Ce jour où j’ai fait la Gay Pride
CE JOUR Où j’ai fait la Gay Pride Samedi 25 juin. La Gay Pride. Cette marche de fierté qui célèbre le mouvement LGBT. Moi, je suis hétéro. En tout cas, jusqu’à nouvel ordre. Bien sûr, je me suis déjà posé la question. Mon célibat de plusieurs années y est pour quelque chose. C’est triste, mais c’est ce qui arrive. Parce que oui, quand tu es seule depuis longtemps, ton entourage ne peut pas s’empêcher d’y penser. Au détour d’un whisky Coca un samedi soir et de deux cacahuètes, après t’avoir demandé si tu avais rencontré un homme, ta mère se corrige en disant : « Mais tu sais, ça peut aussi être une femme, hein. » À cela, tu réponds calmement que tu es (presque) sûre de ta sexualité et d’aimer les hommes. Mais évidemment, elle insiste au point de te faire douter toi-même. Alors, tu t’imagines. Tu te vois lécher les tétons d’une femme, lui trifouiller le clitoris, l’embrasser langoureusement ou la pénétrer avec un godemichet. Oui, je vais loin. Comme le godemichet. Puis, mon imaginaire à moi, il pousse le vice. Après ce genre de discussion, il n’oublie pas et enchaîne les malaises. Devant une amie, par exemple, je finis par baisser les yeux pour ne regarder que sa bouche. Est-ce que tu as envie de l’embrasser ? Tu t’imagines la déshabiller et lui faire l’amour ? Devant mes pornos, mes doigts délaissent les scénarios au gland plus gros que mon cul pour découvrir les films érotiques de deux femmes passionnées. Bref, j’ai déjà remis en question plusieurs fois ma sexualité, et d’après mes analyses poussées, je suis pour le moment attirée par les hommes. Mais pourtant, la Gay Pride était importante pour moi. Car elle ne représente pas uniquement la fierté d’appartenir au mouvement LGBT. Elle représente surtout la tolérance, la bienveillance, l’acceptation des autres et surtout de soi-même. Puis, plus que tout, elle représente l’amour. Et même si c’est cliché, l’amour reste la seule raison valable de vivre. Et ça, c’est quand même cool. Alors, dans ce monde où le matin même, les États-Unis avaient décidé de supprimer le droit à l’avortement, où des pays tuent encore lorsqu’un homme aime un autre homme et où une femme peut se faire tabasser si elle ose coucher avec une femme, cette marche n’est pas importante. Elle est essentielle. J’ai donc débarqué à 14 heures. J’ai découvert des chars à la musique trop forte, des paillettes sur les fossettes, des sourires sur les visages et des larmes sur le mien. À peine arrivée, je chialais déjà. Parce que c’était magnifique. Parce que c’était de l’espoir. Des milliers de personnes réunies pour s’aimer, pour se célébrer, pour se tolérer malgré toutes les différences. Dans mon cœur — que je devrais d’ailleurs renommer « éponge » —, je ressentais toutes ces énergies qui me faisaient retrousser le menton et humidifiaient mes yeux. C’était beau. Beau au point de chialer. Devant moi, un char coloré passait du Lady Gaga et jetait des préservatifs. J’aurais personnellement préféré des bonbons. À ma droite, une femme nue, avec pour seul vêtement quelques paillettes qu’elle avait étalées pour couvrir son pubis. À ma gauche, une autre déguisée en Catwoman. Et derrière moi, un homme avec une coque sur la bite, fouet en main, les fesses au vent, prêt à donner sa correction. Tout partout, des gens hurlaient leur amour en brandissant des pancartes pour défendre leurs droits. Les drapeaux dansaient dans le vent au rythme des corps qui s’endiablaient, rafraîchis par les quelques gouttes de pluie qui ne gâchaient en rien le plaisir. Des hommes qui étaient des femmes, des femmes qui étaient des hommes, des hommes qui étaient des hommes, des femmes qui étaient des femmes. Et tous les autres, ensemble. C’est ça, l’ambiance qui m’a fait chialer. Me jugez pas, chacun sa sensibilité. Petit à petit, on a commencé à avancer. Ou plutôt piétiner. Et de là, mes larmes sont devenues gouttes de sueur. Au milieu de la foule bien trop collée, et probablement au milieu du Covid qui devait être en joie, je dansais, sans penser à rien d’autre qu’à la musique qui tuait mes tympans. Et je n’avais pas peur. Pas peur des hommes qui pouvaient me piquer pour essayer d’abuser de moi, qui pouvaient me voler mon sac ou m’insulter pour tenter de me séduire. Parce qu’au milieu de ces gens que certains qualifient d’inhumains, je ne m’étais jamais autant sentie humaine. Au milieu de ces gens, j’étais juste moi. Sans sexualité, sans genre, sans rien. J’étais juste là. Je n’avais pas besoin de me sentir belle, désirable, sexualisée. Et ça, c’était ouf. Même si, on va pas se le cacher, la Gay Pride, c’est pas le plus malin pour rencontrer l’amour. Ce qui s’avère bien con quand on considère le nombre de petits culs et d’abdos que j’ai pu compter. C’est d’ailleurs le seul point négatif de cette journée : la beauté des hommes gays. Pourquoi diantre sont-ils si beaux ? Est-ce donc un critère de sélection ? Les hommes gays ne sont-ils donc jamais gros et moches ? Dans mon champ de vision, je ne voyais que des corps parfaitement musclés, des pores non dilatés, des peaux dorées alors même qu’il pleuvait, des épilations mieux réussies que celle de mes jambes, des pieds qui marchaient mieux en escarpins que la plupart des femmes et des cuisses plus fines que les miennes. Mais ça, c’est pas très compliqué #Beyoncélowcost. En résumé : c’était des PUTAINS de bombes. Secrètement, j’espérais qu’ils soient cons. Pour qu’ils n’aient pas tout non plus. Mais non. Quand je tapais la discussion avec eux, de manière gênante et en parlant beaucoup trop fort, ils riaient. Pire : ils rentraient dans mon jeu. Encore pire : ils étaient même plus drôles. Devant moi, j’avais des mecs parfaits. Seul défaut ? Ils aimaient les bites autant que moi. À cet instant, j’ai réfléchi à changer de sexe. Pour de vrai. Et si c’était ça, ma solution pour trouver l’amour ? Et si finalement, l’homme de ma vie était gay ? Ma psy avait donc
