Ce jour où j’ai fait un marché de créateur
Ce jour où j’étais en vacances avec un couple
Lundi 7 août. Départ en vacances. Si on considère que quitter son domicile pour aller à deux heures de chez soi, en continuant de répondre aux mails, en envoyant des commandes, en gérant un magazine et en écrivant un blog, c’est des vacances. Mais je partais. Au moins ailleurs. Parce que, je ne le cache pas, ce mois d’août est un sacré enculé. Alors que, depuis toujours, c’est l’un de mes favoris. J’ai pour habitude de rejoindre mes amis et ma famille en août. Certains préfèrent juillet. Sachez que nous, les vacanciers d’août, on ne vous comprend pas. Juillet, c’est pas un bon mois de vacances d’été. Août, c’est nickel. À l’exception de cette année. Cet été 2023, il a un goût amer. Ou, autrement dit, une saveur de merde. Et quand je dis « merde », je pense pas au caca parfait que tu déposes en deux minutes sur les chiottes en matant mes stories (fais pas genre ; je sais). Je pense au caca qui te détruit l’intestin, défonce le trône avec un jet en spray et t’oblige à foncer sous la douche tant tu t’en es mis plein le cul. La vraie merde. Mon mois d’août, il a commencé comme ça. Déjà, je me suis séparée d’un homme qui je fréquentais depuis des plus d’un an, que j’aimais, qui m’aimait probablement à sa manière et qui, finalement, n’était même pas mon mec. C’était tout le sujet, d’ailleurs. Mais pas celui d’aujourd’hui. Et puis, il fait un temps de merde. Un genre d’octobre, avec de la pluie à foison, de l’orage, des journées sous la couette à chialer, à prendre des kilos avec de la glace et à éviter de monter les marches pour ne pas se fatiguer. Alors, quand j’ai passé cette première semaine de déprime, durant laquelle même ma psy m’a quittée, je me suis finalement décidée à me bouger le cul. J’ai tapoté un texto à ma meilleure amie, lui ai proposé de trouver un gite loin de tout, d’emmener nos chiens et d’oublier nos merdes. (En réalité, les choses ne se sont pas du tout passées comme ça ; à dire vrai, on avait prévu ces « vacances » depuis trois mois, réservé le Airbnb depuis deux mois et préparé nos valises depuis un mois. Mais, pour romancer mes histoires, nous partirons sur un autre scénario. Merci.) Elle, elle me m’a répondu qu’elle était chaude… avant d’ajouter que son homme serait là. Par le passé, j’ai déjà critiqué le mec d’une amie dans une nouvelle. Mec qui, par malheur, l’a lue et qui, par double malheur, a pensé que ce n’était pas de la fiction et qui m’en veut encore terriblement. Sale histoire entre potes. Alors, par mesure de précaution : comme la parenthèse précédente l’indique, ceci est une version « Lamoinsbonnedetescopines » de ma vie et si, évidemment, quelques éléments la représentent réellement, la plupart sont extrapolés, car parler de la seule levrette que j’ai eue en six ans ne serait pas très intéressant et il faut bien que l’écriture me permette de fantasmer des détails (#tournevis). Toujours est-il que, dans la réalité, son mec est un ami mais que, dans cette version, même s’il en restera un, je le décrirai comme une merde qui me vole ma pote en vacances alors que je voulais passer ma semaine à critiquer les hommes. On est partis tous les trois. Tous les trois… plus les trois chiens. Les cousins de Gégé qui ne l’aiment pas vraiment et lui font un peu la misère. Un plaisir pour nous deux, donc. Et si l’entente se passait plutôt bien, tout a basculé à l’instant où j’ai compris que ma meilleure amie était folle amoureuse de son homme. Ce n’était pas vraiment une grande nouvelle. Ça fait des années qu’ils sont en couple, qu’ils habitent ensemble, qu’ils sont parents de deux boules de poils, et donc qu’ils