu de ces gens, j’étais juste moi. Sans sexualité, sans genre, sans rien. J’étais juste là. Je n’avais pas besoin de me sentir belle, désirable, sexualisée. Et ça, c’était ouf. Même si, on va pas se le cacher, la Gay Pride, c’est pas le plus malin pour rencontrer l’amour. Ce qui s’avère bien con quand on considère le nombre de petits culs et d’abdos que j’ai pu compter. C’est d’ailleurs le seul point négatif de cette journée : la beauté des hommes gays. Pourquoi diantre sont-ils si beaux ? Est-ce donc un critère de sélection ? Les hommes gays ne sont-ils donc jamais gros et moches ? Dans mon champ de vision, je ne voyais que des corps parfaitement musclés, des pores non dilatés, des peaux dorées alors même qu’il pleuvait, des épilations mieux réussies que celle de mes jambes, des pieds qui marchaient mieux en escarpins que la plupart des femmes et des cuisses plus fines que les miennes. Mais ça, c’est pas très compliqué #Beyoncélowcost. En résumé : c’était des PUTAINS de bombes. Secrètement, j’espérais qu’ils soient cons. Pour qu’ils n’aient pas tout non plus. Mais non. Quand je tapais la discussion avec eux, de manière gênante et en parlant beaucoup trop fort, ils riaient. Pire : ils rentraient dans mon jeu. Encore pire : ils étaient même plus drôles. Devant moi, j’avais des mecs parfaits. Seul défaut ? Ils aimaient les bites autant que moi. À cet instant, j’ai réfléchi à changer de sexe. Pour de vrai. Et si c’était ça, ma solution pour trouver l’amour ? Et si finalement, l’homme de ma vie était gay ? Ma psy avait donc