
Samedi 11 avril. Déjà plusieurs mois que je fréquente la bitunik. La bitunik, pour celles qui n’auraient pas suivi, c’est un homme que je date. Parce que j’ai un souci mental qui m’empêche de l’appeler « mon mec », je l’appelle la bitunik, marquant ainsi l’exclusivité (pour ne pas dire couple). Ma bitunik, je l’adore (pour ne pas dire que je suis amoureuse). Je la trouve drôle, belle, gentille, attentionnée, intelligente, et bordélique. Il lui faut bien des défauts. Au moins un.
Entre nous, tout se passait à merveilles. Je découvrais les joies de partager, de rigoler, de débattre, de ne rien faire ensemble. Tout allait parfaitement, si bien qu’est venu le moment où mes amis ont voulu le rencontrer. Surtout un. Des amis, je n’en ai pas beaucoup. Je suis de celles qui multiplient les potes, les connaissances, les sourires au voisin et les salutations poussées à la boulangère. Je suis une vraie sympa, mais jamais trop intimement. Mes amis, mes vrais, eux, ils sont très peu nombreux. Et, coup du sort, un tiers vit à l’étranger, ce qui en laisse deux tiers en France, l’équivalent donc de 3 personnes, voire 4. Chanceuse que je suis, mes amis sont pour la plupart débordés dans leur vie, ou n’ont pas spécialement envie de rencontrer la Bitunik connaissant parfaitement mes angoisses et les respectant. Sauf un.
Un pour qui l’amour est la plus belle chose du monde, pour qui me voir heureuse et amoureuse est une mission de vie, pour qui rencontrer celui qui fait battre mon clito est une priorité depuis l’instant où il a appris son existence. Lui, il voulait le rencontrer à peine avais-je notifié avoir quelqu’un. Pire, il voulait le rencontrer à peine avais-je bu un verre avec lui. Pire, il voulait le rencontrer à peine avais-je interagi avec lui pour la première fois. Bref, vous le comprenez, cet ami, il aurait pu lui sucer la bite avant même que je l’ai fait. Au sens propre. C’est ce qu’il avait dit : « Je le trouve beau, totalement ma came, je le pépom. » Certaines d’entre vous pourront être offusquées, à juste titre. Dans mon langage de l’amitié, cela signifiait qu’il était heureux pour moi. Et aussi qu’il le trouvait canon. Vraiment canon. Il n’avait pas tort, il l’était. Mais là n’est pas le sujet.
L’un de mes meilleurs amis voulait rencontrer la Bitunik et il me serait difficile d’y échapper.
Si dans un premier temps j’avais pu faire parade, feinter des rendez-vous, mentir sur des indisponibilités ou créer de faux événements dans mon agenda pour en éviter d’autres, il y a un moment que je n’ai pas pu éviter : le déménagement.
Afin de poursuivre cette histoire de manière la plus lisible possible, voici donc un contexte. Par chance, ma maison possède une grange extrêmement grande, permettant de stocker. Parce que je suis une bonne amie, j’ai le don de proposer mon aide, et c’est mon ami amoureux de l’amour qui en a bénéficié. Comme vous le comprenez donc étant donné que vous êtes des êtres de lumières, mon ami avait besoin de stockage. Pour faire simple, il se débarrasse de bon nombre de bordel, bordel qui n’était pas suffisamment bordélique pour être jeté, mais qu’il l’était tout de même pour finir dans ma grange pour ne pas encombrer sa baraque. Soit. J’en faisais mon affaire. Mais où je le suspectais d’avoir tout manigancé, c’est lorsque, bizarrement, il m’a annoncé avoir besoin d’aide pour ce « déménagement »
car, je cite « il y a tout de même de gros meubles, qui nécessitent de gros bras ». Bien sûr.
Sans surprise, vous connaissez, probablement, ma passion pour les gros bras. C’est donc évident que lorsque mon ami parlait de « gros bras », il parlait en fait de la « bitunik », bitunik, qui plus est, qui est l’homme le plus serviable du monde. Après mon père.
C’est ainsi qu’à ma porte, ce samedi 11 avril, a débarqué mon ami amoureux de l’amour, tout sourire, dans une voiture pas si grande pour accueillir des meubles, et pour cause, étant donné qu’il n’y avait dans celle-ci qu’un tabouret que j’étais capable de porter seule et un carton qui, en effet, nécessitait un peu de force, mais qui, en revanche, n’avait pas besoin de mes gros bras préférés. « J’ai changé d’avis à la dernière minute sur pas mal de choses » avait-il justifié avant d’ajouter « mais maintenant que je suis là, on peut boire un coup ».
En effet, maintenant qu’il était là, on pouvait boire un coup. Ensemble. Lui, moi et ma bitunik. On y était, à cette rencontre.
Alors, après ses explications douteuses à peine descendu de sa voiture, il a commencé par m’embrasser chaleureusement, me laissant constater la beauté de sa moustache. Ce n’était pas un détail. Non. Car à la vue de celle-ci, je n’ai pu m’empêcher de souligner combien elle était belle, cette moustache. Puis, toujours dans l’élan des retrouvailles, la bitunik s’est finalement approché, a tendu la main que l’ami amoureux de l’amour s’est empressé d’empoigner, et, alors que ma bitunik aurait pu se contenter d’un « enchanté », il a trouvé bon de souligner qu’en effet sa moustache était belle et que, surtout, il n’était pas la seule à en avoir une. Etant donné que la bitunik n’a pas de moustache, je l’ai regardé avec insistance, gêne et une pointe de colère. Comme si personne n’avait compris, il a ajouté : « Bah oui, Noëllie aussi elle a une sacrée moustache ».
Ce connard avait osé me tacler pour sa première rencontre avec mon meilleur ami. Le souffle m’a manqué, j’ai bégayé et l’ami amoureux de l’amour s’est transformé en daron de 50 ans prêt à défendre sa fille.
Il a serré la main pourtant musclée de ma bitunik, s’est approché un peu plus près de son visage, et dans un souffle de colère lui a suggéré de ne plus jamais me bodyshamer. La bitunik a souri, s’est excusé, et m’a déposé un baiser sur la joue.
Nous avons fini par nous installer sur la terrasse, sans un mot, avec juste nos verres qui trinquaient pour couvrir le silence. Habituellement, je ne bois pas d’alcool. Cette fois, j’ai fini ma bière en un shot. Je me suis levée, toujours sans un bruit, et j’ai rejoint la cuisine pour m’en servir une deuxième. Et, alors que je m’apprêtais à fermer mon frigo, sur mon épaule, une main. Mon ami amoureux de l’amour. « Tu as vu, je l’ai bien fait flipper ton gaillard, t’en fais pas, je lui ai dit que c’était une blague. Il a l’air cool, vraiment. » J’ai lâché un sourire, me suis rappelée que mes amis étaient aussi idiots que la bitunik, peut-être même aussi idiots que moi. Nous devrions tous bien nous entendre. C’est ce que je me suis souvenue, ce jour où j’ai présenté la bitunik à mon pote.