s’aiment. Mais là, ils se dévoraient. Au sens propre. À peine dans la voiture, je les voyais se toucher les mains, se jeter des regards et se sourire alors même que je parlais de ma rupture avec mon non-mec. Ils osaient. Ils osaient se courtiser tandis que je me confiais sur mes échecs. Au fil des jours, rien ne s’est arrangé. Ils roucoulaient. Au sens propre. Je les entendais glousser comme des dindes, se taquiner… Un jour, alors que j’étais assise sur le canapé (le fameux), sous le plaid (toujours le fameux), je me suis sentie de trop. Parce qu’autour de moi, l’un du côté gauche, l’autre du côté droit, ils se couraient après. Le jeu semblait simple : « Cours avant que je t’attrape ». Si je n’avais pas été là, leur jeu se serait probablement terminé en fou rire avec la bite du mec de ma pote dans sa bouche. Mais j’étais là. J’étais là au milieu, les voyant tourbillonner autour du canapé, en hurlant et en rigolant comme des connards, leurs deux chiens les poursuivant à leur tour. La famille parfaite. Ils me faisaient un remake de la famille parfaite. Parfois, ils avaient un autre jeu. Celui des chatouilles-bisous. Comme des gamins de cinq ans, en plein milieu d’un film. Lui commençait à la chatouiller, et elle, amoureuse, le suppliait d’arrêter en priant pour qu’il continue. À côté de moi, elle se tortillait et il lui soufflait dans le creux du ventre avant qu’elle explose de rire. Pendant quinze minutes. Moi, j’étais toujours sous mon plaid, téléphone en main, à surfer sur Tinder pour répondre pour la 52e fois : « Ça va et toi ? Quoi de beau ? » Le pire, c’était encore les discussions. Celles où ils essayaient d’être gentils et de m’écouter. Celles où, devant leur niaiserie, je n’avais qu’une envie : tomber amoureuse, renvoyer un message à l’homme qui ne voulait toujours pas de moi, me faire souiller comme une merde physiquement et mentalement (quand je dis « physiquement », je parle de ces fois où il m’a bloquée contre un mur et baisée comme une chienne ; en revanche, sur le « mentalement », je parle de ces fois où… bon vous savez très bien, malheureusement).
Ce jour où c’était compliqué
Ce jour où je suis allée aux Francofolies
Mercredi 24 mai. Ou quelques jours après. J’ai reçu un message de celle qui est devenue mon amie le jour où je l’ai vue hurler à cause d’une chauve-souris durant notre voyage en Équateur, celle que certains connaissent comme la belette, celle qui rigole à chacune de mes blagues même les plus nulles, celle qui vit ses émotions aussi fortement que moi : Bérangère, la cheffe influence de l’équipe Cheerz. Bon, ce n’est plus une surprise maintenant, je bosse avec cette marque depuis des années. Pourtant, à la base, notre amour n’était pas gagné. Je me souviens encore de ce mail, qu’elle-même m’a envoyé en septembre 2020, alors que j’étais sur la terrasse avec ma cousine en pleine tournée à Montpellier. Dans celui-ci, elle me présentait Cheerz. Moi, j’étais à mon compte depuis un mois, je venais de sortir 387 jours et je me méfiais du cercle de l’influence, encore plus des marques surreprésentées sur les réseaux. C’était le cas de la leur. À l’époque, ils bossaient avec tout le monde, à la HelloBody ou So Shape. Bref, pour moi, pas très positif. Finalement, elle m’a convaincue. Et puis, j’aimais le principe d’imprimer ses photos. En conclusion, j’ai commencé avec eux et on ne s’est jamais quittés. Une vraie belle histoire d’amour. J’ai donc reçu un texto de Bérengère fin mai : « Hey Nono, on a des places pour les Francofolies en juillet parce qu’on est partenaires, ça te tente qu’on y aille ? » À cet instant, dans mon cœur, c’était la merde. Et, elle a ajouté : « Bon, par contre, on n’a pas de budget, c’est vraiment comme ça. » J’étais doublement dans la merde. Car, pour être très honnête, je déteste les festivals. Dans mon souvenir, j’ai l’image de gens bourrés, trop jeunes, qui hurlent, se poussent, font tomber leur bière sur mes vêtements, me marchent sur les pieds, me tripotent le cul, dorment dans des tentes, brûlent sous le cagnard et dansent comme des connards sur des musiques qu’ils écoutent à peine. Bref, j’ai vraiment une très sale vision de la chose. J’ajoutais à ça le fait que les Francofolies ont lieu à La Rochelle. Pas si loin, mais ça m’obligeait à faire minimum cinq heures de voiture. En plein mois de juillet. Au milieu de MES festivals (parce que oui, j’en organise. Me jugez pas, les miens ils sont tout mignons avec des petits créateurs et des brunettes qui font du piano-voix). Le pire moment. Et, évidemment, bien que l’argent n’ait jamais été une motivation, ne pas être payée me chauffait moyennement (même si je précise que dans ce cas, ils prenaient bien sûr tout à charge). Parce que je n’ai aucun problème à faire du contenu et à vendre mon image gratuitement, mais là, les Francofolies, c’était pas un kiff. Je n’avais jamais voulu y aller, je connaissais à peine et je n’avais aucune idée des artistes qui y performaient. Oui, mais voilà. Cheerz, je les adore Déjà parce que, soyons honnêtes, ils ont toujours été là pour moi. Eux, ils m’accompagnent dans tous mes projets et n’hésitent pas à mettre de l’argent ou à me fournir leurs produits pour me soutenir. Ensuite, ils sont devenus des amis que je n’avais pas envie d’abandonner. Ma loyauté me perdra. Alors, j’ai accepté. Après tout, j’avais la chance de pouvoir passer trois jours à La Rochelle, dans un festival qui pouvait me surprendre, avec une super copine. Sur le papier, c’était pas si mal. Au contraire, ça pouvait même être cool. Mercredi 12 juillet, je suis donc partie faire la fête. À dire vrai, ça s’annonçait pas top. La nuit avait été torride et pas dans le bon sens du terme. Mon cul avait tellement chaud que ma raie dégoulinante me faisait penser que j’avais mes règles (faites pas genre, je sais que vous aussi vous avez déjà eu ce truc), Gégé avait été malade et m’avait empêchée de dormir, mes polypes étaient plus gonflés que mes fesses et mon insomnie s’était intensifiée à mesure que je stressais à l’idée de manquer de sommeil. Classique. Alors, le lendemain, les cinq heures de route jusqu’à La Rochelle se sont avérées compliquées. Et pourtant. Pourtant, l’univers était avec moi. Car, j’ai enchainé les podcasts, les karaokés et les vidéos YouTube (je vous conseille la dernière de Seb la Frite sur l’histoire de Snoop Dog). J’ai passé cinq heures de kiff, seule, tranquille, la clim adoucissant le soleil et le Coca comme drogue pour me tenir éveillée. Un régal. Et la surpopulation de La Rochelle à mon arrivée n’allait rien y changer, bien qu’elle m’ait empêchée de trouver aisément une place. Oui. Mais voilà, j’étais de bonne humeur, quoi qu’il arrive. J’ai retrouvé Bérangère, la joie de vivre incarnée, et je le savais : j’avais fait le bon choix. On a déambulé, découvert les rues magnifiques de La Rochelle, mangé un fondant à la châtaigne, fumé une cigarette en terrasse et fini par rejoindre le festival. Et quelle belle surprise ! Autour de moi, que des gens sympas (très sympas), bienveillants, respectueux, voulant juste profiter des shows et du bon son. Sur le stand, j’ai rencontré toute l’équipe et, par conséquent, je me suis fait de nouvelles copines. J’étais fière. Fière de m’être laissée emportée dans cette histoire, d’avoir dépassé mes a priori et d’avoir accepté de venir, car, oui, je passais un excellent moment, et moi qui n’arrête jamais vraiment, j’oubliais tout et profitais d’un univers nouveau. Bon, je reconnais tout de même que les deux soirées n’ont pas été les mêmes. La première, on était sur du M et du quarantenaire qui boit une bière tranquille, mais la seconde, on était sur des 16-20 ans qui, dès la première note de Gazo (me demandez pas, moi non plus je connaissais pas), sont partis en pogos complètement bourrés à 18 h. Eux, ils m’ont rappelé pourquoi je détestais les festivals. C’était de leur faute, cette sale image que j’avais. Mais ils m’ont permis une chose : prendre du recul. Parce qu’après le concert de Gazo (mais
Ce jour où je me suis masturbée
Ce jour où Gégé est entré dans ma vie
Ce jour où je ne suis pas partie au Sénégal
Ce jour où je ne suis pas partie au Sénégal 30 avril 2023. Ou peut-être quelques jours avant. Encore une fois, dans ma messagerie Instagram, des opportunités de fou. Ce coup-ci, c’était une copine qui me contactait pour, je cite, savoir si j’étais « intéressée pour aller au Sénégal ». À cet instant, j’étais chez des potes en train de raconter que j’avais une chance incroyable de partir en Équateur. Et maintenant… c’était le Sénégal. J’étais comme une folle. Sans aucune hésitation, sans même savoir de quoi il s’agissait, j’ai accepté. J’ai accepté car, d’abord, l’organisatrice était une de ces femmes qu’on admire, qui impose le respect, la confiance et qui respire la force ; je l’avais rencontrée brièvement et elle m’avait inspirée. Cette personne, je l’avais déjà vue à la télé, mais aussi lors d’évènements où elle avait été invitée à parler de son parcours surprenant. J’étais conquise. C’était une sacrée nana… jusqu’à sa chute dans mon esprit. Et puis, j’ai aussi accepté pour le projet. Sans le citer, il avait pour vocation de faire briller l’Afrique, de montrer son pouvoir, sa richesse, ses promesses et, par la force des choses, de casser les préjugés dont elle peut être victime. J’aimais tout. Tout ce qu’on m’annonçait. Je voulais en faire partie et je voulais, à mon échelle, promouvoir l’évènement, mais surtout ses valeurs. J’ai accepté. Et je n’allais pas être déçue. Quelques semaines se sont écoulées, et je n’avais reçu qu’un mail me demandant mes informations de voyage. Logique. Mais après mon retour d’Équateur — ce voyage incroyable et parfaitement organisé (oui, je le souligne) —, à vingt jours du départ pour le Sénégal, je n’avais pas eu de nouvelles. J’ai relancé pour réclamer mes billets, et on m’a promis que je les recevrais bientôt. Pour être honnête, je ne m’inquiétais pas. Car, bien que cela renforce les clichés que je déteste tant, j’avais conscience qu’il n’était pas question du même pays et de la même culture. Et puis, je voyais les stories de l’organisatrice principale qui nous vendait du rêve, des paysages somptueux et qui semblait tout gérer avec brio. Je ne m’inquiétais pas, donc. Mais voilà, quelques jours ont passé, les billets n’étaient toujours pas dans ma poche et le programme pas encore annoncé. Je ne savais pas. Bien évidemment, et sans être faux-cul, j’acceptais le deal. Je me faisais une joie d’aller au Sénégal et j’étais prête à faire quelques compromis, quitte à me stresser un peu niveau organisation. Car, même si j’avais conscience de la chance incroyable que cela représentait et que la promesse était largement à la hauteur, ce voyage presse n’était pas payé. Et il me fallait, en plus de la non-rémunération, bloquer cinq jours pour me focus sur l’évènement. Logique toujours, et évidemment qu’une fois encore, j’acceptais. Malgré tout, cela nécessitait de l’organisation — même si moi, je n’ai pour responsabilité majeure qu’un chien borgne. Alors forcément, à deux semaines du départ, je me suis permis de relancer, toujours dans le respect pour ne pas me faire dégager du programme et en léchant des culs pour recevoir mes billets. Ne nous mentons pas. Mais, avec pour seule réponse « Nous vous les enverrons bientôt », j’ai commencé à sentir la merde. Alors, comme l’agent secret que je ne suis pas, je me suis mise à chercher des infos… Et, dommage pour l’organisatrice, les infos, elles sont facilement accessibles dans le monde de l’influence. Pour vous refaire le contexte, il y avait deux vagues d’influenceurs qui avaient été contactés : une première qui partait le 25 mai, et une seconde qui partait le 1er juin. Dans mon cas, j’avais demandé un vol le 2 juin pour des raisons personnelles qui m’empêchaient de les rejoindre à la date prévue. Au début de mon enquête, nous étions donc le lundi 22 mai, quelques jours avant le départ de la première vague. Sur le site internet de l’organisation, j’ai déniché quelques infos sur les autres participantes. Bingo, à côté de ma gueule, j’ai trouvé une influenceuse que je connaissais, au moins de nom. Sans hésiter, je lui ai envoyé un message, message composé d’un vocal bien huilé qui, en résumé, demandait quelle était la situation de son côté. Et là, la supercherie a commencé à se dévoiler. Car ma collègue, que nous appellerons Bérénice, elle était à bout. Elle, elle partait quatre jours après et… n’avait toujours pas ses billets. Impossible pour elle de s’organiser, de laisser ses enfants, de prendre son hôtel pour la veille ou même son train. Elle n’avait rien. Autant vous dire que moi non plus. Mais le pire arrivait… car c’est le mercredi soir, à minuit, qu’elle a reçu son billet pour le lendemain. Cela étant dit, ce n’est finalement pas le pire : certains, toujours d’après une source très sûre (sinon, il est évident que je n’en parlerais pas…), n’avaient même pas leur billet le jour du départ ; d’autres ont dû le payer de leur poche puis se faire rembourser, et d’autres encore ne sont tout simplement pas partis, qu’il s’agisse d’influenceurs, de speakers ou de participants. Bref, je comprenais petit à petit que mes billets étaient toujours bien loin. À ce moment, le Sénégal n’était pas en proie aux manifestations. D’ailleurs, à ce moment, personne ne nous en parlait. Et les bruits de couloir m’ont bien confirmé qu’elles n’étaient en aucun cas la raison de quoi que ce soit. Mais moi, j’espérais. Car encore une fois, j’ai l’honnêteté de dire que oui, qu’importe l’organisation, si j’avais eu mes billets, j’y serais allée, j’aurais profité et bien comme il faut. Un voyage au Sénégal offert, c’est qu’une fois dans une vie. Et pourtant… Pourtant, sur place, rien ne semblait faire rêver. Bérénice était mes yeux et mes oreilles, comme d’autres. Là-bas, la plupart des activités étaient annulées par manque de budget, ou alors annoncées en fin d’après-midi, obligeant les invités à patienter toute la journée à rien foutre en attendant une update. Encore une fois, il n’était pas question de manifestations et, qui plus est, celles-ci
Ce jour où j’ai osé
Ce jour où j’ai fait un festival
Vendredi 7 avril 2023. Ou peut-être un autre jour. Mais en avril, ça c’est certain. Dans ma tête, une étincelle. Celle qui me pousse souvent dans ma folie, qui alimente ma créativité, qui m’a fait inventer un magazine en un mois, poser ma démission pour vivre de ma passion ou rejoindre mon crush à minuit alors même que, je m’autocite, « je ne dois plus lui envoyer de messages ». Ce genre d’étincelle. Et elle venait encore de s’embraser pour, naturellement, me pousser à créer un festival. Pour ma défense, il faut un contexte. Comme beaucoup le savent, j’écris des livres et chaque année, en septembre, comme la grande aventurière que je suis, je prends un van pendant deux bonnes semaines pour partir à votre rencontre, pour des dédicaces. Oui, mais voilà, cette fois, je n’ai pas sorti de livre cet été. Alors, si pas de livre, pas de dédicaces, et surtout, pas de rencontres. Et ça, ça m’a rendue triste. Parce que vous voir, c’est principalement vous remercier. Vous remercier de me soutenir, d’être là, et pouvoir le faire en face à face. Pour moi, ça n’a pas de prix. Enfin si, un certain coût d’ailleurs, mais il le vaut. Alors cette année, j’étais un peu déçue. Déçue de ne pas organiser de tournée et de ne pas vous voir. Et c’est à ce moment que l’idée est apparue : et si, lors d’une simple petite soirée, on se retrouvait au bar boire un verre ? À la base, c’était ça le projet. Puis, rapidement, je me suis dit que ce serait sympa de faire bosser les copains chanteurs en proposant un petit concert. Évidemment, ils ont accepté. Mais, parce que je suis une pote cool, j’ai voulu les rémunérer, et à leur juste valeur. J’ai donc commencé à me mettre en quête de sponsors. Mais pour attirer les sponsors, il faut plus qu’une simple soirée dans un bar avec deux concerts. Forcément. J’ai naturellement cherché des lieux un peu plus « wahou ». Des châteaux, des domaines et des endroits qui attirent l’argent. Si, si, il y a des endroits qui attirent l’argent. J’te jure. Mais bien sûr, pour accéder à ces endroits sans les payer, il faut que les propriétaires y trouvent un intérêt. L’intérêt ? Leur visibilité. Je leur promettais que des gens viendraient découvrir le lieu, consommer des bières et les faire kiffer. Oui, tu le vois arriver… Il fallait donc que j’attire des gens. Et si ma présence merveilleuse était déjà un argument, et le concert de mes potes une autre très bonne raison, j’avais besoin de plus. Le plus, il a débarqué dans ma vie sans que je m’y attende vraiment et il s’appelle Anaïs. Anaïs, c’est la fondatrice de La Bonne Vague, un média qui surfe sur les créations made in France. Et ça, j’adore. Elle et moi, on s’est rencontrées grâce aux réseaux sociaux. Une meuf ambitieuse, positive, avec la force de réussir. Tout ce que j’aime. Alors, quand elle a vu mon projet éclore sur Insta, elle a foncé comme elle sait le faire et m’a répondu. Au fil de nos discussions, une idée a émergé : et si on ajoutait un marché de créateurs à notre bordel ? Et sans même nous en rendre compte, nous venions de donner naissance à La plus bonne de tes soirées, le festival. D’abord, on a décidé de le faire à Angers, le 28 juin, dans un domaine incroyable qui est celui de Châtillon (comment ça je fais ma pub au passage ? Non. Je te partage simplement un plan de ouf si tu es dans le coin. Et tu sais quoi ? Je vais même te remettre le lien d’inscription ici). Puis, on a décroché l’opportunité de le faire le 21 juillet au château de la Garrigue près de Toulouse (bim, encore le lien). Et enfin, à Bordeaux, au château de Lesperon le 25 août (évidemment, que je vais te mettre le lien aussi). Cet événement, nous l’avons pensé comme une journée parfaite : totalement gratuit, avec du soleil, des transats pour oublier les problèmes, des jeux de société, de la pétanque, du Mölkky, des activités d’extérieur, des concerts d’artistes géniaux, des créatrices à découvrir et à soutenir, des bières à déguster, des planches pour l’apéro et une ambiance de folie. Cet événement, je le fais pour vous remercier, vous rencontrer en toute détente et profiter de la vie qui nous encule parfois. Cet événement, ce sera le nôtre, le temps d’un après-midi. Évidemment, je ne vous cache pas la charge mentale et le stress. À dire vrai, je n’avais pas prévu de devenir organisatrice de festival, programmatrice de concert, gestionnaire d’un marché de créateurs et j’en passe. À la base, moi, je faisais des vidéos sur Insta pour pouvoir faire connaître mes livres et c’était déjà beaucoup. Alors, me retrouver à envoyer des autorisations à la mairie, prévenir les pompiers, demander des devis pour une ampli HF3000, acheter des nappes bien précises, gonfler des ballons, devenir une pro de la raquette, faire des fanions, etc., c’était pas prévu. Et, ne nous mentons pas, ça me dépasse un peu. Mais, s’il y a une chose que j’ai bien apprise de mes nombreuses expériences, c’est que c’est en faisant qu’on y arrive. Et ça, c’est une réalité. Et c’est aussi bien logique. Car, même si ça peut effrayer, ce n’est pas en s’empêchant de se lancer qu’on peut apprendre, quitte à se tromper. Alors, j’y vais, dans cet inconnu qui pourtant fait kiffer tout le monde. Parce que, honnêtement, même si la peur est présente, c’est avant tout une énorme joie. La joie d’être avec mes amis à parcourir la France pour un festival que je crée, la joie de passer un été à faire des folies comme une gamine, la joie d’avoir votre soutien, la joie de se rencontrer, la joie de vivre tout simplement. Et puis, parfois, je me laisse rêver, encore plus. Je me dis que tout a une raison d’être, que le hasard n’existe pas, et que, surtout, les choses
Ce jour où je suis partie en équateur
Dimanche 9 mai. Le cœur qui palpite à l’idée de rencontrer des personnes que je suis sur les réseaux depuis des années, de passer du temps avec des étrangers, de me retrouver au milieu de nulle part sans savoir ce qui va arriver, de travailler pour une grande marque qui a des attentes et de ne pas être à la hauteur… d’aller vers l’inconnu tout simplement. Je partais en Équateur. Je partais en Équateur avec trois autres influenceuses, une équipe marketing et une agence de voyages qui nous avait tout préparé. Je partais en Équateur sans rien savoir. Si je dois être honnête avec vous, à quelques jours du départ, je ne voulais plus y aller. Je suis toujours comme ça. Une casanière que l’inconnu effraie et qui, par protection, se dit qu’elle n’a plus envie. Alors, pour ne pas déroger à ma règle, j’ai râlé. Mais, j’avais un contrat, un contrat qui m’obligeait. Et surtout, j’avais l’habitude. À la dernière minute, j’ai préparé mes affaires, en oubliant des t-shirts et des culottes, en y mettant trop de médicaments auxquels je ne toucherais pas, en vérifiant 20 fois que mon passeport était à sa place, en checkant les stories des autres influenceuses pour savoir où elles en étaient, en constatant qu’elles avaient une organisation bien plus élaborée et en recommençant à stresser. J’ai épilé les derniers poils de mes sourcils, rasé mes jambes et surtout ce qu’il y avait entre, et terminé par blondir ma moustache. J’essayais de m’adapter, non pas au terrain hostile qui m’attendait, mais au monde de l’influence. Car, pour être honnête, c’était ça qui m’effrayait le plus : ne pas être à ma place au milieu de filles parfaites. Et, scoop, ça a été un peu le cas… mais laissez-moi continuer de vous poser le contexte avant de vous en dire plus. 19 h 30, dimanche. Le taxi m’a déposée à l’hôtel où j’ai retrouvé Bérengère, Alexia et Laure. C’était la rencontre. Les grands sourires, les petits silences et la grosse excitation. Nous étions heureuses. Heureuses de partir pour cette folle aventure et d’enfin pouvoir échanger directement. Dès la première minute, le feeling est passé. Je n’en doutais pas vraiment. Après tout, je les connaissais grâce aux réseaux. Camille, elle, n’avait pas le même vol, pour des raisons indépendantes de notre volonté à tous. Et puis, lundi matin, 6 h 30, nous voilà partis, avec Paul de Cheerz et Nathalie de Double Sens, l’agence de voyages. L’équipe était (presque) au complet. Et le périple pouvait continuer. À partir de ce moment, tout s’est enchainé. L’avion, les trois vols qui ont été très douloureux, l’excitation qui nous faisait tout oublier, l’arrivée à Quito, le minibus qui nous attendait, les retrouvailles avec Camille, l’hôtel hyper charmant, le réveil en jetlag à 5 h 30 du matin, l’ascension impossible de Cotopaxi, le minibus vers l’Amazonie, la chambre avec Alexia, les trois heures de pirogue, la rencontre avec les Sarayaku, la chicha fatale, la baignade dans la rivière, les longues discussions, les prises de conscience, les larmes d’adieu, la route vers les Canaries, la découverte de Santiago, le mariage improvisé et tout le reste. Tout ça, vous l’avez vu. Mais ce que vous n’avez pas vu, c’est les coulisses, et surtout, ce qui vous intéresse : les potins. Potins qui, dans cette expérience, ont plus été des révélations. Sans surprise, nous sommes toutes différentes. Ou plutôt, je suis très différente. Pour être complètement sincère, le voyage s’est extrêmement bien passé, avec tout le monde, même si, évidemment, j’ai eu plus de feeling avec certaines qu’avec d’autres. Comme dans tous les groupes, en somme. Mais ce qui était intéressant, c’était à quel point je me sentais différente, notamment par rapport aux influenceuses — que j’ai, j’insiste, adorées. Des filles simples, bienveillantes, profondément gentilles, très second degré, faciles à vivre. Un plaisir. Mais elles m’ont confrontée à un moi parfois difficile à accepter. Sur les réseaux sociaux, et d’une certaine manière dans la vie, je suis la moins bonne de tes copines. Ce n’est pas qu’un nom. C’est ma réalité. Depuis toujours, je suis la pote un peu grogrosse, qui fait des blagues, maladroite, la Gaston Lagaffe de l’équipe, l’extravertie rigolote, celle qui fait rire les filles populaires et qui leur permet de pécho le chef de la team de foot du lycée. C’est cliché, mais c’est pourtant vrai. Et là, pendant ce voyage, j’étais avec ces filles cool, renommées dans mon vocabulaire : les filles A. Alors, naturellement, je me suis positionnée comme le bouffon du roi, celle qui ne peut que faire rire, qui se dévalorise et qui ne sait pas agir autrement. Car — et désolée de vous l’avouer — ce qu’elles sont sur les réseaux, c’est ce qu’elles sont dans la vie. Elles sont belles, n’ont pas d’auréoles même sous 40 degrés au milieu de la jungle, elles ne sentent pas mauvais, leurs visages ne sont pas rouges, leurs ongles sont toujours nickels, elles mangent avec délicatesse en prenant un petit kilo si elles font un excès, elles ne sont pas moches après quinze heures d’avion, elles n’ont pas les traits horribles après seulement quatre heures de sommeil, elles n’ont pas de rides car elles boivent suffisamment d’eau, elles mangent des cochonneries et elles assument, elles sont stylées même avec un k-way, elles ne galèrent pas pendant les randonnées, elles ne trébuchent pas sur les cailloux et elles n’ont pas de cernes, peu importe leur niveau de fatigue. Elles existent vraiment. Et moi aussi. Moi qui étais trempée de sueur le premier jour en Amazonie, les cheveux mouillés comme après un passage dans la piscine, en tachycardie quand j’essayais de marcher sous la chaleur, à poser pour des photos que j’ai détestées et qui me montraient mes bourrelets et mon style à chier pendant tout le voyage. En somme, elles m’ont rappelé que, finalement, je ne suis pas si bien dans mon corps. Et, je l’avoue, sans même que ce soit de leur faute, car elles n’en avaient même pas conscience et elles étaient simplement elles-mêmes,
